‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 63 sur 133 · IMPRESSIONS OPTIQUES · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS OPTIQUES

A côté de ces divers groupes de racines motrices dont les impressions optiques commandent Tinnervation, il est une autre paire nerveuse, le facial, dont les noyaux d'origine, situés un peu au-dessous du moteur externe (pour n^étre pas tributaires habituels des impressions optiques excito-motrices) n'en reçoivent pas moins, d'une façon intermittente, il est vrai, une série d'incitations provocatrices (pi. VIII, tig.l). Dans l'action de cligner des paupières, lorsqu'une lumière trop vive vient à impressionner péniblement la rétine, les fibres du facial sont, en effet, momentanément mises en réquisition. L'incitation partie des réseaux gélatineux quadrigéminés est transmise aux noyaux du facial, et de là médiatement répercutée sur les libres motrices de Torbiculaire des paupières. Ce muscle, annexé dans celte circonstance aux muscles du globe oculaire, joue vis-à-vis de la rétine, un rôle de protection tout spécial : il est transformé ainsi en diaphragme iridien supplémentaire.

II. Considérées maintenant au point de vue de leur rayonnement à distance, les impressions optiques excito-motrices, véritables succédanées des impressions de la sensibilité générale, sont appelées à jouer un rôle de premier ordre dans la production des mouvements d'ensemble.

Elles possèdent, en effet, avec les impressions sensitives inconscientes, la propriété remarquable de pouvoir se généraliser et de provoquer, concurremment avec elles, la réaction successive des divers noyaux d'origine des racines antérieures. Elles règlent DOS mouvements généraux de progression, comme elles règlent, dans une sphère circonscrite, les mouvements partiels de nos globes oculaires.

Ce sont les impressions optiques excito-motrices qui dirigent les mouvements de la main, dans l'inlinie diversité d'attitudes que prennent nos doigts pour palper les objets extérieurs, les saisir et s'y appliquer; ce sont elles qui nous communiquent, pour cer«taines fonctions, cette dextérité spéciale qui se rapproche d'autant plus de la perfection, qu'elle échappe davantage à l'empire de la volonté, et s'exécute mieux à notre insu.

Elles nous guident et nous dirigent dans nos mouvements de progression. Tandis que la sensibilité de la région plantaire ne nous

donne que la sensation de la résistance du sol, et provoque ainsi la contraction en retour des muscles qui président aux mouvements progressifs, nos yeux, comme des sentinelles avancées, planent en avant de nous, à mesure que nous avançons; ils explorent Teapace, jugent de la distance des objets, à laquelle ils s^accommodent, et dirigent ainsi nos mouvements de progression sans que nous en ayons conscience. N*est-il pas, en eiïet, d^observalion vulgaire, que quand on vient à fermer les yeux en marchant (même en se supposant à Tabri de toute inquiétude d'inégalité de terrain), si la progression se fait d*abord avec une certaine aisance, par suite de la persistance dans la mémoire de l'image du champ à parcourir, bientôt ce souvenir s'edaçant, la marche devient hésitante, tortueuse et tinalement impossible? De même, dans Tobscurité, lorsque réduits pour nous guider aux seuls renseignements fournis par la sensibilité générale, et à cette vague notion dVffort musculaire accompli, nous essayons de nous diriger, ce n'est qu*à force de tâtonnements répétés que nous arrivons à faire quelques pas; et ceux-ci mêmes, au bout de quelques moments, deviennent complètement impossibles, pour peu que nous soyons dans Tignorance complète de la topographie de l'endroit où nous nous trouvons.

C'est ainsi que nous sommes amené à dire que : dans l'état physiologique, les impressions excito-motrices émanées, soit de la périphérie des nerfs sensilils, soit de la périphérie des nerfs optiques, se multiplient enîre elles, et se complètent réciproquement dans la quantité de stimulus incitateur qu'elles déversent vers les noyaux d'origine des racines antérieures; et que, tandis que les impressions [de la sensibilité générale ne déterminent du côté des racines motrices et des muscles qui en dépendent, que des réactions coordonnées, il est vrai, mais indécises et vagues; les impressions optiques, au contraire, jouent un rôle de perfectionnement marqué. Irradiées du sein de la substance gélatineuse des tubercules quadrijnmeaux, elles se propagent comme une source d'irradiations lumineuses continue, vers les régions molricos sous-jacentes, auxquelles elles donnent l'activité. Elles fournissent un cachet de précision, de prestesse et de régularité sans égales, aux effets moteurs, généraux ou partiels, dont elles dirigent ainsi le but et la portée.

