PHÉNOMÈNES DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE
née d'une façon non moins concordante (1) : € Ainsi c'est au début une simple gène qui oblige les malades à faire quelque effort lorsqu'ils veulent parler : la voix n'est plus aussi nettement articulée; quelquefois, c'est une simple difficulté dans la prononciation de certains mots, de certaines syllables, un peu de bredouillement, et une sorte de bégayement analogue à celui de rivresse; puis à un degré plus avancé leurs efforts se traduisent par un tremblement particulier des muscles qui entourent la bouche, on les voit séparer les mots dans un même nombre de phrases, et les syllables de certains mots. »
Nous avons rapporté déjà les observations analogues de cer* tains sujets qui, atteints de lésion des appareils cérébelleux centraux et périphériques, ont présenté des troubles de la parole aussi Caractéristiques, et de plus, une excessive lenteur dans la manière d'espacer les différents mots qu'ils prononçaient (page 583, obs. XLI, et page 530, obs. I, H, III, IV) (2).
Les troubles de la motricité du côté des appareils oculaires sont encore indiqués de part et d'autre d'une façon presque identique ; le strabisme, Tinégale dilatation des pupilles, et même certaines amauroses que les recherches de la physiologie expérimentale ont rattachées dans ces derniers temps d'une façon si inattendue aux lésions du cervelet, sont en effet une série de phénomènes morbides qui sont communément inscrits parmi les symptômes classiques de la paralysie générale (3).
Disons encore, pour compléter cette série de rapprochements, que les troubles des fonctions organiques, tels que la dysphagie, le relâchement des sphincters, certaines formes de boulimie que
(1) Dagonet, 1(h:. cit., p. 421.
(2) Nous avons indique déjà page 379 et 428 quelles étaient les conditions des appareils musculaires qui servent à Tarticulation des sons, dans leurs rapports avec les foyers d'innervation cér/ibellcuse, et comment les muscles linguaux droits et gauches en particulier, coi^jng^és l'un à Tautre^ étaient en quelque sorte solidaires et responsables les uns des autres, dans leurs évolutions locomotrices. On comprend comment cette fusion intime, qui est la condition lic leur unité d'action^ devient par cela même une prédisposition particulière à la propagation de leurs troubles fonctionnels; et comment l'inégale répartition de l'influx cérébelleux d'un côté, par exemple, retentit en quelque sorte du côté opposé, et multiplie ainsi les eflcts morbides.
(3) Billod, De Vamaurose et de ^inégalité des pupilles dans la paralysie générale (Annales médico-psychologiques ^ iS^^^ t. II, p. 317). .
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Ton observe encore chez certains sujets atteints de lésions cérébelleuses (page 673), se retrouvent pareillement chez les paralytiques généraux arrivés à leurs dernières périodes; les phases ultimes sont donc de part et d'autre confondues dans une réunion de symptômes identiques.
Cette façon toute physiologique d^inlerpréter et de localiser les phénomènes purement moteurs de la paralysie générale permet en môme temps de comprendre certaines particularités symptomatologiques qui sont propres à cette maladie.
Les appareils icérébelleus: étant, au point de vue de leur fonctionnement intrinsèque, indépendants dans une certaine mesure du cerveau proprement dit, on s'explique très-bien alors comment ces deux départements isolés du système nerveux peuvent être isolément intéressés; comment il peut y avoir des variétés de paralysie générale Constituées par des troubles portant exclusivement sur les fonctions locomotrices ^ sans retentissement simultané du côté de la sphère psythique; comment les sujets ainsi frappés, ayant conservé leurs facultés inlelle^ tuelles intactes, assistent en pleine connaissance au spectade affligeant de leur déchéance physique et de l'extinction progressive de leurs forces physiques ; comment encore, le processus morbide, frappant particulièrement telle ou telle région de la sphère de l'activitc cérébelleuse, peut donner à la maladie une physionomie spéciale, et lui faire prendre des allures différentes; c'est ainsi qu'on voit tel malade (ainsi que nous en avons du reste rapporté des exemples à propos des lésions du cervelet) présenter des phénomènes hémiplégiques, paraplégiques, convulsifs; que d'autres ont de véritables accès épileptiformes^ des mouvements choréiformes, etc., et que d'autres enfin, dans le cours de la maladie, offrent une série de symptômes dans ta succession desquels c'est tantôt la forme apoplectique, tantôt la forme comateuse, et tantôt la forme congestive qui prédominent.
Il, Troublée des phénomènes psychiques. —Si maintenant nous essayons de faire l'analyse pathogénique des perturbations mentales qui surviennent dans la paralysie générale, et qui en constituent un des éléments les plus caractéristiquet, nous trouvons
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encore dans cette nouvelle voie, une confirmation satisfiiisante des faits que nous venons de rappeler, et en quelque sorte, I*extension dans le domaine pathologique, des idées que nous avons émises au sujet du rôle prépondérant que nous avons attribué à Vinnervation cérébelleuse dans les actes divers de l'activité cérébrale.
Dans cet ordre nouveau de faits, c'est encore le c^velet<lt Tinnervation qu'il engendre qui sont directement en cause, et en quelque sorte les agents premiers moteurs de toute cette série de manifestations intellectuelles anomales, qui, commençant i une idée d'abord d'origine somatique, à Pexagéralion de la personnalité, aboutissent, après s'être revêtues des formes les plus imprévues et les plus capricieuses, à Textinction des facultés intellec* tuelles et finalement à la démence. Disons-le tout d'abord, quelque étranges que soient les manifestations du cerveau en délire dans la paralysie générale, et quelque insolites qu'apparaissent les formes sous lesquelles elles se présentent, le fait anomal n'est en luimême qu'un dérivé du fait physiologique, et Vexpression déviée des opérations physiologiques de l'activité cérébrale.
