PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES ÉLÉMENTS MRRVEUX
Il est en effet bieq curieux de noter, dans cet ordre de faits si intéressants, que, de môme que Ton voit des corps devenus phosphorescents sous l'influence de rinsolation, perdre insensiblement cette propriétéj et la récupérer à Taide d'une autre source de phosphorescence, la chaleur par exemple ; de même la réceptivité des cellules cérébrales, qui s'est éteinte au bout d^un certain temps, peut être mise de nouveau en évidence par une sorte de reviviscence^ soit sous Tintluence de la cause première, soit sous rinflucnce d'une autre source d'incitation (1).
0"" A côté de celte merveilleuse aptitude qu'ont les cellules cérébrales de conserver l'impression des agents extérieurs, s'en trouve une autre, non moins remarquable, et qui est en quelque sorte la plus haute expression de l'aolivité dynamique des cellules organiques : c'est la propriété particulière qu'elles ont de se mettre spontanément en action (soit sous l'influence d'incitations parties de cellules ambiantes, soit sous l'influence des incitations d'origine périphérique) et de présenter le phénomène insolite et frappant d'un véritable automatisme spontané.
II est en eflet bien digne d'intérêt de constater que les cellules cérébrales, une fois qu'elles ont été ébranlées par l'arrivée des impressions extérieures, n'en restent pas là : cet état tout nou- Teau dans lequel elles se trouvent, après leur imprégnation par l'impression extérieure, et qiie nous avons assimilé à la phosphorescence des corps inorganiques, se communique de proche en proche, et va, par une série d'ébranlements intermédiaires, susciter la mise en activité de nouveaux groupes de cellules, situéi3 i d'autres pôles de la substance corticale. Ces nouveaux groupes ainsi ébranlés se mettent à Tunisson des premiers, et deviennent bientôt à leur tour, pour les cellules de la circonscription, des )oyers secondaires d'incitation vibratoires (2).
(1) On leurrait se demander si Tctudc aiteniivc des faits de cet ordre ne pourrait pas jeter quelque jour sur le mécanisme de l'cvocution artificielle de certains |ioutenirs^ et en particulier^ fournir des données plus précises aux méthodes mnémotechniques.
(2) Nous rappellerons encore, à propos des diverses propriétés dynamiques des cellules nerveuses, qu'elles présentent des aptitudes réactionnelles dissemblables, lorsqu'elles sont mises en contact avec divers agents modificateurs : ainsi tout le monde sait que Tinfusion de café sollicite et prolonge Tactivité des cellules cérébrales
272 IMPRESSIONS SENSORIELLES INCONSCIEIVTES.
Nous reviendrons plus tard, à propos de la théorie des fonctions du cerveau, sur les différents aperçus physiologiques que révèle la question de l'aclivité dynamique spontanée des cellules cérébrales*, qu'il nous suffise de rappeler ici que : la réceptivité de ces mêmes cellules pour les impressions irradiées des divers plexus périphériques; leur aptitude à persister, pendant un temps plus ou moins long, dans Tétat d'ébranlement qui leur est communiqué ; leur automatisme, constituent les trois données fondamentales sans lesquelles il n'est guère possible de se faire une idée, même approximative, des conditions tant normales que pathologiques, du fonctionnement du cerveau.
PREMIÈRE SECTION
rBiMOMÈMEB 1ÉFLEXB8.
Les Impressions extérieures collectées à la surface de toutes les expansions sensorielles des nerfs périphériques, suivent avec les conducteurs qui les supportent, une direction uniformément centripète. Elles se dirigent toutes, après s*être disséminées en partie .au sein des réseaux de cellules ganglionnaires interposés sur leur passage (auxquelles elles communiquent des propriétés excito-motrices très-développées) (1) , vers les régions postéro-latérales de Taxe spinal. Arrivées au niveau des points d'implantation des fibres des racines postérieures qui sont en quelque sorte leurs véritables rhéophores, elles se divisent en deux groupes. Tandis qu'une
proiveroent dites; que le hachisch agit d'une façon différente; que Topium au contraire^ neutralise et enraye leur automatisme spontané^ etc. Les ceUules cérébelleuses paraissent beaucoup plus sensibles à l'action de l'alcool que les cellules cérébrales ; les cellules spinales excito-motrices semblent réagir avec une sensibilité toute spécifique^ en présence de la strychnine^ etc. Il est Traiscmblable que chaque groupe de cellules ner\euses de nature différente^ doit pareillement trouver un réactif apte a surexciter ou à neutraliser spécifiquement ses propriétés dynamiques. (1) Schiff, Journal de physiologie, t. I, p. 207. — Magendie, SystètM nerveux, t. U, p. 92.