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Il est certaines circoDstances pathologiques, dans lesquelle les impressions excito-motrices optiques et sensilives, qui se prêtent, dans raccomplissementde tous nos mouvements» un appui réciproque si remarquable, viennent à se dédoubler et à agir isolément.

Ainsi, lorsque par une altération progressive des fibres véBoM des racines spinales postérieures et des dépôts de substance rMr- ' tineuse correspondants, le cours des incitations excito-motriceSy parties des régions de la périphérie sensitive, vient à être interrompu, ce sont alors les impressions optiques homologues qui les suppléent, et qui viennent, comme agents d'incitation sumu* méraires, provoquer la mise en activité des noyaux d'origine des nerfe moteurs.

Ces impressions optiques succédanées, étant, dans ces circonstances, les seuls et uniques foyers d'innervation des nerfs moteurs spinaux, il en résulte ce phénomène bien remarquable : c'est que, les individus ainsi privés de cette dernière ressource d'innervation excito-motrice, quand ils se trouvent dans l'obscurité, par exemple, non-seulement ne peuvent plus produire que des mouvements aiaxiques et ineoordormés (par le fait même de la destruction des arcsexcito-moteurs intra-spinaux), mais encore ils ne peuvent plus se mouvoir, par le fait de la disparition complète de ce dernier contingent d'incitation stimulatrice.

Les impressions excilo-motrices acoustiques sont réparties, avec les fibres centripètes qui les supportent, au sein des deux amas de substance gélatineuse qui occupent les parties latérales et inférieures du quatrième ventricule (pi. VIII, fig. 2 et 3 et p. 58). Disséminées au sein des plexus de cellules qu'elles rencontrent en ces régions, c'est de là qu'elles se répandent au loin, pour susciter la mise en activité des noyaux d'origine des nerfs moteurs du voisinage, ou bien celle d'autres noyaux d'origine nerveuse, qu'elles rendent ainsi les agents de leurs manifestations dynamiques (1).

(1) n est à remarquer que les impressions acoustiques présentent^ au point de

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I. a: Les fibres motriees que les impressions acoustiques excitomotrices tiennent sous leur dépendance immédiate, sont d'abord les fibres des deux nerfs faciaux.

Les fibres du facial sont, en effet, les nerfs satellites des impressions acoustiques, au même titre que les fibres du moteur commun sont les satellites des impressions optiques. Les unes et les autres, tributaires immédiates de leurs sources d'innervation sensorielles, ont particulièrement dans leurs attributions, la meilleure adaptation possible de l'appareil sensoriel auquel elles sont annexées. Tandis, en effet, que nous voyons le nerf moteur oculaire commun, à Taide des fibres musculaires qu'il anime, concourir à promener successivement le champ de la vision vers les différents points de l'espace, et régler la somme de rayons lumineux destinés à impressionner la rétine; nous voyons, par un mécanisme analogue, les fibres du facial accomplir des fonctions de même ordre. C'est ainsi que ce nerf, tantôt chez les espèces animales dont le pavillon de Toreille est mobile, oriente (grâce aux fibres musculaires qu^il anime) alternativement ce pavillon, de telle sorte qu'il se trouve successivement en[rapport avec les différents foyers d'ondulations sonores ambiantes ^ et tantôt, agissant comme un véritable appareil compensateur sur le jeu des petits systèmes musculaires qui resserrent ou relâchent la membrane tympaniquc, joue ainsi médiatement un rôle important dans l'adaptation successive de l'appareil auditif interne, aux diverses qualités de son (1). Dans l'un et l'autre cas, ces nerfs satellites des

vue de la rapidité de leur transmission dans les régions centrales^ dci conditions toutes spéciales.

Ainsi : comme on le voit (pi. XVI ï, fig. 17, et pi. VIII, fij?. 2), les ccUnlos ncr veuses qui constituent l'intumescence ganglionnaire acoustique, sont presque contigucs à celles de la substance ^gélatineuse correspondante; cette disposition exceptionnelle est bien différente de celle qui existe pour les autres paires nenreuses, dont les ganglions sont toujours plus ou moins éloignés de leur point d'implantation sur Taxe. Faut-il voir dans ce fait anatomique Texplication de rinstantnncité de certains mouvements d'ensemble, qui succèdent si brusquement à Taudition d*nn bruit subit, lequel met immédiatement en sursaut tous les muscles de l'organisme ?

(i) U est a noter que les noyaux d'origine des nerfs faciaux reçoivent, ouiru le stimulus propre de la volitiou, dos incitations purlies de trois sources disscuiblobies : 1* des plexus excito-moteurs des nerfs sensitifs de In cinquième paire; 2° des plexus gélatineux des tubercules quadrijumeaux^ pour opérer le clignement^ et 3® enfin, des plexus gélatineux des nerfs acoustiques.

