PARALYSIES SENSORIELLES
n'accusa aucune douleur, et ne s'aperçut même pas que cet œil était affecté ; elle ne pouvait avaler aucune substance nutritive qui ne fût à l'état liquide. La faiblesse allant croissant, elle mourut le 5 octobre 4 S23, après avoir langui pendant plus de deux années à la suite de la première attaque convulsive, et près de quatre ans depuis le commencement de la céphalalgie.
Autopsie, — Les membranes étaient exemptes d'altération, la substance corticale était plus molle que de coutume, il y avait du liquide dans les ventricules, etc. Les couches optiques étaient un peu augmentées de volume et Irrégulières, elles étaient entièrement converties en un tissu fongueux que Hunter, qui a rédigé l'observation, considère comme un fongus hématode; une incision longitudinale, pratiquée suivant l'épaisseur d'une des couches optiques, offrait l'aspect d'un caillot sanguin. Les corps striés Q*étaient pas altérés, les nerfe optiques offraient une teinte plus foncée qu'à l'ordinaire, mais leur texture ne semblait pas altérée, etc.
A la suite de celle remarquable observation dont la portée assurément n'échappera à personne, nous allons en citer une autre qui présente avec elle, au point de vue des troubles fonctionnels observés et de la localisation des lésions cérébrales, les plus grandes analogies.
Il s'agit en effet d*un enfant de deux ans, dont les deux yeux étaient amaurotiques et chez lequel Poule paraissait manquer : l'absence du sens du goût était telle, qu'il avalait indifféremment tout ce qu'on lui mettait dans la bouche -, on n'a rien fait pour s'assurer s*il percevait les odeurs; les fonctions respiratoires et digestives ne présentaient rien d'anormal. Il succomba à une hydrencéphalie. On constata, à l'autopsie, que le corps calleux, les corps striés et les couches optiques ne formaient plus qu'une seule et même masse homogène, adhérente aux membranes cérébrales ; les nerfs olfactifs étaient mous, les nerfs optiques plus minces que normalement (1).
On trouve encore dans les recueils scientifiques une observation analogue mais qui est sans valeur, puisqu'il n'y a pas eu d'au* topsie : il s'agit en effet d'un homme adulte, qui devint d'abord amaurotique, qui perdit ensuite l'ouïe, et deux années après, la perception des impressions tactiles (2) .
(1) Obs. citée par Treviranus, Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, t. XVII, p. 27.
(2) Obs. de Defermon, Archives de médecine, Paris, iS28, t. XVI, p. â43.
II. Si maintenant nous faisons le dénombrement dés principaux exemples de lésions partielles de chaque couche optique, nous Toyons une série des troubles fonctionnels se produire à leur suite, et la perception de tel ou tel ordre d'impression sensorielle être isolément intéressée.
En général, les désorganisations du tissu ne sont pas tellement bien circonscrites, qu'elles ne donnent pas lieu à des perturbations sensorielles complexes : tantôt, en effet, ce sont les impressions optiques et sensitives, tantôt les impressions optiques et acoustiques qui se trouvent Simultanément intéressées, tantôt même ce sont les impressions sensitives et les facultés locomotrices qui sont frappées du même coup. Dans la presque généralité des cas, la perte de la fonction sensorielle et le siège de la lésion qui la provoque, sont croisés, comme dans toutes les hémiplégies(l).
(1) Voici le résumé des principales observations qui nous ont servi à établir nos conclusions relatives aux troubles fonctionnels des couches optiques ;
Obs. I. — Faits observés par Serres. Quand la couche optique ett détraitt dans sa profondeur, la vision n'est perdue que lorsque la désorganisation pénètre au niveau du point de départ de la commissure molle (pi. XUI, fig. 1 [•>]}. (Serres, Anatomie comparée du cerveau^ t. II, p. 707).
Obs. II. — Ramollissement des couches optiques; diplopie. (Abercrombie, Des maladies de Vencéphale et de la moelle épinière, traduction de Oendrin, 1835, p. 1S3.)
Obs. III. — Destruction des couches optiques par un foyer purulent ; extinction de la vision. (Bail, Mémoire sur l'épilepsie symptomatique^ Recueil des trav. Société médicale d*obsei^ation^ Paris, 1859, fasc. VI, p. 113.)
Ces. IV. — Enfant de onze ans. Cécité complète; strabisme. Tumeur hydatiqoe comprimant les couches optiques, et principalement celle de droite. (Faton, Sociiti anatomique^ 1848, p. 344.)
