‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 68 sur 133 · IMPRESSIONS SENSITIVES · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS SENSITIVES

Nous sommes donc amené à penser, au point de vue de la répartition des impressions sensilives conscientes, au milieu des élémenls si complexes dont se compose Taxe spinal : qu'elles sont groupées en bloc, le long de la continuité des fibres qui constituent les faisceaux latéraux; que les fibres les plus postérieures de ces mêmes faisceaux (celles qui sont accolées au niveau des points d'implantation des fibrilles radiculaires postérieures) représentent Tensemble des fibres dolorifères^ irradiées de tous les points de la périphérie sensitive ; et que les fibres les plus antérieures de ces mômes faisceaux (dont Tinsensibilité sous Faction des irritations mécaniques est si caractéristique) représentent vraisemblablement l'ensemble des fibres tactiles irradiées de tous les points de la périphérie cutanée.

Nous sommes arrivé, d'un autre côté, à reconnaître Tentrecroi* sèment (au niveau de la région bulbaire) de l'ensemble des fibres latérales de Taxe (voy. pages 87 et 207) ; à admettre leur prolongation au delà, et leur immersion dans les régions médianes de la couche optique ; nous nous trouvons donc conduit à supposer : que les impressions sensorielles spéciales, ramenées ainsi vers les régions centrales, suivent un trajet identique (1), et que les impressions dolorifères en particulier, disséminées au sein de la masse même de la couche optique, sont celles qui communiquent i cet amas de substance grise la sensibilité si exquise qui la caractérise (2).

insensibilité des cond acteurs homologues se retrouve dans les régions sapérieores. C'est ainsi que les fibres des rubans de Reil, étudiées particulièrement à ce point de Tue par Chauveau, lui ont paru complètement insensibles sous l'action de rélectricité {Journal de physiologie, 1862^ p. 275). Nouvelle preuve eo faveur de l'opinion que pous avons précédemment émise^ et qui nous porte à voir dans les fibres des faisceaux de Reil, la répétition (dans les régions supérieures de l'axe ypinal) des fibres des faisceaux latéraux des régions inférieures (voy. pages 79 et saiv.). Notons encore qu'il est d'autres fibres conductrices d'impressions sensorielles qai sont aussi inseiMibiat aai irritations^ les fibres optiques entre autres.

(1) Nous rappellerons, à ce propos, que les fibres dolorifères suivent bien une direction ascendante, au milieu des autres éléments spinaux. On les retrouve à découvert au niveau du plancher du quatrième ventricule. Une ^iimple irritation de cette région à Taide d'une pointe d*épingle suffit pour provoquer, chez des chiens, de$ signes de violentes douleurs. (Vulpian, Mémoires de la Société de biologie, y série^ t. III, année 1861. Paris, 1862, p. 315.)

(2) Itageadie, Leçons sur le système nerveux, 1. 1, p. 183 et 185.

818 IMPRESSIONS SraSORlELLBS COlfSCIENTES.

Du reste, il existe un certain nombre do faits palhologiques bien conslalés aujourdliui, qui montrent que, lorsque les impressions sensilives et tactiles sont conservées, les fibres des faisceaux sont également respectées -, et que, inversement, la destruction des fibres latérales de l'axe entraîne ipso facto la perte de la transmission dans le sensoriumàes impressions tactiles et sensitives(l). Ces faits viennent donner par conséquent i^appui de leur autorité aux assertions précédentes, et indiquer que telle parait bien être la route suivie parles impressions tactiles et dolorifères dans leur propagation centripète.

Ces données étant admises, nous sommes par conséquent amené à considérer les centres médians de la couche optique comme étant les points centraux, dans lesquels les impressions sensitives en général, irradiées des plexus périphériques les plus dissemblables, viennent successivement s'amortir, après s'être entrecroisées. Pour peu que Ton se reporte à la description que nous avons donnée de ces mêmes centres (pages 205 et suiv.), on verra qu'en effet : leurs fibres aflërentes ont des provenances diflérentes; qu'ils sont vraisemblablement privés de commissures, et par conséquent indépendants de chaque côté dans leur fonctionnement; et qu'enfin leurs fibres eflerentes, disséminées vers tous les points de la périphérie corticale, établissent leurs connexions avec les régions les plus opposées de la substance grise des circonvolutions.

C^est donc à partir de leur concenlralisation au milieu des ré* seaux de cellules des centres médians, que les impressions sensi* tives, après avoir subi leur action métabolique, sont irradiées sous une forme nouvelle, vers le plexus de la périphérie corticale, dont elles déterminent ainsi la stimulation incessante.

IV. a. Les impressions dolorifères propagées yers les régions de la périphérique cérébrable^ éveillent dans TenteDdement l'idée de nocuité, en rapport avec les causes qui les ont suscitées. Elles se généralisent très-rapidement, et agissent en quelque sorte d'une façon spécifi(|ue, en retentissant principalement dans les régions

(1) Dans un cas de ce genrc^ dont l'obscrvulion a été recueillie par nous-mcme^ lu sensibilité ctuil tellement altérée, que la malade n'avait oullcmcnl coouaissaocc d'énormes escharcs qui aTaicnt détruit une portion de la peau de la région sacrée.

mpREssioifs sEifsrriTBs. SIO

qui sont le siège de l'activité affective. Elles ne paraissent pas ultérieurement appelées à jouer un rôle considérable dans les diverses opérations de Tentendement : leur intermittence, dans leur moment d'apparition, pourrait assez bien rendre compte de celle espèce d'infériorité qui leur est propre, sous ce rapport.

h. Les impressions tactiles^ au contraire, envisagées en ellesmêmes, fournissent à l'esprit un certain nombre de notions peu abondantes, il est vrai, mais très-précises, sur les diverses qualités des corps extérieurs. Les idées secondaires auxquelles elles donnent naissance, ne sont le plus souvent que des réactions consécutives de l'entendement; la mémoire y joue le plus sou- ?ent un rdie prépondérant. Elles sont, en effet, les seuls matériaux à l'aide desquels nous établissons nos jugements sur les dimensions et l'état de la surface des corps extérieurs, sur leur mouvement, leur degré de sécheresse et d'humidité, et leur température, etc.

