‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 82 sur 133 · TROUBLES FONCTIONNELS DB LA FACULTÉ DU LANGAGE ARTICULÉ · texte numérisé non relu

TROUBLES FONCTIONNELS DB LA FACULTÉ DU LANGAGE ARTICULÉ

et traduisent alors, par une réaction mofwione^ et toujours identique, les incitalions multiples qui leur arrivent de toutes parts (1).

Il est encore une série de phénomènes morbides qui, se rapprochant des faits précédemment énoncés, offrent cependant quelques points de dissemblance. Les malades qui en sont Fobjet ne sont plus, comme les aphasiques proprement dits, privés de la faculté d'exprimer leurs pensées par la destruction des appareils céré* braux destinés à les traduire : il y a seulement chez eux une erreur d'appropriation des termes choisis, une sorte iïataœie dans les opérations de l'entendement, en vertu de laquelle la vue d'un objet extérieur, loin de déterminer (ainsi qu'une longue pratique nous en a donné à tous le pouvoir) une émission de sons conventionnels habituels, se dévie au contraire dans une direction vicieuse, et suscite alors une réaction phonétique imprévue et bizarre. Il se passe en effet ici, ainsi que nous l'avons indiqué déjà, dans la sphère de l'activité cérébrale, des phénomènes comparables à ceux qui se développent dans la sphère de l'activité spinale chez les individus atteints i'ataxie dans leurs manifestations locomotrices, et qui, voulant accomplir un acte moteur quelconque, oscillent en dehors du but à atteindre, et produisent ainsi des divagations fonctionnelles variées, en désaccord avec Tincitation volontaire qui les a primitivement provoquées.

(1) U est à noter que dans les cas d'aphasie rapportés par Broca^ la lésion cérébrale caose des troubles fonctionels^ occupait un seul hémisphère, et que les malades pouTaient encore accomplir une série de mouvements volontaires variés avec leur langue. Os faits impliquent donc qno Tincitation initiale qui provoque les mouvements variés de la langue^ n'est pas de môme nature que colle qui provoque, d'une manière coordonnée, ceux du langage articulé, et que la motricité de la langue est régie^ comme celle de la plupart des autres appareils moteurs^ par des sources d'innervation multiples.

On peut donc dire que les opérations cérébrales, qui se révèlent par le langage écrit et le langage articulé, exigent le concours simultané des parties homologues de chaque hémisphère, dont toutes les molécules doivent vibrer en quelque sorte à l'unisson; et que lorsque Tuu d'eux vient à cesser d'agir, l'activité de son congénère est par le fait même neutralisée. L'émission de Tinflux volontaire propre à l'artirulation des sons, doit donc être physiologiquemeut bilatérale : du moment qu'elle est réduite de moitié, l'hémisphère resté sain ne peut suppléer à ce point de vue son congénère, U fonction est frappée d'hémiplégie.

Un malade cité par Marcé (1), lorsqu'on lui présentait divers / objets, les désignait en général avec justesse, mais lorsqu'il lui arrivait de se tromper, il appelait dans la même séance une plume, un drap; un crachoir, une plume; une bague, un crachoir, etc. / Bbautrê, dont'l'observation a été rapportée par Hérard (2), '^pféiailtaîtSes symptômes analogues. L^ articulation des sons était dtMbi<He et facile, mais les mots dont il se servait ne traduisaient plus ses idées. Venait-on, par exemple, à lui demander comment il se portait, il répondait chapeau ou tout autre mot dénué de sens, etc. (3).

Relativement à la question de savoir la part qui doit être faite à la localisation de la lésion cérébrale dans la production des troubles de Y aphasie^ nous nous sommes suffisamment expliqué sur les conditions variées qui président aux manifestations extérieures de l'activité cérébrale, et sur la complexité des actes cérébraux en vertu desquels l'impression sensorielle primordiale, fttjCçèrifivement élaborée, arrive à se révéler sous une forme seniitt)|Bi pour que nous nous croyions autorisé à dire que la faculté d'émettre des sons articulés ne nous paraît pas devoir être exclusivement localisée dans un département circonscrit de la périphérie corticale. Une opinion qui serait ainsi formulée se trouverait a notre avis, non-seulement en désaccord à priori avec les lois de V évolution physiologique de la pensée, mais encore d/ws/criori avec rexpérience et les données nécroscopiques.

Que les désorganisations de certaines régions antérieures du cerveau aient une participation plus grande que d'autres à la production des symptômes de Vaphasie, c'est là un fait incontes- . table et parfaitement établi, à Taide d'un nombre de faits nécroscopiques aujourd'hui suffisamment imposant et qui concorde, du reste, avec les présomptions que nous avons précédemment émises, au sujet du point d'émergence de la substance grise corticale des fibres cortico-striées les plus antérieures (pi. 1, fig. 2 [1]

(1) Marcé, Mémoire sur l'existence d'un principe coordinateur de Récriture {Mém. de la Soc. de biologie^ Paris, 1856, p. 100).

(2) Union médicale, 12 féTrier 18&8.

(3) Des cas analogues ont été signalés dans les leçons cliniques du professeur Trousseau, et rapportés dan%|a Gcsette médicale de 1864, n<» 10.

TBODBLES FONCTIONNELS DE LA FACULTÉ DU LANGAGE ARTICULÉ. AOl

el 3 [1, 2]) ; mais il no s'ensuit pas nécessairement que la désorganisation d'autres régions du substraium organique à Taide duquel l'impression sensorielle primordiale, provocatrice du son articulé, accomplit la série de ses évolutions successives, ne puisse i son tour produire de résultats analogues..

Il existe, en effet, des exemples d'aphasie, dans lesquetemè constaté une lésion des régions moyennes de la périphérie eélï* brale : ces lésions intéressaient vraisemblablement les voies de propagation des impressions sensorielles, dans les périodes intermédiaires de leurs transformations (i) (pi. I, fig. 2 [a, cf]).

11 est dit, d'une autre part, dans le récit nécroscopique des observations citées par Broca, que si certaines circonvolutions antérieures étaient partiellement intéressées, la substance grise du corps strié était aussi le siège d'altérations organiques concomitantes. Ce fait semblerait indiquer qu'au moins dans certains cas à^aphasiCy le trouble fonctionnel relatif a rémission de sons articulés, n'a pas seulement pour cause une désorganisation de la substance corticale des circonvolutions frontales; mais wcore, qu'il est sous la dépendance de l'interruption des condocleiirs centrifuges (Gbres cortico-striées) au moment où celles-cfnSpartissent au sein de la substance grise du corps strié, l'influx excitomoteur qu'elles soutiienl des grosses cellules de la substance grise corticale (pi. I, fig. 2 [1, 2], et fig. S [1, 6, 2]), etc..

Voici du reste, le résumé de plusieurs observations qui, quelque incomplètes qu'elles soient pour la plupart, n'en démontrent pas moins que la faculté du langage peut être abolie, consécutivement à des lésions variées et multiples des appareils cérébraux :

Ob8. I. — Conservation de rintellîgence ; impossibilité d'articuler les sons, destmctîon de la partie postérieure de la convexité cérébrale. (Cruveilbier, Analomie ftathologique du corps humain^ XXI' livraison, p. 5 et 6.)

Obs. II. — Hémiplégie du mouvement à droite, datant de six ans, impossibilité d'articuler les sons; foyer dans le noyau externe du corps strié, plusieurs cicatrices dans la substance corticale, (fd., id.)

Ob8. m. — Hémiplégie complète du mouvement et incomplète du sen-

(1) Observation de Charcot présentée à la Société de biologie^ 1863; et rapportée par Auburtin, Mémoire sur les focalisations cérébrales (fiazette hebdomadaire, iS62, p. 456).

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liment à droite, impossibilité d*articaler les sons ; lésions de la cooche opUque et du corps strié, kystes dads la protubérance. (Id., id.) . Obs. lY. — Hémiplégie droite, articulation des sons impossible; le oorpi strié gauche est détruit dans sa totalité. (Id., id.)

Obs. y. — Hémiplégie gauche avec impossibilité d*articuler les sons; les circonvolutions postérieures droites sont sillonnées de cicatrices; petit foyer dans le corps strié (1). (Id., id.)

Obb. YI. — Femme de quatre-vingts ans, perte subite de la parole, mutisme qui dura trois ans, pas de paralysie des organes des sens, la langue se remuait très-aisément et sortait de la bouche quand on le demandait à la malade, consertation des facultés intellectuelles. Deux ramollissements du Tolumed*un gros pois situés, l'un à gauche, au niveau et en dehors de l'extrémité postérieure du corps strié gauche; Tantre, au niveau du centre ovale, à droite. (Ândral, Clinique médicaley t. Y, p. 43S.)

