‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 71 sur 133 · FONCTIONS DE LA SUBSTANCE GRISE CORTICALE. 36S · texte numérisé non relu

FONCTIONS DE LA SUBSTANCE GRISE CORTICALE. 36S

dite, va nous permettre de les passer isolément en revue; aussi allons*nous étudier successivement :

I. Les principales questions qui se rattachent à l'arrivée, a la transformation des impressions sensorielles, et aux diverses combinaisons sous lesquelles elles se présentent dans les opéralions de l'entendement;

IL Celles dans lesquelles les phénomènes de motricité volontaire sont particulièrement en jeu.

ARTICLE PREMIER

raiVOIltlIBS OB t'ACTIVITi CilÉBRALB BN BAPPORT ATBC L'iLABOBATIOR DBS 1MPRB8SI0NS 8Blf 80BIBLLBS .

Nous avons jusqu'ici envisagé les impressions sensorielles, abstraction faite de V appareil récepteur qui les élabore, depuis le moment où elles sont irradiées des centres de la couche optique, jusqu'à celui où elles sont disséminées au milieu des réseaux de la substance grise corticale. 11 nous reste maintenant à envisager en lui-même Yappareil récepteur qui les travaille et les métamorpbose.

I. Ce serait, certes, ne vouloir rien comprendre à l'infinie variété des phénomènes cérébraux, et fermer bénévolement les yeux à Tévidence, que de considérer les cellules de la substance grise corticale comme des appareils inertes, incapables de réactions spontanées, et aptes seulement à enregistrer les impressions sensorielles, au fur et à mesure qu'elles leur parviennent. L'observation de chaque jour, à défaut du simple bon sens, indique déjà qu'à

nom semblent, par contre, impossibles à préciser, au point de vue du substraitm organique à l'aide duquel ils se révèlent.

Les éléments anatomiqucs qui leur servent de supports forment-ils une zone distincte au milieu des réseaux de la substance grise corticale? sont-ils^ au contraire, mélangés au milieu de ceux qui sont en connexion avec les actes de Tentcndement? ne représentent-ils que des modalités fonctionnelles différentes de ces mômes éléments ? Quel est le rôle qu'il faut faire jouer aux noyaux libres qui constituent, ainsi que nous l'avons indiqué déjà (pi. XX), des éléments constants, et qui sont vraiscm* blablemcnt en rapport avec l'apparition de phénomènes spéciaux? Ce sont là autant de questions qui, à l'heure qu'il est, nous semblent complètement en dehors de tonte solution an moins vraisemblable.

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côté (les propriétés passives^ en quelque sorte, que les cellules cérébrales partagent avec toutes les autres cellules de Torganisine, il y a des propriétés dynamiques d'un ordre supérieur, en vertu desquelles ces mêmes individualités cellulaires vivanteSj nonseulement absorbent et transforment l'impression sensorielle qu'elles viennent de recevoir, mais encore réagissent à distance par une sorte A* automatisme spontané (ainsi que nous l'avons déjà indiqué, page 271), en propageant vers les cellules congénères ambiantes inactivité fonctionnelle dont elles sont physiologiquement animées.

Cette dénomination d*automatisme spontané^ appliquée à une des modalités de Factivité des cellules cérébrales, quelque étrange qu'elle puisse paraître au premier abord, nous semble cependant devoir être acceptée, comme étant l'expression la plus complète de ce qui se passe en réalité dans les diverses opérations du cer« veau en action.

Pour peu que l'on veuille, en effet, se reporter aux phénomènes variés que présente la vie des cellules en général, on verra que les faits d'automatisme spontané^ pour n'être pas toujours aussi apparents que dans le cas qui nous occupe, n'en sont ni moins réels, ni moins évidents. N'est-ce pas, en effet, en vertu d'un automatisme véritable que toutes les cellules de l'organisme soutirent au milieu qui les environne les éléments qui caractérisent spécifiquement l'appareil organique auquel elles appartiennent ? que dans les périodes embryonnaires, elles se divisent en segmentations secondaires, puis tertiaires, pour donner naissance à des générations nouvelles d'éléments, destinées à leur tour à servir de souches à d'autres générations cellulaires? qu'elles s'allongent en flbres fusiformes régulièrement juxtaposées, pour constituer les éléments de nos tissus; s'anastomosent entre elles pour en former les mailles, et constituer successivement les mille sinuosités des réseaux capillaires, etc. ? et qu'enfin, elles accomplissent sponte sua cette série merveilleuse d'évolutions successives en vertu desquelles elles passent individuellement par les mômes âges successifs que les individus dont elles constituent une infinitésimale portion? Et maintenant, si nous songeons que, parmi les cellules de l'organisme, ce sont les cellules nerveuses qui occupent le rang hiérarchiquement ie plus élevé (puis qu'elles