Obs. y. — Homme, trente ans. Perte complète de la vision. La couche optique gauche est dilatée par une tumeur encéphaloïde du volume d'une peUte pomme, s'avançant dans la cavité ventriculaire, après avoir déplacé le septum jusqu'à U couche optique droite. [Médical Times, 1850, p. 622.)
Obs. VI. — Cécité. Lésion des couches optiques. (Marcé, Mémoire sur la démence sétiile, in Gazette médicale de Paris, 1863, obs. XXI.)
Obs. VII. — Femme, vingt-sept ans. Vision presque entièrement perdue à droite et ailalblie à gauche. Induration au niveau de la couche optique gauche; à droite, petite tumeur avoisinant la couche optique, qui n'est pas, est-il dit, notablement altérée. (Lancereaux, Mémoire sur Pamaurose^ in Archives générales de médecine, 1864, p.62.)
Obs. VIII. — Cécité complète. Deux foyers d'époques différentes dans chaque couche optique. (Obs. d'Ant. Quaglino, rapportée par Lancereaux, foc. cit.., p. 202.)
Oté, IX. — Abolition de la vision & droite; pupilles peu mobiles. Apoplexie de
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a. DAns les cas de lésions isolées des couches optiquesi ce sont les impressions optiques qui paraissent être le plus fréquemment intéressée^.
la couche optique gauche. (GruTeiibier, Anaiomie pathologique ^ XXXII* Mre,, p. 9.)
Obs. X. — Œil gauche rouge et douloureux ; amblyopie. Les couches optiques paraissent déprimées; la droite présente, dans sa portion centrale^ les traces d'un ancien caillot. (Gros et Lancereaux, ^^ec/ion* nerveuses syphilitiques, Paris, 1861, p. 245.)
Obs. XI. — Apoplexie; yeux agités de mouvements conyubifs; pupilles inégales; coma; mort rapide. Hémorrhogie récente dans la couche optique. (Hillairet^ Archives de médecine^ t. I, 1858, p. 256.)
Obs. XII. — Ramollissement de la couche optique droite ; pupilles très-dilatées. (Aodral, Clinique, t. Y, p. 422.)
0B8. XIII. -^ Lési(m directe. Amaurose de l'œil gauche; la pupille gauche est continuellement dilatée. Le centre de la couche optique gauche contient un ancien foyer. (Mackensie, t. Il, p. 813.)
0b8. XIV. «^ Homme, cinquante ans. Hémiplégie du bras droit, perte de la vision du même côté. Ancien foyer dans la couche optique gauche. (Mnrcé, Gazette médicale, 1863, p. 24.)
Obs. XV. — Affaiblissement de la vision. Foyer dans la couche optique. (Marcé, mémoire cité, obs. XVII.)
Obs. XVÎ* — Id., id. Anciens foyers de ramollissement dans chaque couche optique. (Id., loc, cit., obs. XVIII.)
Obs. XVII. — Poralysic à gauche arec strabisme et perte de la" vision. Ramollissement de la couche optique droite. (Lallemand, Lettre sur ^encéphale, 1. 1, p. 138.)
Obs. XVIII. — Hémiplégie ancienne avec contracture à gauche; diminntion de la Tue du même côté. Néoplasme dans la couche optique et le corps strié du côté droit, (Lancereaux, mémoire cité, p. 58.)
Obs. XIX. — Obtusion de la sensibilité; hémiopie. Deux petits foyers dans la eonche optique gauche. (Ghaillou, Société anatomique, 1863, p. 72.)
Obs. XX. -« Enfant de trois ans. Hémiplégie du mouvement et de la sensibilité; la vision est pareillement abolie de ce côté. Tubercule comprimant la couche optique droite. (Garnier, Société anatomique, 1856, p. 328.)
Obs. XXI. — Anesthésie générale et cécité. Cicatrices multiples dans les couches optiques des deux côtés. (Marcé, mémoire cité, obs. XV.)
Obs. XXIÎ. ^- Paralysie complète du mouvement et de la sensibilité à droite. Foyer dans la couche optique du côté opposé sur la limite de séparation avec le corps strié. (Cruvcîlhier, Anatomie pathologique, livraison V*, in-folio).
Obs. XXXIII. — Perte de la sensibilité et du mouvement à gauche. Foyers dans la couche optique droite intéressant les régions externes du corps strié (Id., ihid.)
Obs. XXIV. — Hémiplégie; perte de la sensibité ; dilatation des pupilles. Ramollissement de la couche optique droite. (Andral, Clinique, t. V, p. 422.)
Obs. XXV. — Exaltation de la sensibilité à gauche, avec cécité et affaiblissement