Obs. YII. — Homme de quarante-six ans, hémiplégie subite à droite, conservation de Tintelligence, violente céphalalgie ii gauche, le malade ne parle pas; tumeur du volume d*un œuf de poule dans Thémisphère gauche, à la réunion du tiers antérieur avec le tiers moyen du cerveau, en dehors da corps strié, et se prolongeant au-dessous de lui, là où devrait être son noyau éxtra*yentriculaire ; ramollissement de la substance corticale au niveau du corps strié gauche (2). (Observ. de Caron, Bulletins de la Société analomtgtie, 4SÔ2, p. 344.)

Il y a donc des aphasies qui peuvent être rapportées, soit a une destruction d'un point quelconque de la périphérie corticale, soit à une interruption des fibres blanches qui en émergent, soit même à une désorganisation de la substance grise du corps strié, au moment où les fibres corlico-striées entrent en conflit avec les fibres spinales ascendantes. Comme on le voit, l'élude du méca-

(1) Nous renvoyons eilcorc, h ce propos, aux judicieuses remarques que GruTêilhicr a déjà formulées au si^et de la multiplicité des opérations physiologpiqUes de Tentendeinent qui aboutissent à rémission de sons articulés Timlns et précin, et de rimpossibilitc de les localiser dans une sphère circonscrite de la périphérie corticale. {Anatomie pathologique du corps humain, XXI 11^ livraison, p. 8.)

(2) Voyez plus loin, à propos des lésions du corps strié, une observation d'Andral, dans laquelle il ist dit qu'une fcuuno hémiplégique qui ne parlait pas, a présenté une lésion isolée du corps strié, du côté opposé à son hémiplégie (obs. III).

On peut constater encore, d'après l'exainen des faits consignés à pnipos des lésions de la protubérance, que les désorganisations do cotte région sont pareillement susceptibles d'influer sur la coordination des mouvements propres k rafticulttion des sons.

TROUBLES FOKCnOHlVELS DE LA FACULTÉ DU LAMaGE ÉCRIT. A OS

nisme de Yaphasie soulève une série de problèmes secondaires, dont les données sont encore trop incomplètes pour qu'on puisse en déduire quelques appréciations positives.

§ 6. — Tr««Mes ffMMtt^Biieta «e Ui tmtwAié dm tantace é«Ht.

La faculté d'écrire et de transmettre à Taide de signes gra« phiques les diverses opérations de l'entendement peut, dans certaines circonstances, simultanément disparaître avec la faculté du langage articulé (1), ou bien être isolément respectée (2), ou bien encore être isolément abolie. Et, chose remarquable! cette aptitude toute spéciale que possède Tenlendement humain de révéler au dehors, à l'aide de signes sensibles, son activité propre, offre, lorsqu'elle vient à être intéressée, un cortège de symptômes tout à fait comparables à ceux que nous a présentés Pexamen des perturbations diverses de la faculté du langage articulé.

l"" Il résulte^ en effet, de l'intéressant travail de Marcé sur et sujet, qu'il y a des malades qui perdent la faculté de transmettre leur pensée a l'aide des signes conventionnels habiluellement employés par eux; ils l'expriment à Taide de barres, de ronds^ de tracés illisibles qui ne font partie d'aucun alphabet connu; de même que Ton voit certains aphasiques traduire leurs idées à l'aide de sons bizarres qui n'appartiennent a aucun vocabulaire (3). Il y a évidemment, dans ces circonstances parallèles, une destruc* tion, ou une suppression momentanée de l'action du subsiratum organique au sein duquel les impressions sensorielles antérieure-* ment acquises sont mises en dépôt, et d^oii elles émergent pour se révéler en manifestations motrices précises et coordonnées.

2^ Il en est d^aulres (et ces cas se rencontrent plus fréquem« ment) qui peuvent encore copier une phrase qu'ils ont sous les

(1) Marcé, loc, cit., obs. m.

(2) Trousseau, Clinique médicale de tHôtel-Dieu, Paris, 1864, t. II, p. 571; et Marcé, obs. i, p. 100. — Le malade qui fait l'objet de cette observation, lorsqu'on l'interrogeait, répondait par une série de mots tout à fait inintelligible! ou bien ayant un sens totalement différent de celui qu'il voulait lui donner. Pour dire qu'il ne souffrait nullement de la tête, il disait : les douleurs ordonnent un avantage • tandis que, par écrit, il répondait par ces mots : je ne souffre pas de la tête.

(3) Id., ioc. cit.^ obs. vi et viii.

àOk THÉORIE DES FONCTIONS DU CERVEAU.

yeux ; mais il leur est impossible d'assembler les mots en syllabes, de manière à traduire une pensée dont la manifestation exige une certaine durée.

Un malade, dans ces conditions, pouvait reproduire par le dessin Timage des objets qu^on lui indiquait. Il pouvait aussi copier son nom lorsqu'on le lui plaçait devant lui ; mais il était impossible d^écrire sous la dictée (1).

Un autre auquel on présentait un mouchoir en lui disant d'écrire le mot qui servait à le désigner, ne le pouvait spontanément; mais si l'on écrivait le mot devant lui, il le copiait exactement (2). Un autre, invité à écrire son nom, n'arrivait qu'à tracer des caractères illisibles (3). Un autre enfin, lorsqu'on lui dictait un mot polysyllabique, écrivait régulièrement la première syllabe, tandis qu^il n'assemblait que d'une manière incohérentes les syllabes subséquentes (4).

Ces exemples divers correspondent assez bien à ces casd'opAasie^ dans lesquels les malades ne pouvant spontanément prononcer le nom propre d'un objet qu*on leur présente, sont cependant capables de le trouver, lorsqu'on leur offire sous la forme auditive, ou qu'on le prononce devant eux^ ou bien encore lorsque les aidant dans l'effort d*expression phonétique qu'ils tentent d'accomplir, on les enlève par une sorte à^entratnement communiqué, et que l'on prononce tout haut en leur présence la première syllabe du mot qu'il veulent articuler : ils achèvent à la suite et prononcent le mot d^une manière concordante (6).

3*" Il se présente encore des exemples dans lesquels, par une sorte de défaut d'adaptation de la manifestation motrice à l'impression sensorielle qui la provoque, les sujets ainsi atteints ne peuvent plus réagir d^une manière coordonnée. Ils sont alors frappés d*une sorte A'ataxiej en vertu de laquelle leur main trahit leur pensée et trace sur le papier des caractères en désaccord avec leurs idées ;

(4) Marcé, loc. cit., obs. vii, p. 105 ; et obs. i, p. 100.

(2) Id., obs. V, p. 103.

(3) Obs. VI, p. 104.

(4) Obs. X, p. 108.

(5) Un malade, nommé Giraldon, dont robsenration est rapportée dans le mémoire de Marcé, ne pouvait parvenir à prononcer son nom que lorsqu'on arttcalait devant lui les premières syllabes (id., obs. yi, p. 107).

TR0DBLB8 PONCriONNSLS DE LA FACULTÉ DU LANGAGE ÉCRIT. 406

tel qui veut écrire bâton^ par exemple, écrit bauru (1) : on lui prononce à haute voix le mot quMl a écrit, il s'impatiente contre lui-même, hausse les épaules de dépit, et proteste ainsi que ce n'est pas là le mot qu'il a voulu écrire.

Ces exemples multiples sont analogues à ceux que nous avons signalés précédemment; ils correspondent à^cette catégorie de malades qui prononcent des mots à la place les uns des autres, et qui, ayant conscience de leurs erreursi s'impatientent pareillement cx)ntre eux-mêmes.

Quant à la faculté de pouvoir lire à haute voix, les déviations qu'elle est susceptible de présenter dans les conditions anormales du fonctionnement intellectuel, ne nous paraissent pas encore assez su£Bsamment étudiées pour que nous en donnions actuellement une appréciation séméiologique. Nous rappellerons seulement que cette opération intellectuelle, qui se rattache à la fois à la faculté du langage articulé et à la faculté du langage écrit, semble cependant avoir des connexions plus intimes avec la première qu'avec la seconde, puisque sur douze observations rapportées dans le travail de Btarcé, dans lesquelles il est dit qu'on a songé à faire lire les malades, on a noté que l'abolition de la faculté du langage articulé entraînait à sa suite l'abolition de la faculté de lire i haute voix et d'interpréter intelligemment ^ la valeur de signes graphiques conventionnels en sons vocaux concordants.