Ainsi, lorsqu'un objet est en contact avec une région quelconque de notre tégument cutané, et que la pulpe de nos doigts s'y promène sans discontinuité, pendant un certain temps, nous jogeons par la durée de ce contact, des dimensions de l'objet en surface.

Lorsque la surface d'un objet est recouverte d'une multitude d'aspérités, et que nos doigts, appliqués^ nous transmettent one série de sensations tactiles multiples, même sans avoir vu l'objet, nous jugeons que cette surface est rugueuse et irrégu* Kère. Inversement, lorsque leur pulpe ne rencontre aucune aspérité, nous induisons, par cela même, que cette surface est plane ou polie. C'est ainsi, qu'en Tabsence de la coopération des sens de la vue, nous arrivons, bornés aux seuls renseignements de nos impressions tactiles, à reconnaître une étoffe de velours, de soie, de satin, etc.

Lorsqu^un objet touche successivement différents points de notre surface cutanée, nous jugeons que cet objet est en mouvement; lorsque ces changements de position se font dans un sens 00 dans rautre, nous en concluons la direction suivant laquelle cetolqet se meut; c'est ainsi, comme le fait observer Landry (1)*

(1) Landry, Paralytietf p. 190.

qu*un chatouillement qui change de place, donne l*idée de mouvement; et que, s'il se présente avec certains caractères familiers à tout le monde» on peut Tattribuer à un insecte, ou i une mouche marchant sur la peau.

Les impressions tactiles ne fournissent pas à elles seules i l'entendement tous les matériaux qu'elles semblent lui apporter tout d'abord. Leur rôle intrinsèque, assez borné d'ailleurs, est multiplié par l'intervention d'une autre source d'impressions périphériques : ces impressions nouvelles et supplémentaires sont celles qui dérivent de la notion, vague il est vrai, de l'activité de tel ou tel département de notre système musculaire. Ce sont elles qui, transmises au sensorium à l'aide des fibrilles ascendantes des faisceaux postérieurs, associent leur témoignage aux notions fournies par les impressions tactiles, enrichissent leur apport, et font que l'entendement, dans les jugements ultérieurs qu'il porte sur le poids, la résistance des objets extérieurs, etc., associe automatiquement, et confond dans une résultante unique, deux sources d'informations dissemblables, et primitivement séparées, dans les régions périphériques du système nerveux.

Lorsqu'en effet nous disons d'un corps qu'il est lourd, nous traduisons à notre insu, la quantité dVifort musculaire nécessaire pour le soupeser ou le déplacer ; et lorsqu'en voyant un objet connu, nous hésitons à nous en charger, c'est que la notion d'eifort musculaire, employé précédemment dans une circonstance semblable, survivant dans la mémoire, nous donne l'idée actuelle de l'effort qu'il faudrait de nouveau accomplir (1). De même, lorsque nous disons d'un corps qu'il est mou, qu'il est résistant, nous n'exprimons pas seulement une simple impression de contact, mais Timpression complexe, qui résulte pour nous de ce que l'objet s'est laissé déprimer sous l'influence de notre pression, ou bien qu'il a résisté.

Enfin, dans l'appréciation du volume et de la solidité des

(1) n est un certain nombre de personnes, comme le fait observer Bêclard, qui, au point de vue de la précision qu'éveille dans leur esprit la notion de force musculaire employée pour soulever un poids donné, acquièrent une telle habitude, qu'à 5 grammes près, elles peuvent, sans se tromper, apprécier le poids d'un corps tenu dans une main, et par conséquent la quantité d'eflbrt musculaire mise en réquisition pour cet objet. (Béclard, Manuel de physiologie,)

IMPRESSIONS SENSORIELLES CONSaSHTES. 321

corps, la flie et le toucher combinés ne nous fournissent pareillement que des renseignements insuffisants. C'est encore Tinlervenlion de nos muscles qui joue ici un rôle principal, et nous permet d'arriver ainsi à une appréciation exacte. Nos doigts, nos mains, nos bras, transformés en appareils actifs de palpation et de préhen* sion, vont automatiquement explorer, presser, tâteren tous sens, les faces et les arêtes des objets à connaître ; ils les soulèvent, les ébranlent, ou les font simplement osciller; et de cette série de mouvements combinés et successifs, transmettent à Venteride* ment des notions nouvelles, qui enrichissent en les multipliant les notions de la sensibilité tactile.

