‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 65 sur 133 · FONCTIONS DE LA RÉGION CENTRALE GRISE. S · texte numérisé non relu

FONCTIONS DE LA RÉGION CENTRALE GRISE. S

n. L'étude des rapports des divers dépôls de substance grise centrale avec les régions ambiantes, antérieures et postérieures; les connexions intimes qu'ils affectent avec les unes et les autres, portent à induire qu'ils pourraient bien ôtre, pour les cellules spinales antérieures, dans certaines circonstances, des sources nouvelles d'incitations motrices, tenues en quelque sorte en réserve, et destinées pareillement à mettre en jeu leurs aptitudes excitO'inotrtces latentes.

Pour peu que l'on examine, en effet, les rapports des noyaux d'origine des nerfs moteurs oculaires communs avec la substance grise centrale, et la substance gélatineuse des tubercules quadrijumeaux (pi. X, fig. 2 et 8), on ne peut s'empôcber de remarquer, que ces noyaux sont beaucoup plus rapprochés de la première que de la seconde, et par conséquent beaucoup plus aptes à en éprouver les effets ; et qu'au moins, par ce cas particulier, l'action excito-motrice irradiée des tubercules quadrijumeaux est médiatement propagée. Ces relations réciproques sont-elles particulières à la région qui nous occupe? Sont-elles générales, et la règle est-elle que les actions excito-motrices doivent subir l'influence métabolique des cellules de la région eentralcy avant d'être répercutées vers les cellules antérieures ?

Ce sont là autant de questions que nous ne faisons que poser actuellement, laissant aux recherches ultérieures de la physiologie expérimentale le soin de les élucider. Néanmoins, on peut dire qu'il est vraisemblable que, dans certaines circonstances, les choses se passent ainsi que nous venons de les indiquer, et que les réseaux de la substance grise centrale doivent être les seules voies naturelles à travers lesquelles se répercutent certaines manifestations motrices inconscientes, qui apparaissent sympa-thiquement, dans un point éloigné de I impression primordiale qui leur a donné naissance.

C'est ainsi, en effet, que les impressions olfactives, par exemple, qui paraissent dépourvues, au moment où elles sont réparties dans la substance grise de Taxe spinal, de cellules gélatineuses manifestement démontrables (pi. XV, fig. 1 [4, 4']) (page 49) et de fibres motrices directement annexées, sont cependant rendue? aptes (ainsi que toutes les autres impressions sensorielles) à susciter la mise en activité de noyaux d'origine de fibres motrices,

plus OU moins éloignés, ceux des muscles inspirateurs, par exemple.

C*est peut-être aussi par le même mécanisme que les impressions optiques excito-motrices, après s'être disséminées tout d*abord au milieu des réseaux gélatineux des tubercules quadrijumeaux, se propagent ensuite de haut en bas, dans toute la hauteur de l'axe spinal, et commandent médiatement la mise en activité des noyaux d'origine des nerfs antérieurs, qui tiennent sous leur dépendance nos mouvements combinés de la progression et de la station, etc. -, que les impressions acoustiques se transmettent pareillement au loin, et deviennent ainsi indirectement les agents provocateurs de cette série de manifestations motrices qui, dans l'action de jouer des instruments de musique, et dans les exercices chorégraphiques, se succèdent avec un si surprenant ensemble et une si merveilleuse soudaineté, etc.

III. Les vues que nous venons d'émettre jus(](u'ici, au sujet delà substance grise centrale de l'axe spinal, sont acceptables dans une certaine mesure, puisqu'elles s'appuient sur des données anatomiques, et qu'elles ne sont, à proprement parler, que des inductions physiologiques empruntées à l'anatomie. Si maintenant nous essayons de l'envisager dans ses propriétés purement dynamiques, nous nous trouvons en face de phénomènes spéciaux que la physiologie expérimentale a révélés, et que seule elle a qualité pour trancher.

Nous avons indiqué déjà (page 76) que la série de fibrilles grises qui allaient directement, de l'intérieur même du tissu propre du corps pituitaire aux régions les plus inférieures du troisième ventricule, étaient les témoins irrécusables de la participation des cellules de cette même région aux phénomènes de la vie végétative ; nous savons, d'une autre part, qu'il existe tout un système de fibres grises centripètes accolées aux racines spinales, provenant des ganglions sympathiques prévertébraux, et remontant avec elles pour se distribuer dans les diverses régions de la substance grise centrale de l'axe : nous sommes donc ainsi amené à dire : qu'il existe une région spéciale du système nerveux, qui paraît présider aux phénomènes trophiques des tissus *, que celle région est en relation avec les éléments des tissus périphériques à l'aide d'un

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système spécial de fibres grises centripètes (dont les fibrilles émanées du corps pituitaire ne sont qu'un minime spécimen) et qu'elle n'est autre que ia substance grise centrale de Taxe, laquelle (par cela même qu'elle est le point d'aboutissement général de toutes les fibres grises trophiques) parait être \e foyer générateur de toutes les incitations vaso-motrices qui s'exercent le long de la continuité des parois du système artériel périphérique, et par conséquent le pouvoir central qui régit et dirige à distance les actes purement trophiques de la nutrition des divers tissus.