PHÉNOMÈNtlS RÉFLEXES. 273
portion d'entre elles, suivant une direclion verticale ascendante, remonte vers les régions supérieures de Tencéphale; une autre se dissémine direclement au sein des difTércnls dépôts de la substance gélatineuse de Taxe (pi. I, fig. 1), qui représentent, dans ces régions centrales du système nerveux (par leur slraliGcalion régulière), Tindépendance originelle des plexus périphériques, d'où les fibres centripètes qui s*y distribuent ont pris successivement naissance. Ce sont les impressions importées par cette catégorie spéciale de fibres nerveuses qui ne remontent pas vers l'encéphale, que nous désignons sous le nom ôi^ impressiom inconscientes ou excito-motrices.
Cette classe d'impressions si curieuses à étudier dans leur mode d'origine et de propagation, rencontrent donc toutes, quel que soit le lieu d'où elles proviennent, un réseau de cellules gélatineuses reliées entre elles et reliées aux régions antérieures de la substance grise de Taxe spinal, lequel est la trame organique, toute préparée, à Taide de laquelle elles opèrent leurs manifestatiods fonctionnelles.
La substance gélatineuse de Taxe étant en quelque sorte l'élément commun dans lequel toutes les fibres convergentes viennent successivement apporter un contingent de fibrilles, nous allons tout d'abord l'envisager d'une manière générale, dans ses diverses propriétés de tissu 5 dans ses rapports avec l'arrivée des impressions aflërentes qui la traversent, et qui provoquent ses réactions-, nous l'examinerons enfin, d'une manière spéciale, a propos des espèces variées d'impressions sensorielles qui viennent successivement s'y répartir. Nous passerons ainsi successivement en revue les diverses catégories d'impressions inco7iscientes excitO' motrices^ telles que les impressions optiques aco|istiques, gustatives, etc.
I. Les cellules de la substance gélatineuse de l'axe sont, ainsi que toutes les autres cellules homologues, douées de propriétés dynamiques, tout à fait spécifiques, qui sont le cachet propre de leur activité. Pourvues de caractères histologi(|ues spéciaux (page 55), ce sont de véritables individualités, indépen<lanles des régions supérieures de Tencéphale qui soutirent, aux
â7A IMPRESSIONS SENSORIELLES INCONSCIENTES.
dépens des courants sanguins ambiants, leur propre principe d^acUon.
Lorsque la moelle vient à être séparée de l'encéphale, en effet, elles continuent automatiquement leur travail d'élaboration, avec une activité telle, que c'est précisément dans ces circonstances que Ton voit leurs facultés excito-motrices arriver à un degré d'exaltation extrême : la simple réaction congestionnelle qui s'opère à découvert, à la surface d'une section de la moelle chez les animaux vivants, dit Chauveau (laquelle apporte avec elle une plus grande abondance d'éléments réparateurs), suOBt pour donner des forces nouvelles à l'activité des cellules, et augmenter leur excitabilité (1).
Sur un animal dont la moelle a été convenablement préparée par une incision transversale, et chez lequel les fibres centripètes et les fibres centrifuges sont en parfait état d'intégrité, si l'on vient à pincer une région quelconque de la peau, immédiatement l'incitation périphérique est portée sur le centre spinal qui réagit (par une sorte de répercussion de l'impression incidente) le long de la continuité du nerf moteur correspondant :1e phénomène dit réflexe est produit ici dans toute sa simplicité. Si l'on continue pendant un temps variable, à déterminer des manifestations motrices réflexeSy bientôt cette activité spinale excito-motricc, à laquelle on a fait de trop fréquents emprunts, s'épuise, et il faut attendre quelques moments pour que la tension nerveuse soit arrivée, au milieu des réseaux de cellules gélatineuses, à un degré suffisant pourpouvoir opérer des décharges nouvelles.
On peut donc considérer, dans les conditions normales du fonctionnement organique, les cellules gélatineuses comme étant des foyers incessants de production d'influx excito-moteur qu'elles accumulent sans discontinuité, et dont elles se débarrassent d'une façon intermittente, sous la provocation des excitations du dehors.
(i) On lira avec un ^and intérêt les remarquables expériences que GhauTean a entreprises dans le but d'étudier la réaction des diverses retirons do Taxe spinal. Les recbercbes de ce judicieux physiologiste ont à nos yeux le mérite incontestable d'avoir introduit, dans Tétudc si obscurcie de cette région du système nerveux, une méthode expérimentale rigoureuse et une précision jusqu'ici trop peu employées : aussi les conclusions qu'il a formulées nous paraissent-elles la plus complète expression de la vérité {Journnl dp physiologie de Brown Séquard, 1861, p. 368).