Les impressions spéciales, propres à l'appréciation de la température, paraissent probablement aussi être transmises au sensorium par une série de conducteurs centripètes spéciaux. Elles semblent devoir être, dans certaines circonstances, isolément abolies ou isolément respectées. Elles constituent, du reste, une série de phénomènes encore trop peu connus, dans leur mode de manifestation physiologique et dans leur mode de propagation centripète, pour que nous y insistions. Peut-être ces conducteurs spéciaux des impressions calorifiques interviennent-ils dans les notions d'humidité et de sécheresse, que nous transmettent les difiérents corps extérieurs? Peut-être ont-ils des connexions intimes avec les fibres dolorifëres? Ce sont là des questions qui nous paraissent, dans l'état actuel de nos connaissances physiologiques, complètement insolubles; nous renvoyons, du reste, aux excellentes pages que Landry a consignées sur ce point dans son Traité des paralysies.

C'est ainsi qu'en réduisant à leur juste valeur les données diverses fournies à l'entendement par chaque catégorie d'impressions sensitives en particulier, nous arrivons à reconnaître corn* bien la sensibilité en général est une faculté complexe, et de combien d'éléments multiples elle se compose.

Ainsi, tandis que nous voyons les fibres les plus postérieures des faisceaux latéraux transmettre au sensorium les impressions douloureuses, et éveiller a leur suite dans Fentendement, la notion de nocuité des corps extérieurs qui les ont provoquées ; nous voyons, d^un autre côté, les fibres latérales, placées en avant des

SSS mnissioifa sbnsoribllks coHscisiiTts.

précédentes (destinées vraisemblablement à la transmission des impressions tactiles), susciter, une fois arrivées dans Tentendement, des modlBcations spéciales, en rapport avec les corps extérieurs qui les ont ébranlées, et fournir ainsi les éléments des jugements que nous portons sur l'étendue et Tétat de la surface des différents corps, etc. D'un autre côlé, les fibres des faisceaux postérieurs de Taxe spinal viennent encore apporter à cette série de renseignements des données supplémentaires : celle de l'activité de nos muscles, de la résistance qu'ils surmontent, et des efforts qu'ils supportent, tandis que les fibres conductrices des impressions calori6ques nous mettent en rapport avec l'état de la température des corps ambiants.

Ces impressions variées, empruntées isolément à des sources bien dissemblables, arrivent donc toutes, en définitive, dans les régions supérieures du système nerveux; Elles se superposent en quelque sorte dans l'entendement, se combinent entre elles, et se prélent un mutuel appui, en se renforçant et en se multipliant les unes par les autres.

§ 2. — ImpreMloni •ptl^oM.

Les impressions optiques conscientes sont recueillies avec leurs congénères excilo-molrices, à la surface de la périphérie rétinienne. Elles sont conduites, après s'être entrecroisées en partie avec les fibres centripètes opti(|ues, au sein des réseaux de cellules ganglionnaires, des corps gonouillés internes et externes. A partir de ce point, elles sont directement irradiées vers les centres moyens de la couche optique du côté correspondant (i), à l'aide d'un système spécial de fibrilles blanches étalées en éventail, et

(1) n est à noter i^ que les fibres optiques^ comme toutes les fibres sensorieUei qui sont en relation plus ou moins directe avec les phénomènes cérébraux, sont insensibles aux irritaUons mécaniques : peut-être cela tient-il à ce qu'il n'y a pas au milieu de véritables fibres doloriferes; 2® que si la substance grise des corps genouillés parait recevoir simultanément des impressions opUques directes et entrecroisées, néanmoins le contingent d'impressions optiques, irradiées ultérieurement yen les lobes cérébraux, est uniquement direct, s'il faut en juger par les expériences du physiologiste. On sait en effet que l'ablation d'un lobe cérébral entraine la perte de la vision, dans l'œil du côté opposé : ce qui implique que toutes les fibres opUques conscientes exclusivement cérébrales sont entrecroisées (expériencei dt Flourens)| voyei pins loin.

IMPRBSSIOMS OPTIQUES. S28

dont nous avons précédemment indiqué la direction et les rapports (page 78).

Les centres moyens sont bien, ainsi que nous Tavons noté déjà (page 20A), les points de concentration des impressions optiques. Outre la provenance spéciale des fibres directes qui viennent s'y distribuer, et qui attestent ainsi la destination qui leur est propre, il existe un certain nombre de faits pathologiques (1) qui montrent qu^une altération de cette région limitée de la couche optique a été suivie de perte de la vision. Serres a signalé un cas de cei genre (2).

Ces centres moyens reçoivent, comme les précédents, une série de fibrilles afférentes, qui leur apportent des impressions optiques recueillies à des sources dissemblables.

En première ligne, ce sont les fibres sensorielles par excellence, irradiées directement de la substance grise des corps genouillés; puis viennent les fibrilles obliquement ascendantes, émergées des réseaux gélatineux des tubercules quadrijumeaux (pi. 111, fig. i [15, 15']), lesquelles sont interposées commodes traits d'union, entre la sphère de l'activité automatique et celle des impressions conscientes; puis enfin viennent les fibrilles grises, qui aboutissent vraisemblablement dans les régions de substance grise qui sont en continuité de tissu avec la substance même du centre moyen.

Il résulte donc de cette convergence vers un point commun des diverses espèces d'impressions optiques, que ce centre moyen ou optique devient a son tour un foyer de diffusion d'impressions sensorielles, irradiées incessamment, pendant Tétat de veille, vers certaines régions de la périphérie corticale. Ce sont elles qui deviennent ultérieurement une des sources les plus fécondes auxquelles s'alimente l'activité des cellules cérébrales; qui, par leur stimulation incessante, les tiennent en quelque sorte, pendant toute la durée du jour, continuellement en éveil (8), et qui, bien différentes des impressions sensilives qui rattachent Thomme à

(1) Voyei plus loin le chapitre relatif aux lésious de la couche optique.