Les expériences des physiologistes ont d'ailleurs démontré : celles de Cl. Bernard (1), d'une part, qu'il existait, au milieu des gros troncs nerveux périphériques, une catégorie spéciale de fibres nerveuses indépendantes des fibres motrices et des fibres sensitivesy et que ces fibres, véritables nerfs calorifiques, étaient répandues partout^ celles de Schiiï(2), d'une autre part, que la section unilatérale de la moelle épinière, influençait d une manière très-notable les phénomènes de calorification et de vascularisation dans les tissus, à la périphérie. Nous sommes par consé« quant autorisé à penser :

Que la région grise centrale est un véritable trait d'union sympathique entre les diverses régions du système spino-cérébral qu'elle associe solidairement les unes avec les autres ^qu'elle constitue un système nerveux à part, fonctionnant d'une manière indépendante au milieu des éléments homologues ambiants; qu'elle est le point de convergence des incitations réflexes vaso-motrices, et le foyer central, d'où ces incitations sont réfléchies vers la périphérie, pour provoquer médiatement des modifications alternatives dans les phénomènes de la circulation capillaire ; et qu'enfin, elle se trouve être en quelque sorte Varbitre des phénomènes de nutrition des éléments histologiques, dont elle dirige et gradue ainsi médiatement l'activité dynamique.

IV. La solidarité intime des réseaux de cellules de la substance centrale grise, dans le sens vertical, rend assez bien compte d'une série de phénomènes, dits sympathiques, dont on rencontre de si

(1) Comptes rendus des séances de r Académie des sciences, 1862 ; Gazette hebdomadaire de médecine, 1862, p. 520.

iS) Académie des sciences. Gazette hebdomadaire, 1862, p. 616

nombreux exemples, soit à Tétat normal, soit à Félat patholo* gique.

C'est ainsi que Todeur d'une substance savoureuse proToque Tactivité sécrétoire des glandes salivaires; que la Yued*un objet erotique détermine l'apparition de phénomènes d'érétliisme du côté des appareils génitaux, etc. L*état de gravidité de Tutérus suscite, par un mécanisme analogue, des actions en retour, soit sur les glandes mammaires qui sont ainsi amenées sympathique^ ment à dévoiler leur activité latente; soit du côté de Testomac, dontrinlolérance incoercible est si souvent la caractéristique des premiers temps de la conception.

Dans les conditions pathologiques, Tétude des réactions spéciales de la région de substance grise centrale permet de jeter aussi un certain jour sur une série de phénomènes obscurs jusqu'ici, au point de vue du mécanisme de leur production et de leur subor^ dination réciproque.

C'est ainsi qu'elle nous permet de nous rendre compte, non* seulement de la route parcourue par les impressions dites sympathiques qui, irradiées d'un organe malade, vont secondairement intéresser un autre organe éloigné; mais encore de certaines perversions locales de la circulation périphérique, qui sont primitivement déterminées par un trouble primordial survenu dans les foyers de l'innervation centrale.

Ainsi, les manifestations rhumatismales des jointures, qui ne soot souvent que des modifications bilatérales et passagères, de l'inner* vation vaso-motrice des séreuses articulaires; certaines lésions du tissu cutané (psoriasis, eczéma, etc.), qui apparaissent paroi* lèlemont dans les régions homologues de chaque membre, impliquent (par cela même qu'elles sont bilatérales et simultanées) que les troubles divers de circulation qui les constituent localement, sont régis par des influences centrales vaso-motrices, qui graduent rintcnsité des courants sanguins périphériques. C'est encore à ces mômes régions centrales, régulatrices des diverses circulations périphériques, qu'il faut s'adresser pour comprendre le mécanisme en vertu duquel, lorsque de deux organes doubles, l'un est lésé, son congénère se prend sympathiquement à son tour; pourquoi, par exemple, les troubles circulatoires d'un œil atteint de coq* jouctivite, se reproduisent bientôt sur Tœil du côté opposé, avec

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