ATROPHIES SECONDAIRES DES FAISCEAUX POSTÉRIEURS. A
bulbaire, et qui, certes, ne se comporteraient pas de la sorte, si les fibres des faisceaux postérieurs n'étaient qu'une série de fibres continues et solidaires les unes des autres. De là, enfin, la possibilité delà localisation à! emblée de \a dégénérescence atrophique, vers tel ou tel tronçon de Taxe spinal, amenant à sa suite des troubles ataxiques dans la coordination- de certains actes moteurs subordonnés, autres que ceux qui sont propres aux fonctions locomotrices des membres inférieurs; de là, en un mot, des formes nouvelles et possibles, sous lesquelles les lésions ou les perturbations fonctionnelles des différents tronçons de Taxe spinal pourront successivement se révéler (1) !
é. — L'état d'intégrité relative dans lequel on trouve les fibres des faisceaux latéraux, alors que celles des racines et des faisceaux postérieurs sont intéressées, semble èlre, au premier abord, une objection sérieuse contre le mode de constitution des fibres latérales de l'axe, tel que nous Tavons précédemment formulé (page 82) ; car on est amené à se demander avec une certaine apparence de logfque, comment il se peut faire que les fibres latérales de Taxe et celles des racines postérieures, représentant la continuité d'un seul et même élément nerveux (ainsi qu'il a été figuré en ô, tlg. A, pi. XIII), soient inégalement, les unes respectées et les autres atrophiées?
A cela nous n'avons qu'une chose à répondre, c'est que nous accepterions l'objection si elle était fondée, et s'il nous était démontré que la totalité de tous les tubes nerveux des racines postérieures fût simultanément lésée. Mais certes, il s'en faut de beaucoup qu'il en soit réellement ainsi ; nous en appelons sur ce fait aux souvenirs de tous les observateurs impartiaux. Jusqu'à quel point est-il possible, un groupe de fibres nerveuses étant donné, déjuger rigoureusement de la proportion des tubes altérés ou respectés? Et jusqu'à quel point, en présence d'un ' fas^'icule grisâtre, formé de la juxtaposition de cinquante ou
(1) Les troublei de la coordination des mouTements intrinsèques ou extrinsèques des globes oculaires^ observés dès le début, et quelquefois même avant l'apparition des symptômes d*ataxie locomotrice des membres inférieurs, semblent en effet prouver que les régions les plus élevées de Taxe spinal (pi. X, flg. 1 et 2) sont, aussi bien que les inférieures (pi. V), aptes à subir d'emblée les premiers effeto de la dégénérescence atrophique.
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soixante tubes « est-il permis de se prononcer (en se semràiit d*un grossissement de 250 diamètres) sur Tintégrité ou la dé* générescence d'uii certain nombre d'entre eux? Est-ce qu'il ne peut pas se taire que tel tube qui parait seulement granuleux^ en un point de la continuité, et légèrement atténué 4 soit, à quelques millimètres plus loin/ pourvu de caractères airophi* ques moins accusés (1)? Et d'ailleurs, est-ce que, en raisonnant par analogie, le fait que nous avons rappelé tout à l'heure à propos des fibres optiques, ne nous prouve pas d'une fai^on significative que fwtmi les fibres centripètes, il y a sous la même enveloppe des fibres juxtaposées, dont les unes sont intéressées et les autres respectées? D'une autre part, en envisageant seulement les phénomènes qui touchent aux fibres sensitives dés racines postérieures, est-ce que la plupart des symptômes cliniques observés ne sont pas presque tous concordants, pour prouver que les fibres ràdiculaires postérieures n'ont pas été toutes à la fois intéressées par le travail de la dégénérescence f Dans presque toutes les observations, eii effet, il est dit que les malades examinés au point de vue des phénomènes sensitifs, n'étaient ni complètement anesthésiques, hi complètement analgésiques ; ils avaient tous la notion (plus ou moins confuse il est vrai) des régions du tégument cutané intéressé, lorsqu^on les pinçait ou qu'on les excitait d'une façon quelconque. Preuve évidente que certaines impressions sensitives remontaient encore au centre perceptif, et que les voies parcourues par elles n'étaient pas encore complètement interrompues! Si l'on songe encore à la proportion relativement minime (pi. XIII, fig. 4 [5] ) des élé* ments appartenant aux racines postérieures qui jouent un rôle dans la constitution des faisceaux latéraux, et par conséquent à la petite quantité de fibres nerveuses demeurées indemnes, néces* saires pour maintenir leur intégrité appai^énte, on arrivera à
(1) Dans Tctat actuel de nos connaissances anatomiques, nous sommes fort peu éclairés sur la proportion de tubes pervcut qui entrent dans la constitotion des fascicules isolés des racines postérieures : les détails relatifs k leur dénombrement, i leur répartition inégale dans les deux sexes (page 30), à leurs Tariations aux difGé* rentes phases de la vie, font, à l'heure qu'il est^ presque complètement défunt : 9uaai les déductions d'auatomie pathologique qui leur sont relatives^ nom sciiiblait-eltef devoir être encore très-réservées.