(2) « La niasse^ dit-il^ de la couche optique parait être le foyer de la vision chex riiomine> encore n'y eoncourt^elle pas en entier,.. La vision n*est perdue que lonqne la désorganisation pénètre au niveau du point de départ de la commissnre moUe. Cette commissure parait être la limite de ce sens, d'après les faits que f ai pfcwinéf. » (Serres^ Anatomiedu cerveau^ Paru, 4827, t. 1I> p. 707 et 708)

(3) U eii à noter que les régions des centres optiques où sont les centres moyens,

32i IMPRESSIONS SBN80R1ELLB8 CONSCIENTES.

la réalité des objets qu'il touche, le transportent, au contraire, en quelque sorte en dehors de lui, et étendent ainsi son domaine àrinfini.

Une fois qu'elles se sont disséminées au sein des réseaux des cellules corticales, les impressions optiques conscientes y fournissent, de même que les impressions de la sensibilité générale, deux catégories de notions bien distinctes.

L Les unes sont simples, spécifiques, et irréductibles; ce sont les notions que nous avons sur la coloration des corps.

II. Les autres sont complexes, perfectibles, et le résultat médiat d'une certaine participation de l'entendement à leur élaboration : telles sont les notions que nous acquérons sur la distance, l'éloignement et la dimension des objets.

I. Les impressions optiques de la première espèce (comparables aux notions brutes que nous donnent les impressions tactiles relativement à Tétat rugueux ou poli de la surface des corps) ne sont que le résultat de la manière d'être spéciale, dont les extrémités nerveuses périphériques sont impressionnées par les agents extérieurs : les notions de couleur, qu'elles suscitent après elles, sont, en effet, des notions simples, et irréductibles en d'autres impressions équivalentes. Elles ne peuvent éveiller dans l'esprit

sont précisément celles dans lesquelles les fibres commissurantes jouent le rôle lé plus important : les fibres grises transversales qui serrent ainsi à conjuguer ces deut amas bilatéraux de substance grise sont incontestablement les agents principaux de l'unité des impressions visuelles (pi. XllI, fig. 1 [8], et pi. XVII, fig. 1).

Il est encore bien intéressant de constater la richesse des moyens commissarants attribués aux impressions optiques. En eflct, outre les fibres arciformes qui paraissent relier entre elles, au niveau du chiasma, la substance grise des deux rétines (pi. XV, fig 6), il existe probablement un certain nombre de fibres homologues, servant à commissurer celle des corps genouillés. Les réseaux gélatineui des tubercules quadrijumeaux sont rendus solidaires d'un côté à l'autre, à l'aide d'un système spécial de fibres arciformes ; les centres optiques sont conjugués pareillement entre eux; enfin, les régions périphériques corticales, dans lesquelles ces mêmes impressions optiques, au dernier terme de leur parcours, sont disséminées, sont pareillement commissurées d'un côté à l'autre. 11 est bon de rappeler, enfin, que U substance grise spinale, qui borde les parois de l'aqueduc de Sylvius, et qui est en connexion avec celle des tubercules quadrijumeaux, se trouve vraisemblablement reliée à l'aide de fibrilles grises aux régions homologues du centre optique (pi. X, fig. 3 [2]).

IMPRESSIONS OPTIQUES. S2ft

aucune idée similaire, lorsqu'elles n'y sonl jamais entrées, et y laissent une empreinte spéciGque qui y reste gravée. Une fois qu'elles y ont été déposées elles demeurent stationnaires^ sans éveiller à leur suite aucune réaction des cellules de la substance corticale ambiante, qui ne sont appelées ni à les compléter^ ni à les ampliûcr, ni à les multiplier, en les associant à d'autres impressions congénères. Elles sont, en un mot, pourvues de caractères qu'aucune autre impression sensorielle ne possède, mais en revanche, elles sont complètement réfractaires à tout travail de transformation. Quand nous disons, en effet, d'un corps, qu'il est bleu, rouge, jaune, nous en restons là, nous n'en tirons aucune induction secondaire : nous n^exprimons ainsi qu'une impression, une et simple^ qui frappe le cerveau d'autrui de la même manière que le nôtre est impressionné; et sans essayer de vouloir faire l'analyse d'une impression simple et indécomposable^ nous ne cherchons pas plus à y découvrir des impressions sousjacentes, que nous sommes tenté de rechercher des molécules dissemblables dans l'analyse d'un corps que nous réputons simple (1).

II. Il n'en est plus de même lorsque nous nous prononçons sur la distance, la forme, Téloignement, les dimensions et les mouvements des corps extérieurs : il y a dans les jugements que nous portons dans ces circonstances, une intervention active et immédiate de l'esprit, qui, à propos d'une impression présente, associe des impressions anciennes con6ées à la mémoire. Il les compare, les confronte et les combine, pour en former une notion unique, qui est la résultante d'une série de notions isolées, et devient ainsi l'énoncé d'un jugement détinitif.

