TROUBLES SENSORIELS
lion de la céphalalgie. On a noté encore dans les intervalles, soit une voracité extrême, comme dans certaines formes de paralysie générale, soit une anorexie complète.
IV. Troubles sensoriels. — a. Les troubles de la vue sont notés fréquemment dans les observations de lésions du cervelet : outre l'amaurose double que nous avons constatée 17 fois sur 100, il existe encore un grand nombre de cas dans lesquels les facultés accommodatrices de l'œil et la puissance visuelle ont été simultanément intéressées, et cela d'une façon très*rapide. C'est ainsi que chez un grand nombre de malades qui ne sont pas encore amaurotiques, on note que leur regard devient fixe, hébété, inexpressif, tandis qu'ils accusent un affaiblissement rapide de la vision en vertu duquel ils ne peuvent plus voir les objets qu'à une distance excessivement rapprochée, etc.
Par quel mécanisme l'amblyopie et l'amaurose accompagnentelles si fréquemment les lésions du cervelet ? Y a-t-il entre ces deux phénomènes des rapports de simple coïncidence ou de cause à eflet? Faut-il penser que par le fait d'une destruction partielle de la substance cérébelleuse, les appareils musculaires qui mettent en jeu les différentes pièces de l'appareil optique, venant à être aussi frappés d'asthénie, entraînent par cela même la paralysie de la rétine? Faut-il, au contraire, ne voir dans ce phénomène morbide que le résultat plus ou moins immédiat d'une compression portant sur les tubercules quadrijumeaux, ou les noyaux d'origine des nerfs moteurs de l'œil?
Ce sont encore la des questions trop récentes, et depuis trop peu de temps mises en lumière, pour qu^on puisse tenter de leur donner actuellement une solution satisfaisante. Il est néanmoins curieux de rappeler qu'Auguste Ollivier et Leven, dans leurs expériences, en pratiquant à travers les parois du crâne de simples piqûres d'un lobe cérébelleux, ont constaté Tapparition instantanée de troubles du côté des muscles oculaires; ce qui porte par conséquent à admettre une influence directe de l'innervation cérébelleuse sur les phénomènes de la motricité intrinsèque des appareils optiques.
b. On a encore noté un cerlain nombre de fois la surdité simultanément avec les troubles visuels (9 fois sur 100). Y a-t-il
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encore là une simple coïncidence? Faut-il admettre une destruction par compression des nerfs acoustiques, ou bien une asthénie paralytique des appareils musculaires qui tendent ou qui relâchent la membrane tympanique, et qui serait comparable à l'extinction de la faculté d'accommodation pour l'appareil oculaire? Ce sont encore là des questions à Tétude, et jusqu'ici sans solution rationnelle.
c. Rappelons encore que dans toutes les observations que nous avons dépouillées, jamais, dans les cas simples où le cervelet seul était en cause, nous n'avons eu a noter de troubles du côté de la sensibilité. Quant aux fonctions intellectuelles, jamais non plus elles ne nous ont paru atteintes d'une façon caractéristique.
d. Les renseignements fournis par les difiérents observateurs, relativement aux troubles fonctionnels survenus du côté des appareils de la vie organique, font presque généralement défaut. Aussi, ne ferons-nous que de rappeler qu'on a noté quelquefois, soit des diarrhées incoercibles, soit dos constipations opiniâtres, soit même une paralysie isolée d'un des réservoirs pelviens, quelquefois des syncopes, des défaillances subites, des symptômes d'asphyxie, etc., et souvent même une extinction rapide de l'innervation sthénique qui met un jeu soit les muscles inspirateurs, soit les contractions cardiaques, et, comme conséquence, la mort subite.
V. Rapidité des accidents ultimes. — La susceptibilité extrême du tissu cérébelleux déjà signalée par Rolando, au point de vue de Textinclion rapide de la vie, lorsqu'il vient à être intéressé d'une façon quelconque (1), et d'une autre part, le rôle considérable qu*il joue dans la succession des divers actes de la aïolricité de la vie organique, permettent de se rendre assez bien compte, non-seulement de la rapidité des phénomènes ultimes survenus chez les malades dont le cervelet est désorganisé, mais encore des cas de mort subite dont on constate dans ces circonstances de si frappants exemples.
Sur nos cent observations, en eiïet, nous avons noté que onze
(1) R U est en eiïet très-difficile, dit Rolando^ de pénétrer dans le cervelet dc^ quadrupèdes, sous peiue de les priver tout à coup de la vie.» {Archives, 1823, t. II. p. 372.)