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projettent à distanee le stimulm de leur activité propre), et que parmi ces dernières ce sont les cellules cérébrales qui sont douées des propriétés spécifiques les plus multipliées, on sera naturellement amené à considérer ces mêmes cellules cérébrales comme étant la plus haute expression de la cellule nerveuse en action ; comme douées, à un degré maximum^ des aptitudes spéciûques qui la caractérisent; et avoir, dans leur automatisme spontané^ la simple amplification fonctionnelle d^une aptitude qu'elles partagent avec toutes les autres cellules de Torganisme, mais qui se décèle chez elles avec des proportions qui ne se retrouvent pas ailleurs.

IL La théorie de Yautomatisme spontané des cellules céré« braies nous parait appelée à jeter quelque jour sur Tinterprétation des phénomènes si obscurs de la physiologie cérébrale, livrés imprudemment jusqu'ici aux spéculations stériles de la métaphysique. Non-seulement elle nous fournit quelques aperçus nouveaux et féconds sur l'étude des phénomènes intellectuels à l'état physiologique, mais encore elle nous permet de nous avancer plus sûrement dans le domaine de la psychologie morbide, et de rattacher d'une façon plus satisfaisante les déviations pathologiques que présente l'entendement humain en délire^ au fonctionnement normal de l'activité cérébrale : ne sont-ce pas là, du reste, des phénomènes que Baillarger a déjà pressentis et décrits, sous le notn ^exercice involontaire de l'imagination et de la mémoire (1) ?

S 1^. ^ »e r«rlslfte den Idées.

Les impressions sensorielles, avons**nous dit déjè, une fois arrivées au milieu des réseaux de la substance corticale, s'y répartissent, subissent l'action métabolique des cellules cérébrales dont elles sollicitent les réactions automatiques, et ainsi transformées réapparaissent sous la forme d* idées.

Quelque étrange que paraisse aux yeux de bien du monde celle simple assertion, elle ne nous semble pas moins être l'exacte expression des faits physiologiquement interprétés. Il suffit, pour s'en convaincre, de ne pas s'en tenir seulement à l'observation

(1) Dt kàllueinatéoM {Mémoires de VAeaâémif de médecine, Paris, iUn, t. Xtl).

exclusive des phénomènes intellectuels qui se succèdent sous nos yeux dans le cerveau d*un adulte, mais bien de remonter la série des phases antérieures par lesquelles a évolué successivement Tentendemeut iHimain, et d'étudier ce qui se passe chez les jeunes enfants, précisément à cette époque de la vie^ où le cerveau reçoit indistinctement toutes les impressions sensorielles, se les approprie, et les métamorphose suivant ses moyens.

Que constate-t-on, en effet, à ce moment? Les objets extérieurs les frappent tout d*abord d'une manière confuse; leurs parents, leurs jouets, les substances alimentaires seuls, les préoccupent: les images de ces objets se gravent une à une dans leur cerveau encore vierge d'impressions, et deviennent bientôt, ipso factOf les idées spécifiques des objets qui leur ont donné naissance. Il résulte ainsi de ce travail d^absorption continue et de l'élaboration consécutive des impressions sensorielles par la substance cérébrale, que ces mêmes impressions, métamorphosées en idées^ finissent, au bout d^un temps variable, par former dans la mémoire des enfants une série d'idées fondamentales, qui sont en quelque sorte les idées mères, à l'aide desquelles leur entendement exé» cutera ultérieurement l'infinie variété de ses opérations. Si, de plus, on songe qu'aux mômes époques de la vie, leur esprit reçoit à propos de chaque impression sensorielle .qui ha frappe, et qu'il transforme en une idée simple, d'une part l'impression visuelle du signe physique écrit qui donne un corps à cette idée, et la fixe dans la pensée; et d'autre part, l'impression auditive du son articulé qui l'exprime et le qualifie spécifiquement, on arrivera à comprendre quelle énorme influence exerce l'éducation la plus vulgaire sur la précision et le classement de nos premières idées ; comment chaque idée nouvelle, à mesure qu'elle éclôt dans Tesprit, acquiert (par cela même qu'elle est accompagnée d*altributs qualificatifs spécifiques) une individualité propre; et comment le signe physique qui l'exprime, servant d'appel à l'idée, des séries de signes physiques rappelleront une série d'idées enchaînées.