1* Lorsque nous nous prononçons sur la distance et l'éloignément des objets extérieurs, nous ne faisons que d'ajouter et do combiner entre elles deux séries d'impressions sensorielles qui

(I) Cette aptitude si caractéristique que nous possédons, de pouvoir apprécier les divenes colorations des corps, peut être isolément atteinte ; Szokalski, qui l'ett occupé de rassembler des faits de ce genre, établit plusieurs catégories d'indiTidos ainsi affectés. Les uns ne distinguent que le blanc et le noir; d'autres, le blanc, le jaune et le noir ; tandis que d'autres n'ont pas la notion de la couleur ronge; il en a vu encore qui ne distinguaient que les cinq couleurs primitives, et qui éttienf incapables de reconnaître les couleurs composées {ArrhUyes de méderine^ 4841, 1. XII, p. 407).

nous viennent de sources diflërentes, et qui, habituées dès Ten^ fance à marcher de conserve, se prêtent un mutuel appui.

Ce sont, dans ces cas, les impressions conscientes d'une part, et d^une autre part, cette autre série d'impressions indirectes qui, irradiées de la sphère automatique des réseaux gélatineux des tubercules quadrijumeaux, s'associent dans une action commune, de la môme manière que nous avons précédemment vu les impressions purement tactiles, et celles qui résultent de l'activité de certains groupes musculaires, concourir par une action simultanée, à nous donner la notion précise de la résistance et de la gravité des objets extérieurs.

L'œil, ainsi que nous l'avons indiqué déjà, est un véritable appareil d'optique qui règle de lui-même les conditions de son jeu : il s'accommode non-seulement aux diverses situations d'un même objet dans l'espace, mais encore à une série d'objets, les uns après les autres, dans les différents rapports d'emplacement qu'ils affectent entre eux : si celte admirable aptitude, en vertu de laquelle il se met de lui-même dans les meilleures conditions pour que les impressions conscientes destinées à alimenter l'activité des cellules cérébrales, arrivent à leur destination avec le maximum possible d'éclat, d'intensité et de précision ; si cette aptitude, disons-nous, se développe automatiquement^ et sans que nous en ayons une notion 4)récise, il ne s'ensuit pas que les divers actes par lesquels elle se décèle, soient complètement incon^cien/s. Il arrive, en effet, au sensoriura (au centre optique) une série d'impressions spéciales, qui traduisent les divers états de la sphère automatique, et transmettent ainsi indirectement la notion de rétat d'activité de nos muscles accommodateurs de l'œil et des efforts coordonnés qu'ils accomplissent, pour s'adapter successivement aux différentes situations occupées par les objets extérieurs. C'est ainsi qu'en interprétant cette notion vague et confuse, en la comparant aux données homologues anciennement conGées à la mémoire, nous arrivons à juger approximativement des diverses situations occupées par les objets dans l'espace.

Il est juste de dire que celte notion obscure de Tactivité de nos muscles accommodateurs de l'œil ne suffit pas à elle seule pour nous faire arriver à un pareil résultat : d'autres notions viennent encore se surajouter, et en multipliant nos sources de renseigne-

IMPRESSIONS OPTIQUBS. S27

mentSy donner en môme temps des gages de certitude et de précision à notre jugement. C'est ainsi que l'état de clarté plus ou moins vive des objets extérieurs sert pareillement à nous guider dans nos appréciations des distances; nous savons par expérience qu'un objet est d^autant plus éclairé qu'il est plus rapproché de nous, et que la netteté avec lequel nous le voyons diminue avec la distance; nous sommes, par conséquent, ame«> nés, par le fait même du degré de l'intensité des impressions visuelles auxquelles il donne naissance, a induire qu'il est éloigné ou rapproché de nous ; il y a encore là une action réfléchie d l'entendement, qui met à profit, à propos d'une impression présente, des notions antérieurement acquises.

Cette merveilleuse aptitude que nous possédons ainsi de pouvoir embrasser d'un seul coup d'œil les divers objets qui frappent notre vue; de savoir en môme temps que chacun d'eux est éche^» lonné sur différents plans, qu'ils occupent des situations dissem* blables entre eux, n'est pas une faculté congénitale, comme celle qui nous permet d'apprécier les couleurs ; c'est une faculté acquise, qui résulte d'un patient apprentissage, et d'une longue habitude contractée dès l'enfance. L'enfant qui commence, en effet, à ouvrir les yeux, n'a devant lui qu'un spectacle confus; sa rétine, comme une glace polie, reçoit indistinctement les impressions lumineuses ambiantes, quelles qu'elles soient; et, comme à propos de chaque objet, son esprit n'a pas encore attaché la notion des distances, il en résulte que chacun d'eux l'impressionne d'une manière égale : il veut saisir tous ceux qui sont autour de lui, et porte les mains Ters les plus éloignés.

L'homme adulte même, une fois qu4l est sorti de son milieu habituel, et que les objets qui l'environnent ont changé, devient inhabile à l'appréciation exacte des distances. Qui ne sait combien les marins, les habitants des montagnes possèdent, sous ce rapport, des aptitudes spéciales, qui surprennent si souvent les habitants des villes !

2* Les jugements que nous portons sur les dimensions des eorps, sont encore le résultat de notions antérieurement acquises, conservées à l'état de souvenir, et évoquées à propos d'une impres* sion visuelle présente.

S80 IMPRESSIONS BBlfSORlELLBS GONKIENTBS.