LfiSIONS UK8 APPAREILS CÉRÉBELLEUX PÉRIPUÉRIQUIS. 576
fois les malades alteinls depuis longtemps d'ailleurs des symptômes propres d'une lésion cérébelleuse, ont été enlevés d'une façon rapide, dans l'espace de huit à dix jours par exemple, soit par des accidents convulsifs répétés, soit par des phénomènes de congestion encéphalique survenus à bref délai; et, d'une autre part, qu'il existe une catégorie d'entre eux (14 sur 100) qui ont succombé d'une façon subite. Ainsi, un d'eux a été trouvé mort dans son Ht (obs.VlI), sans agonie; un autre, qui marchait encore régulièrement la veille, s'est affaissé subitement en se mettant à table (obs. XLIII); un autre a été pris de syncope mortelle en s'assôyant dans son lit, etc.
En somme, ces accidents ultimes nous paraissent être assez fréquents, puisqu'en ajoutant ces deux chiffres, nous arrivons an total de 25 sur 100; ce qui semble impliquer que dans le quart des cas où Ton a diagnostique une lésion du cervelet, ori doit s'attendre à un dénoûment rapide (obs. X, XIV, XXI, XXII).
VI. Quant aax désordres anatomo-pathologiques considérés en eux-mêmes, d'après les cas que nous avons analysés, ils peuvent se grouper de la façon suivante :
Au point de vue du siège, les lésions occupaient le lobe droit trente-six fois, le lobe gauche trente fois; six fois seulement elles étaient localisées dans les régions médianes.
Au point de vue de leur nature, elles nous ont paru devoir être ainsi réparties : vingt-deux fois nous avons rencontré des dépôts tuberculeux de volume varié ; vingt fois des tumeurs solides; neuf fois des tumeurs kystiques ; et quatorze fois seulement des foyers hémorrhagiques.
Li0IOMS DES APMRKlLS CÉRÉBELLEUX PÉRIPHÉRIQUES.
L'innervation cérébelleuse incessamment engendrée par raclivité des cellules cérébelleuses, et incessamment exportée à l'aide des fibres pédonculaires, soit dans les réseaux de substance grise de la région bulbaire, de la protubérance, du locus nirjer, ou du noyau jaune du corps strié, rencontre dans cette sphère spéciale
OÙ s'accomplit sa dissémination périphérique, des conditions matérielles qui favorisent et amplifient ses manifestations dynamiques. On comprend donc ainsi comment, lorsque ces réseaux périphériques viennent a être intéressés par des foyers hémorrhagiques ou des dégénérescences variées, cette innervation cesse de se manifester, éteinte en quelque sorte sur place par la disparition du substratum organique qui lui sert de support; et comment encore, dans d'autres circonstances, lorsqu'elle vient à rencontrer sur son passage des indurations de tissu, des solutions dans la continuité de ces mêmes réseaux, elle ne se dissémine plus dans chaque côté de Taxe spinal que sous forme de saccades successives, et de courants interrompus.
De là deux principaux aspects sous lesquels les troubles de Tinnervation cérébelleuse périphérique peuvent successivement se déceler.
Dans le premier cas, ce sont, comme précédemment, des phénomènes A' asthénie des facultés locomotrices qui prédominent; les malades sont fiiibles, ils ne peuvent se tenir debout, leur allure est chancelante, ils ont de la titubation dans la démarche et simulent parfois les troubles locomoteurs de Tétat d'ivresse ; dans d'autres circonstances, les facultés motrices des muscles qui président à Tarticulalion des sons se trouvent seules intéressées; ils ne peuvent s^énoncer qu'avec peine, quelquefois même ils bégayent d'une façon tout à fait signiÛcative (l) (obs. XfiVIII, XLIX, L et suiv.).
Dans le second cas, Tinnervalion irradiée du cervelet étant interrompue dans son mode de répartition à la périphérie, il en résulte qu'elle ne se révèle plus, dans les manifestations motrices qu'elle provoque, que d'une façon intermittente et passagère. Ce sont alors de petites secousses répétées qui apparaissent, et qui se succèdent d'une manière irrégulière et disharmonique, toutes les fois que Tinflux volontaire, dans la manifestation d'une action locomotrice quelconque, fait un appel indirect à Tinnervation cérébelleuse. Dans ce cas, la répartition morbide de Tinflux cérébelleux se décèle par un ensemble de symptômes très-dissemblables et qui varie du tout au tout, suivant l'état de dislocation
(1) Vojei le cliapilrc relatif aux lésions de lu protubcrauee^ page 529.
des réseaux nerveux périphériques, et suivant qu*il est irradié des foyers centraux avec plus ou moins d'impétuosité : de là ces convulsions toniques et cloniques, do ia ces phénomènes choréiformes, soit partiels, soit généralisés, qui n'attestent qu'une chose, c'est le trouble profond apporté au mode de répartition de l'innervation du cervelet dans les régions périphériques, etc.
