‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 85 sur 133 · RÉGIONS MOTRICES DU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

RÉGIONS MOTRICES DU SYSTÈME NERVEUX

C'est ainsi qu'en comparant les diverses phases du processus physiologique en vertu duquel un acte moteur volontaire est produit, et en envisageant la série d'appareils avec lesquels il est successivement en rapport, on arrive à se rendre compte de ce curieux phénomène en vertu duquel une force minime émanée de la sphère de Tactivité physique au début, un simple ébranlement de cellule nerveuse, est capable, après s'être amplifié en passant a travers une succession d'appareils multiplicateurs^ de produire, à son dernier terme d évolution centri* fuge, des effets dynamiques imposants et de faire équilibre à des poids considérables (1).

§ 5. — D» rinnaenco de l'iMterratlOB eérélMlleiuie «or la aplière de raetivité psyehlqae.

Nous avons vu jusqu'ici quel rôle considérable l'innervation du cervelet était appelée à jouer dans la plupart des actions motrices de l'organisme. Nous avons vu, en môme temps, comment elle semblait être en dehors de toute participation aux phénomènes de l'activité psychique.

A la suite des faits que nous avons précédemment passés en revue, nous sommes actuellement autorisé à nous demander jusqu'à quel point cette indépendance est complète, et jusqu'à quel point le cervelet, appareil exclusivement moteur, reste étranger aux actes purement moraux de l'activité cérébrale?

Nous avons indiqué la part considérable que la substance grise du corps strié, au point de vue anatomique, prenait à la contexture de l'appareil cérébral proprement dit, nous avons décrit ce système spécial défibres nerveuses convergentes (fibres cortico-

(i) n y a dans cette série d'actes molcurs^ qui se perfectionnent et se multiplient ainsi successivement les uns par les autres^ quelque chose de comparable à ce que Ton voit dans Tagencement des diverses pièces qui constituent une machine à vapeur. Il suffît en eflct^ ou début du mouvement de toute la machine, d'une faible dépense de force humaine volontaire pour lever le frein qui lâche la vapeur sous le piston, lequel à son tour entraine le balancier, puis le volant, et successivement les arbres de couche, etc. C*est par la combinaison et l'enchainement du jeu de CCS diiïérentcs pièces, dont la masse va successivement croissant, que Ton arrive à obtenir ces rendements dynamiques prodigrieux, dont les résultats efTectifs sont si manifestement en désaccorrd avec la force initiale qui les a provoqués.

RÔLE DE l'innervation CÉRÉBELLEUSE. A37

Striées) qui l'associaient aux divers départements de la substance grise corticale, etc., nous avons insisté sur la propagation de l'innervation cérébelleuse au milieu de sa masse, et sur l'influence spécifique que celte force sthénique^ irradiée incessamment du cervelet, et accumulée à l'état de tension permanente, devait exercer dans l'évolution des manifestations motrices volontaires.

Or, que paratt-il résulter de cet ensemble de dispositions anatomiques qui s'enchaînent si étroitement entre elles?

N'est-on pas ainsi, au point de vue de l'ordre d*idées nouvelles que nous soulevons actuellement, porté à admettre que ces fibres cortico-striées pourraient bien transmettre au centre perceptif (c'est-à-dire à la périphérie corticale) la notion du degré auquel la tension de l'innervation cérébelleuse est arrivée au sein des deux corps striés, et lui fournir ainsi l'appréciation récurrente de la quantité d'influx moteur sthénique dont il peut disposer, pour l'accomplissement des actes volontaires qu'il va provoquer (1).

Si ces rapports intimes entre la substance grise du corps strié et la sphère de Tactivité psychique sont en réalité tels que nous les indiquons ici, on est amené naturellement à comprendre comment les divers états de tension de l'innervation cérébelleuse au sein de la substance grise du corps strié doivent retentir sur les déterminations variées qui partent de la périphérie corticale; comment, à un moment donné, une surexcitation fonctionnelle de cette source d'innervation peut se traduire par des phénomènes iïhypersthénie plus ou moins accusés, par des accès impulsifs irrésistibles, et toute cette série de manifestations motrices, telles que la fureur épileptique, devant Timpétuosité desquelles les déterminations volontaires s'amortissent impuissantes (2).

(1) n 8C passe daiis ces circonstances un phenuniéue uuolo^uc u celui qui u lieu lorsque nous accomplissons une action motrice quelconque. Nous ne mouvons nos membres, en eflet^ qu'en vertu d'une perception antérieure : il faut que nous a}ons préalablement la notion 'confuse, il est vrai^ de la disponibilité des divers «çrouprs musculaires dont nous provoquons ainsi la contraction synergique. I)ans ces d'ui cas, c'est donc l'état particulier des réfcions périphériques sijccessi\emcnt uii>r>.<> en réquisition, qui retentit sur celui des réf^ions centrales d'où parlent les incitation ■ provocatrices.

(2) On trouve dans l'ouvrage de Calmeil déjà cité, une série d observation» reliitivc^ a des aliénés, qui ayant présente |>endaQt la vie des plieuomt'U<^> d'exrit;i'inn

A88 luteioMS MOTaiccs du ststèmb nertbui.

Peut-être, à un degré moindre, Tinnervation cérébelleuse se métamorphose-t-elle en audace téméraire et en courage ; et dans Tordre des faits purement moraux, l'esprit d'entreprise, Tesprit de progrès, ne sont-ils, en dernière analyse, que les échos les plus éloignés, maintenus dans de justes limites, et la transformation ultime des impulsions progressives provoquées par rinnervation cérébelleuse au sein du corps strié?