Il est encore une autre série de faits non moins curieux qui ressortent de l'examen des différentes opérations de l'entendement dans certaines conditions morbides, et qui prouvent, d'une manière péremptoire, l'indépendance fonctionnelle de certaines régions de la périphérie cérébrale. Il est en effet intéressant de constater que, si certaines désorganisations de la substance cérébrale peuvent, en restant locales, ne déterminer que des symptômes purement locaux, les autres régions demeurées intactes sont encore aptes, comme auparavant, à continuer la série de leurs manifestations fonctionnelles.

Il n'est pas rare, en effet, de rencontrer des malades qui ont

(i) Observation i, p. 108.

4i)6. TUÈOm W% FONCTIONS PU CSilVK4Ut

perdu soit isolément, soit simultanément, les facultés du langage écrit et du langage articulé, et qui cependant consentent encore une aptitude toute spéciale pour le calcul, et pour certains jeux de société exigeant une certaine contention d^esprit; qui n^écrivent qu'avec de grandes difficultés les mots qu'on leur demande, et qui tracent avec prestesse les chiffres (1). U en est d'autres encore qui, devenus aphasiques et privés de la faculté de communiquer avec leurs semblables à Taide du langage articulé, ont encore une sphère d'activité cérébrale] suffisante pour leur permettre de gérer leurs affaires, et de conduire leur maison avec autant d'intelligence qu'avant leur maladie (2) .

et les Bmurda^mnmi^*

Les opérations intellectuelles si complexes dont nous venons d'esquisser le merveilleux mécanisme, et qui constituent pour la majorité des hommes les moyens d'expression à Taide desquels ils manifestent en signes sensibles les divers modalités de leur esprit et de leurs passions, ne s'accomplissent pas toujours à l'aide des mêmes appareils, lorsque par suite d'un vice de conformation congénital par exemple, tel ou tel ordre d'impressions sensorielles destiné à susciter les réactions motrices coordonnées de la volition, vient à faire défaut.

Il est. en effet, bien curieux de constater combien les impressions sensorielles de provenances variées (à propos des réactions motrices qu'elles déterminent, soit dans les régions de l'activité spinale, soit dans celles de Tactivité cérébrale), deviennent aptes à se suppléer les unes les autres, et combien certaines d*entre elles, les impressions tactiles chez les aveugles, les impressions visuelles chez les sourds-muets, sont susceptibles de devenir par une sorte de transposition artificiellement provoquée, les agents normaux de manifestations motrices liées à la faculté générale d'expresion.

L Chez Taveugle, ce sont, en effet, principalement les impres-

(1) Marcé^ obs. xi^ p. 110; etobs. ii.

(2) Trousseau, Clinique médicale de T Hôtel-Dieu, Vuk, 1964, t. 11.

OPÉRATIONS DK l'bNTENDBUBNT CHEZ LBS ÀVSU6LES, ETC. A07

fions iactiies qui sont succédanées des impressions visuelles et qui viennent éclairer son jugement : c^est avec les nerfs de la sensibilité tactile digitale que l'aveugle touche^ sent et voit (ph I» 6g. 2[ee']).

La pulpe de ses doigts promenée avec une prestesse et une agililé incomparables à la surface de saillies typographiques aggiomères en mots dans les livres a son usage, apprend par l'eijj^rcice à rattacher chaque impression spéciale, dont il acquiert ainsi une notion isolée, à chaque objet extérieur que ce signe physique représente. Il en résulte bientôt, que chacune de ces impressions tactiles ainsi gravée dans son esprit, se trouve convertie en matériaux à Taide desquels il constitue des jugements, et lui rappelle l'objet extérieur dont elle est l'effigie ; de la même manière qu'un enfant qui perçoit Timpression visuelle et graphique du mot arbre^ par exemple, apprend peu à peu que cet assemblage de lettres et l'impression qu'il en reçoit, représenlent l'objet en question, et que toutes les fois qu'une impression identique se reproduira dans son esprit, cette impression sera pour lui la représentation exacte de l'objet qui la provoque.

Comme, d'une autre part, Paveugle, à mesure qu'il prend connaissance par le tact des caractères typiques et des objets dont ils sont les représentations, est instruit simultanément à savoir que ces différents objets s'expriment à leur tour par des sons articulés dissemblables, peu a peu le souvenir du son articulé propre à exprimer phonétiquement l'objet en question, s'accolle dans son esprit à celui de l'impression tactile, et c'est ainsi que méthodiquement éduqué, il peut arriver non*seulement à pouvoir lire pour lui-même, mais encore è lire pour autrui, en se servant de langage des autres hommes. Il parvient en effet par une sorte d'action substitutive incessante de son cery eau ^ ktranspo^ ier les impressions sensorielles provocatrices de la lecture à hautes voix (qui arrivent à l'esprit des autres hommes sous la forme visuelle, et chez lui sous la forme d'impressions tactiles), en lan- ^[age commun et compréhensible pour tous.

IL Chez le sourd-muet, c'est par un artifice de môme ordre que les idées se révèlent, et se font jour au dehors.

Les impressions auditives, qui sont les agents indispensables et

iklO THtoftUS nu WOWTIQM PU CVEVKiU.

pomènesqui intéressant exclusivement les opérations de Teiitendement : nous avons* par conséquent, complètement laissé dans Tombre ceux qui sont en rapport avec les manifestations passionnelles de Tôtre humain. L'élude imagée des mouvements affectifs variés qui se passent en nous a été jusqu'ici atM)rdée avec un grand talent descriptif par les philosophes et les romanciers : c'est elle, en définitive qui, sous des apparences variées, alimente incessamment les inspirations de Tart dramatique et les créations roma* nesques ; mais, physiologiquement parlant, cette face nouvelle sous laquelle se présente Tétre humain en est encore i trouver son historien véridique : la physiologie morbide des passions est une œuvre à peine ébauchée par quelques rares médecins philosophes, elle attend encore ses Cabanis et ses Gerdy,

Quelle est en effet, au milieu des mille réseaux de la substance corticale, la zone spéciale où se répartissent les impressions en accord avec nos passions ? La sphère où elles se manifestent est- «Ue nettement isolée (pi. XX, fig. A), nettement stratifiée, soit au-dessus, soit au-dessous de celle qui sert aux manifestations purement intellectuelles? Y a-t-il des éléments anatomiques, des cellules spéciales qui soient particulièrement les agents essentiels à laide desquels elles se révèlent? Ces cellules qui leur servent de supports, sonUelles isolées au hasard» ou groupées méthodiquement icôté de celles qui servent aux diverses opérations de Tentendepient ? Jusqu'à quel point s'influencent-elles dans leurs diverses modalités dynamiques? Jusqu^à quel point^ enfin, ces régions passionnelles sont-elles directement ou médiatement eq rapport avec les zones de la substance corticale, d'où partent les déterminations motrices ? ces réactions motrices ainsi iprovoquées par ces incitations succédanées» souvent tumultueuses, ont-«lles bien le caractère d'actes moteurs voulus^ au même litre que ceux qui succèdent à une élaboration réfléchie d'une impression nettement sensorielle ?

Ce sont là autant de problèmes, insolubles actuellement» qui n'ont même été jamais posés sous la forme d'interrogations anatomiques, et dont la solution, qui est assurément bien digne d'appeler les méditations des physiologistes futurs, sera appelée à jouer un grand rôle dans l'étude raisonnée des divers mobiles des actions humaines, et par suite à préciser, d'une façon plus nette

et plus scientifique, la pari qui doit être faite dans la iresponsabililé de leurs actes à ceux qui, d*une fagôn ou d'une autre, ont présenté, d'une manière transitoire ou permanente, quelques signes de perturbation mentale, ou des symptômes non douteux de désorganisation de la substance cérébrale elle-même.

C'est surtout à l'étude attentive de Tbomme malade par la cerveau qu'il conviendra surtout de s'adresser pour poursuivre avec succès cet ordre spécial de recherches phrénopathiques. C'est dans l'observation analytique des nombreux exemples de déviation des manifeslalions psychiques si fréquentes dans le domaine de l'aliénation mentale, qu'il conviendra de descendre, pour trouver la clef de ces nombreux et insolubles problèmes. Chez celui, en effet, dont les facultés intellectuelles ont été déjà intéressées d'une façon ou d'une autre, Texpérience prouve que les actes purement moraux, et les passions affectives sont modifiés parallèlement dans leurs modalités apparentes : Tétat morbide les isole et les dissocie de leurs combinaisons, comme il isole et dissocie les diverses facultés de l'entendement. L'aliéné n*est plus seulement un être à part, qui a rompu avec le monde de la saine raison et avec celui du sens commun; il a en même temps quitté celui du sens moral, et abandonné les liens qui le rattachaient à ceux qu'il affectionnait auparavant.