C'est en effet ce que montre l'observation clinique qui fait voir que les régions de l'axe spinal où se répartit l'innervation du cervelet, sont précisément celles dont les lésions déterminent le plus souvent l'explosion de phénomènes convulsifs.
Il résulte en effet de nos relevés, que lorsque la substance grise de la région bulbaire, celle de la protubérance, et celle du locus niger sont intéressées , on rencontre particulièrement des symptômes convulsifs doués d'une intensité variée, et groupés diversement entre eux. Ainsi, dans des circonstances semblables (onze fois sur quinze) nous avons noté l'apparition de phénomènes choréiformes (1); dans deux cas où la substance grise du loctis niger était seule en cause, par suite de la présence de petites masses indurées dans sa trame, nous avons noté des phénomènes épileptiformes, etc. (obs. LVI, LVII).
C'est encore dans des circonstances analogues, lorsque la sphère de l'activité cérébelleuse périphérique se trouve plus ou moins proAmdément intéressée d'un côté, que l'on a noté chez Thomme ces curieux phénomènes d'entraînement latéral, sur lesquels Nesnet a attiré tout particulièrement l'attention (2). Chez le malade, en effet, dont il a rapporté la curieuse observation, le mouvement d'expansion de l'influx cérébelleux étant entravé, par suite de la compression de la substance grise d'un seul corps strié, et réduit ainsi de moitié (pi. III, fig. 2 et pi. X), il en résultait une prédominance d'action dans les fonctions locomotrices du côté opposé, si bien que les conditions d'équilibration physiologique entre les deux forces bilatérales irradiées incessamment du cervelet-venant à ôlre interrompues, cet homme
(1) Voyez, à ce propos^ le mémoire de Vulpian elCharcot sur la para/ysù agitans, et entre autres le chapitre relatif à la physiologie pathologique du tremblement [Gaz, hebd., 1862, p. 57).
(2) Meftnet, mémoire cité, >oy. page 5A6.
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était entraîné lorsqu'il marchait, en dehors d'une ligne droite, et dévié fatalement de Talignement rectiligne qu*on l'invitait à suivre.
Nous rapportons ci-dessous le résumé des principales observa^ tions qui nous ont servi à grouper les points les plus importants de lasymptomatologie des lésions cérébelleuses.
A. Observations relatives aux lésions des appareils cérébelleux centraux :
Ob8. 1. — Homme, dix-neaf ans. Douleur occipitale au début, intermittente d'abord et bientôt continue ; affaiblissement progressif des forces. Il cesse bientôt de se lever; lorsqu'on le met debout, il est pris d'un tremblement général ; les mouvements des bras et des jambes se font avec toute leur régularité, mais avec une énergie moindre. Syncopes, affaiblissement de la vue, dilatation considérable et permanente des pupilles : il ne perçoit dans les derniers temps les objets qu'à la distance d'un mètre. Masse tobercoleose dans l'hémisphère droit. (Soc. anat,, 4862, p. 7» observ. de Worms.)
Om. II. — Femme, trente-neuf ans. Ëpileptique, ayant eu dans son eiifance des accidents choréiques ; faiblesse croissante, lassitude dans les jambes telle, qu'on la croit atteinte de paralysie générale. Pas de troubles des sens. Atrophie et induration du cervelet. (Observ. de Duguet, Sac. anat.^ p. 9.)
Obs. IIJ. — Femme, soixante-douze ans. Ëpileplique, force musculaire très-faible ; ses lèvres et sa langue tremblent lorsqu'elle est pour parler, à peu près comme chez les paralytiques généraux ; les bras ont des mouvements mal coordonnés ; elle fléchit en avant, et ses jambes s'embarrassent l'une dan? lautre. Sclérose et atrophie du cervelet. (Observ. de Duguet, Gaz. hebdom., 1S62, p. 724.)
Ob8. IV. — Enfant, sept ans. Accidents tétaniformes, pas de paralysie, marche incertaine, mouvements conservés : début subit par des convalsiODS généralisées à forme tonique, sans perte de connaissance. Mort dans un accès convulsif ; durée totale des accidents, quatre mois. Tumeurs tuberculeuses du cervelet. (Observ. d'Horteloup, Soc. anaL, 1862, p. 383.)
Obs. V. — Garçon de quinze ans. A son entrée, vertiges éuint debout, défaut de coordination des mouvements, tendance à tourner de droite à gauche, réponses lentes, membres inférieurs chancelants; commissure labiale abaissée du côté droit, faiblesse des membres du côté droit, chutes subites, vue altérée, amaurose de Tœil gauche d'abord, puis de l'œil droit ; les globes oculaires sont entraînés en haut; iris contractiles, céphalalgie occipitale trèsintense avec exacerba tions, convulsions épileptiformes. Mort par affaiblissement général. Tubercule dans le lobe droit du cervelet avec ramoliiaseinent