ATROPHIES SBOONDAllUn DBt FAItCBAim AKTÉRIBURS. A96
oomprendre le mécanisme en vertu duquel, lorsque les Bbrilles des ftiisoeaux postérieurs de l'axe sont intéressées par le fait de la dégénérescence atropbique 4e la plupart des fibres radiculaires postérieures, celles des faisceaux latéraux peuvent conserver leurs caractères normaux par suite de Tinégale répartitioti du processus morbide, et de l'intégrité d*un certain nombre de fibrilles radi* cataires postérieures (fibres conductrices des impressions eon«* scientes)»
ftl. •« Alr^pattéë ÉMeMénIréli «es i4«lèM «MéHéaipé* èè fe'nè
Les fibres des racines antérieures, dans les cas de dégénérescence atropbique des faisceaux postérieurs, de Tataxie locomo*trice, ressentent plus ou moins, suivant l'ancienneté des lésions, le con Ire-coup du processus morbide qui a frappé sur leurs congénères^ elles sont quelquefois grisâtres, moins fermes que d'habitude, et d'autant plus profondément intéressées que les fibres radiculaires postérieures, dont elles sont plus particulière ment solidaires^ sont plus ou moins avancées dans leur période régressive»
L Mais ce ne sont là que des lésions passives, qui ne les intéressent pas directement dans leur centre nutritifs aussi^ quel que soit le degré d'atrophie auquel les fibres radiculaires postérieures sont arrivées, ne sont-elles jamais aussi profondément atteintes, que lorsque ce sont leurs véritables centres trophiques eux-mêmes, c'est-à-dire les cellules des cornes antérieures (1), qui sont plus ou moins dégénérés. Dans ces cas, la lésion des racines antéHeures est en générai circonscrite à un segment de l'axe spinal, et se rcBcontre souvent plus caractérisée d'un côté que de Tautre, quand le travail pathogénique a inégalement réparti son action.
Dans un fait de ce genre (2) où Tatrophie des racines antérieures, localisée à la région brachiale, prédominait d'un côté, nous avons pu constater que la substance grise des cornes antérieures avait été inégalement le siège d'une vive hypérémie accompagnée
(I) Recherches de Waller, foc. cit.
(I) Uyfj Compta rtfiéM de lu Sooiéié di kMo§kt tSSOi Pi M«
A96 ARATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE.
d'exsudation ; que les grandes cellules antérieures, privées deleors connexions avec les fibres radiculaires correspondantes (pi. XK), avaient presque complètement disparu au milieu des granulations exsudatives; que celles qui survivaient étaient en période régressive, et qu^enfin de nombreux corpuscules amyloldes, preuves manifestes du ralentissement local des phénomènes nutritifs, étaient répandus en très-fortes proportions. Chose remarquable! la lésion qui s'était tout d*abord localisée dans la substance grise antérieure du côté gauche, s'était propagée, grâce aux fibres anastomotiques grises de la commissure grise antérieure (pi. XI, fig. 3), aux régions homologues du côté opposé, et cette dégénérescence secondaire des cornes grises antérieures avait à son tour, par continuité du tissu, entraîné l'atrophie des fibres radiculaires antérieures auxquelles elles donnaient naissance!