C'est à ces conditions morbides nouvelles de l'être [humain, à ces troubles psychologiques mis en saillie par l'état morbide qu'il {jMidra avoir recours pour suivre pas à pas les progrès de la décadence du sens moral à mesure que le niveau de la raison s'abaisse : il faudra ainsi raccompagner dans ses déviations successives, le dépister lorsqu'il n'est qu'obscurci, le vivifier lorsqu'il présente encore quelques traces, et l'envisager dans ses modalités les plus étendues, depuis le moment où il apparaît chez l'homme vérita^ blement complet avec son épanouissement le plus achevé, jusqu'à celui, où dans ses phases d'anéantissement le plus absolu, il ne se révèle plus alors que sous des formes indécises, tel qu'il apparaît chez ces mauvaises natures dont Noreau (de Tours) (1) a rapporté de si frappants exemples.

(1) Moreau (de Tours)^ Psychologie morbide, Paris, 1859^ p. 314, 333, 33A.

AiS THÉCmiB DBS FONCTIONS DO GBBYlàO.

Ces individus, misérables en effet, arrivés à un état de dégradation morale excessif, sôit par un vice d'organisation congénitale, soit par des habitudes de dépravation acquises, attestent d'une manière flagrante les rapports intimes qui existent entre la faculté d'apprécier exactement les choses qui sont du domaine du sens commun, et celle qui inspire nos jugements sur les faits qui relèvent du sens moral; ils nous montrent en même temps, combien la sphère cérébrale où régnent les passions affectives, et celle où siègent les manifestations purement intellectuelles, sont unies par les liens d'une stricte et intime solidarité.

Nous nous sommes jusqu'ici particulièrement occupé des questions physiologiques qui touchent d'une manière plus ou moins immédiate au système des fibres convergentes supérieures et inférieures : nous devons actuellement nous arrêter quelque peu sur le rôle de cet autre système de fibres blanches cérébrales, (fibres commissurantes), qui, paraissant au premier abord jouer dans l'arrivée de nos impressions sensorielles un rôle secondaire, n^en sont pas moins des agents indispensables au parfait accomplissement des fonctions de l'entendement, puisque leur absence entraîne, jusqu'à un certain point, le défaut de développement des facultés intellectuelles, et dans certains cas Vidiotie et Timbécillité (1).

Les fibres commissurantes cérébrales, plongeant par chacune de leurs deux extrémités au milieu des divers groupes de cellules homologues dans chaque hémisphère, jouent par cela même le rôle de véritables traits d'union entre ces mêmes régions. Elles paraissent donc être pour chaque circonscription de la périphérie corticale des appareils anastomotiques par excellence, qui confondent en une résultante unique deux impressions bilatérales; elles les fusionnent et les mettent en quelque sorte à Ytinisson. Ce sont en un mot les véritables agents de Tunité d'action de nos deux hémisphères cérébraux (2).

(1) Comptes rendus des séances de la Société de biologie: Voyei, 3* sér., L IV, p. 9A^ année 1862, Absence congénitale des corps calleux sans troubles fonctionnels,

(2) Si U plupart de tontes nos perceptions sensorielles primitiTement géminées,

DBS GOmilSSURES CÉRiBRALBS. AÏS

I. Il est vraisemblable d'admettre que nos impressions olfactives, optiques, acoustiques, guslatives, etc., importées dans les régions centrales du système nerveux à l'aide de conducteurs doubles, et déjà conjuguées entre elles d'un côté à l'autre, dans chaque centre de la couche optique, rencontrent encore dans les dernières phases de leurs migrations (au sein des réseaux de la substance corticale), une nouvelle série de fibres commissurantes qui sont pour elles comme de véritables moyens de fusionnement supplémentaires, et que par contre, les impressions tactiles qui sont si franchement unilatérales, échappent peut-être, au moment où elles sont disséminées dans les régions centrales, i Tintervention des fibres commissurantes. Nous avons indiqué déjà» que les centres de la couche optique dans lesquels ces dernières impressions paraissaient plus particulièrement localisées, étaient précisément ceux qui nous avaient semblé jusqu'ici dépourvus de fibres de cette espèce (pi. XII, fig. 3 [3]) (voy. page 2i2) : il est probable que dans les régions de la périphérie corticale, elles se trouvent dans les mêmes conditions, et que c'est à cette absence de moyens anastomotiques appropriés, qu'il faut attribuer cette indépendance unilatérale qui les caractérise si bien.

II. Certaines régions de la périphérie corticalOi d'où partent les actes de la motricité volontaire, offrent pareillement dans chaque hémisphère, une indépendance fouctionnelle complète.

Ainsi, tandis que les zones de la substance corticale d'où émergent les incitations motrices destinées à mettre en activité les appareils musculaires du tiers supérieur du tronc (c'est-à-dire les régions antérieures des deux lobes cérébraux) sont entraînées d'un mouvement unanime dans leurs manifestations dynamiques (1), cette simultanéité d'action des régions corticales homologues cesse de se révéler quand il s'agit de l'émission du principe inci-

àla périphérie sont, à l*aide de ce système de fibres commissurantes converties en une perception unique, ce fait n'est] pas général ni constant. U y a en effet des perceptions sensorielles qui demeurent unilatérales^ de même qu'il y a des phénomènes aflérents à la motricité cérébrale qui sont aussi unilatéraux.

(1) Nous avons précédemment indiqué, page 380^ le fusionnement complet qui existe entre les deux sources bilatérales d'incitations motrices parties des lobes cérébniiz antérieurs, et la disposition particulière des appareils musculaires péri- Fbéri<iiiet ooiûiigiiés sur la ligne médiane, auxquels ces incitations sont destinées.

tateur destiné aux appareils musculaires des régions moyenne et inférieure du tronc.

Le principe incltateuf qui provoque, en effet, la mise en aclifité de ces divers systèmes de muscles, est élaboré d*une manière empiétement indépendante dans chaque hémisphère, et rencontre pareillement dans les systèmes divers de muscles auitquels il est destiné (ceui de nos membres supérieurs et inférieurs), une indépendance complètement concordante, de sorte que les mêmes dispositions qui existent au moment de Témergence de cet influx Éûccito^moteur volontaire dans les régions centrales, se retrouvent ealquées dans les régions périphériques du système musculaire qu'il excite : au moment de son origine et au moment de sa distribution terminale, il est toujours unilatéral. Nous mouvons, en effet, notre bras gauche, notre jambe gauche d*une manière parfaitement isolée, sans que les appareils musculaires du côté opposé se trouvent entraînés dans cette série de mouvements, comme cela se voit dans les régions supérieures du tronc pour lesquelles Tindépendance fonctionnelle des muscles pharyngiens, glottiques, linguaux, etc., de chaque cdté est complètement nulle.

Ces régions cérébrales d'où part Tinflux volontaire destiné aux muscles du tiers moyen et du tiers inférieur du corps sont-elles primitivement fusionnées dans chaque hémisphère? et n'arrivonsnous que par Teffet d'une longue habitude, à les rendre indépendantes Tune de l'autre, comme nous voyons certains mouvements isolés de nos doigts, acquérir par l'exercice une autonomie fonctionnelle très-marquée ? ou bien ces foyers d'innervation excitomotrice volontaire échappent-ils aux irradiations du système des fibres commissurantes ? Ce sont encore là des questions que Panatt)mie seule nous paraît dans Timpossibilité de résoudre et qui attendent leur solution de recherches ultérieuress.

m. Il est curieux, en tenant compte de ce double phénomène de V%mité de certaines de nos impressions Sensorielles primitive* ment doubles, et de la duplicité de certains foyers d'incitation excilo-motrice volontaire au sein de la substance corticale, de se représenter idéalement la mise en activité successive des divers appareils encéphaliques d'un homme en observation devant des objeii mioroecopiqueti par exemple^ qu'il lorgne d'un seul ail (ds

- ne' (HMIMlSfttmBS GÉHfMALBS. âli

rϔl gauche) et qui les dessine avec la main droite (pK I, fig. 5).

Nous avons exposé précédemment le» ruinons qui nous portaient à admettre que le principe incitateur volontaire qui provoque les mouvements réfléchis des membres supérieurs était localisé dans les régions moyennes de ta périphérie corticale, et, comme conséquence, que la main droite soutirait son principe d'action des régions moyennes de l'hémisphère gauche. Dans le cas qui nous occupe, l'œil du côté gauche étant seul ouvert (comme les impressions visuelles conscientes sont entrecroisées) c'est Thémisphère droit seul, qui reçoit et qui élabore l'impression sensorielle entrecroisée [2^ 3, 1] : or, comme ce n'est pas lui qui réagit pour susciter les mouvements appropriés de la main, il faut que l'im*pression sensorielle provocatrice de ces réactions motrices, soit répercutée en quoique sorte par contre coup, dans l'hémisphère opposé.