PHÉNOMÈNES HÉFLEXES. 376
De plus, comme elies forment de chaque côté do Taxe spinal une double chaîne continue de haut en bas, dont les anneaus, quoique indépendants dans une certaine mesure, sont cependant solidaires; il en résulte que, grâce à la continuité de leurs prolon* gements^ elles constituent ainsi une sphère d'activité nerveuse, en état d'érélhisme permanent, toujours montée à un certain degré de tension, et susceptible, avant son complet épuisement, d'opérer une série de décharges successives^ pour récupérer au bout d'un certain temps de repos, son énergie première. C'est ainsi que les impressions centripètes, d'origine dissemblable, arrivent en se généralisant, à retentir à distance, et à provoquer des phénomènes réactionnels, même du côté des appareils avec lesquels elles n'ont pas de connexions directes^ on sait, en effet, que chez les tétaniques et les hydrophobes, l'excitabilité des régions centrales de l'axe spinal est telle, que Tinfluence des causes les plus insigniOantes peuvent seules déterminer le retour des accès, c La vue d*un liquide ou la simple idée de boire, Timpression d'une lumière vive, le bruit, quelque émotion morale un peu forte, suffisent à provoquer l'explosion de phénomènes convulsifs généraux ou partiels (1). »
Étudiée sur des animaux vivants, comme Ghauveau l'a fait, la substance grise des cornes postérieures (sur une surface de section de la moelle) parait complètement inexcitablo (2). Mais il n'en est plus de même si, comme il le fait remarquer, on neutralise l'influence des effets perturbateurs du traumatisme, et qu'on interroge ses propriétés, on se mettant dans des conditions en quelque sorte plus physiologiques. On constate alors, en pratiquant de légères lésions circonscrites, faites avec une simple aiguille plongée d'arrière en avant, a travers le tissu même de la moelle d'un mammifère supérieur, que : au moment où l'aiguille traverse la couche superficielle spinale, on observe un mouvement réflexe très-vif; puis l'instrument peutéire enfoncé profondément à travers l'organe, d'outre en outre, sans qu*il se manifeste le
(1) Bérani cl DenonTiUicr»^ Compciidiuni de chirurgie^ t. 1, p. 465 et 340.
(2] La moelle étant mise à nu chez un mammifère daoi une région quelconqu*^ cl coupée en traters avec précaution, si l'on gratte les deux surfaces de 8d«iiont, tn u obtiendra jamais le moindre effet (Ghauteau^ loc, cit., p. 366 et 44).
moindre signe d^excilalion (1). Si Taiguille est enfoncée dans l'un des cordons postérieurs, au moment où elle traverse Técorce superficielle de la moelle (pi. XIII, fig. i, et pi. XIV, fig. & et ô), il y a une légère convulsion avec signes de douleur plus ou moins intense, etc., et qu'enfin on peut l'embrocher impunément de part en part, en allant d'un cordon latéral à l'autre, sans obtenir aucune manifestalion réactionnello.
Il ressort donc de ces curieuses expériences, que la substance grise des cornes postérieures et les fibres blanches qui en émanent, sont les seules régions de Taxe spinal qui ont la Taculté de réagir, non-seulement sous l'influence d'excitations d'origine périphérique, mais encore sous celle d'incitations directes, appliquées localement.
II. En regard des deux colonnettes verticales de substance gélatineuse, existent, ainsi que nous l'avons indiqué déjà (page 85), deux autres colonnettes verticales, occupant les régions antérieures delà substance grise spinale, conslituées par des éléments anatomiques pourvus de caractères spécifiques, et douées do propriétés physiologiques bien diflerentes de celles qui appartiennent aux premières (2). Nous avons indiqué en même temps que ces deux départements du système nerveux, représentés par les cellules antérieures et les cellules postérieures, étaient associés l'un à l'autre, à l'aide de processus flexueux à direction antéro-poslérieurc. Nous sommes donc conduits à nous demander quelles sont les conséquences de celle solidarité intime de ces deux foyers d'activité nerveuse ?
Les détails dans lesquels nous sommes entré au sujet du mode de constitution des arcs spinaux (page 62), et du mode d'action des cellules gélatineuses en général, nous dispensent de nous
(1) Chauveau, loc. cit., p. Û5.
(2) Taudis en effet que les cellules des cornes postérieures reçoivent dans une direction centripète les impressions périphériques^ les cellules des régions antérieures^ au contraire, propagent dans une direction centrifuge, l'influx excito-nioteur dont eUes sont incessamment saturées ; les premières sont des appareils de réception, les autres sont des appareils d'émission : les irritations appliquées eu effet, localement, au niveau de la région des cornes antérieures (pi. V, fig. 5 [2J ), déterminent des contractions musculaires, limitées exactement a la sphère d'activité périphérique de la fibre radiculaire correspondante.