C'est donc dans les premières périodes de la vie infantile qu'il faut rechercher la généalogie de nos idées ; c'est là qu'il faut remonter pour les étudier isolément, eties surprendre dans les différentes phases à travers lesquelles elles évoluent, avant d'arriver â

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se présenter dans l'enlendement de Tadulle^ avec les caractères qui leur sont propres.

Le passé de notre esprit explique son état actuel ; et certes, c'est exprimer une assertion complètement en accord avec Tob-* servation de chaque jour» que de dire que toutes les incitations primordiales à Taide desquelles il effectue ses milles combinaisons, lui viennent toutes par la voie des sens; et que le cerveau/ véritable appareil de réception et A^ élaboration^ ne fait que travailler et perfectionner les impressions sensorielles, qui sont en quelque sorte les sources vives destinées à alimenter son incessante activité (1). Quelle que soit, en effet, Tidée la plus élevée et la plus sublime qui surgisse dans Tentendément d'un adulte, pesez-la, mettez-la en présence des réactifs appropriés et capables d'opérer la dissociation des divers éléments qui la constituent; décomposez-la par tous les moyens d'investigation que fournissent Télude et l'observation attentive, vous arriverez toujours à trouver à la fin de votre analyse une impression sensorielle comme fait primordial; de même que dans l'élude de la décomposition des substances organiques, quelque complexes qu'elles soient dans leurs éléments constitutifs, c'est toujours l'oxygène, l'hydrogène, l'azote et le carbone qui sont au fond de toutes les combinaisons, et qui, plus ou moins masqués dans des associations binaires, ter* naires, etc., n'en constituent pas moins les principes fondamentaux de toute substance organisée.

L'impression sensorielle, véritable corps simple^ est donc l'élément primordial plus ou moins latent qui est au fond de toutes DOS idées; c^est avec des impressions sensorielles combinées et enchevêtrées de mille manières, que l'entendement opère ses opérations si merveilleuses, et produit ainsi des effets d'autant plus surprenants, qu^on les compare à la simplicité des moyens mis en œuvre.

(1) Gerdj; avec un grand bonheur d'expressions et une sagacité pénétrante, s'c3t attaché à réfuter victorieusement une à une les principales assertions de la philosophie scolastique au sujet de Vinnéité des idées : nous renvoyons les amateurs de choses sensées, à ces pages pleines de verve et tout imprégnées de bon sens. [Physiologie philosophique des sensations et de VinteUigence, Paru*, 1846, p. 435 et raiT.)

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§ 2. — 9e rMMKMiatlea des Idées.

Si maintenQDt nous essayons de nous représenter par la pensée la succession des divers phénomènes qui» pendant la période de Tactivité diurne, se passent dans le cerveau d*un adulte, nous croyons pouvoir légitimement induire que :

I. La substance corticale n'étant qu'une agglomération d'un nombre infini de cellules, distinctes il est vrai, mais rendues soli* daires entre elles, doit être ébranlée, à tout instant du jour, par l'arrivée incessante des impressions sensorielles, qui sont irradiées des divers centres de la couche optique comme d'autaot de foyers d'incitations continues.

Lorsque cette incitation provocatrice est faible, Tébranlemenl subi par la cellule cérébrale doit rester circonscrit localement dans un petit rayon (pi. XX, 8g. 8 et ft); lorsqu'au contraire elle est vive, il doit se propager aux cellules ambiantes et déterminer ainsi par une sorte de mouvement communiqué, tantôt d'une manière réglée par l'habitude, tantôt d'une façon irrégulière et incohérente, la mise en activité de ces mêmes cellules. Celles-ci, ébranlées à leur tour, peuvent devenir les causes provocatrices de la réaction d'autres cellules beaucoup plus éloignées ; et il peut ainsi se faire qu'après avoir suscité la mise en activité médiate d'une longue série de cellules cérébrales, l'impression sensorielle primordiale (cause première de tous ces ébranlements enchaînes), vienne à s'éteindre localement, et à rentrer dans la situation d'équilibre, alors que les foyers éloignés qu'elle aura mis en activité les uns après les autres, seront à peine au début de la période d'ébranlement.

On peut encore se figurer ainsi comme quoi une impression sensorielle, livrée en quelque sorte en pâture iiVdLCimté automatique des cellules cérébrales, peut éveiller dans les directions les plus imprévues, des associations d'idées bizarres, suivant que les ébranlements secondaires qu'elle communiquera au loin, rencontreront des cellules nouvelles dans un état A'éréthisme plus ou moins prononcé; suivant que cette impression sensorielle sera plus ou moins vive au début; que les cellules qui la recevront seront plus ou moins multipliées; que l'ébranlement des cellules du voisinage ne viendra ni l'obscurcir, ni l'éteindre, et qu'enfin,

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