CHAPITRE II
ANATOMIB PATHOLOGIQUE SPÉCIALE.
une Dl flOLIDAtlTi DU DirTitUTB DiPÔTS I>B SUBSTAVCI 611» BHTtl lUX.
Nous avons signalé précédemment les rapports intimes de la fibre nerveuse primilive avec les deux cellules combinées qui limitent ses extrémités (pi. IV, fig. h); nous avons indiqué que ces divers éléments nerveux ainsi groupés constituaient une série de petits systèmes indépendants, dont les pièces étaient réciproquement solidaires; qu^ils représentaient en quelque sorte sous UDC forme simple Vtmité nerveuse^ et qu'en somme l'ensemble de la substance blanche et de la substance grise des centres nerveux eux-mêmes n^était autre chose que le résultat de la juxtaposition d'un nombre immense de petites unités nerveuses systématisées, groupées en fascicules, puis en faisceaux de volume succesàivement amplifié, etc.
Il nous reste à prouver, maintenant, à l'aide des faits d'analomie pathologique, que telle est bien la loi de solidarité des divers éléments nerveux les uns par rapport aux autres, et que les dégénérescences protopathiques qui portent, par exemple, sur la cellule qui est à l'extrémité d'une fibre nerveuse, retentis* sent passivement, et par une sorte de contre-coup, sur la continuité de la fibre d'abord, et médiatement sur la cellule associée; qu'en un mot, enfin, la constatation des lésions secondaires est en quelque sorte le critérium le plus fidèle de la réalité des assertions que nous avons précédemment émises, à propos de la description du mode de groupement des éléments nerveux entre eux.
Les faits d^ordre physiologique ont déjà d'ailleurs donné gain de cause à notre manière de voir; les recherches de Turck. de Waller (1), reprises par Cl. Bernard (2), confirmées par Gubler (3), ont fait voir que certains dépôts de substance grise ont la pro*
(1) Comptes rendus de la Société de biologie^ 1855, p. 6.
(2) Leçom sur le système nerveux, t. I, p. 236 et suiv. {^) Archives de médecine, 1859, t. H.
4tS AlUfOlIlB PÀf HOLOOIQin SMleiiLI.
priété de servir en quelque sorte de centres nutritifs pour les fibres qui en émergent; que» pt9 euoiple, lorsque les ganglions spinaux sont lésés, le groupe des fibres eflërentes ganglio-spinalesqui en proviennent (pi. I, flg. 1 [86, 26, 27, etc.]), est seul intéressé ; cjue la lésion de |a substance grise des cornes aDtérieures a seule, au contraire, le privil^e de maintenir rintégrilé des fibres radicuUires correspondantes, etc., etc* (pi. Xf,fig. 3, et pU XIX, fig. 1 et 2).
C'est en généralisant lei résul^ts fournis par ee mode fécond d'investigation que nous sommes arrivé à dire que les conneiioas des divers systèmes d'éléments nerveux entre eux sont telles, qu'elles s'influencent médiatement dans leurs perlurbationa nutrî^ tives, et qu'étant donnée une lésion oirconsorite dans un départ»* ment quelconque de )a aubstance grise, on pourra toujours ai induire quelle sera la marche envahissante du jorocessus régressif, et quels sefont les pointa consotmemis qui seront ultérieurement intéressés.
On comprend, du reste, la portée pronostique que la oânniissance approfondie du mode de propagation de ces diverses dégénérescences peut avoir dans l'appréciation de l'évolutioe des phénomènes morbides; comment, étant admis, par exemple, que les dégénérescences de la substance corticale ne sont, ii plupart du temps, que des lésions passives, copséoutives à b désorganisation des régions centrales de la masse encéphalique, celles-ci, lorsqu'elles pourront être reconnues, influenceront plus ou moins sur le pronostic des éventualités ultérieures, au point de vue de la préoooité plus ou motna rapide de rapparitioo des symptômes de la démence, eto.
Nous allons passer en revue les principales formes de d^énérescences secondaires que les divers systèmes d'éléments nerveux peuvent isolément présenter. Nous commencerons donc, GomiBe précédemment, par étudier :
I. Les diverses dégénérescences qui sont propres aux éléments du système convergent inférieur.
II. Nous aborderons ensuite les détails qui intéressent le^ appireils de l'innervation cérébelleuse.
III. Nous terminerons par l'exposé 4MpriqcipalealéaioiisieoûD-
ATROPHIKS UECÛMJUlIlBft DSS VÀJftiiEAVX POSTÉRIEURS. &ft7
daires» dont les éléments du système conYergent supérieur peuvent fôuniif des eiemples.
