‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 67 sur 133 · DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SECTION

Nous désignons sous la dénomination d'impressions sensorielles conscientes^ toute cette catégorie d'impressions centripètes qui sont conduites directement au sensorium commune (c'est-à-dire i la couche optique) à l'aide d'un système particulier de fibres convergentes (fibres ganglio-cérébrales), dont nous nous sommes précédemment occupé d'isoler les éléments.

Ce sont, a proprement parler, des impressions sensorielles d'une nature toute spéciale, et plus épurées que les précédentes, avec lesquelles cependant elles émergent des différents plexus périphériques. Elles s'en distinguent en ce qu'elles sont Mclusivement destinées à devenir les matériaux élémentaires, indispensables aux opérations de l'entendement. Les premières, ailpoint de vue de leur distribution et des réactions qu^elles provoquent, sont des impressions parement spinales^ les autres sont des impressions uniquement cérébrales.

Nous allons ainsi passer successivement en revue chaque série d^'mpressions sensorielles conscientes ; puis nous examinerons chacune d^elles, au point de vue des notions brutes qu^elles fournissent immédiatement à Tentendement, et des réactions secondaires auxquelles elles servent de point de départ. Nous aborderons donc, comme précédemment, l'étude des impressions sensîliyes, optiques, acoustiques, gustatives, etc,

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Les recherches analytiques de la physiologie moderne ont démontré que cette catégorie spéciale d'impressions, désignées communément en bloc sous la dénomination d'impressions sensitives^ n'était que la résultante d'impressions multiples; qu'il y avait parmi les fibres centripètes, ramenant au sensorium les diverses impressions recueillies à la périphérie des plexus sensitifs, un certain nombre d entre elles, qui nous révélaient exclusive-'

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ment, par une sensibilité d'une nature spécifique, la présence des différents agents extérieurs capables de nous nuire, ou le cri de nos organes plus ou moins endoloris ; et que d'autres avaient particulièrement pour but de nous mettre en rapport avec les objets du monde extérieur, de nous faire apprécier leurs formes, leur volume, leur poids, etc.; que parmi ces fibres sensitives, en un mot, à attributions si dissemblables, les unes étaient véritablement les conducteurs dolorifères des impressions douloureuses, et les autres les agents de transmission des impressions purement tactiles.

Ces diverses modalités des impressions sensitives, qui retentissent chacune d'une façon si caractéristique sur le centre perceptif, qui s'ajoutent et s'associent si merveilleusement dans Texercice de nos sensations journalières, peuvent cependant se dédoubler dans certains cas, et persister isolément, à l'exclusion les unes des autres. Il n'est pas rare de voir en effet, dans certaines circonstances morbides, les nerfs dolorifères de la peau, aussi bien du reste que ceux des autres appareils viscéraux, être isolément frappés d'une sorte de paralysie, et cesser de remplir leurs fonctions habituelles, les impressions tactiles congénères étant intactes ; il y a, dans ce cas, une véritable analgésie, ainsi que Beau Ta très-judicieusement établi (1). Il est curieux devoir, en effet, la peau des individus dont les diverses fibres sensitives ont été ainsi dissociées, pouvoir être impunément pincée, irritée, transpercée avec des aiguilles, sans que les fibres dolorifères cutanées, frappées d'inertie, donnent le moindre signe de réaction fonctionnelle (2).

I. Les impressions dolorifères^ recueillies au sein de l'intimité de tous nos tissus, tant à la surface des expansions nerveuses

(1) Beau, Archives de médecine^ t. XVll, 1848, p. 5.

(2) L'action du chloroforme parait apte a opérer la dissociation artificicUe de ces deux ordres d'Impressions sensorielles : j'ai appris d'un malade, très-intelligent, opéré d'une flitttl« anale, et habitue à so rendre exactement compte de ses impressioii», quo pendant son sommeil ancsthésique, il eut la notion exacte du. point iociié, qu'il sentit l'action de l'instrument tranchant sur ses tissus, et qu'il fut simultanément surpris (n'ayant pas perdu complètement connaissance au moment du débridément) de ne pas ressentir une douleur proportionnelle à l'étendue de Tincision qui Itti était pratiquée.