IL L'étude du mode de constitution, des rapports et des connexions des faisceaux antérieurs avec les cellules des cornes antérieures d'une part, et avec celles du corps strié d'une autre part (pi. IV, fig. ô, 11), rend assez bien compte de leur intégrité, lorsque leurs homologues des régions postérieures sont intéressées, et explique leur atrophie, lorsque les régions supérieures cérébrales, d'où elles soutirent leur principe d'action, viennent à être frappées de dégénérescences diverses.
Lorsque les corps striés sont en effet atrophiés (soit primitivejment, soit consécutivement à des perturbations nutritives surrenues dans les régions de la périphérie corticale), les fibres spinales antérieures subissent le contre-coup des altérations de leur centre nutritif; elles s'atrophient à leur tour, et l'on constate alors ces atrophies (/e^c^n^/ân^es qui, se propageant d'une façon centrifuge, le long de la continuité des fibres spinales antérieures (pi. 111, fig. 2, et pi. XV et XVI, fig. 1), frappent tout d'abord le pédoncule cérébral correspondant, puis la pyramide, puis le faisceau antérieur du côté opposé, après l'entrecroisement de la région bulbaire.
Il est curieux de noter, à ce propos, que si les fibres fasciculées postérieures et antérieures sont, au point de vue de leur fonctionnement physiologique, dans de§ rapports inverses-, si les unes servent de voies de propagation aux actions nerveuses suivant une
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direction centripète, et les autres suivant une direction centrifuge^ elles sont aussi dans leurs états morbides, frappées d*une façon dissemblable : pour les unes le travail d'atrophie s'avance des régions périphériques vers les centres, dans une direction ascendante, et suit la direction physiologique des impressions sensorielles (pi. Il) : pour les autres, il se propage des régions centrales vers les régions périphériques ; il suit la même route que parcourent les incitations motrices, dans les conditions du fonctionnement normal (1).
§ 3. — Atroplile* seecndalres de* flbreii eondiietrleefl des lmpre0«loBs
optiques.
L'étude des altérations subies par les dépôts de substance grise des régions centrales, lorsque les fibres sensorielles avec lesquelles ils sont en connexion, viennent à être frappées de dégénérescence dans les régions périphériques, est encore trop imparfaitement faite pour que nous prétendions en donner un résumé complet. Au milieu de lous les matériaux épars dans les collections scientifiques, nous avons seulement pu recueillir quelques détails précis, intéressant particulièrement les voies parcourues par les impressions sensorielles optiques et les impressions olfactives.
Il est très-fréquent de rencontrer les fibres optiques dégénérées, dans une partie ou dans la totahlé de leur parcours, chez des individus atteints d'anciennes amauroses (2); ces fibres sont, en effet, atrophiées dans leurs éléments, réduites à rélal de cellulosité transparente, et offrent des teintes grisâtres ou jaune anjbré
(1) On trouve dans lu thèse de Turner le récil détaillé de faits de ce genre, et des exemples d'atrophie descendantes trcs-reniarquables, qui confirment les détails que nous avons si^alés déjà à propos de la constitution des rapports, et de l'eutrecroisement des fibres antérieures de l'axe {Thèse de doctorat^ Paris, 1856). Le tra\ail de Lanccrcaux sur l'amaurosc contient des cas analoj^ues. (Obs. 1, p. 49 et obs., II, p. 53 {Archives de médecine, 1864, t. I).
(2) Ce fait ne nous parait pas constant; j*ai vu en ellet chez un aniaurotique dont les cléments de la rétine étaient trcs-hien conserves, une grande partie des fibres optiques respectées. Les nerfs ciliaires étaient seuls dans ce cas tout particulièrement dégénérés.
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A9B ANATOMiB PATHOLOQIQOB SPÉCIALE.
caractéristiques, La dégénérescence se propage ordinairemMt dans une direction centripète jusqu'aux corps genouillés d'abord, et ensuite jusqu'aux tubercules quadrijumeaut (1)» C'est ao moins ce qui résulte de certains faits relatés par les observateurs»
Longet (2) rapporte des exemples concordantii Dans Tobser»» vation de Triandiëre citée par Lallemand (S), il s'agît d'un homme de vingt-neuf ans^ chess lequel on constata, outre une atrophie de l'hémisphère droit et de la couche optique correspondante, uae atrophie du nerf optique et des tubercules quadrijumeaux du même côté.