ARTICLE PREMISR*
•TtrÈSl Ml F ItAU GOlTIiGKlITBfl ISfillIOlU,
Si Ton se reporte aux détails d'anatomie descriptive que nous avonç signalés à propos du mode de constitution des fibres blanches fasciçulées postérieures, aux rapports que nous leur avons assignés d'une part avec les cellules gélatineuses, et d'autre part avec les fibres des racines correspondantes, on verra que nous avons été amené à dire que ces mêmes fibres des faisceaux postérieurs n*étaient que la prolongation médiate des fibres des racines postérieures.
Si dans un autre or.dre d'idées on rapproche ces données des faits physiologiques qui y sont afférents, on peut encore s'assurer que notre manière de voir trouve dans leur témoignage une série de preuves à l'appui, puisqu'ils nous montrent que la substance grise des cornes postérieures étant la seule région excitable de la moelte épinière, les faisceaux postérieurs qui en sont une émanation directe, sont les seules fibres spinales douées exclusivement de la propriété excito-motrice (voy. pi. III, fig. 1 [6], et p. SOS et suiv.).
I. n ressort donc de la concordance absolue de ces renseignements, puisés à deux sources d'information différentes, une preuve manifeste en faveur d'une solidarité intime entre la substance grise des cornes postérieures, et la substance blanche des faisceaux qui en émergent. Or, comme les fibres des racines postérieures d'un autre côté, et les cellules gélatineuses, sont dans les mêmes rapports, il en résulte que ces mêmes fibres radiculaires postérieures, les cellules gélatineuses et les fibres des faisceaux postérieurs, complètent à eux trois une véritable trilogie et une chaîne continue, dont les anneaux sont rendus si intimement solidaires, que si Vun d'eux vient à être interrompu dans son intégrité, les autres subissent fatalement le contre-coup de cette désorganisation locale. C'est, du moins, ce qui ressort de la coniparaison
AQQ iHiTOHU RàTfiOLOGlQDB SVlOlALB.
recherches de Vulpian et de Charcot, qui, dans un eaf d'atrophie des faisceaux postérieurs où ils ont étudié Tétat des gangtiem spinaux et de certains nerfs périphériques (1), n'ont pas rencontré les mêmes altérations anatomiques qui nous avaient préeédemment frappé. Néanmoins, nous ne paurions, d'apràs oe seri exemple, rencmcer à Tinterprétation des faits qne nous avons constatés nous-mtoie, et abandonner la conception générale qne nous nous sommes faite du mode de propagation des lésiûiis propres de Tataxie locomotrice ; voici du reste les motifs ipii noa font persister dans notre manière de voir :
l"" Les expansions nerveuses périphériques, examinées et trou« vées intactes par ces observateurs, appartenaient à des nerfs sensiiifs cutanés. Ce fait ne prouve donc rien contre notre opinion, car, pour résoudre négativement le problème que nous soulevons, il faudrait que l'on ait pu constater, dans les répons périphériques du système nerveux, l'état d'intégrité complète des fibres purement exeitormotrices, qui seules prennent la plus grande part à la constitution des éléments anatomiques de l'axe spinal. Tant qu'on ne sera pas parvenu à faire le diagnostic anatomique de ces deux grandes divbions de conducteurs nerveux^ et que l'on n'aura pas constaté de visu la dégénérescence des fibres oonver» gentes exclusivement réflexe^^ il sata toujours permis de faire i ce sujet de prudentes réserves.
^ D'une autre part, la structure des ganglions spinaux n'était peut-être pas aussi respectée dans ce cas que les auteurs de l'observatioq sout portés à l'admettre. )l est, en effet, consigné dans le récit néqro^copique (%), que la coloration des ganglions était un peu brunâtre, et que les cellules nerveuses étaient recouvertes d'une grande quantité de pigment (S). Sans vouloir appliquer directement à ces faits les résultats de nos recherches personnelles, il ressort pour nous de ce dernier détail, que ces éléments nerveux surchargés de granulations pigmentaires (quoique n*ayaDt pas perdu leurs connexions habituelles avec les autres éléments ambiants) n'en n'étaient pas moins en dehors des conditions
(i) Com^ef rendus de ta Société de bwlojfie, Ptris, ises, p. lit et mir.
(1) Loe. cit.^ p. aa.
(3) Id., p. 171.
ATROPHIES SBGOMBAIRBS DBS PAISCEAUI POSTÉRIEURS. AM
physiologiques, et probablement mômey arrivés aux premières périodes du travail régressif (1).
