ANATOMIE GÉNÉRALE DES ÉLÉMENTS DU STSTÈME NERVEUX
A. Tubes nerveux (pi. IV, flg. 6). — Les tubes nerveux sont des cordons mous, flexibles, cylindriques, constituant par leur juxtaposition régulière la plus grande partie de la substance blanche des centres nerveux. Leur diamètre varie d'une manière très-notable; il oscille entre 0",01 et 0",001.
On doit distingder dans l'étude des tubes nerveux une
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etiTeloppe délicate ou gatne, un liquide visqueux et une fibre molle centrale, élastique, le eylinder axis.
V L'enveloppe ou la gaine des tubes nerveux est une mem-* brane excessivement mince, hyaline et souple, qui, suivant Kolliker, aurait la mémo propriété chimique que celle du sarco** lemme des fibres musculaires. Cette gaine se voit souvent d'une manière très-facile dans ses rapports aVec le eylinder ^ lorsqu'à l'aide d'une légère pression on parvient à faire fuser la substance grasse interposée (pi. IV, flg. 6), ou bien encore sur des coupes minces transversales de fibres nerveuses que Ton a solidifiées à l'aide de la solution chromique, et dont a enlevé les matières grasses par l'action de la térébenthine (pi. IV, fig. 7). On constate, dans ces cas, que la section du tube nerveux est cylindrique, que la gatne forme une enveloppe continue, et qu'elle est légèrement distante de la fibre centrale. La manière toute spéciale dont le tissu de la gaine se comporte sous l'action de l'acide chromique, me porte à croire qu'elle doit être une formation appartenant primitivement au tissu conjonctif.
99 En dedans de la gatne on trouve la moelle nerveuse qui enveloppe et protège la fibre centrale. Cette moelle nerveuse est fluide et visqueuse comme de Thuile ; on peut constater à l'aide d'une légère pression des fibres nerveuses entre deux lames de verre, qu^elle s'écoule facilement par les extrémités rompues de ces fibres. Elle parait constituée par des matières grasses susceptibles d'être dissoutes par l'élher et l'essence de térében^ thine. L'épaisseur de la substance médullaire varie notablement, suivant qu'on examine une fibre nervense en tel ou tel point de sa continuité. C'est elle qui donne aux tubes nerveux leur aspect blanc caractéristique ; à mesure que son épaisseur diminue, ceux-ci prennent en eflet une coloration grise de plus en plus accentuée. On peut s^assurer, du reste, de ce fait et de l'influence que les proportions variées de substance médullaire exercent sur la dégradation de teinte des fibres nerveuses, en étudiant à Tétat frais les fibres grises de la racine interne des nerfs olfactifs et optiqoei^ i mesure que celles-ci se rapprochent insensiblement de letff point d'implantation central.
Lorsque les couches les plus superficielles de la moelle nerr euse viennent à se coaguler sous Tinfluence du refroidissetiient, ces
12 ànàtomie du système nerveux cérébro-spinal.
couches s'isolent insensiblement de la paroi interne de la gatne, et il en résulte Tapparition d'un double contour, apparition qui n^existe pas pour des nerSs à l'état frais.
S* La fibre centrale des tubes nerveux, ou \ecylinder axis^ est une fibre cylindrique solide, réfractant la lumière de la même manière que la moeUe nerveuse, et par conséquent difficile à apercevoir sur des nerfs frais. Cependant à l'aide de certains artifices de préparation, il est assez aisé de déceler sa présence et de se rendre compte de ses rapports et de ses propriétés.
Le cylinder axis se présente sous l'aspect d*une fibre pâle homo* gène, à profils rcctilignes et parfaitement accusés ; sa coloration est jaunâtre, elle résiste à l'action des réactifs qui dissolvent les substances grasses, et apparaît sur des coupes horizontales rendues transparentes, sous l'aspect de petits filaments très-nettement isolés et occupant les portions centrales de chaque tube nerveux (pi. IV, fig. 7). Elle constitue véritablement l'axe des cylindres que les tubes nerveux représentent.
B. Cellules nerveuses. — Les cellules nerveuses sont formées par les mêmes éléments fondamentaux que l'on rencontre dans la constitution de toutes les autres cellules de l'économie, d'une membrane d'enveloppe, d'un contenu et d^un noyau.
Variables suivant les régions où on les étudie, au point de vue de leur nombre, de leur consistance, de leur coloration, de leurs prolongements, et de leurs rapports avec les fibres nerveuses, les cellules des centres nerveux présentent entre elles des caractères communs qui les rapprochent les unes des autres, et des caractères de dissemblance non moins tranchés.