Il faut donc, pour pouvoir dessiner un objet en ne le regardant que d^un seul œil, qu'une série d'actes cérébraux complexes en eux-mêmes s'accomplissent : il faut que l'impression sensorielle optique se mette, de part et d'autre, à l'unisson dans chaque hémisphère; qu'elle se propage ainsi transversalement avec toute son intensité et tous ses caractères, et qu'elle provoque, comme un véritable écho de l'impression primordiale, la réaction des zôues motrices de la périphérie corticale qui lui sont immédiate*» ment subordonnées [h].

Le parfait accomplissement de cette série d'actions et de réactions enchaînées semble pouvoir impliquer, par cela même, la précision des moyens anastomotiques interposés entre certaines régions de la périphérie corticale (et entre autres, celle des régions céré* braies antérieures). On pourrait peut-être ainsi en induire l'état d'intégrité des commissures cérébrales, et en particulier celui de certaines portions du corps calleux (1).

(1) Ces indttctionâ ne seront pdrftiltcmcnt légitimés^ qu'autant qu'il sera bleu démontré (pie chez l'homme^ comme chez les animaux^ les Impressions visuellôB conscientes vont toutes se répartir dans les régions de la périphérie corticale^ du côté opposé h celui d'où elles proviennent et qu'il li'y a pas^ remontant daUs chaque bémUphère^ d'impressions directes non entrecroisées (pi. I, fig. 5 (2, 3, 1]).

Chez les animaux en effbt^ ainsi qu'il résulte des etpériences de Flourens^ l'ablation d'un hémisphère entraîne la perte de la tislon éà VM dacdté Opposé à là

A16 RÉGIONS MOfRIGBS DU STSTilfB MBBTBDS.

QUATRIÈME SECTION

BJtOIOM in SYSTÈME NERVEUX EN RAPPORT AVEC LES PHÉNOMÈNES DE LA MOTRICITÉ.

Wt GIITKLIT BT DIS APPAIIILI Dl l'iHHIIYATIOH CÉliBUXBUSI FÉBimilIQUI.

Si Ton se reporte aux principaux détails anatomiques que nous avons indiqués à propos de l'étude du cervelet proprement dit, et des appareils de l'innervation cérébelleuse, on peut se rappeler que nous avons insisté sur ces différents points et dit :

Que le cervelet, véritable foyer continu d'innervation, travaillant d'une manière isolée, et indépendante des autres départements du système nerveux central élaborait, en vertu d'une véritable autonomie fonctionnelle, Tinflux moteur qu'il déversait incessamment à l'aide de ses pédoncules, vers les régions antérieures de Taxe spinal ;

Que la substance grise des olives supérieures et inférieures, celle de la protubérance, celle du locus niger, celle des noyaux jaunes du corps strié, représentaient une série non interrompue de lacis plexiformes, et par suite la sphère périphérique de son activité, et le subsiratum indispensable à sa dissémination (pi. II etm,fig.2);

Que rinflux cérébelleux déversé sans discontinuité, à l'aide de trois séries de conducteurs bilatéraux dans une direction centrifuge, était particulièrement en rapport avec les régions motrices de l'axe spinal du côté opposé (pL I, fig. 4) ;

Qu'à leur dernière période d'atténuation, les agents de la dissémination de rinnervation cérébelleuse n'étaient plus représentés, que par une série de petites cellules, accoUées tout d'abord comme

lésion (voj. page 346); quoique dans ces cas les deux iris soient encore impressionnables. Ce fait implique donc que si les impressions inconscientes réflexes se mélangent, et se répartissent aussi bien (celles qui sont directes et celles qui sont entrecroisées) au sein de la substance gélatineuse des tubercules quadrijumanx^ il n'en est pas de même pour celles qui sont destinées à entrer en conflit avec les manifestations purement intellectuelles. (Flourens^ Recherches sur le système i veux, 2» édition, Paris, 1842, p. 31).

INNBRfATIOM CÉRÉDEIXSUSE. A17

des filaments volubiles le long de la continuité des fibres antérieures spinales, et groupées ensuite à la surface de grosses ceU Iules du corps strié; et qu'en un mot, Tappoint d'éiémenit mor* phologiques émanés médialement du cervelet, etrépirtii.AQ aeip de la substance grise du corps strié, complétait avee fmt$ qui appartiennent à l'axe spinal (fibres des faisceaux spinaux antérieurs) et ceux qui proviennent de la périphérie corticale (fibres cortico-striées), une véritable trilogie constituée par trois sources dincitalions nerveuses de provenance variée, réunies et com« binées ensemble (pi. IV, fig. 6 [9]).

Ceci posé, il nous reste à voir maintenant ce que disent les faits de la physiologie expérimentale.

Nous allons successivement examiner les phénomènes qui appa* raissent lorsque :

1** L'influx cérébelleux est intéressé dans Pintégrité du substra-^ itun qui le produit, c'est-à-dire lorsque l'on enlève des portions plus ou moins considérables de lobes cérébelleux aux animaux mis en expérience ;

2* Lorsqu'il est pareillement intéressé à son moment d'émergence, par suite de l'interruption des conducteurs qui l'exportent (section des pédoncules cérébelleux) ;

8* Lorsque les lésions expérimentales portant exclusivement sur les expansions cérébelleuses périphériques, intéressent les réseaux de la substance grise de la protubérance, du locus niger du corps strié, etc., à Taide desquels il opère sa dissémination.

I. Tous les physiologistes sont unanimement d'accord sur ce point : c'est que la substance propre des lobes cérébelleux est complément insensible aux irritations mécaniques et aux mutilations dont elle peut être le siège (1). C'est déjà là une donnée importante, qui concorde d'une manière satisfaisante avec les faits anatomiques tels que nous les avons déjà indiqués, et d'une autre part avec les observations cliniques.

Tous les expérimentateurs sont encore presque unanimes, lorsqu'ils décrivent les troubles fonctionnels qui apparaissent chez les animaux, soit mammifères, soit oiseaux, lorsqu'on vient à les

(1) Nous avons indiqué en effet (page 130) Tabsence complète d'éléments spiaentitifs, aUant se distribuer au milieu de la substance même du cenrelet. unri. 27

àlS RÉGION^ HPTIilÇES pu lY^TÈME HSRVEUX.

priver d^une portion plus ou moins notable do leurs lobei oérébelleux^ < Quand on enlève, dit Fiourens, soit sur des pigeons, soit sur des mammifores, des portions successives du cervelet, on voit que Tanimal perd graduellement la faculté de voler, de marcher, puis enfin celle de se tenir debout. On peut ainsi, par des coupes habilement ménagées, ne supprimer que le vol» ou le vol et la nmrcbe, ou la marcha et la station. En disposant du cervelet, on dispose de tous los mouvements coordonnés de la locomotion, comme en disposant des lobes cérébraux on dispose de toutes les perceptions (1), > I^oqget a signalé das phénomènes analogues : « Prenez deux pigeons, dit-il : à Tun, enlevez entièrement les lobes cérébraux, à l'autre la moitié du cervelet; le premier, le lendemain, sera solide sur ses pattes; le second vous offrira la démarche incertaine de Tivresse (2). » Les intéressantes recherches de Wagner, entreprises et poursuivies depuis longues anuéçs sur ce point spécial dq la physiologie du système nerveqi^, l'ont conduit a des conclusions analogues (3). Nous avons entrepris nous-même sur de petits mammifère, sur des oiseaux e[ des poissons, une série d'expérienoes qui sont complètement confirmaliv^s des faits rapportés par les auteurs que nous venons de citer (A); aussi pensons-nous ôtre suIfisarom^Rt autorisé, en nous appuyant sur ces témoignages multiples, 4 dire :

(1) Fioureas, Système nerveux. Paris^ 1842, fi* édit.^ p. dO.

(2) Longet^ Anatomie et physiologie du système nerveux, t. ï, p. 7|0.

(3) Wagner, Journal fie pliynologic. Paris, 1861.