IMPRESSIONS SENSmVBS. Si&

cutanées, qu'au milieu de la trame de nos viscères, sont les réactifs les plus fidèles qui nous avertissent des diverses modifications morbides ou traumatiques dont ils peuvent ôtre le siège. Elles traduisent ainsi, par les manières différentes dont elles affectent le sensoriuniy les élals successifs des diverses régions périphériques d'où elles sont irradiées. Fugaces ou continues, fulgurantes ou contusives, térébrantes ou mobiles, les impressions dolarifèret^ avec leurs formes différentes, constituent dans leur ensemble un phénomène perceptif d*un ordre à part, qui a ses modalités suc« cessiveb, ses caractères généraux, et je dirai môme son utilité spécifique : elles ont en effet leur raison d*ètre dans le sentiment de la conservation individuelle; aussi leur étude nous paraîtelle devoir être ultérieurement reprise par les physiologistes, et mériter un chapitre à part, sous la dénomination paradoxale ie physiologie des impressions douloureuses. Peut-être en résulterait-il une connaissance plus approfondie des conditions premières qui président à leur apparition; de la valeur sémiologique qu'elles peuvent avoir, suivant les formes sous lesquelles elles se décèlent; et enfin comme conséquence, Tadoplion de moyens plus actifs, pour en modérer l'expression et en enrayer la violence.

IL Les impressions tactiles sont particulièrement recueillies par le tégument cutané, qui représente, en quelque sorte, une vaste surface de réception, pour les impressions du dehors. Cette catégorie spéciale d'impressions sensitives se trouve collectée d'une manière très-inégale, ainsi que les recherches de Weber nous l'ont appris (1). Elles ont pour siège de prédilection les extrémités digitales, qui sont^à proprement parler, les véritables appareils sensoriels des sens du tact.

La pulpe des extrémités digitales, en effet, n'est pas seulement une surface sensorielle ébranlée passivement par les impressions extérieures; elle représente des appareils mobiles, actifs et in* telligents, dont l'initiative est incessante. Lorsque nos doigts, par une série de mouvements réguliers et coordonnés, comme tous les mouvements automatiques, vont aux divers objets ambiants, qu'ils les cherchent et les explorent, qu'ils s'appliquent

(1) Liodrfi Traité du partUysia.

à reconnaître leur poli et leurs contours, à multiplier leurs points de contact avec eux, et à s*accommoder à leurs diverses surfaces, ils accomplissent des mouvements d'adaptation fonctionnelle, analogues à ceux qu'accomplissent nos globes oculaires, etc., pour suivre à la piste les objets extérieurs, à mesure qu'ils se déplacent, et ne pas les abandonner dans leurs diverses situations successives.

III. Les impressions tactiles recueillies a la surface des expansions nerveuses cutanées sont juxtaposées avec les impressions dolorifèreSj et conduites, en définitive, avec les fibrilles radiculaires postérieures, au niveau des régions postéro-lalérales de l'axe spinal. C'est là qu'il faut les rechercher pour les retrouver au milieu de l'ensemble des fibres ascendantes de Taxe spinal.

Les fibres dolorifères paraissent, en effet , être spécialement groupées au niveau des points d'implantation des racines postérieures (ainsi qu'il résulte des recherches de Chauveau) (1), là où nous avons indiqué que se détachaient de leur masse commune une certaine catégorie de fibrilles radiculaires ascendantes. Quand on applique, en effet, sur des animaux vivants, des irritations mécaniques exactement limitées, sur cette bandelette défibres verticalement dirigées, des manifestations de douleur non équivoque apparaissent instantanément (pi. XIII, fig. h [5]-, pi. XXXVII, fig. 7 [5]). Les mêmes irritations appliquées au niveau des fihres des faisceaux latéraux, lesquelles sont situées en avant des précédentes, paraissent impuissantes à déterminer des réactions douloureuses analogues (2j.

(1) Expéricucc VII, faite sur un mulet vigoureux : quand on pique la moelle près de la ligue d'émergence des racines sensitives, Vanimal manifeste la plus Tiolenle douleur. Expérience X, faite sur un petit àue : on pique la moelle au niveau de la ligne d'émergence des racines postérieures; douleur intense. — Rien quand Taiguille agit dans les parties externes des faisceaux latéraux (pages 40 et hi). Expérience XXV, faite sur une vieille jument, dont la moelle avait été digpotée pour subir l'influence des excitations électriques : l'animnl ne manifeste aucune émotion tant que les rhéophores restent sur le cordon latéral \ mais à peine arrivent-ils sur le bord externe du cordon postérieur que l'animal se livre aux mouvements les plus désordonnés, pousse des plaintes et manifeste ainsi la violiMite douleur qu'il a ressenUe. (Chauveau, Mémoire cité, Journal de physiologie y p. 57.)

(2) H est à noter que, si les fibres latérales, conductrices des impressions tactiles, sont insensibles aux excitations, dans les régions inférieures de l'axe spinal, cette

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