‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 109 sur 133 · PARALYSIES ET TROUBLES DE LA MOTRICITÉ VOLONTAIRE · texte numérisé non relu

PARALYSIES ET TROUBLES DE LA MOTRICITÉ VOLONTAIRE

Ob9. m. — Femme, soixante-treize ans. Chute subite sans perte de connaissance ; lorsqu'on Texamina on constata une hémiplégie des membres droits et la conservation de Tintelligence ; la sensibilité interrogée fut déclarée intacte des deux côtés, la malade ne parlait jtas. Cette malade ayant succombé à une complication pulmonaire, on constata, à Tautopsie, que le corps strié seul du côté gauche était réduit en bouillie, et que la couche optique du côté correspondant était parfaitement saine. (Andral, loc. cU,, p. 442.)

Je dois à Tobligeance de M. le docteur Colombe! Tobservation suivante, recueillie en 1800, dans le service de M. le docteur Briquet, a la Charité ; en voici le résumé :

Obs. IV. — Femme, quarante-sept ans. Elle s'aperçut un matin que son bras gauche devenait inhabile à se mouvoir, et elle ressentait en même temps une céphalalgie très-vive : dans la journée, le membre inférieur correspondant se paralysa à son tour : transportée à Thôpital, on constata le lendemain malin une paralysie complète du mouvement à gauche, avec une intégrité complète de la sensibilité. Deux ou trois jours après, des signes de congestion encéphalique se déclarèrent, la malade tomba rapidement dans le coma et succomba. On constata, à Tautopsie, outre Thypérémie des méninges, l'existence d'un foyer hémorrhagique circonscrit exactement à la substance grise du noyau extraveotriculaire du corps strié droit ; le foyer hémorrhagique avait détruit presque complètement l'espace représenté en 8, 8', et 7, 7', planche XXV; l'arcade externe était particulièrement méconnaissable, quant à l'arcade la plus interne, elle nous a paru respectée.

Il est bon d'ajouter que la malade, à son entrée à Tbôpilal, répondait parfaitement, quoique avec lenteur, aux questions qu'on lui adressait, et que la couche optique du même côté était respectée.

H. Quand la substance grise du corps strié, loin d'être désorganisée comme dans les cas précédents, est seulement refoulée sur elle-même ou comprimée par une tumeur, le champ de l'activité cérébelleuse périphérique se trouvant de la sorte diminué de moitié, il en résulte certains phénomènes curieux, soit do

au\ soins lie ses affaires. Il est xraisemblablC; qu ajani conservé jus(iu au dernier moment son intcUigeuce, s il eût tic anesthésiquc il en eût parle, ou bien que Ton s'en serait ai)cr4;u.

LlYS. ^•**

Ôi6 LÉSIONS DES CORPS STRIES.

rotation circulaire (1), soit d'entrainement latéral dans la progression.

On voit en effet des nmalades, ainsi que Ta indiqué Mesnet (2), qui, lorsqu'on les incite à marcher en ligne droite, sont inévitablement entraînés à incliner leur progression dans un sens qui est toujours le môme; celui dont il a rapporté l'observation, et qui avait une tumeur comprimant le corps strié droit, était entraîné constamment vers le côté correspondant. On peut présumer en effet que, dans ce cas, le corps strié gauche continuant à recevoir son influx cérébelleux physiologique, pesait en quelque sorte sur l'équilibration générale en vertu de sa seule prépondérance d'action, et déterminait ainsi le sens de la déviation (pi. I, (ig. &). Voici, du reste, le résumé de cette curieuse observation :

Obs. V. — Homme, quarante-deux ans. Aspect d'hébétude générale, faciès tiré, triste^ son regard est languissant^ sa parole traînante, ses réponses lenteSf toutefois elles paraissent exactes; céphalalgie remontant à plus de deux ans, ayant son siégea la partie antérieure droite de la tète, diminution des forces, attaques épilepti formes. Son caractère a beaucoup changé^ il est mélancolique, son père ajoute qu'il est devenu d^une docilité extrême, qu'il obéissait à sa femme et se laissait même battre par elle. Légère déviation des traits de la face, la force du membre thoracique gauche parait moindre qu*à droite ; en faisant marcher le malade, on ne constate pas de faiblesse anormale du côté gauche. 11 meut volontairement ses membres, tourne sur lui-même sans hésitation, mais il est toujours entraîné vers la droite, de sorte qu'il va se heurtant, soit aux murs, soit en accrochant les lits qui sont de ce côlé; cet entraînement se remarque chaque fois qu'il veut marcher, et se montre avec d'autant plus d'évidence quïl marche dans un couloir ou dans un endroit rétréci. Accès épileptiformcs répétés, épuisement progressif des forces, extinction graduelle des facultés inlellectuelles, qui sont de plus en plusi énuées de toute spontanéité^ les réponses sont précises, mais très-lentes, et la somme dinlelligonce est encore suffisante pour permettre chaque malin quelques minutes d'entretien ; la mémoire des choses récentes seule fait défaut ; le sommeil est troublé par des rôves pénibles; il lui arrive souvent de tomber de son lit pendant qu'il dort, et c'est toujours du côté droit qu'il roule à terre.

