‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 88 sur 133 · DE L*ÉTAT DE SOMMEIL DE L^XE SPINAL. AA · texte numérisé non relu

DE L*ÉTAT DE SOMMEIL DE L^XE SPINAL. AA

réflexes, etc. : nous sommes donc amené, en envisageant la question au point de vue de la physiologie générale, à nous demander si ces mêmes segments spinaux (pi. VI et VU), alors que tous leurs congénères passent les uns après les autres dans la période d'inactivité, ne présentent pas aussi quelques modifications nouvelles dans leur manière d*èlre.

Nous savons, d prioriy que les mouvements cardiaques et lés mouvements respiratoires se succèdent jour et nuit sans interruption et que, véritables grands ressorts de la machine vivante, ils tiennent strictement sous leur dépendance Tenchalnement des phénomènes dont l'ensemble constitue la vie de l'organisme : il est donc évident qu'en vertu de leur importance fonctionnelle toute spéciale, les sources d'innervation d'où ils soutirent leur principe d'action, doivent être incessamment actives : reste à savoir si ces sources d'innervation centrale sont toujours identiques avec elles-mêmes.

Quoique nous n'ayons aucune donnée expérimentale positive à faire valoir, nous sommes néanmoins porté à admettre que ces arcs spinaux diastaltiqiies sont, au moment où le cerveau est en période de collapstis^ le siège d'une modiâcation fonctionnelle sut generis : qu'il y a alors des foyers nouveaux d'innervation centrale qui s'éveillent, et que c'est à l'aide d'une alternance régulière de ces nouveaux foyers d^incitation qui fonctionnent à tour de rôle, les uns la nuit, et les autres le jour, que la continuité est obtenue pour les mouvements respiratoires et cardiaques. C'est ainsi que les lois d'intermittence fonctionnelle se trouveraient recevoir une nouvelle application dans l'étude de cette série de phénomènes alternatifs dont le système nerveux central est le siège.

Pour peu qu'on y réfléchisse en effet, il est d'observation vulgaire qu'au moment où les cellules cérébrales commencent à passer à Tétat d'inactivité, les régions bulbaires de l'axe spinal qui tiennent sous leur dépendance immédiate le jeu des appareils respiratoires, sont modifiées dans leur mode de fonctionnement. Tout le monde sait en effet que le bâillement est le signe prémonitoire qui indique que les conditions de ractivitc fonctionnelle diurne du système nerveux ont cessé d'être ce qu'elles étaient précédemment. Qu'est-ce, en effet, que le bâillement, si ce n'est

AA8 DE l'état de sommeil des centres nerveux.

une inspiration involontaire, indiquant par elle-même que Tinnervation de la sphère de l'activité automatique acquiert à la région bulbaire une influence prépondérante, par suite de la rétrocession de l'influx cérébral, et qu'il se passe en ce point limité de Taxe spinal, une sorte d'interrègne et de perturbation du stimulus incitateur? D*une autre part, le rhythme si particulier que prennent les mouvements inspiratoires pendant la période de collapsus du cerveau, leur succession si mesurée, leurs caractères si franchement automatiques, nous portent pareillement à penser qu^ils ont cessé d'être régis par les mêmes foyers d'innervation que ceux qui les suscitent pendant Tétat de veille (1).

Ces simples remarques nous autorisent donc à supposer que si les divers départements dont se compose le système nerveux central s'associent mutuellement dans les manifestations dynamiques de leur activité diurne, ils sont de même associés dans leur période d'inaction alternative, puisquMIs paraissent tous cesser de fonctionner, et dormir en même temps.

§ 3. — Be rétet «e te etrevlAttoB «m «•■!■«• servems imMbuM ré«a< «e Teille et l'état «e «emmelk

Jusqu'ici nous avons considéré l'état de sommeil des centres nerveux comme un phénomène d'ordre vital de la cellule nerveuse, indépendamment des conditions organiques spéciales qui peuvent provoquer son apparition. Nous avons laissé sur le second plan la question de savoir quelle était l'influence du mouvement circulatoire sur le mécanisme de la production du collapsus cérébral, dans la conviction que si les phénomènes vasculaires varient dans les centres nerveux pendant Tétat de sommeil et pendant rétatde veille, ces variations ne sont au plus que des phénomènes concomitants, n'ayant qu'une influence secondaire sur les états alternatifs de la substance nerveuse.

(1) La comparaison des phénomènes alternatifs qui se succèdent pour certains muscles de l'œil, l'action intermittente de l'élévateur de la paupière et de Torbiculairc, portent à supposer qu'il y a en effet dans la région centrale du système nerveux certains foyers d'innervation dont l'activité est successivement mise en réquisition, et ({ue les uns fcmctionncnt alors que leurs antagonistes sont à la période de reptvs.

MODIFICATIONS l)i:S PllfCNOMI NKS CIKCULAÏOir.ES. I\lx9

On sait en effet que certains auteurs, frappés dos analogies flagrantes que présente Tétat d'un individu plongé dans un profond sommeil physiologique, et celui d*un autre dont l'encéphale estenvahi par une violente congestion, ont été portés à admettre que ces deux manifestations symptomatiques similaires devaient être uniquement rapportées à une hypérémie cérébrale plus ou moins prononcée, à une dilatation congestive des capillaires cérébraux : on sait que d'autres, au contraire, avec Durham (1), s'appuyanl sur certaines expériences physiologiques et quelques faits recueillis sur l'homme (2), sont disposés à considérer les centres nerveux pendant l'état de sommeil comme étant le siège de phénomènes circulatoires inverses, et à dire qu'à ce moment, ce sont plutôt les phénomènes de l'anémie qui prédominent, par suite du resserrement des parois vasculaires.

S'il est presque complètement impossible, en présence de ces deux opinions opposées, de résoudre cette question d'une manière satisfaisante, il est au moins permis d^émettre quelques inductions reposant d'ailleurs sur une série de faits très-légitimement consacrés.

Les cellules nerveuses, avons-nous dit déjà, participent aux propriétés générales qui sont communes à toutes les autres cellules de l'organisme; soumises aux mêmes lois de nutrition, elles vivent comme leurs congénères aux dépens du milieu qui les environne, et lui empruntent les matériaux indispensables à leur activité propre : or, le ti^su nerveux, au point de vue des actes purement trophiques, peut être incontestablement assimilé à un véritable tissu glandulaire, lequel, tantôt pendant sa période de repos, récupère ses matériaux épuisés, cl tantôt, pendant sa période d'activité, déverse au dehors ces mêmes uîatériaux préalablement récupérés.

! 1) Archives de médeciney 1861, 1. 1, p. 637.

(2) CaldwcU^ dans un eus de plaie de tétc avec perle de substance des os du crâne, a constate que lorsque le malade était plongé duus un sommeil calme et paisible, le cerveau restait presque iuini<»biie dans son enveloppe; que lorsqu'il rt-\uit, guil amentait de volume, et qu'il venait faire saillie au niveau de la perl'o ation lorsque les rêves avaient quelque vivacité.

Blumcnbach, dans une circonstance analogue, a égalemcnl roi.mrqué que le cerveau s'affaissait pendant le sommeil, et que le réveil s*accompaghniî ù'un aftlux plus ronsidérable de saug, et d'une augmentation de volume (ArdnveJt, hc. rit.),

Page 1