DE L'ETAT DE SOMMEIL DES CENTRES NERVEUX
DE l'état DB sommeil DU CERVEAU.
Nous avons envisagé jûsqu*ici les fondions des centres nerveux pendant leur période d'activité diurne; nous avons vu que le cerveau, véritable appareil de réception et d'élaboration des impressions sensorielles, était pendant l'état de veille dans un perpétuel état d'ébranlement et d'activité. A cette période de travail diurne succède bientôt un état opposé, et cet état c'est le sommeil.
Placés, ainsi que nous l'avons fait, au point de vue exclusivement physiologique, nous allons voir les questions qui se rattachent à l'état du cerveau pendant le sommeil se simplifier d'une façon tout à fait spéciale. Puisque nous avons admis comme fait d'expérience, que les cellules cérébrales sont aptes à réagir automanquement sous l'influence des incitations extérieures, et i produire entre elles une série de combinaisons spontanées, nous arrivons tout naturellement à envisager l'état de sommeil comme le moment pendant lequel cette activité est suspendue, et la période de réparation pendant laquelle la cellule cérébrale récupère, comme une pile épuisée, les matériaux de son activité éteinte.
propos, il serait bon de tenir compte, daus la saine appréciation phrénologiquc (le l'activité cérébrale, non-seulement des dimensions intrinsèques du ccnreaa proprement dit, mais encore du rapport des proportions du cerveau avec celles du cervelet. On comprend en eiïet comment des appareils cérébelleux d'un volume donné pourront retentir d'une façon toute différente dans un cerveau de moyen volume, et dan;^ un cerveau plus ample; et comment tel cervelet qui provoquerait des phénomènes hypersthéniques seulement dans l'un, pourrait déterminer dans un autre à peine des réactions sihéniqnes maintenues dans des limites physiologiques. 11 est encore permis de supposer que l'innervation cérébelleuse sera d'autant plus apte à se révéler sous forme de manifestations explosives, telles que la colère et U fureur, que l'action des cellules du corps strié l'aura moins usée ou moins amortie, el qu'elle s'y répartira dans sa masse avec plus d'impétuosité.
On comprend dès lors toute l'importance de l'appréciation exacte de ces rapports, jusqu'ici trop peu étudiés ; puisque cette comparaison bien faite pourrait servir i mesurer et à spécifier certaines aptitudes de races^ au point de vue de l'éaergie, du courage et de la force brutale.
DE l'état de sommeil DU CBRYBAU. &&1
L'état de collapsus ou d^inactivilé dans lequel tombent les cellules cérébrales d'une manière intermittente n'a rien, en définitive, qui doive surpendre : c'est un phénomène d^ordre vital, que les cellules nerveuses présentent au même titre que toutes les autres cellules de l'organisme. Pour peu qu'on y songe, en effet, chaque cellule, vivant au milieu de Fintimité de nos tissus comme une individualité indépendante, n'est-elle pas plusieurs fois par jour, ou à plus longue échéance suivant l'organe auquel elle appartient, un petit appareil destiné à jouer son rôle a un moment donné, pour rentrer aussitôt après dans une période d'inactivité passagère, et après avoir accumulé silencieusement de nouvelles ressources» recommencer de nouveau son fonctionnement alternatif? Chaque acte sécrétoire, ou fonctionnel, par cela même qu'il implique une dépense quelconque, n'implique-t-il pas du même coup un temps de repos destiné à emmagasiner des matériaux nouveaux ?
Les expériences de Cl. Bernard (1) ont montré d^ailleurs que les glandes salivaires, en particulier, sont susceptibles de présenter, à différents moments, des modalités variées en vertu desquelles, tantôt, dans leur période d*activité ou de veille, elles dépensent leurs ressources accumulées par avance, et tantôt, dans un état de torpeur ou de sommeil^ elles accumulent les matériaux de leur sécrétion ultérieure. Activité et repos étant les deux termes complémentaires qui s^appellent l'un l'autre, et qui se succèdent comme les doubles oscillations d'un pendule pour toutes les cellules vivantes, depuis celles qui occupent le rang le plus infime dans leur hiérarchie, jusqu'à celles qui sont douées des aptitudes fonctionnelles les plus multipliées, qu'y a-t-il donc d'étonnant à ce que les cellules cérébrales, vivant de la vie commune avec toutes leurs congénères, empruntant comme elles leurs matériaux réparateurs aux liquides nutritifs ambiants, éprouvent aussi les mêmes alternatives d'activité et de repos, de veille et de sommeil, et récupèrent pendant une période d^inaction, leurs dépenses antérieures, pour accumuler par un travail intime, les éléments d'une activité nouvelle ?