Dans ces circonstances, les impressions optiques et les impres**-— sions sensilives excito-motrices, qui se prêtent un si mutuel appui,.^ dans les manifestations fonctionnelles de Tactivilé automatîque^s (voy. page 287), se trouvent encore également associées, a propos ^ de certains phénomènes qui sont du ressort de Tactivité céré- brale. Ce sont, en effet, les impressions de la sensibilité tactile, qui nous ont appris qu'un corps solide se présentant devant nous par une de ses faces, celles de ses faces qui sont en fuite, et qui occupent sur notre rétine un emplacement moindre que les autres, n*en sont pas moins égales en surface a celles qui sont vues par devant; que les différents côtés d*un objet peuvent insensiblement s'atténuer, suivant que la lumière y est répandue avec plus ou moins de profusion ; que les objets placés en file a une égale distance les uns des autres, comme les arbres d*une avenue, restent réciproquement dans les mêmes rapports, quoiqu'ils paraissent se toucher et s'accoler à mesure que Tœil les suit à Thorizon, etc.

Ce sont les impressions du toucher qui corrigent en un mot les illusions de la perspective, et qui redressent expérimentalement nos impressions optiques, telles qu'elles sont, quand elles viennent se peindre sur notre rétine (1).

Il résulte de cette longue habitude que nous avons acquise par l'exercice de rectifier, en les interprétant, les images que font les corps extérieurs de notre rétine, que notre esprit de lui-même apprécie les choses à leur juste valeur, et redresse, en les corrigeant, ces images; quoiqu'un objet alors lui apparaisse avec des faces inégales, il n'en conclut pas moins au relief et à la solidité de ce même objet.

(i) n est a noter ici que si, dans la pratique des objeb baliitiiels, les imprenions tactiles et les impressions visuelles, par leur mutuel eoBCMin, nous permettent dt porter un jugement assuré sur les corps extérieurs, notre esprit se trouve singulièrement en défaut, lorsqu'un de ces cléments de jugement vient à ne pouvoir être employé. C'est ainsi que naissent, dans l'étude des objets microscopiques, une iMe de doutes sur la solidité des corps, alors qu'en employant de forts grossisHaiMfll, il est impossible d'appeler à son aide le témoignage des impressions tactiles. COÊ/ÊÊÊÊ^ l'histologie serait-elle rendue plus affirmative, s'il était possible de corrobpNf ait deux séries de notions sensorielles les uues par les autres ! Combien de discu^|MH stériles auraient pu être épargnées, si l'on eût pu examiner par la vue et le toucher combinés, les globules sanguins par exemple, et acquérir ainsi des notions complètes^ tout d'un coup, sur le volume et la solidité des éléments anatomiqoes !

niFRBSSlOMS ÀG0U8TIQCB8. 8S1

C'est, en effet, grâce â une savante entente de la dégradation des teintes et de la diminution progressive des dimensions des objets extérieurs, à mesure qu'ils s'éloignent de l'œil de Tobservateur, que les peintres et les dessinateurs arrivent, par un arlifice merveilleux, à donner le change à l'esprit. L'œil voit, en effet, quand il s'agit d'un tableau ou d'un dessin, sur une projection horizontale, la représentation exacte des objets extérieurs, dans leurs rapports réels, et avec leurs apparences habituelles. Il les retrouve avec les différents degrés de coloraliôn des contours, avec les jeux de la lumière sur leurs parties saillantes, et son amortissement progressif, sur leurs parties en fuite. Ces images factices de la réalité créent des impressions artificielles aussi saisissantes que si elles étaient provoquées par les objets véritables; et c'est ainsi que ces impressions sont susceptibles de produire des illusions complètes, et de donner, par une substitution habile, le change à l'esprit. L'esprit habitué, en effet, à juger des objets extérieurs d'après les impressions qui lui arrivent, opère avec ces données fausses comme si elles étaient réelles, et conclut ainsi automatiquement d'une impression donnée à Texistence de l'objet qui la provoque.

§ 3. — impreMtoBtfi memwmutgmtM»

Les impressions acoustiques sont, avec les impressions optiques^' une des sources les plus fécondes auxquelles l'entendement hunain emprunte ses éléments d'instruction. Outre les notions de son et d'harmonie qu'elles nous apportent, les impressions acoustiques sont les éléments fondamentaux du langage articulé.

Ce sont elles, en effet, qui, fixées dans l'esprit du jeune enfant par ceux qui l'entoorent, en regard des objets qu'elles expriment, deviennent en quelque sorte le signe physique, et le moyen d'exprimer l'objet lui-même. Ce sont elles qui se gravent dans sa mémoire, et deviennent ainsi la représentation fictive de l'objet t; qui, traduites par une sorte d'action en retour, par ses I, le mettent à même de révéler au dehors ses propres po'ceptions, et de reproduire spontanément les mômes sons par lesquels il a entendu dénommer les objets qu'il désire; ce sont elles, en un mot, qui constituent les éléments provocateurs

des sons articulés, et deviennent, en quelque sorte, Talphabet iâ l'aide duquel Tentendement crée l'infinie variété des modulaiionsi du langage.

Recueillies à la surface des expansions périphériques des nerb acoustiques, les impressions acoustiques conscientes sont transportées tout d'abord au milieu des réseaux de cellules ganglionnaires acoustiques, et de là, après s'être entrecroisées, au sein de la substance grise des . centres postérieurs do la couche optique (voy. page 208).

Ces centres postérieurs reçoivent vraisemblablement, comme leurs congénères, une série d'impressions multiples, de provenances variées; nous avons insisté déjà sur les incertitudes qui planent encore au sujet des diverses catégories défibres qui s'y distribuent.