(4) Les résultats de nos vivisections, pratiquées sur île p^tiU mainmif^fcs, sont identiques uver ceux indiqués par Fiourons et Longet, aussi ne faisons-nous quç appeler les principales qui ont 'porté sur des pipcons, et qui nous ont surtout frappé par leur netteté, et leur similitude presque complète (vu l'attitude bipède de ces animaux) avec ces iroublfis do la locomotion si caractéristiques quo Ton observe chef i*honiinc en état d'ivresse. I^s pi^^eous en effet, auxqueU n(»us avions enlovû suocessiveinent différentes portions du cor\elet, î^e mouvaient pu cbaucelaiit, diias toutes les directions, d'une manière tout à fait irré^'ulière ; placés sur une table, ou sur leur bâton, ils chercbaient incessamment h se maintenir en équilibre, tantôt en balançant leurs ailof*, tantôt h Taide de leur queue ; ils semblaient être dans un état de titubation coutiuuelle, et toiuourt sur le point de tomber soit en aviiri soit en arrière, par suite du défaut complet do stabilité dans leur« atlitudea t|ifcessives.

Sur dei poifsoni do hvièr^i à forme plate, los pbénomèoea qui suiveal les ablitions ptrUeUei du ^rvelft Mmt 0neor« plu» «ppapenti. I^oraqu'en a méthodi«M-

IHNERViTlOII CiRiBKLLKUSE. il9

Quo le cervatet, complètement insensible par lui-même» exerce une înfluenee prépondérante sur les manifestationi de la motri^** cité;

Que la faculté de produire des mouvements disparait i mesure que le eervelet est enlevé, c'est-à-dire que les puissances loco« motrices sont intéressées d'une façon proportionnelle a la quan» tité de substance cérébelleuse supprimée;

Que les mouvements de la locomotion, après des destructions partielles et successives du cervelet, deviennent désordonnés, mal équilibrés, par suite de l'inégale distribution de l'innervation cérébelleuse dans chaque moitié du corps ;

Qu'en un mot, la faible$$e et Y hésitation des actes locomo* taurs, sont les phénomènes les plus saillants qui apparaissent, lorsque Ton vient à tarir les foyers d'innervation i l'aide de laquelle ils se manifestent.

IL Les lésions isolées du cervelet proprement dit, portant •ur la substance blanche et la substance grise (c'est-à-dire sur Tappareil générateur de l'innervation cérébelleuse), sont done eaFaetérisées par un état de faiblesse générale et de dépression des facultés locomotrices. Ce sont là des phénomènes constants, sur l'interprétation seule desquels les physiologistes peuvent

«tmt tnlefé quelques fragmenU da cervelet (après avoir détruit la paroi du crâne) Qt qu'on abandonne l'animal à lui-même dons un baquet d'eau^ on est lurpris df constater l'allure toute nouvelle qu'il prend. L^ trouble profond opporté à l'inner* vation cérébelleuse locomotrice fait que ces phénomènes d'hésitation et de titubation dans la démarche qui sont propres aux oiseaux^ se traduisent chez les poissons par des mouvements de natation lents et incertains ; ils se résument en une sorte de balai|«Mnent latéral irrégulicr^ qui porte à comparer inunédiatement ce poissoa è un çprpi Aottant dépourvu de lest, et réduit par cela même à l'état d'équilibff instable.

Il nous est arrivé de constater pareillement, quand la lésion avait probablement intéressé les fibres eflérentes du cervelet, que le poisson, au moment où il était remis dans Teau, accomplissait une série de mouvements rotatoires suivant son grand aie^ tout à fait comparables à ceux que présentent les mammifères lorsqu'on intérMse les mêmes appareils nerveux. Ces mouvements rotatoires, dont on peut suivre très-facilement dans ces cas les diverses phases, nous ont paru n'étro qu'une exagération passagère de ces mouvements d'oscillation latérale dont nous venons de parler, et ne devoir être rapportés qu'à une prédominance de l'innervaUon eérébeUeuse, inégalement repartie dans chaque moitié du corps.

à20 RÉGIONS MOTRICES Ut SYSTÈME NERVEUX.

varier, mais qui n*en sont pas moins des faits acquis à la science, et aussi positifs dans leurs manifestations que Tinsensibilité du tissu cérébelleux lui-môme.

Lorsqu'au contraire, les lésions portant sur les conducteurs centrifuges de l'innervation cérébelleuse, déjà mo(1i6ée par 4'aclion métabolique des cellules du corps rhomboïdal, intéressent les libres eflerentes pédonculaires, des phénomènes tout nouveau apparaissent (pi. I, fig. à et pi. H) ; ce sont alors, soit des mouvements de manège, soit des mouvements de rotation suivant Taxe du corps, qui se manifestent chez les animaux mis en expérience.

. Les investigations des physiologistes ont presque toujours porté jusqu'ici» soit sur les pédoncules inférieurs, soit sur leâ pédoncules moyens.

Magendie a particulièrement étudié cette série de singuliers troubles fonctionnels dans ses nombreuses expériences (1). cSi l'on pratique, dit-il, sur un mammifère la section d'un des pédoncules (crura cerebelli)^ l'animal se met à tourner selon son axe, sur le côté lésé. La lésion du pédoncule gauche amène la rotation de droite à gauche. > Il a encore signalé très-nettement la situation particulière que prenaient les globes oculaires à la suite des lésions portant sur le cervelet. Les piqûres des pédoncules inférieurs lui ont aussi paru provoquer des mouvements convulsifs ('2). Les sections des pédoncules moyens faites par Plourens, Longet et la plupart de tous les autres expérimentateurs de notre époque, ont amené des résultats analogues.

Nous avons répété ces expériences sur de petits mammifères : les sections que nous pratiquâmes après avoir mis l'encéphale à nu, portaient principalement sur les pédoncules moyens au moment où ils sortent du cervelet; dans ces circonstances les phénomènes observés furent ceux-ci : la lésion intéressant le côté gauche, par exemple, nous constatâmes qu'il en résultait immédiatement une sorte d'hémiplégie du côté opposé, en vertu de laquelle les membres sains du côté gauche opéraient une série de mouvements de progression excentrique autour de

(i) Magendie, Journal de physiologie, t. IV, p. 339. (2) Magendie, Système nerveux^ t. l, p. 180.

INNERVATION CÉRÉBELLEUSE. &2f

là {kMrlion droite du corps, frappée d'inertie. L'animal, emporté alors par cette force prépondérante dans tout un côté de son corps, roulait plusieurs fois sur lui-même suivant son grand axe, ou bien s'incurvait ensuite en formant une courbe dont la concavité répondait au côté lésé (1).

Quoique toutes ces expériences, par la complexité des phéno-» mènes qu'elles provoquent, soient d'une interprétation souvent très-difficile, il n'en ressort pas moins de leur étude attentive que les lésions unilatérales limitées à une série de fibres pédonculaires, ont le privilège de déterminer l'apparition de mouvements rolatoires, et que la cause unique de ces mouvements doit être rapportée à un défaut d'équilibration entre les courants nerveux parallèles, à direction centrifuge, qui émergent directement des réseaux de cellules du corps dentelé, et niédialement de la substance grise cérébelleuse (pi. I, fig, â, pi. II et pi. IV, fig. 5). Les mouvements de manège ou de rotation sur Taxe du corps, qui ne sont que des dérivés les uns des autres, ne nous paraissent pas devoir être expliqués par un autre mécanisme (2).

Magendie, du reste, avait été déjà, à la suite de ses expériences, frappé d'une idée semblable : convaincu que les mouvements qui se combinent pour produire soit la station, soit la progression, n'étaient physiologiquement possibles que par l'équilibration régulière de forces opposées à direction trans-

(1) Ces phénomènes, qni apparaissent comme une explosion subite aussitôt qu'on lèse les fibres afférentes du cervelet, disparaissent insensiblement. Ainsi^ chez les animaux que nous mimes en expériences, s'ils ne succombaient pas au bout de quelques heures par une sorte d'épuisement d'influx nerveux, nous pûmes constater qu*en?iron huit à dix heures après, les mouvements d'entrainement latéral avaient cessé ; mais il persistait chez eux un état de prostration considérable, qui les empi^chait de se tenir sur leurs membres. Ces animaux ainsi mutilés succombaient enTiron au bout de Tinf^-quatre heures.

(2) n se produit dans ces cas un phénomène de statique tout à fait comparable i celui que Ton décrit en physique, sous le nom de tourniquet hydraulique. On sait en effet que, quand un liquide est contenu dans un cylindre creux, mobile suivant son grand axe, et pourvu à sa partie inférieure de deux ajutages soudés en sens inverse, si on donne issue au liquide d'un seul côté, l'équilibre des forces qui se faisaient obstacle sur les parois du vase venant à être rompu l'appareil se met spontanément en mouvement, en opérant une série de tours suivant son grand axe.

422 UÉGIONS MOTtlIGKS DU BYSTÈME MBHVEUX.

versale, irradiées de chaque lobe cérébelleux , il fut conduit à donner une solution aussi simple qu'ingénieuse i cette ques* tion.