(1) Voy. Leçotis sur les propriétéa des iùjuides de f organisme y t. 1, p. 300 et buif., Paris, 1857.
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Ceci admis, il nous reste à passer en revue les principaux phénomènes que présentent les centres nerveux : l"" à mesure que leurs manifestations se ralentissent et qu'ils se rapprochent de leur période d'inactivité ou de collapsus; et 2f alors qu'ils se réveillent et entrent de nouveau en rapport avec le monde extérieur.
I. A mesure que l'homme se laisse aller à l'entraînement du sommeil, la réceptivité des plexus nerveux périphériques, pour les impressions extérieures, s'épuise insensiblement et les appareils sensoriels sont en quelque sorte frappés d'anesthésie passagère; la vue, le toucher d'abord, l'audition ensuite, cessent de lui envoyer leurs sollicitations habituelles, et son cerveau tombe peu a peu dans le domaine de la rêverie. Il est en tflet curieux de constater jusqu'à quel point les centres nerveux sont tributaires des diverses sources d'incitations périphériques qui seules entretiennent leur activité diurne. C'est par la périphérie, en effet, que commence la série des phénomènes somnifères : lorsque les plexus périphériques sont arrivés, par suite de leur conflit trop prolongé avec les agents du dehors, à une période de fatigue ou de saturation, ils cessent de propager vers les régions centrales les courants centripètes destinés à alimenter leur activité, et c'est ainsi que l'état de sommeil est médiatemcnt provoqué dans le cerveau, par suite de l'épuisement successif des sources d'incitations sensorielles qui le tenaient précédemment en éveil (1).
Le cerveau de Thomme, une fois privé du contingent physiologique des incitations sensorielles extérieures, fermé de toutes parts aux bruits du dehors, se trouve seul dès lors en présence de l'activité spontanée de ses éléments : les milliers de cellules dont il se compose ne tombent pas en eflel simultanément, et d'un mouvement uniforme, dans cet état de collapsus qui constitue le sommeil.
Tantôt, a la suite de fatigue et de veilles trop prolongées, elles
(1) Les divers foyers d'incitations sensorielles destinées à solliciter l'acUvité cérébrale 5*ctci(^ant les uns après les autres^ on comprend comment le cer? eau n'est jamais dans toutes ses parties simaltancment envahi par le sommeil, et comment il ne s'endort que par régions, et partiellement. Tout le monde sait en effet qu'il arrive un certain moment de somnolence^ dans lequel l'encliainement des idées reste en quelque sorte encore local, et que la sphère de l'activité intellec- .tMlle semble insensiblement se circonscrire^ à mesure que la période de eo/SiflqMv.* s'accentue davantage.
DE LÉrrkr de sommeil du cerveau. khi
obéissent toutes en masse aux lois de la vie végétative; elles se constituent des ressources nouvelles, et réparent en silence leur dépense ; le sommeil est alors complet, et véritablement réparateur.
Tantôt, au contraire, leur activité ne s'arrête pas dans tout le cerveau a la fois : quelques groupes retardataires, par suite d'une exaltation passagère de la période diurne, continuent encore isolément à veiller, alors que toutes les autres cellules sont en repos, et, par leurs ébranlements incessants, provoquent des rêves en harmonie avec les impressions extérieures qui les ont le plus vivement frappées, etc. Tantôt ces mêmes cellules en état d*éréthisme persistant amènent, par une sorte de mouvement communiqué, le réveil d'autres cellules avec lesquelles elles ont été précédemment en relation : elles évoquent ainsi la reviviscence artificielle de souvenirs antérieurs, et produisent, soit des conceptions bizarres et des idées fantastiques dont les associations incohérentes, persistant jusqu'au moment du réveil, nous frappent comme des manifestations spontanées de notre cerveau en délire, soit même des opé^ rations de jugement et des aperçus nouveaux dont la clairvoyance et la lucidité nous surprennent.