Il est encore permis» à Taide des mêmes données, de comprendre comment un ralentissement dans la production de l'inQux cérébelleux doit retentir d^une manière inverse sur les roanifeslations intellectuelles, et provoquer ainsi une série de réactions dont Vasthénie sera le cachet principal.

Peut-être faut-il rechercher dans une insuffisance stimulatrice de l'influx cérébelleux irradié au sein du corps strié l'explication 60 cette pusillanimité excessive, et de celte timidité particulière qui est l'apanage exclusif de certains individus (1)? et dans son

tumultueuse, et de désordre des facultés locomotrices, ont offert à rexamen nécroscopiquc une injection ciccssivement intense du cervelet et des corps striés simultant'ment. En Toici quelques exemples :

Obs. I. — Exaltation subite, agitation, perte do connaissance, hébétude, coma Consécutif; mort au bout de dix jours. Ii^ection de la substance corticale, le ccr- \elet est pareillement injecté ; les couches optiques et les corps striés sont légèrement violacés. (Page 69, t. I.)

Obs. II. — Alternatives de violence et de stupidité, forme épileptique, débilitation de la jambe et du bras droit, mouvements désordonnés, vociférations, fureur ; mort au bout de huit jours. Injection de la substance corticale; celle du cervelet est ramollie, les deux corps striés et les couches optiques sont zébrés de colorations Tiolettes et grises. (Page 77, id.)

Obs. III. — Gesticulations continuelles, pas une seconde en repos. Ii\jection de la substance corticale du cerveau, du cervelet et de la protubérance ; les corps striés sont très-rouges. (Page 159, id.)

Obs. IV. — Accès de violence ; ne peut mcircher tout seul ; mort subite. Injection des circonvolutions ; le cervelet est violacé, les corps striés sont plus rouges qii»» normalement. (Page 213, id.)

Obs. V. — Accès d'emportement, activité, pétulance insolite, vociférations, mouvements désharmoniques, tumultueux ; mort en douze jours. Substance corticale hypérémiée, cervelet violaeé; protubérance rongeàtre, corps striés rouge TÎncox. (Page 293, id.)

Vo^ez encore pages 302, 312, 316, 329, 3i&3, 3i&9, 369, 382, 398^ 5M. 517, etc.

M) Andra! rapporte un fait bien curieux datrophie unilatérale du cervelet, arei-

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extinction plus ou moins complète, le secret de Tapparition des symptômes mélancoliques) qui se montrent d'une façon si caractéristique dans certaines formes dépressives d'aliénation mentale.

Peut-être, à un degré moins accentué, faut-il voir dans la cir^ conspection toute spéciale, et Tabsence d'entraînement que présentent certains hommes, la preuve apparente de Tatténuation progressive de Tinnervation cérébelleuse au moment où elle est répartie dans la substance grise du corps strié, et la manifestation significative de l'influence indirecte qu'exerce l'influx irradié du cervelet sur l'allure du caractère et les propensions de Tesprit (1) .

des détails tymptomaUqnes qui sont tout i fait en accord arec Tordre d'idées que nous suh oos actuellement* En Toici le résumé :

Il s'agit d'une femme de quarante-cinq ans chez laquelle le lobe gauche du cervelet manquait complètement ; dès son jeune âge clic avait été remarquable par une sorte d'imbécillité tout à fait particidière^ dont les principaux caractères étaient une timidité, une disposition continuelle à la frayeur et une très-grande faiblesse d*esprit. Cette disposition à la frayeur persista pendant toute sa vie. Pour peu qu'on se fâchât contre elle, elle se mettait à trembler et ne savait plus ce qu'elle faisait, puis elle revenait à son état primitif. Elle comprenait bien les questions qu'on lui adressait, sa conversation était suivie et bien lice, surtout quand elle était avec des personnes qui lui inspiraient de la confiance. Elle faisait bien les gros ouvrages de la maison ; mais elle se sentait une incapacité complète de faire les moindres choses qui exigeassent un peu d'application et d'adresse ; si par hasard elle entreprenait quelque chose d'un peu délicat, elle était prise aussitôt d'un tremblement convidsif des mains, dû à la crainte subite qui s'emparait de son esprit. Elle avait du reste une manie particulière, c'était de croire que tel objet qu'elle n'avait pas elle-même mis à sa place n'était pas bien place, elle les déplaçait ainsi successivement, et était poussée à cette manie du déplacement par une force irrésistible à laquelle elle était toigours obligée de céder.

Son type général était une grande lenteur d'imagination, de pensée et de mouvements, etc. (Andral, Clinique médicale, t. V, p. 713 et suiv.}

On trouve encore quelques faits de même ordre dans les collections scientifiques : le malade dont l'observation résumée est rapportée plus loin, au chapitre des lésions du cervelet (obs. lviii), et qui présentait une compression antéro-postérieure d'un seul corps strié ; était insensiblement devenu d'une pusillanimité telle, qu'il était battu impunément par sa femme.

Un autre, qui avait des tubercules multiples dans le cervelet, était pareillement devenu craintif; c'était surtout pendant la nuit qu'il était exposé à des accès de terreur invincible (voyez plus loin id., id., obs. yi).

(i) n nous parait donc acceptable que l'innervation cérébelleuse peut, dans une certaine mesure, se Caire sentir d'une manière plus ou moins directe dans nos déterminatioQs motrices et imprimer certaines allures particulières au caractère. A ce

àhO DE l'état de sommeil des centres nerveux.

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