(1) Ce sont des phénomènes analogues à ceux qui constilucnt le tournis chez Ic^ bétes ovines.

(2) Mosnet, Des mouvements circulaires (Archives de médecine, 4862, t. I, p. 513).

LÉSIOKS DE Là SUBSTANCE CORTICALE. ÔA7

La progression devenant de plus en plus impossible il reste dans un état d'abattement continu et s'éteint insensiblement. On trouve, à l'autopsie, la moitié antérieure du ventricule droit complètement effacée et remplie par une tumeur blanchâtre, dure au toucher, arrondie à sa surface, et ayant refoulé en arrière le genou antérieur du corps calleux vers le corps strié, qui lui-même est aplati et refoulé sur la couche optique; ces deux derniers organes ont leur couleur normale, mais leur consistance semble un peu moins grande que celle des parties du côté gauche, etc.

§ 3. •"• fjémîonM de la «alMUiiiee eorlicale.

Les recherches d'anatomie et de physiologie que nous avons précédemment exposées nous ont amené à conclure que la substance grise des circonvolutions était le dernier terme d'arrivée des impressions sensorielles; que c'était bien là, en déflnitive, qu'après avoir subi l'action métabolique des différentes agglomérations de cellules interposées sur leur passage, elles venaient se disséminer, pour être reprises par les cellules cérébrales, métamorphosées en idéeSj et devenir, sous des formes nouvelles, les matériaux indispensables à l'accomplissement des opérations de l'entendement, etc.

D'après ces données, Télat d'intégrité du substratum qui reçoit ces impressions, et la vitalité des éléments qui les élaborent, étant les conditions matérielles indispensables aux manifestations intellectuelles, on comprend naturellement comment, lorsque l'un des mille chaînons à travers lesquels elles évoluent viendra à être interrompu, comment, lorsque les cellules cérébrales ellesmêmes, intéressées dans leurs aptitudes dynamiques (soit parle fait d'une sorte de stupeur locale, soit par le fait d'extravasations plastiques), seront dissociées dans leurs connexions réciproques, les opérations délicates de Tintellect aux manifestations desquelles elles concourent d'une façon si active, seront ipso facto entravées, et cela d'une façon d'autant plus accentuée, qu'une plus forte proportion d'entre elles aura été intéressée.

C'est, en effet, ce qui arrive dans la réalité des choses. Nous avons déjà vu qu'à la suite de certaines lésions de l'encéphale, des troubles variés de la mémoire pouvaient apparaître (voy. page 368) ; que certaines lésions localisées en un point de la périphérie corticale pouvaient, dans certaines circonstances, porter

5A8 LÉS10?ÏS DE LA SUBSTANCE CORTICALE.

atteinte à rencliatnement des actes multiples qui constituent le langage articulé, etc. (voy. page â02). Il nous reste, pour confirmer nos assertions, à passer rapidement en revue les cas dans lesquels le fonctionnement inlellectuel étant réduit au minimum, la substance organique à Taide duquel il se révêle, est pareillemeut dégénérée dans une proportion équivalente; nous voulons parler de la démence proprement dite.

L'état de démence en effet, qu'il soit simple, et succède à une Xisure spontanée des éléments du cerveau (démence sénile) , ou qu'il soit consécutif à des troubles circulatoires chroniques, ayant dissocié lentement les éléments de la substance corticale (paralysie générale), constitue le spécimen le plus saisissant, capable de faire comprendre la solidarité intime qui relie les manifestations fonctionnelles aux appareils qui les exécutent. La disparition des facultés intellectuelles suit en effet les mêmes phases régressives que l'atrophie des éléments histologiques; et ce n'est assurément pas un spectacle dénué d'intérêt, que de constater qu'en même temps que s'effectue la dissociation et l'extinction graduelle des opérations de Tentendement, les régions corticales où elles s'opèrent et où elles se combinent, sont frappées du même coup, et présentent dans leurs éléments fondamentaux, soit des dégénérescences variées, soit des nécrobioses^ soit des déchirures, et des interruptions dans la continuité de leurs réseaux.

L Nous rappellerons tout d'abord que la démence, quelles que soient les causes qui l'ont provoquée, n'est que la période terminale où convergent toutes les vésanies, et qu'elle est caractérisée, au point de vue symptomatique, par un état d'apathie progressive, une imbécillité croissante, et l'abolition de toutes les facultés intellectuelles et morales.

Après avoir présenté, dans les premiers temps, des troubles variés de la mémoire, de l'hébétude dans les opérations du jugement, de l'incohérence dans les idées d'abord puis dans les mots, et finalement dans leurs actions, les déments perdent peu à peu la notion exacte des choses de la réalité; les impressions sensorielles n'arrivent plus dans leur centre perceptif {\\xq d'une façon confuse et vague, et les stimulations qu'elles y déterminent restent sans portée, elles sont amorties sur place, et ne provoquent plus à

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