Si l'on compare les cellules des cornes postérieures de la moelle à celles des cornes antérieures (pi. XI, XVH, XIX, XX, XXXVII, XXXVIII), celles de la substance corticale à celles do la substance grise du cervelet, celles de la protubérance aux précédentes, on sera en efiet frappé des différentes configurations sous lesquelles elles peuvent successivement se présenter. Nous aurons du reste, i propos de l'étude particulière de chacune des régions spéciales du système nerveux central, l'occasion de les étudier isolément dans leurs caractères histologiqucs et leurs rapports réciproques. Nous pouvons dire seulement maintenant d'une manière générale :
BBS Cléments du système nerveux. IS
Que la membrane d'enveloppe de chacune d^elles est presque partout très-délîcate> qu'elle semble quelquefois faire défaut, comme cela se voit à propos des petits corpuscules de la couche moyenne de lasâiMlance grise cérébelleuse (pi. XXXVIII, fig. 5), qu'elle parait être de la même nature au point de vue de ses propriétés chimiques et de sa constitution primordiale que celle de la gaine des tubes nerveux ;
Que le contenu des cellules nerveuses qui semble quelquefois aussi faire défaut, est en général une substance visqueuse et molle, de coloration jaunâtre, qui donne à certaines d'entre elles (aux cellules de la substance corticale entre autres) Taspect de gouttelettes huileuses, que ce contenu dans certaines régions est diversement nuancé, qu^il est quelquefois brunâtre et souvent constitué par une agglomération de granulations moléculaires qui font saillie sous la paroi et donnent au contour de la cellule un aspect irrégulier ;
Qu'au centre du contenu se trouve le noyau de la cellule, qui a la forme d'une vésicule à contours souvent très-nets, renfermant quelquefois, une ou deux autres petites vésicules secondaires, trèsbrillantes, qui ne sont autres que des nucléoles:
Qu'enfin un des caractères les plus accentués des cellules nerveuses, c'est de présenter des prolongements multiples diversement ramifiés, lesquels tantôt se continuent franchement avec les fibres nerveuses elles-mêmes, tantôt ne semblent avoir avec elles que des rapports éloignés, et tantôt encore servent à les anastomoser avec les cellules du voisinage pour former des associations isolées, dont les éléments sont ainsi, grâce à ces moyens connectifs, rendus strictement solidaires entre eux.
C. Quant aux rapports intimes que les fibres nerveuses affecteraient avec les cellules nerveuses, quoique nos recherches personnelles ne nous aient pas permis d'être complètement affirmatif dans tous les points relatifs aux divers modes de terminaison des fibres nerveuses au sein des différentes régions de substance grise, nous sommes néanmoins porté â considérer comme certaine, la continuité d'un certain nombre de fibres nerveuses avec les prolongements des cellules correspondantes.
Le fait nous parait parfaitement évidente propos des prolonge-
1& ÀNATOim MI STSTtel MRETEUI CtRfBBO-SPINÀL.
meiits ititeraes et antérieurs des grosses cellules de la modlle. Nous avons pu suivre , en effet, non»seulement chez les animaux, mais encore chez l'homme, ces prolongements «nlérieurs jusqu'au moment oh ils passent i l'état de fibres de rtdnes antérieures. Nous avons constaté des exemples analogues au sein de la substance grise du corps strié, dans la substance gélatineuse des cornes postérieures chez le bœuf; aussi pensons-nous que la continuité de la fibre et de la cellule nerveuse est un fait générai, qui peut ne pas apparaître manifestement à tons les observateurs, pv le fait même de la délicatesse excessive des éléments que Ton étudie, de la facilité extrême avec laquelle leur continuité eat rompue, et de l'adhérence des éléments nerveux au tissu conjonctif qui les environne, dont il faut en quelque sorte les isoler presque constamment avec effraction.
Toujours est-il que dans les cas où nous avons été à même de pouvoir suivre une fibre nerveuse dans sa continuité, jusqu'à son point de fusionnement avec la cellule correspondante, dous avons constaté qu'elle s'amincissait progressivement dans ses éléments constitutifs ; que si la gatne et le etfUnder diminuaient réciproquement en diamètre, la disparition progressive de la substance médullaire était le phénomène le plus apparent ; qu'il arrivait un moment, en effet, où la gaine et le cylinder n'étaient plus séparés Tune de l'autre que par l'épaisseur d'une ooudie de substance transparente interposée, excessivement mince; qu'alors la gaine du tube se continuait avec la paroi de la cellule, le contenu du tube avec celui de la cellule, tandis que le cylinder se prolongeait directement, en se fusionnant avec le noyau de la cellule lui-même, et qu'ainsi la substance même du noyau était le point d'aboutissement définitif où venaient s'amortir un certain nombre de eylinders.
Dans d'autres circonstances nous avons pu constater pareillement Tamincissement progressif des fibres nerveuses dans tous leurs éléments, l'éparpillement de ces éléments, et leur implantation successive sur la paroi des cellules correspondantes (pK XX, fig. 8).