Ce que nous sommes seulement porté à admettre, c'est qu'ils sont les foyers particuliers, propres à la dissémination des impressions acoustiques vers la périphérie corticale, et que ces impressions acoustiques sont réparties, avec les fibres efférentes qui les exportent, dans les régions les plus opposées de la substance grise du cerveau.

Tandis, en effet, qu*une portion d'entre elles est directement irradiée vers les circonvolutions des régions cérébrales postérieures, une autre, au contraire (pi. XXXI, [5, ô*]), est répartie au milieu de la masse des circonvolutions des lobes antérieurs ; et il est curieux de constater à ce propos, que c'est précisément de cette région du cerveau que les fibres spéciales (fibres corticostriées, p. 188) affectées à la motricité des appareils musculaires qui concourent à l'articulation des sons (pi. I, fig. S [1, 2]), paraissent soutirer leur principe d'action ; et qu'il pourrait bien se faire que cette catégorie spéciale d'impressions acoustiques, irradiées ainsi vers les régions antérieures, commandât médiatement (dans la substance grise corticale) l'apparition des phénomènes de motricité, en rapport avec l'articulation des sons, et devint ainsi les éléments indispensables à la faculté du langage (1).

Les impressions acoustiques fournissent, d'une part, & FeiH

(i) Il est à iitler que certaines lésions traumatiques de l'encéphale, ayant intéressé la continuité des fibres cérébrales qui transportent cette catégorie si spéciale d'impressions aco«ftiqaes, ont été suiTîes de surdité; témoin le dUt si enriewc

IHPRESSIOIIS ACOUSTIQUES. 33S

ieodeoient, des notions spécifiques, irréductibles et indécomposables, telles que la notion du son avec ses diverses modalités : ces notions, du reste, sont pour elles ce que les notions de colo* ration des corps sont pour les impressions optiques, nous n'avons pas à y insister ; et d'une autre part, une autre série de notions simples, peu étendues, il est vrai, qui, fécondées par la participation ultérieure de l'esprit, nous permettent de porter des jugements sur le timbre, l'intensité et la distance des diverses sources sonores.

I. Nous n'apprécions le timbre d*un son quelconque que par l'intervention de nos souvenirs, et révocation de nos impressions homologues antérieures.

r^rsque nous disons, par exemple, que le timbre de la voix est œgophonique, nous impliquons par là, qu'ayant entendu auparavant le timbre du bêlement de la chèvre, nous concluons à une consonnance entre l'impression actuelle et l'impression passée. Il en est de même, lorsque nous employons successivement d'autres comparaisons figuratives, et que nous disons que la voix est caver-* neuse^ amphorique; qu'un bruit de souffle est râpeux^ qu'il a le caractère de bruit de cuir neuf. . . .

Bien plus, il arrive souvent que dans le discours, au lieu de comparer une impression récente à une impression sensorielle ancienne, puisée a la même source sensorielle, nous comparons avantageusement l'impression du moment à celle qui est produite en nous par d'autres agents extérieurs; nous associons une impression acoustique, par exemple, d'un caractère donné, avec une autre impression émanée d'une autre périphérie sensorielle, et retentissant en nous d'une manière identique; c'est ainsi qu'en parlant du timbre d'un son, nous disons qu'il est aigre^ qu'il est

empranté à Ambroise Paré. (Ambroise Paré^ VIII* livre, Des plaies en particulier^ t. II, p. l\y édition Malgaignc, Paris, ISâO.)

« J'ai TU, dit de son côté Hubert Valleroux, un jeune g^arçon devenu muet pour ainsi dire sons mes yeux à la suite d'une cophose survenue a Tàge de treize ans. » Bonnafont a entretenn TAcadémie de médecine d'un militaire devenu complètement sourd et liresquc muet, à la suite d'une lésion traumatiquc du temporal. — Ce malade avait éprouvé une diminution notable de l'intelligence, et une perte presque complète de k mémoire. {BuUetin de VAcadémie de médecine, 1853, t. XVIII, p. 692, et Archives, 1853, t. I, p. 6&5.)

S8A IMPRESSlOIfS SENSORIELLES CONSCIENTES.

humide^ qu'il est sec. Nous traduisons alors spontanément pacr une expression déviée, l'état de notre sensorium qui, sous rîn—— fluence d'un son qualifié aigre^ se trouve ébranlé de la môm^^ manière que si une substance acescenle l'avait impressionné; de^s même, un son qualifié sec ou humide, implique par cela mêmcp que rimpression présente acoustique est considérée comme adé^ quale à Fimpression perçue par nos nerfs cutanés, lorsqu'ils sont en rapport avec un milieu plus ou moins humidifié. Il y a donc, dans ces diverses manil'estaiions de Tactivité cérébrale, quelque chose de plus qu'un fait de mémoire localement évoqué, a propos de deux impressions similaires ^ il y a une comparaison entre deux témoignages de provenance variée, et un jugement consécutif qui conclut à leur similitude.

II. Nous jugeons de l'intensité d'une source sonore, à la manière dont elle impressionne notre appareil auditif : peut-être n'arrivonsnous a cette appréciation que d'une manière indirecte. Il est, en effet, possible que les muscles tenseurs et dilatateurs de la membrane lympanique, qui sont les véritables appareils régulateurs de la quantité et de Tintenâité des ondulations sonores qui doivent ébranler nos nerfs acoustiques, transmettent au sensorium les degrés successifs de leur activité automatique; et que nous n'arrivions aussi a apprécier les divers degrés d'intensité des sons, que par la notion inconsciente qui nous arrive des efforts qu'ils accomplissent pour assourdir les ondulations sonores, quand elles sont trop intenses, et les amplifier, quand elles sont trop faibles.