Les rêves ne sont donc que la continuation pendant Tétat de sommeil de l'activité spontanée des cellules cérébrales qui, plus fortement ébranlées dans certaines régions du cerveau que dans d autres, achèvent leurs oscillations vibratoires avant de rentrer dans leur situation de repos, de même que nous voyons les molécules d*un corps sonore vibrer encore, alors que les causes d'ébranlement qui les ont tirées de leur état d'équilibre ont complètement disparu (1).
(1) n est à noter que si, pendant rélal de ïeillc, les cellules cérébrales sont soustraites en partie îî l'influence des incitations irradiées des plexus viscéraux, par cela m^nne que les impressions sensorielles diurnes retentissent au milieu de leurs réseaux avec plus d'éclat et d'intensité ; pendant l'état de sommeil des conditions îDTerses s'établissent. Il résulte en efTet de l'extinction progressive des impressions sensorielles extérieures, que ces mêmes cellules cérébrales se trouvent en quelque sorte à découvert, en présence des incitations parties des réprions où se condensent lei iropreisions viscérales (voy. pa^i^e 363).
On comprend, à l'aide de ces rapports, comment, pendant la période d'inactivité nocturne, les impressions irradiées de la périphérie des plexus viscéraux retenlitsent d'une manière particulière sur les régions de la sphère psychique, et y provoquent alors des associations d'idées en accord avec leur provenance. C'est en
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II. Après une période de collapsus. variable suivant les individus el, qui, chez Tadulte est en moyenne trois fois moins prolongée que la période d'activité diurne, et chez le jeune enfant, égale et supérieure même à la période de veille, le mo ment de réveil arrive, et se révèle par une série de manifestations qui se succèdent dans un ordre opposé à celui qui a précédé la période du sommeil.
L'aptitude à être impressionnés par les agents extérieurs semble se réveiller tout d'abord dans les appareils sensoriels de l'innervation périphérique : ceux-ci transmettent alors au sensoriwn les ébranlements qui leur arrivent, et mettent ainsi en jeu $od activité révivifiée. Ce sont ordinairement les impressions optiques qui ont le privilège d'être les agents provocateurs par excellence du retour à l'état de veille ; le langage habituel a consacré du reste sous mille formes variées le rôle prépondérant qu'elles jouent, soit dans la suscilalion, soit dans la suspension alternative des manifestations de l'activité cérébrale (1).
Le réveil des fonctions cérébrales, de même que Tétat de sommeil, ne parait s'effectuer que d'une manière successive dans les différentes régions. Il y a en effet, au moment de l'arrivée des premières impressions sensorielles excitatrices dans le cerveau, comme une période dliésitatioii passagère, à partir de laquelle rébranlement ne se propage que lentement à toute la masse, et donne alors à l'esprit la notion vague et confuse d'un état de demi-sommeil. Ce n'est par conséquent que par départements isolés que le cerveau s'éveille, et que les milliers d'éléments qui le constituent arrivent à s'accorder entre eux. Ceux, en effet, qui ont l'habitude de se livrer dès le matin à un travail intellectuel, savent par expérience qu'il n'est pas toujours possible d'avoir immé-
\crtu de CCS rapports intimes, qu'apparaissent ces ré\es motivés, qui oui plus ou moins leur raison d'être dans les divers étals de l'innerTation périphérique des appareils viscéraux. Tous les médecins savent en effet que c'est principalement pendant la nuit que les douleurs irradiées des viscères endoloris so font sentir avec le plus d'intensité.
(1) Chez l'aveugle^ il est permis de supposer que l'activité cérébrale te réveille soit spontanément, lorsque la période de réparation est achevée, soit consécutivement à l'arrivée d'une impression extérieure^ jouant dans son cerveau le rdlc d'agent d'incitation physiologique, telle qu'une impression auditive habituellement perçue à un même moment, etc.