Dans les conditions ordinaires, en effet, du fonctionnement des appareils intra-encéphaliques, chacun d'eux, quoique doué d'une certaine autonomie, se prête un mutuel concours, et en comiHnant leur action travaille d'une façon synergique à Taccomplîssement des fonctions communes. C'est ainsi que les centres des couches optiques, par les irradiations sensorielles qu'ils lancent incessamment vers les diverses régions de la substance corticale entretiennent l'activité de ses éléments; que les cellules du corps strié par une sorte d'action récurrente, transmettent aux mêmes régions les divers états de la tension de l'influx cérébelleux au milieu de leurs réseaux ; et que les zones*diverses de la substance corticale, incessamment ébranlées à tout instant du jour, sont ainsi en quelque sorte tenues continuellement en éveil, par ces sollicita- * tiens vivifiantes irradiées des noyaux de substance grise centrale. C'est ainsi que l'innervation cérébelleuse répartie a l'aide ^es pédoncules cérébelleux supérieurs et condensée au milieu du corps strié (pi. !1, et X) se trouve exercer médiatement une influence stimulabricè sur l'ensemble des manifestations céré-
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braies, et leur imprimer ensuite une tournure et physionomie spéciales. C'est elle, avons-nous dit (pages AS6 et suiv.), qui, projetée avec Irop de véhémence jau sein du corps strié, parait provoquer Texplosion de^ nwnifestations tumultueuses et désordonnées}. qui, atténuée et réduite insensiblement, amène une série de manifestalions inverses dont la dépression est la formule générvle^ et.qui, en un mot, maintenue dans de justes limites, doniiid ^énergie et en quelque sorte la tonicité à nos résolutions. C'est donc de la substance grise du corps strié que le cefUre perceptif (la substance corticale) soutire inconsciemment la notion du degré de tension auquel est parvenue l'innervation cérébelleuse au milieu de ses réseaux, et l'appréciation dynamométrique de la quantité d'influx moteur disponible, pour l'accomplissement des actes moteurs qu'il va provoquer.
Que résulte-t-il alors de l'établissement de ces rapports et de cette série d'actes enchaînés ? C'est que le centre perceptif étant normalement tributaire, au point de vue de sa mise en activité, du degré de tension auquel est arrivée l'innervation cérébelleuse au sein du corps strié (comme il Test du reste de l'état des centres de la couche optique a propos de l'élaboration des impressions sensorielles), s'accommode automatiquement aux incitations qui lui sont transmises, et trahit dans ses réactions les diverses façons dont il est impressionné par elles.
En proie à une véritable hallucination momentanée, lorsque l'innervation cérébelleuse devient excessive au sein des réseaux du corps strié, et déjà troublé d'ailleurs dans son mode de fonctionnement (par suite de la généralisation du processus congeslif aux divers départements de l'encéphale), il travaille avec ces données anomales, et prend le change, comme à la suite des irradiations fallacieuses qui lui sont transmises des centres de la couche optique, il engendre des hallucinations sensorielles. Le mécanisme de la production des troubles intellectuels de la paralysie générale, et celui qui préside à l'apparition deshallucinolions sensorielles sont donc identiques au fond, puisqu'il s'agil, dans l'un et l'autre cas, d'une fausse interprétation donnée par les éléments de la substance corticale, aux incitations fictives qui leur sont transmises, soit parles centres de la couche optique, soit par les éléments propres du corps strié.
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De ià ces étranges écarts, ces conceptions délirantes si caractéristiques qui apparaissent chez les paralytiques généraux au début, lorsque, traduisant à leur insu la notion inconsciente qui leur arrive d'une plus grande somnv^ d'influx térébelleux disponible au sein des éléments du corps strié, ils amplifienl Mfjts mille formes cette simple notion physiologique. Ils se 99Mi|t.fn effet plus forts, plus puissants, plus infatigables qi»'jf)i|f|ys, et exaltent avec une jactance caractéristique leur force, l'intégrité de leur santé, etc. ; — de là toute cette série de conceptions si caractéristiques qui se révèlent alors : idées ambitieuses rudimentaires qui^ par cela même qu'elles expriment Télat des forces physiques du sujet, et Tamplification des choses qui touchent à sa personnalité, impliquent qu'elles sont encore récentes, et de fraîche date en quelque sorte, puisque leur généalogie ne remonte qu'à une interprétation vicieuse d'un phénomène purement somatique.
Peu à peu les choses changent d'aspect, ces idées délirantes pénètrent insensiblement dans la sphère de l'activité psychique, elles s'y dépouillent de leurs caractères primordiaux, s'associent les unes avec les autres, se systématisent de plus en plus, et, par une sorte de prolifération incessante, engendrent une multitude de conceptions consécutives et subordonnées, qui, empruntant aux habitudes de l'esprit, aux tendances du caractère et aux influences du milieu social leur cachet propre, se déroulent successivement sous les mille apparences du délire des grandeurs.
De là, encore, cette série de phénomènes inverses qui se décèlent dans la sphère des phénomènes psychiques, lorsque la tension de l'innervation cérébelleuse venant à s'atténuer dans son mode de répartition intra-cérébral, frappe l'ensemble des manifestations psychiques d'une sorte ù'astkénie générale ; — de là cette nature spéciale de certains délires qui se révèlent au début par une sensation d'épuisement, une faiblesse extrême et des tendances mélancoliques plus ou moins accusées ; de là ces idées erronées qui, passant insensiblement aussi dans le domaine de l'activité psychique, se métamorphosent en conceptions hypochondriaques, et qui, graduellement systématisées, trahissent sous les mille formes qu'elles empwinlent, la notion inconsciente qu'ont