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appareils sensoriels^ sont en quelque sorte les fibres effërentes des réwaax de la substance gélatineuse, et les interprètes obligés de ses réactions.

Et, chose remarquable ! ces fibres nerveuses qui dépensent ainsi iear activité motrice, au profit des appareils sensoriels dont elles sont tributaires, habituées qu'elles sont dès l'enfance à agir avec une synergie complète, fonctionnent pendant l'état de veille d^une manière incessante, sans que nous en ayons la moindre notion. Les mouvements d'adaptation de l'œil aux distances des objets extérieurs, ceux des appareils acoustiques aux diverses ondulations sonores ambiantes, sont, en effet, provoqués d'une façon oontînae, pendant toute la période de l'activité diurne, par l'incetiante stimulation excilo-sensoriclle qui les développe; et de plus, ils s'exécuteut complètement à notre insu.

i. Les impressions excito-motrices acoustiques sont encore les «gmts exclusifs, par l'intermédiaire des hypoglosses et des nerfis kuryngiens, de cette série de manifestations motrices, si rapides dams leur succession, et si variées dans leurs effets, qui contribuent am fonctions de la phonation et de Tarliculalion des sons. Dans ces cas, ces impressions inconscientes, provocatrices de mouvements coordonnés ne sont pas comme précédemment, une source d'inner- TatioD continue, provoquant des réactions continues; elles sont au contraire franchement intermittentes et de plus successives.

Ce sont les fibres des deux nerfs spinaux, qui, par l'intermédiaire des fibres laryngées, président aux mouvements des différents muscles du larynx, dont l'action en définitive se résume à tendre ou a dilater les lèvres de la glotte. Ces mouvements rhy Ihmés 9l successifs, sont réglés par l'influence excito-motrice dont les noyaux de substance gélatineuse acoustique sont les foyers de dissémination. U en résulte, que ce sont eux qui provoquent Taclivité de ces muscles, qui les suscitent isolément, ou les associent dans une action synergique, et qui répartissent dans de justes froportions le degré de force qui doit être déployée pour amener W ou tel degré de tension des cordes vocales, et finalement tel ou tel son. Il y a, en un mol, dans le mode d^action des influences ^icito-rootrîces acoustiques, sur les mouvements de resserrement ou de dilatation de l'ouverture gloltique, quelque chose de com-

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parable à celui des impressions visuelles, influançant médiatement les mouvements de contraction et d'élargissement de Torifice pupillaire. Ce sont là des actes musculaires successifs, complètement soustraits dans leurs détails à l'action de la volonté, et dont les réactions sont provoquées uniquement par cette série d'impressions sensorielles inconscientes, qui jouent un si grand rôle dans la série des mouvements automatiques.

Un certain degré de travail et d^babitude est nécessaire pour Taccomplissement régulier de cette série d'actes qui constituent la pbonation. Il faut que, par suite d'exercices répété» dans lesquels la volonté n'intervient médiatement qu'au début (l),rinnervation motrice, passant de la substance gélatineuse acoustique aux nerfs moteurs laryngiens, soit habituellement propagée, et méthodique* ment répartie sous peine de discordance. Il faut, de plus, que l'impression acoustique soit d'abord perçue avec netteté, qu'elle soit distincte et précise, pour qu'elle puisse être répercutée vers les appareils moteurs qui la traduisent en sons vocaux. Il faut, en un mot, qu'elle soit juste ^ pour que la voix ait un caractère de justesse concordante Pour chanter juste^ la première et unique condition, n'esl-elle pas d'avoir, ainsi que l'expriment les musiciens dans un langage concis, l'oreille juste ?

II. Envisagées maintenant, au point de vue de leur dissémination et de l'action qu'elles exercent, soit sur les mouvements partiels, soit sur les mouvements généraux, les impressions acoustiques excito-motrices sont appelées, dans certaines circonstances exceptionnelles, à jouer un rôle prépondérant.

Ainsi, ce sont elles qui tiennent sous leur dépendance cette série de mouvements si rapides et si compliqués qu'accomplissent les doigts des musiciens, dans l'action de jouer des instruments de musique ; ce sont elles qui règlent et harmonisent nos mou-

(1) U est curieux de noter que^ pour cette série de phénomènes moteon^ comme pour beaucoup d*autrc de la même nature^ la volonté n'intervient au début que pour commander leur apparition ; qu'au bout d'un certain temps ils se dérobent plus ou moins complètement à son influence^ pour prendre de plus en plus le cachet d* actes automatiques ; et qu'enfin les actions musculaires automatiques sont d'autant plus parfaites et d'autant micuxjcoodonnées^ qu'elles échappent davantage à l'influence de l'action cérébrale.

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