III. C'est grâce a une participation plus directe de l'en tendement, que nous arrivons à nous former une idée de la distance i laquelle nous sommes d'une source sonore. L'habitude, en effet, nous ayant appris qu'un son connu qui s'afiaiblit est un son qui s'éloigne ; et qu'un son connu qui se renrorce se rapproche en proportion; nous associons automatiquement, en entendant un son, ridée de proximité à une impression forte, et l'idée d'êloignement à une impression faible. Il se passe ici quelque chose de comparable à ce qui a lieu pour les impressions optiques, quand nous avons dit précédemment que nous n'acquérions la notion des distances que par une participation de la mémoire, qui nous avertit qu'un objet connu est d'autant plus petit qu'il est plus éloigné.

IMPRESSIONS OLPACTIfBS. 886

n est curieux de constater que, pour ces deux groupes d'impressions sensorielles, lorsque Ton vient à intervertir les rap* ports que l'esprit est habitué à établir entre le degré d'intensité de l'impression et la distance de l'agent qui la provoque, des illusions saisissantes apparaissent, et donnent facilement le change î l'imagination.

Si les apparitions de la fantasmagorie semblent s'avancer sur ions parce qu'elles s'amplifient sur place, d'un autre côté, les ventriloques produisent des illusions analogues-, il suffit, en eifet, {u'ils abaissent leur voix, et qu'ils lui donnent un caractère anaogue à celui qu'elle aurait si elle venait de loin, par exemple, M>ur faire croire à son éloignement, etc.

IV. Y a-t*il, parmi les impressions acoustiques conscientes, un xrtain nombre d'entre elles, qui soient, à proprement parler, des mpressions dolorifères, et qui rappellent les impressions homoogues irradiées du plexus de la périphérie sensitive? ou bien les mpressions dolorifèreSy propres au sens de l'ouïe, portent-elles le sachet de leur origine spécifique, et ne se révèlent-elles que par ïette série d*impressions pénibles qui sont provoquées, soit par les accords discordants et criards, soit par le bruit strident d*un instrument de fer raclant la pierre? Dans ces cas, le symptôme iouleur change- t*il avec le réseau sensoriel périphérique d'où il hnei^f

Ce sont là autant de questions quMI nous parait prématuré de vouloir résoudre. Toujours est-il que les irritations directes du nerf acoustique, chez les animaux, parait éveiller de la douleur, rt que l'existence des fibres dolorifères^ mélangées au milieu des libres acoustiques, pourrait bien trouver une démonstration dans ce fait expérimental (1) .

g A. — imprcMloiM 'oiraetlve««

Les impressions olfactives, recueillies à la surface des expansions périphériques des nerfs olfactifs, sont transmises les unes directement, les autres après s^ôtre entrecroisées, au milieu des réseaux des cellules ganglionnaires qui leur appartiennent Q)l. 1, fig. 1 [5J).

(1) Béclard, Traité élémentaire de physiologie i p. 859.

A partir de ce moment, comme toules les autres impressions sensorielles, elles sont dispersées en deux directions. Tandis qu'une portion d'entre elles, transportées directement, à l'aide d'un système spécial de ûbres transversales, au milieu des réseaux de la substance grise centrale qui s'avancent jusque dans ces régions cérébrales antérieures, se trouve appelée à jouer un rôle médiat dans les phénomènes de la sphère automatique (voy. pages 7ft et 201, et pi. XV, fig. 1 [A]); les autres, les véritables impressions conscientes^ sont conduites, à l'aide des fibres ascendantes du icenia^ jusqu'au centre antérieur de la couche optique qui constitue leur centre de réception propre, et véritablement le centre olfactif (1).

I. Nous avons indiqué précédemment les particularités anatomiques relatives à ce centre antérieur; ses doubles connexions avec la substance grise des tubercules mamillaires, et avec celle du conarium (pi. XXI, fig. 7 [18, 19]), ses moyens d^anastomoses avec son congénère à l'aide d'une série de fibres antéro-postérieures disposées en fer à cheval ; la conjonction de deux racines olfactives au milieu de la cloison transparente (page 201); enfin, ses moyens de communication indirects (à l'aide du fascicule de Vicq-d'Azyr) avec la circonvolution de Thippocampe.

Ces rapports indirects et multipliés doivent incontestablement exercer une influence marquée sur l'imperfection relative des impressions olfactives, eu égard aux renseignements qu'elles four* nissent a l'entendement. Peut-être faut-il rechercher dans ces conditions particulières des voies qu'elles parcourent, et dans les nombreuses interruptions qu'elles présentent, le secret de cette variabilité si caractéristique qui leur est propre, et du peu de précision des données qu'elles fournissent aux opérations de l'entendément; et voir dans ces dispositions analomiques complexes l'explication de celte sorte d'infériorité relative qu'elles présentent dans l'espèce humaine, par rapport aux autres impressions sensorielles congénères.

(1) « La destruction des libres olfactives comme celle des fibres optiques peut être faite chez les animaux sans éveiller de manifestations douloureuse. » (Mtgendie, Uçoru mr Us fonctions et les maiadies du système nerveux, Paris» 1839, t. U,

p. asi.)

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