‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 80 sur 133 · DE LA LECTURE SILENCIEUSE ET DE LÀ LECTURE À HAUTE VOIX · texte numérisé non relu

DE LA LECTURE SILENCIEUSE ET DE LÀ LECTURE À HAUTE VOIX

et qu'elles eotralnent à leur suite la participation de Tesprit qui les enregistre au fur et à mesure, il en résulte une agglomération d'acquisitions nouvelles incessamment importées qui, se multipliant les unes les autres une fois qu'elles ont été reçues dans Tcntendement (comme par une sorte àe proli/ication endogène) ^ deviennent ainsi les sources les plus fécondes qui enrichissent son domaine, et fertilisent en même temps le champ de son intarissable activité.

U. Dans Faction de lire à haute voix, il se passe une série d'opérations beaucoup plus complexes en elles-mêmes, dont les premiers actes s'accomplissent à propos d'une impression visuelle, la vue du signe graphique, tandis que les derniers sont représentés par un son articulé parfaitement concordant.

Ces rapports intimes entre ces divers actes liés entre eux ne peuvent s'accomplir d'une manière harmonique que par l'effet d'exercices prolongés, lesquels, pour arriver à produire d'heureux résultats, doivent être commencés et poursuivis dès les premières époques de la vie.

Il se passe, en effet, dans l'accomplissement de cette opération de l'entendement, quelque chose de comparable à ce que nous avons déjà signalé précédemment, lorsque Ton présente à un enfant un objet quelconque, et qu'il arrive de luimême à choisir pour une sorte d'action élective, au sein de son petit vocabulaire le mot qui lui convient, et a le traduire par des sons conventionnels coordonnés. Dans l'action de lire à haute voix l'opération est encore plus compliquée : la mémoire intervient en effet d'une façon plus active par une série d'évocations successives et méthodiquement graduées. Ce n'est pluSy dans ce cas, la vue de Tobjet lui-même qui provoque sa traduction en sons articulés précis ; c'est seulement Y assemblage spécial des signes gr^hiques qui en est la représentation, qui a le pouvoir de déterminer rémission de sons articulés destinés à l'énoncer.

Il y a donc là une série de phénomènes complexes, solidaires les uns des autres, qui se passent, sponte sua^ dans noire cerveau parle fait d'une longue habitude, et presque à notre insu. Ils exigent par conséquent, pour être accomplis avec précision,

sot TBÉORIB DES POMGTIOIIS DU GUtBAU.

l'état d'intrégrité de tous les appareils à l'aide desquels ils s'exécutent.

Il faut que l'enfant apprenne à considérer chaque assemblage de signes graphiques tracés sur le papier, comme représentant d'abord les objets absents qu'ils servent à spécifier, et ensuite qull se souvienne que chacun de ces signes est traduisible vocalement par une série de sons articulés spéciaux, et que par conséquent, chacun des sons qu'il émet est la traduction exacte du signe graphique qu'il perçoit,'et médiatement celle de Tobjet absent dont ce signe est la représentation graphique éloignée.

Il y a dans cette série d'opérations intellectuelles qui se succèdent automatiquement dans le cerveau de Phomme adulte avec une vélocité incomparable, par le fait même de la mise en présence d'une feuille de papier écrite devant nos yeux, une sorte de commutation du stimulus incito-moteur d'ob partent les manifestations motrices qui suscitent l'activité des appareils phonateurs (nous en avons du reste précédemment cité des exemples). I/inipression auditive est ici suppléée par l'impression visuelle, car ce n^est plus l'impression auditive qui provoque seule^ d'une manière directe^ la réaction spéciale de la motricité phonatrice. Il arrive en effet que dans l'action de lire à haute voix, l'impression visuelle consécutive à la vue du signe graphique, se propage jusqu'aux régions de la ])ériphérie corticale, où l'aptitude à produire des sons articulés concordants repose à Yétat latent (de b en A') ; l'incitation visuelle s'interpose, pousse la détente (si je puis m'exprimer ainsi), et met en jeu les zones diverses de la substance corticale (sensorio-motrices) qui représentent en quelque sorte des appareils toujours prêts à déceler leur activité dynamique.

Il faut encore, pour que toutes ces opérations se succèdent avec régularité lorsque l'homme lit à haute voix, ou bien qu'il parle d'abondance par un acte spontané de l'activité cérébrale, qu'il s'écoute parlant, qu'il suive pas à pas, à Taide d'une attention soutenue, la progression régulière des mots et des membres de phrases qu'il prononce; que, par une faculté d'abstraction spéciale, il ait la notion exacte et instantanée de la valeur des termes qu'il emploie, et de leur adaptation précise aux choses qu'il veut désigner; il faut en un mot que, sous peine d'écarts

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TéritablemeaC ataxiques^ il ait la notion auditive récurrente de ce qu'il a dit et des effets vocaux qu'il a voulu produire; de même que dans la sphère de Taclivité automatique il est complètement indispensable pour que nos mouvements soient entre eux régulièrement coordonnés, que nous ayons la notion récurrente des efforts accomplis par nos différents muscles en action, laquelle nous permet ainsi d'en régler le but et la portée (1).