Chez un animal, en effets entraîné d'un côté par une section préalable d'un de ses pédoncules cérébelleux, il fit la même opération du cdté opposé : l'animal, restitué ainsi à ses conditions d'équilibre physiologique, resta complètement immobile dans quelque position qu*on lui faisait successivement prendre (1). Wagner a répété les mêmes expériences, et est arrivé à dei résultats identiques (2).

Ainsi donc, nous voyons par l'exposé de ces expériences faites sur des animaux vivants, que les inductions qui nous avaient été inspirées parla seule disposition anatomique des parties reçoivent une confirmation satisfaisante dans le domaine de la physiologie expérimentale.

Nous avons, en effet, vu jusqu'ici que le cervelet était un appareil générateur d'un influx nerveux sut generis; que cet influx, accumulé d'une façon continue, se disséminait vers les régions motrices de Taxe spinal sous forme d'un courant constant, à l'aide des fibres cérébelleuses efTérentes; qu'il était réparti en proportion égale à l'état physiologique dans chaque côté du corps; que l'harmonie des actes moteurs dérivait de sa juste équilibration dans chaque cdté ; qu'enfin il suffisait d'interrompre son cours dans un côté du corps, pour voir apparaître d'une manière subite, soit des mouvements de manège, soit des mouvements de rotation sur l'axe, phénomènes similaires dont la Cause unique ne doit être rapportée qu'à une inégalité d'action entre les deux forces bilatérales qui se répartissent dans les régions motrices de l'axe spinal, et à une prépondérance exagérée de l'une d'elles (3).

III. Relativement à l'étude des principaux phénomènes qui intéressent la sphère de l'innervation cérébelleuse périphérique, les expériences des physiologistes n'ont pas encore été assez

(!) Magcndie, Journal de physiologie^ t. IV, p. 402.

(2) Journal de physiologie de Brown-Séquard, 1861, p. 397.

(3) C'est éndemment par suite d*une fausse intefpréiation de faits judicieuse-

mNERVATlON CÉRÉBELLEUSE. 423

multipliées pour que nous puissions en donner actuellement une appréciation exacte.

Nous nous contenterons de rappeler, provisoirement, que Tinner- ▼ation cérébelleiise périphérique, disséminée avec les réseaux dd cellules nerveuses qui lui servent de supports^ autour des fibrilles des faisceaux spinaux antérieurs (pL IV, fig. 5) qu^ello enveieppe de toute part comme d'une sorte d'atmosphère nerveuse (depuis le collet du bulbe jusqu'au niveau do la substance grise du corps strié), se concentre, avant le moment où elle est défini -^ tivement disséminée, dans deux noyaux de substance nerveuse (les olives inférieures et supérieures) qui lui servent tout d'abord de point d'amortissement, d'où elle est secondairement irradiée en des directions multiples.

laent obscrrés d'ailleurs par Flourens (ainsi que nous l'avons rappelé page A 18)^ que ce physiologiste a été conduit ù considérer le cervelet comme le siège exclusif du principe qui coordonne les mouvements de locomotion. {Loc, c//., p. 510.)

Il y a ici, à notre avis, une simple alRiire de logique qui doit seule être discutée.

Que vettt-on signifier, en cfl^t, en disant que le cervelet est un appareil coordinateur des mouvements locomoteurs?

On implique par cela mémo immédiatement l'idée que ces mouvements locomoteurs étant préalablement disharmouiques en eux-mêmes, l'action du cervelet a pour but de les restituer à leurs conditions physiologiques et de les régulariser; de U même manière que, si Ton trouvait une substance capable de rendre les mOliTcmcnts d*un paraplégique atnxique réguliers et harmoniques, on serait port(^ à difc que cette substance est l'agent coordinateur de ces mômes mouvements.

liais en est-il ainsi pour le cas actuel'/ Ou intéresse plus ou moins le cervelet, et les mouvements deviennent à la suite plus ou moins irré^^iers, faut-il en conclure que le ceni'elct a pour but exclusif de les coordonner normalement? évidemment non. Car il y a là une donnée concomitante qui domine et précède ce processus, c'est Vasthénie : le premier phénomène quit suit toute lésion cérébelleuse, soit fftpérimentale, soit pathologique, c'est en effet une débilité qui porte tout d'abord rtr les fonctions motrices, et l'incoordination ne fait que suivre : l'incoordination des mouvements n'est donc en elle-même qu'un phénomène secondaire.

I-c cervelet n'intervioirt donc logiquement dans la régularité et la coordination de nos actes moteurs, que parce qu'il leur donne une force sthéniquc sui gencris, ^ leur permet de s'accomplir : son rftlc est uniquement de fournir au* fonctions metricei un Influx stimulateur particulier ; et cet influx, par la seule disposition dei fégioBf oii il 8c dissémine, est distribué d'une façon régulière, harmonique et coordonnée.

Telle est, à notre avis, la manière d'interpréter les faits qui résultent des expériences physiologiques et des études cliniques, relativement aux troubles fonctionnels qtd suivent les lésions du cervelet.

àià RÉGIONS MOTRICES DU SYSTÈME NI»: VEUX.

Les réseaux de substance grise des olives supérieures et îdférieures, sont en effet, comme les divers amas de substance ganglionnaires, de véritables foyers générateurs de 6bres et de cellules nerveuses nouvelles (pi. II et III, 6g. 2) : on est donc amené à penser, que s'il y a génération de nouveaux éléments nerveux aux dépens de leur masse, Vintensité des actions nerveuses doit être multipliée en raison directe du nombre dt ces éléments; aussi ces deux intumescences gangliformes nous paraissent-elles devoir être considérées au point de vue de Tinner* vation cérébelleuse, comme de véritables appareils récepteurs et multiplicateurs^ destinés à la recevoir, à la transformer, et à en multiplier les effets.

Remarquons encore que ces appareils doivent en même temps servir à changer la direction de Tinflux cérébelleux afférent, grâce 4UX fibres nouvelles auxquelles ils donnent naissance : celles-ci se trouvant étalées et répandues sur une grande surface, sont, par cela même, d'autant plus aptes à propager dans les directions les plus diverses Tinnervation à laquelle elles servent de moyen de dissémination (pi. II et II, fig. 2).

L'innervation cérébelleuse commence à se répandre au pourtour des faisceaux spinaux antérieurs, au niveau de la région bulbaire de l'axe spinal. Là, eu égard au peu d'abondance relative de la substance grise d'origine cérébelleuse (pi. VII, fig. 1 [16]), ses manifestations doivent être accusées avec une intensité moyenne ; mais peu à peu, la masse totale de cette substance grise, qui donne en quelque sorte la mesure de sa puissance dynamique, va successivement en augmentant, et il arrive un moment où, accumulée en assez fortes proportions pour constituer par sa seule interposition les régions de la protubérance, du locus niger de Sœmmering, les noyaux jaunes du corps strié, elle représente, par la richesse et la multiplicité de ses réseaux, l'amplification progressive du champ de Tactivité cérébelleuse périphérique. C'est effectivement dans ces diverses circonscriptions du système nerveux que ses manifestations dynamiques se révèlent avec leur maximum d'intensité, et tous les physiologistes savent que Texcitation des régions antérieures de la protubérance détermine particulièrement l'explosion des phénomènes convulsifs, c'est-à-

INNERVATION CÉRÉBELLEUSE. A26

dire une série de secousses intermittentes 'et désordonnées dans les divers départements du système musculaire (1).

Les lésions expérimentales des pédoncules cérébraux, qui por^ tent à la fois sur les fibres des faisceaux spinaux antérieurs et sur les réseaux de la substance grise du loctis niger (pi. XVIII, âg. 7), sont accompagnées de mouvements de rotation sur l'axe, de mouvements de manège, et môme de contracture de tout un côté. Il semble résulter de ce fait que la lésion qui a produit ces troubles locomoteurs, a rompu, comme dans les cas précédents, Téqui* libre entre Ic3s deux forces bilatérales qui émergent normalement du cervelet dans des directions opposées.

On est donc provisoirement porté a admettre qu'il y a peu de variations apparentes dans les diverses perturbations fonctionnelles qui apparaissent, lorsque ce sont les conducteurs eflërents du cervelet eux-mêmes qui ont été intéressés dans leur continuité, ou bien lorsque la mutilation a porté sur les plexus de substance cérébelleuse périphérique^ et que Tinnervation cérébelleuse, à quelque hauteur qu'on interroge ses propriétés dynamiques (à la région bulbaire, à la région de la protubérance et à celle des pédoncules cérébraux), se révèle constamment par des manifes* tations réactionnelles identiques (pi. XVIII).