Nous sommes donc naturellement amené à dire que la fibre et la cellule nerveuse forment un tout complet, une sorte d* unité analomîque, aussi solidairement associées l'une i l'autre que la fibre
BBS l^ilONTS PU SY&TàHE NERVEUX* 1(
musculaire à la fibre tendineuse, et que si les connexions de chacune d*elles ne peuvent èlre constamment démontrées partout d'une manière péremptoire, il n'en faut pas moins admettre au point de vue de leur rôle dynamique, cette solidarité comme existant dans ces circonstances à l'état virtuel, et comme étant la seule et unique manière rationnelle de comprendre le mode de génération et de propagation des actions nerveuses.
Nous sommes pareillement amené à admettre que la disposition spéciale qui existe à Tune des extrémités de la fibre nerveuse doit être pareillement représentée à Vautre extrémité, et que si une fibre nerveuse se termine par un de ses bouts en se confondant avec une cellule nerveuse, l'autre bout doit ofinr un mode de terminaison analogue, et que dès lors, ces deux cellules nerveuses terminales sont les compléments indispensables et nécessaires de toute fibre nerveuse avec laquelle elles constituent un petit système spécial; et qu'il est aussi illogique et antipbysiologique, de vouloir comprendre l'existence d^une fibre nerveuse sans ses deux cellules satellites, qu'une fibre musculaire sans ses deux points d'insertion (pi. IV, fig. à).
C'est ainsi, à notre avis, quMl convient d'envisager le mode de groupement des éléments nerveux entre eux dans leurs connexions réciproques, sous peine de rien comprendre au rôle dynamique que chacun d^eux est appelé à jouer.
Chaque fibre nerveuse représente eu quelque sorte un fil conducteur interposé entre deux foyers d'activité nerveuse dont il sert à transmettre les diverses modalités successives. Chaque cellule nerveuse joue en effet, soit le rôle d'appareil récepteur^ soit le rôle d'appareil générateur d'influx nerveux.
On comprend dès lors comme quoi, en envisageant ainsi les éléments du système nerveux dans leurs rapports réciproques, nous sommes amené à considérer les diverses régions de substance grise, qui ne sont après tout qu^une agglomération plus ou moins abondante de cellules nerveuses, comme les seules régions véritablement actives dans l'ensemble des manifestations fonctionnelles du système nerveux, comme des foyers incessants d'incitations nerveuses, et par contre, à ne voir dans l'ensemble des fibres blanches qu'une série de conducteurs parallèles et indépendants, destinés à les associer les unes avec les autres» et
lé ANATO^IE DU SYSTÈMB MERVEtJÏ CÉtiÉfiRO-i^PlMÀL.
Il les fusionner en les aecouplanl pour les fiûre agir en commun.
Celte interprétation toute physiologique n*est pas, du reste, une conception purement théorique ; nous verrons d'ailleurs plus loin qu^elle est non-seulement en accord avec les faits d'ordre anatomique, mais encore avec les faits d'ordre pathologique, et qu'ainsi la solidarité médiate des divers dépôts de substance grise entre eux est telle, que lorsqu'une désorganisation vient à intéresser Tun d'eux, son congénère, auquel il est strictement associé, en ressent peu à peu le contre-coup, et subit ainsi à distance les effets en retour d'une union trop intime.
Cette façon de considérer les choses, simplifie donc d^une manière satisfaisante et positive les données du problème si ardu de l'agencement, de la direction, et des connexions des fibres nerveuses dans les régions centrales, puisqu'elle les réduit à ces points principaux : étudier les différents dépôts centraux de substance grise dans leurs rapports réciproques ; rechercher ceux dont les atrophies et les désorganisations s'influencent réciproquement, et poursuivre la direction et les rapports des fibres blanches qui les conjuguent les uns aux autres.
C'est, en effet, à cette méthode féconde que nous avons eu constamment recours dans toutes nos recherches anatomîques: chaque fait d'anatomie normale que nous avons enregistré était soumis immédiatement au contrôle des faits analogues d'anatomie pathologique; et c'est ainsi, en nous appuyant à chaque pas sur ce précieux contrôle, que nous sommes amené a dire^e la loi de solidarité des divers dépôts de substance grise entre eux est un fait constant, et qu'il n'est pas d'agglomération de substance nerveuse, quelque isolée qu'elle soit, qui ne puisse être rattachée à un amas de substance nerveuse auquel elle est strictement ' conjuguée.
D. Au point de vue du développement des éléments nerveux envisagés en eux-mêmes, on peut dire que les fibres et les cellules nerveuses résultent d'une simple modification des cellules embryonnaires primordiales.
A un moment donné, chez des embryons de huit à dix semaines \ environ, la substance grise de l'encéphale n'est qu'une agglomération de cellules et de noyaux libres plongés au sein d'une