Dans une circonstance semblable, Dupuy, chea une femme amaurotique depuis neuf ansi rencontra une atrophie des nerCs optiques, qui avait gagné les corps genouillés, et s*était propagée jusqu'aux tubercules quadrijumeàux (â).
Labordé a présenté à la Société anatômique un bel exemple d'atrophie d'un lobe cérébral, avec atrophie correspondante delà bandelette optique, des corps genouillés, et des tubercules qusdrijumeaux du même côté (6).
Lancereaux, chez un sujet atteint d^amaurose, à noté aussi avec Une atrophie des bandelettes optiques, uhe atrophié correspondante des corps genouillés et des tubefcul<% qdadrfjumeaux (0).
Ces faits tendent donc à confirmer ce que nous avoirs précédemment avancé, et à faire admettre la solidarité intime de certaines régions périphérique^ du système nerveux àVee les régions centrales correspondantes.
(1) n est à noter que dans les c&s oû^ avec une atrophie des fibr^ optupies, les corps genouillés et les tubercules quadryumcaux n*otit pas paru, ft la me siifeple, atrophiés ou dégénérés, il n'en faut pas conclure que les éléments histologiques àe ces deux amas de substance nerveuse étaient à l*état sain. Dans deut eus de ce genre, avec une apparence extérieure à peu près normale, mva atnlis retteontré «ne ééfénérescence profonde des cellules nerfeuses qui étaient toutes ^s on Mote n période régressive.
(2) Longet, Anaiomie et physiologie du système nerveux, l. I, p. â7S.
(3) Lallemand, Uttres sur l'encéphaie, t. III, p. 269.
(4) F. Dupuy, Comptes rendus de la Société de biologie, 2* sér., t. V, Paris, 185S, p. 37.
(5) Laborde, Bulletins de la Société anatômique^ 1S60, |>. 4tt.
(6) Lancereaux, Archives de médecine, 4864, obs. 1.
ATROPHIBS StSCOfVDAlRBS DBS AÉGlOfVS OLt^AGTlVES. A09
•IflMliTeSft
Nous aroDS dit précédemmeut que les impressions olfactives» après s'être disséminées dans le centre antérieur de la couche optique étaient de là plus particulièrement irradiées vers certaines régions de la périphérie corticale, vers celles de Thippocampe en particulier, et que le développement de cette circonvolution, et celui des fibres blanches qui en émergent (la voûte, les piliers), étaient proportionnels à la multiplicité des fibres olfactives périphériques, etc.
Les faits d'anatomie pathologique viennent confirmer cette manière de voir, en nous montrant que lorsque les nerfs olfactifs sont atrophiés, les hippocampes le sont pareillement, et que d'une manière inverse, lorsque les nerfs olfactifs sont seuls respectés au milieu de Tatrophie générale des lobes cérébraux, les hippocampes sont dans un état d*intégrité concordant.
Treviranus, dans un remarquable travail que nous avons précé« demmenicité, s'est déjà préoccupé de ces rapports. Il cite à l'appui de son opinion les deux exemples qui suivent : « Tiedmann, dit-il, chez un enfant qui vint sans nez, ne trouva pas de nerf olfactif; la voûle et les hippocampes n'étaient pas dévelop* pés. > Il rapporte à la suite la description qu^a donnée Rudolfi du cerveau d'un enfant, dont les nerfs optiques et olfactifs manquaient du côté droit : Thippocampe du même côté était à peine développé; il n'y avait pas de traces de bandelette semi-circulaire ^ pas plus que de pilier antérieur; le tubercule mammillaire correspondant faisait également défaut.
Dans Tobservalion de Triandière, déjà citée, le nerf olfactif et l'hippocampe manquaient simultanément du côté droit.
I^a première observation de la thèse de Turner indique encore que le nerf olfactif étant atrophié du côté droit, Thippociimpe du même côté, la moitié correspondante de la voûte» et le tubercule mamillaire étaient atrophiés (2).
(1) Treviranus, Journal œmplémemtaire du dictionnaire des sciences médicales^ t. XVII, p. 32 et suiv.
(2) Torner, Thèse de doctorat ParU^ 1850.