On comprend, d'après cet exposé analytique des opérations multiples qu'accomplit incessamment Pentendement humain lorsqu'il décèle extérieurement son activité à l'aide des moyens d'expression qui constituent soit le langage articulé, soit le langage écrit, combien ces manifestations en elles-mêmes sont complexes et délicates, et de combien d'actes enchaînés elles se composent. Il suffit en effet de l'interruption d'un des anneaux multiples qui les relient, pour les voir, ipso facto^ s'interrompre, et cesser de se révéler d'une façon régulière et coordonnée.

Que l'impression sensorielle auditive ou visuelle provocatrice de réactions motrices vienne à faire défaut, soit par un vice de conformation congénital des appareils nerveux sensoriels,

(i) Qui ne sait qu'il existe une certaine catégorie de malades aphasiques qni ont perda, par suite de certaines destructions de la substance même de leur cerveau. Il faculté de rectifier^ à Taide d'une impression auditive récurrente^ les erreun d'adaptation des termes qu'ils emploient, et que ce n'est que lorsqu'on s'adresse à leur jugement en parlant à leurs yeux^ en remplaçant une impression auditive par une impression visuelle succédanée, que Ton parvient h leur faire comprendre qu'ils it sont trompes.

Un malade qui était dans ce cas, et qni avait du reste conservé une somme de facultés intellectuelles suffisante pour qu'on lui laissât l'administration de sa maison, prononçait itérativement des mots les uns pour les autres. Un jour il lui arriva de prononcer le mot jardin, voulant dire lit, de le répéter plusieurs fois et d'être pris d'un accès de violente colore en voyant qu'on ne comprenait pas ses ordres ; on lui fit alors écrire l'objet qu'il voulait signifier, et lorsque la vue du signe graphique lui eût fait voir que le mot qu'il avait articulé ne représentait pas sa pensée, rerreur se dévoila ! il se lamentait alors, faisait des excuses et comprenait que, seul, il était en défaut, etc. (Obscrv. de Bourdin, Gazette des hôpitaux, 1864, avril, p. 202.)

Combien de fois du reste n'arrivc-t-il pas h la plupart d'entre nous, dans la chaleur d\me improvisation, de perdre la notion de l'adaptation régulière de certains mots, et de les prononcer les uns i la place des autres, et d'avoir ainsi de véritables ataxies ptHagèret des actes moteurs propres à l'articulation des sons !

306 THÉORIE DES FONGTIOMS OU GBAVBAU.

comme chez les sourds-muets et les aveugles, soit par une désorganisation accidentelle du substratum organique à travers lequel elle évolue ; qu'elle soit intéressée dans sa période ascensionnelle, dans sa période de décours ou dans les phases intermédiaires de ses transformations (lorsqu'elle se propage à travers les mille réseaux de la substance corticale); quel que soit, en un mot, le point de son circuit qui soit partiellement désorganisé, du moment que la continuité a cessé d'être complète, elle ne se décèle plus extérieurement en signes sensibles régulièrement coordonnés.

Les modifications pathologiques variées dont la substance cérébrale peut devenir le siège, peuvent dans certaines circonstances permettre d'étudier séparément, avec une grande finesse d'analyse, chacune des diverses opérations intellectuelles dont nous venons de désigner les principaux phénomènes. La faculté d'écrire et la faculté du langage articulé peuvent être, soit isolément abolies ou respectées, soit simultanément détruites.

§ 5. — TrovblM fonetloiineto de la faevlté il« laasiise artiealé.

L'élude des phénomènes morbides dans lesquels la faculté du langage articulé est partiellement abolie, fournit une série de données précieuses destinées à jeter un certain jour sur les phases diverses par lesquelles passe normalement le processus physiologique da la pensée humaine, pour se faire jour au dehors et se manifester sous forme de sons vocaux articulés et coordonnés.

L'abolition de la faculté du langage articulé que, depuis les travaux de Bouillaud (1) et les dernières recherches de Broca (2), on serait tenté de considérer comme étant liée à une désorganisation partielle de la périphérie corticale, est désignée actuellement sous la dénomination d'aphasie (3).

(1) Bouillaud, Recherches expérimentales sur les fonctions du cervau et de ses lobes antérieurs, mémoire lu à l'Académie des sciences en septembre 1827, inséré dans le Journal de physiologie de Magendie, t. X, p. 36.

(2) Broca, Bulletins de la Société anatomique, 1861, p. 333.

(3) Le symptôme abolition de la faculté du langage articulé a été isolé, et désigné spécifiquement par Broca tout d'abord sous la dénomination d'aphémie. Le mot aphasie (de a, privatif et de çaoïç, parole) a paru préférable à Litiré et Briau, et Trousseau l'a définitivement adopté. Voyez, à ce sujet, les lettres eipli-

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