PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES ÉLÉMBMTS NERVEUX
qu'ils élaborent, s'épuiser peu à peu dans les manifestations inces* santés de leur activité diurne, et exiger, pour être récupéré, environ le tiers du temps qu'il faut en moyenne pour en opérer la dépense journalière.
On comprend dès lors comme quoi : si les actions nerveuses ont besoin, pour déceler leur activité au dehors, de deux conditions indispensables : rintégrité matérielle du substratum à l'aide duquel elles la propagent, et l'incessant renouvellement de la force qu'elles élaborent; lorsque Tune ou l'autre de ces deux conditions viendra à faire défaut, la manifestation dynamique ne se révélera plus. Comme quoi, en un mot, il peut y avoir des paralysies symptoma/i^i/es d'une désorganisation locale du tissu nerveux, et des pa« ralysies dynamiques en tout semblables aux premières, par leurs manifestations intrinsèques, qui n'auront d'autre origine qu'un état de torpeur et d'inertie des cellules nerveuses. Comme quoi, des anesthésies sensorielles variées peuvent pareillement apparaître, avec des caractères sémiologiques identiques; et avoir pour causes, les unes, soit une lésion matérielle des régions centrales du système nerveux; et les autres, de simples troubles fonctionnels passagers de ces m(^mes régions, tels qu'une absence de conductibilité Aes fibres centripètes, ou môme un défaut de r^cqD/ivi/e spéciale, de la part des cellules centrales pour les impressions périphériques. Comme quoi enfin, à propos des troubles multiples dont les divers appareils du système nerveux peuvent être isolément le siège, il convient à chaque instant de se demander : s'il s'agit d'une désorganisation profonde de la substance nerveuse ellemême, ou d'une simple perturbation de la fonction, par arrêt ou par défaut d'élaboration, de l'influx qui la provoque (1)?
A** Envisagés dans les diflërents départements du système ner-
(i) Combien de temps les éléments nerreui qui ont cessé d'être actifs peuTent-iLs durer sans présenter d'altération notable ? au bout de combien de temps d'inactivité tont-ils destinés à devenir complètement inhabiles à récupérer leurs fonctions priniitives 7 Ce sont autant de questions qui, à l'heure qu'il est^ sont encore entourées de trop d'inconnues pour être résolues complètement. La longue durée de certaines paralysies hystériques, et le retour soudain des fonctions spinales, impliquent la réserve extrême qu'il faut apporter dans les appréciations de ce genre. \\ est néanmoins curieux de constater que les éléments nerveux qui. sont ainsi réduits à l'état d'inactivité pendant plusieurs années, continuent isolément à obéir aux lois de U Tie Yégétative> sans présenter d'altérations extérieures bien caractéristiques.
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yeux, les divers éléments qui le constituent, se distinguent les uns des autres par certains caractères propres de leurs manifestations dynamiques.
Les cellules de la substance grise spinale, en effet (pi. XI, fig. 5 et 6), accumulent sans discontinuité les éléments de leur activité, et cette activité n'est dépensée qu'au fur et à mesure qu'un appel centripète parti des régions périphériques leur est adressé. L'influx qu'elles élaborent ainsi se trouve réparti le long de la continuité de leurs plexus, et lorsqu'une excitation quelconque partie du dehors (quelle que soit sa provenance) vient à les ébranler en un point quelconque, immédiatement cette excitation fait passer à Véiai dynamique une certaine somme d'influx accumulée à Yétat statique et agit comme le ressort d'un appareil toujours monté dont on vient inopinément à presser la détente. Et^ chose remar* quable ! non-seulement cette force spéciale excito-motrice^ qui se dépense incessamment en nous, sous forme de réactions inconscientes, au milieu des mille manifestations dont notre système nerveux est le siège, se répartit avec une régularité et une instantanéité qui rappellent le jeu rhythmique de certains appareils de l'industrie humaine, mais encore elle est indépendante des régions supérieures encéphaliques : elle se reproduit localement, à mesure qu'elle s'épuise, en vertu d'une sorte de pouvoir autogénique spécial, comme l'indiquent certaines expé* riences des physiologistes, celles de Landry entre autres, qui nous montrent que la moelle découpée en plusieurs tronçons (par des incisions transversales sur de jeunes mammifères) peut isolément, dans chaque segment, renouveler la quantité d'influx excito-moteur qu'on lui fait perdre par des excitations successives.