IV. L*étude physiologique que nous venons de faire jusqu'ici des phénomènes propres à l'innervation cérébelleuse périphérique, nous a montré quel rôle prépondérant cette source d'innervation était appelée à jouer, par l'intermédiaire des fibres spinales antérieures, dans l'accomplissement des phénomènes de la motricité volontaire (pi. IV, fig. 5). Or, comme il y a dans l'économie toute une autre série d^actes moteurs qui sont soustraits à l'empire delà volition (mouvements des muscles respiratoires, mouvements du cœur, etc.), et comme ces actes moteurs coordonnés ne s'ac*

(i) On est naturellement amené à se demander si ces contractions spasmodiques, dont le système musculaire est ainsi accidentellement le sicge^ ne seraient pas précisément sous la dépendance de l'intemiption passagère de Tinflux nerveux irradié du cervelet, et si une simple lésion traumatique légère, une minime irritation de la surface de la protubérance, n'auraient pas précisément pour résultat de rendre le cours de l'innervation cérébelleuse interrompu, de continu qu'il était inptratant, et de faire qu'elle se révèlo sous forme de saccades répétées.

ASe RÉGIONS MOthlGËS DU SYiitÈlIfl HfiRVEUX.

cotnplissent pfts moitiiC à l'âide d'une série d*arcs spinaux diftstâltiques, sous Tinfluence dincitations ccntripèles excilo- motrices (voy. pages 290 etsuiv.), nous sommes naturellement amenée nous demander :

Si ces divers arcs excito^moteurs intra^^spinaux, qui servent aux phénomènes de la vie organique, ne seraient pas, comme tous leurs homologues affectés aux manirestations motrices de la vie animale, reliés aux régions supérieures du système nerveux, et stimulés aussi par Tinnervation cérébelleuse; si, en un mol, les cellules motrices spinales, d'où partent les fibres radicO'^ laires qui mettent en mouvement les muscles cardiaques et diaphragmatiques, ne soutireraient pas pareillement, comme celles qui provoquent les mouvements volontaires de nos membres, etc., une portion quelconque de l'innervation du cervelet, à l'aide d'une collection de fibres verticales, jouant à leur égard le même rôle qu'accomplissent les fibres des faisceaux antérieurs vis'à-vis des autres cellules motrices de Taxe spinal ?

Cette série de questions dont on entrevoit les applications fécondes, puisque si elles étaient résolues elles nous permettraient d'affirmer que les phénomènes moteurs de la vie animale et de la vie organique s'opèrent à l'aide d'un mécanisme identique, nous paraissent actuellement échapper à une solution satisfaisante. Il leur manque un point d'appui essentiel, c'est-d-dire la démonstration anatomique de l'existence de ces fibres verticales ascendantes, allant s'amortir au sein des réseaux de la substance grise de la protubérance. Peut-être cette catégorie de conducteurs nerveux existe-t-elle d'une manière indépendante, mais jusqu'à présent, je n'ai pas été assez favorisé pour pouvoir en reconnaître manifestement l'existence.

Si ces inductions physiologiques étaient confirmées, elles seraient assurément aptes à jeter quelque jour sur le mécam'sme de l'apparition de certains phénomènes interprétés jusqu'ici d'une façon incomplète : sur la rapidité de la mort, par exemple, qui survient, par arrôt des mouvements respiratoires, d'une façon si incompréhensible jusqu'ici chez un animal auquel on coupe transversalenient la région supérieure du bulbe. Ce fait n'implique^t-il pas de Iui-*mème que l'arc excito^moteur à l'aide duquel s*ôpère la série rhythmée des mouvements respiratoires

mifERYAtlOIf CÉRÉBELLEUSE. àH

(pi. VII), a été iftsUntanétnetit privé d'une source d'innervation indispensable, d*où il soutirait préalablement son principe d'action ; et que la section du bulbe a interrompu la continuité du courant descendant de l'incitation cérébelleuse (1) ?

Faut-il voir encore dans ces paralysies isolées des réservoirs pelviens survenant chez les individus atteints de désorganisations encéphaliques, l'expression lointaine d'un trouble dans la répartition de Tinflux cérébelleux, le long des conducteurs longitudinaux qui sont en connexion avec les cellules motrices de la région lombaire? Ce sont encore là des questions actuellement tout à fait insolubles.

V. L'innervation cérébelleuse paraît intéresser d'une façon beaucoup plus directe les fonctions locomotrices des appareils Musculaires intrinsèques et extrinsèques des globes oculaires.

Magendie (2) avait déjà noté dans ses expériences les mouvements désordonnés accomplis par les globes oculaires chez les animaux dont il lésait les lobes cérébelleux; la plupart des autres physiologistes, avec des interprétations différentes, ont constaté le môme phénomène. Dans ces derniers temps, Leven et Ollivier, dans une série de recherches originales sur la physiologie et la pathologie du cervelet, ont apporté des données nouvelles à ces faits acquis, et prouvé que, chez l'homme, le strabisme et certaines amauroses pourraient bien trouver leur expli* cation physiologique dans un trouble quelconque de Tinnervation du cervelet (8).

Comme on Ta déjà pressenti, cette opinion est complètement en accord avec les faits analomiques que nous avons précédemment établis, et avec les données physiologiques que nous en avons déduites. Pour nous, en effet, les déviations des globes oculaires, dans les cas de lésion du cervelet, ne sont autre chose que la répétition, sur un petit groupe de muscles, des phénomènes de

(1) On sait en cflbt que les lésions de la protnbéranee sont accompagnées d'une rareté excessive des mouvements respiratoires qui s'exécutent avec un rbytlimo tout Spécial (voyez plus loin le chapitre relatif aux lésions de la protubérance).

(2) Ma^ndie^ Journal de physiologie, t. IV, p. 399 et suiv.

(3) Lcvcn et Ollivier, Recheirhcs sur la physiologie et la pathologie du û9rvelet (Archives de médecine, 1862, t. Il, p. 512).

i28 RÉGIONS MOTRICES DU STSTÏME NERVEUX.

rolation observés dans les muscles de tout un côté du corps, chez des animaux dont une grande portion du cervelet a été intéressée: dans l'un et l'autre cas, c'est le défaul d'équilibration entre deux forces égales qui produit la disbafmonie des mouvements. Dans la succession des mouvements des globes oculaires, les muscles droits internes et externes, supérieurs et inférieurs, reçoivent normalement une quantité égale d'influx cérébelleux, et se trouvent parfaitement équilibrés au point de vue de leurs manifestations fonctionnelles; mais aussitôt qu'une lésion quelconque vient à intéresser la source d'incitation d'où ils soutirent leur pouvoir sthéniguBj l'équilibre est immédiatement rompu, et des troubles variés apparaissent : tels sont le strabisme et l'inégale dilatation des pupilles. Il y alors une véritable hémiplégie des facultés locomotrices de certains muscles de Tœil, et une prédominance simultanée de l'action de ceux dont les sources d'innervation cérébelleuse ont été respectées.

Quant aux phénomènes amaurotiques observés chez Thomme et rattachés par Leven et Ollivier à un trouble asthénique des appareils moteurs intrinsèques du globe oculaire, privés de l'influx cérébelleux destiné a les stimuler à Tétat physiologique, quoique cesjudicieuxexpérimentateurs ne s'expliquent surce point qu'avec une sage réserve, leurs conclusions sont trop concordantes avec nos propres observations pour que nous n'y donnions pas notre acquiescement complet (1).

VI. Ainsi, en résumé, le rôle physiologique du cervelet peut être formulé pour nous dans les conclusions suivantes :

(i) L'innerration cérébelleuse joue donc^ ainsi que nous venons de le voir, un rôle considérable dans la plupart des phénomènes moteurs de l'organisme; aussi n'hésitons-nous pas à admettre qu'elle doit avoir une influence considérable dans raccomplisscmcnt physiologique des mouvements combinés des muscles linguaux. On conçoit en eflet que lorsqu'elle vient àêtre inégalement répartie de chaque côté, il en résulte une série d'oscillations et dn trémulations désordonnées qui se décèlent par une hésitation tout à fait spéciale des actes moteurs propres a l'articulation des sons. Nous sommes donc conduit a attribuer le tremblement de langue, si caractéristique, que l'on observe chez les paralytiques généraux, à un trouble profond apporté primitivement dans les fonctions cérébelleuses qui (dans les cas exempts de manifestations délirantes] sont, à notre avis, seules intéressées.

(Voyei plu» loin le chapitre relatif aux phénomènes qui suivent les lésions cérébelleiues.)

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