Évidemment on est porté à admettre que la multiplicité excessive des éléments granulo-graisseux signalés à la surface ou dans rintérieur des cellules nerveuses, indique un temps d'arrêt dans leurs fonctions nulrilives, et, par suite, un ralentissement dans les manifestations de leur activité dynamique.
S** Parce que, dans un certain nombre de cas de ce genre, oi& Ton a pu suivre la continuité d^une certaine catégorie de fibres nerveuses, depuis les régions périphériques jusqu'aux régions centrales (les fibres optiques par exemple), on les a trouvées altérées, d'abord dans leurs expansions terminales, et ensuite dans une portion de leur parcours. Dans ces exemples, la marche du processus morbide, se faisant e|i quelque sorte i décou« vert, était franchement centripète.
Duchenne (de Boulogne) et Hip. Bourdon ont en effet constaté, i l'aide de rophthalmoscope, chea tous les ataxiques atteints d'amblyopie et d^amaurose, Tatrophie de la papille du nerf optique (2), et, d'une autre part, en empruntant i l'observation précédente un argument en faveur de la thèse que nous soutenons actuellement, nous y trouvons la preuve que certaines fibres sensorielles centripètes (les fibres optiques exoito-motrioes peut* être) peuvent se trouver isolément atteintes à l'exclusion de leurs congénères. Les auteurs de l'observation rapportent en effet (3) que, chez le sujet dont ils ont fait l'autopsie, « les parties centrales du nerf optique étaient constituées par des fibres saines, et la couche externe par une substance ayant de grandes analogies avec celle qui constituait les faisceaux postérieurs... ». Quoi donc d'illogique à admettre que le même processus puisse se
(1) Il suffit en effet, pour se cooTaincrc de rimportance sémiologique que possède la surcharge de granulations graisseuses pour les cléments histolop^ques, d'examiner ceux-ci comparativement, dans le cerveau d*un adulte et dans celui d'un tieillard dont les facultés mentales sont en voie de décroissance : dans le premier cas, les cellules sont claires, transparentes, semblables à des gouttcletes huileuses; d#Qs ^e second, elles sont inégales à leur surface et recouvertes de granulations pigmentaires ^ui masquent le contour du noyau.
(2) Mémoire de Bourdon, Archives de médecine^ i862;| t. I, p. 996.
(3) Vttlpian et Ghtrcot, ioc. cit., p. 172.
A02 ANATOMIE PATHOLOGIQUE 8PÉGIALB.
répéter sur ud autre ordre de conducteurs nerveux ; et que la même indépendance qui se révèle d^une façon aussi péremptoire, à propos des fibres conductrices des impressions optiques, ne puisse pareillement se révéler , à propos des fibres qui conduisent dans les régions centrales les impressions recueillies àla périphérie des nerfs de la sensibilité réflexe?
IV. U est encore une série de faits, non moins curieux, qui résultent de l'examen analytique des diflérentes lésions qui peuvent intéresser les éléments constitutifs de Taxe spinal dans Tataxie locomotrice : c'est, d'une part, l'indépendance réciproque des divers groupes de fibres fasciculées postérieures à mesure qu'elles se constituent et prennent la direction verticale ascendante; et, d'une autre part, l'intégrité persistante des fibres des faisceaux latéraux, alors que celles des régions postérieures sont intéressées.
a. — Relativement au premier point, l'étude attentive du mode d'envahissement des faisceaux postérieurs vient encore confirmer nos propositions anatomiques. Nous avons en efiet insisté sur ce fait, que les fibres des racines postérieures constituaient, à laide des cellules des cornes postérieures et antérieures adjacentes, une série d'arcs diastaltiques à direction antéro-postérieure, indépendants entre eux dans une certaine mesure, et régulièrement stratifiés les uns au-dessus des autres dans toute la hauteur de Taxe spinal (pi. II, fig. 1 et 13) ; et que chacun de ces arcs spitiaux était médiatement relié au sensorium, à l'aide d'une série de fibres eflërentes (pi. III, fig. 1 [6J), etc. Quoi donc d'étonnant à ce que, si chaque arc spinal constitue en quelque sorte un petit système excito-moteur, doué d'une certaine autonomie fonctionnelle, il se trouve isolément intéressé, et que les fibres postérieures qui en émanent le soient concurremment ou à la suite?
De là résulte, dans les conditions morbides, cette inégale répartition des bandes de substance dégénérée, le long de la conlinuilé des faisceaux postérieurs ; de là ces marbrures, ces atténuations irrégulières des colorations pathologiques, qui, accentuées ordinairement au maximum à la région lombaire (là où le processus morbide a intéressé un plus grand nombre d'éléments fibrillaircs), remontent insensiblement pour disparaître au niveau de la région