5* Les cellules cérébrales, non-seulement participent aux propriétés dynamiques des cellules spinales (en ce sens qu'elles accumulent en elles le principe de leur activité propre, et qu'elles le projettent sous l'incitation des impressions d'origine périphérique), mais encore elles sont douées d'aptitudes fonctionnelles d'un ordre beaucoup plus relevé, qui les placent en quelque sorte au premier rang de la hiérarchie des cellules organiques (pi. XXI).
Une des propriétés les plus caractéristiques qu'elles possèdent,
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et qui doit ôtre comparée à une sorte ie phosphorescence ^ o*est de pouvoir conserver Timpression des agents extérieurs qui ont agi sur elles (1), et de persister ainsi, pendant un temps plus ou moini prolongé, dans cet état où elles ont été de la sorte artificiellement placées. G*est ainsi que dans l'ordre des faits purement physiques, la lumière communique aux corps qu'elle a frappés une véritable activité, et les rends phosphorescents pendant une durée plus ou moins longue (2) .
Et, chose bien remarquable ! cette aptitude à conserver en dépôt les impressions extérieures qui est leur apanage presque exclusif, peut persister pendant un temps indéfini à Tétat latent, se perdre i la longue, et ne se révéler de nouveau que sous Tinfluence évo* catrice de la première impression, ou bien, sous celle des cellules ambiantes, qui sont en quelque sorte de nouveaux foyers d*inci* talions secondaires (3).
(1) Hclmholtz, cité par Regnauld, a trouvé que la fluorescence était appréciable directement^ au moins pour certains réseaux de cellules nerveuses périphériques. C'est alnil qu'il a reconnu sur Tœil humain^ dix-huit heures après la mort> que la rétine possédait encore une certaine fluorescence (Comptes rmkhêf de /« Sodéié et fMogie, 1858, p. 167).
(2) On sait en effet maintenant^ depuis les belles recherches de Miepce de Saint- Victor sur les diverses propriétés photogéniques de la lumière, qu'une simple gra» vurc exposée aux rayons solaires peut emmagasiner de la lumière d'une façon persistante^ garder pendant un certain temps indéfini, l'impression lumineuse à l'état latent ; et mise en présence d'une plaque sensibilisée, déceler par rapparition d*mt image négative, comme par une sorte de réminiscence, la ptitiftancf de rimprenioo primitive.
« On expose aux rayons solaires directs, dit en effet Niepce de Saint-Victor, pendant un quart d'heure au moins, une gravure qui a été tenue plusieurs jours dans Tobscii* rite, on applique ensuite celte gravure sur un papier photographique très-sensible, et après vingt-quatre heures de contact dans l'obscurité, on obtient en noir tnêê reproduction des blancs de la gravure... En laissant la gravure exposée longtemps aux rayons solaires, elle se sature de lumière et l'on obtient un maximum d'cflét.
Si l'on prend un tube de métal fermé à une de ses extrémités, et tapissé àrintérieur de papier blanc, qu'on expose l'ouverture en avant, pendant une heure, aux rayons solaires, si l'on ferme le tube immédiatement après, il conservera pendant un temps indéfini la faculté de radiation que l'insolation lui aura communiquée, et Ton terra cette faculté s'exercer par impression lorsqu'on appliquera ce tube sur du papier sensible {Comptes rendus de VAcad. des sciences, 16 novembre 1S57| t. XLV| p. 811).
(3) Voyez plus loin, Tapplication de ces données physiologiques à l'interprétation pes phénomènes de mémoire*