CHAPITRE PREMIER
ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉKALK.
Le tissu nerveuK est histologiquenient constitué : 1* par des. éléments nerveux (libres et cellules nerveuses), 2» par un système de canaux vasculaires, S*» par un réseau detissuconjonctif quien forme la charpente.
Ces diverses parties conslilutives peuvent être isolément ou simultanément atteintes dans leur mode de fonctionnement physiologique; de là des lésions de tissu, des dégénérescences diverses qui se présentent avec des aspects dissemblables, suivant que le processus pathologique intéresse inégalement chacune d'elles. Nous allons donc avoir à passer successivement en revue :
1° Les altérations morbides qui concernent spécialement les éléments nerveux envisagés d*une manière isolée;
S** Celles dans lesquelles l'élément vasculaire intervient principalement (congestions aiguës et chroniques, hémorrhagies, exsudations purulentes, tuberculeuses et syphilitiques, ramollissements, etc.);
3* Celles dans lesquelles le tissu conjonctif est primitivement ou secondairement le siège d'un travail de prolificalion morbide de ses éléments (indurations, cancer).
ARTICLE PREMIER
LÉSIONS DBS iUllENTS MSRVBUX.
I. a. Tubes nerveux. — Les premiers phénomènes par lesquels se décèlent les troubles nutritifs qui surviennent dans les éléments nerveuXi waê ont paru être une diminution dans les proportions de leur substance médullaire. Les tubes nerveux s'atténuent en effet tout d*abord; ils deviennent plus minces et grisâtres; ice point de vue, ils se rapprochent des fibres grises spinales. Peu
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a peu en effet leur conlenuy qui était homogène, cesse d'étra transparent, il devient granuleux et se fragmente en segments multiples.
A cette période ces tubes nerveux sont encore parfaitement reconnaissables , vus en masse, leur coloration est d^un blanc opaque. Lorsqu'on examine un fragment de substance blanche dont ks éléments constitutifs sont à cet état d'involution, on oooalKle d'abord qu'elle est ferme, sèche, quelquefois cependant on peu ramollie, par le fait d'une légère hypérémie; et que chacun d'eux se présente (à un grossissement de 16 diamètres) sous l'aspect de filaments noirâtres et granuleux : les parois de la gatne sont encore très-nettement manifestes, et le cylinderest partout respecté (1).
b. A une époque plus avancée de la période régressive, les granulations grisâtres du contenu du tube subissent sur place une moàidcaiiou sui generis. Elles passent â l'état granulo-gaisseux, et apparaissent alors sous Taspect de granulations jaunâtres, d'une coloration ambrée, et réfractant fortement la lumière : â ce moment les parois de la gatne sont encore très-manifestes, le cylinder est au contraire presque constamment méconnaissable, et ses éléments, devenus aussi granuleux, sont confondus avec ceux de la substance médullaire elle-même.
Le tissu nerveux se présente alors, à Tceil nu, sous l'aspect de cordons gris jaunâtres, affaissés sur eux-mêmes, affectant par places une coloration ambrée (qui n'est que la résultante de toutes les colorations partielles des tubes eux-mêmes), sans être, â proprement parler, ni ramollis, ni interrompus le plus souvent dans leur continuité. La forme et l'aspect habituel des régions que l'on
(1) A quelle période de l'infolatioii un tube nerveux peut-il être considéré comme inhabile à conduire l'influx qui lui est babituell Jusqu'à quel point les modifications qui s'opèrent dans sa constitution intime, peuvent-elles autoriser à admettre qu'il a cessé de pouvoir remplir sos fonctions physiologiques ? Est-ce dès le début, lorsque Ui substance médullaire commence à être résorbée ? est-ce à cette seconde période, lorsque le contenu est déjà granuleux? Le cylinder lui-même a-t-il besoin d'être respecté dans toute sa continuité pour pouvoir servir 4tt CMklucteur à rinflnz qu'il transmet ?
O sont là autant de problèmes obscurs, dont on comprend toute Vlmportance au point é% vue de la curabilité des lésions du tissu nerveux, mais dont la solution ( fait actuellement complètement défaut.
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. raamine dans ces circonslunces sont encore respectés, seulemeiil lei éléments nerveux qui les constituent semblent frappés d^atrophie sur place.
c. Le travail d'involution poursuivant sa marche, il arrive bientôt un moment où les tubes ont presque tous cessé d*apparattre comme des individualités distinctes : ils sont alors accolés les uns à côté des autres, etn* apparaissent plus que sous l'aspect de petits bàloD- Qets jaunâtres, d'aspect nécrpsique, et déchiquetés sur les }K>rds; les parois de la gaine sont en partie résorbées, leur contenu est épanché et coagulé, et ils ne se distinguent plus au milieu du magma homogène qui les environne, que sous Tapparence de fascicules vaguement fibrillaires.
A rœil nu, ils se présentent en masse, tantôt sous Tapparenee
•4'un tissu blanchâtre, fortement imbibé de sérosité et presque déliquescent, et tantôt sous celle d^un tissu ferme, élastique et nuancé de colorations ambrées plus ou moins accentuées.
II. Cellules nerveuses» — Les cellules nerveuses paraissent passer par les mêmes phases régressives que les tubes avec lesquelles elles sont en connexion.
a. Il est vraisemblable que dans les premières périodes de leur involution elles subissent, comme les tubes, une sorte d'atrophie de leurs éléments constitutifs, et que leur contenu éprouve pareillement quelques modifications passagères dans sa constitution intime : jen^ai pas été assez favorisé jusqu'ici pour pouvoir assister i ces premières phases de leur travail régressif.
Ce que Ton est le plus fréquemment appelé à constater, c'est leur passage d'abord â l'état granuleux, puis à l'état granulograisseux. On note alors que, dans les premiers moments, leur contenu s'épaissit et se coagule sous forme de granulations multiples, que le contour du noyau apparaît d'une manière confuse, que son contenu lui-même se précipite sous forme de granulations moléculaires, que la forme générale de la cellule devient irrégulière, qu'elle se recroqueville, et prend un aspect déchiqueté en noém» temps que ses prolongements disparaissent.
b. A une époque plus avancée de la transformation régressive des cellules, elles se montrent sous Taspect de petits corps granuleux irréguliers, denticulés sur leurs l>ûrds; il en est quelques-unes qui.
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plus réfractaires, otfrent encore à ce moment quelques Iraces de leurs éléments fondamentaux, et se montrent avec un rudiment de noyau ; mais la plupart ont perdu toute apparence d'éléments mor* pbologiques bien nettement accusés et se dessinent sous Taspect de petites masses jaunâtres, formées par une agglutination de granulations de même couleur que Ton pourrait indistinctement prendre, ou bien pour des cellules de tissu conjonctif dégénérées, ou bien pour de petits corpuscules de Gluge. Ces petites agglomérations de granulations pigmentaires, qui ne représentent plus que les derniers vestiges du contenu de la cellule et du noyau luimême, sont encore incluses dansla cavité de la membrane d'enveloppe, mais il arrive un moment où celle-ci venant à disparaître ù son tour, entraine la dispersion de ces éléments multiples qui se disséminent alors, ou bien sont ultérieurement résorbés.
c. Dans une autre forme de transformation rétrograde, les cellules nerveuses ne semblent pas subir la dégénérescence atropbique et granulo-graisseuse : leur contenu et celui du noyau se coagulent sur place; il se rétracte légèrement sur lui-même et se présente sous Taspect d^une petite masse de coloration jaune ambré et d'aspect vitreux : leurs éléments constitutifs (le noyau, le contenu, la paroi) sont encore dans leurs rapports habituels, seulement ils semblent momifiés et passés a l'état de substance cristallisée. Il est du reste très-vraisemblable que la dissociation ultérieure de ces divers éléments peut encore s'effectuer, et la réduction de chacun d'eux à Tétat granulo-graisseux s'opérer d'une manière successive.
rf. Lorsque les cellules nerveuses commencent à subir les premières phases de leur travail régressif, prises en masse, elles appanissent (à de faibles grossissements, 15 diamètres) sous l'aspect d'un pointillé noirâtre : c'est ainsi qu'elles se présentent dans la substance grise corticale des vieillards en démence. A l'œil nu, elles donnent à la substance grise, au milieu de laquelle elles sont plongées, une coloration blanchâtre ou jaunâtre, disposée soit par plaques, soit sous formes de zones ou de bandelettes continues. Dans ces circonstances, le tissu nerveux où elles reposent n'a pas subi, au point de vue de la consistance, de détériorations bien notables; tous les éléments sont à leur place, dans leurs rapporte
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normaux; seulement ils sont dégénérés et rien ne révèle, sauf la décoloration de la région, l'altération profonde qu'ils ont individuellement subie.
On rencontre encore les cellules nerveuses à différentes périodes d'involution, dans les anciens foyers hémorrhagiques, dans les foyers de ramollissement, au milieu, en un mot, de toutes les altérations du tissu nerveux, capables de retentir d'une façon quelconque, soit sur leur activité dynamique, soit sur leurs fonctions purement trophiques (1).
THOUBLIt DBS PBÉICOII&RBS CIHCULATOnU.
Dans les conditions physiologiques du fonctionnement du système nerveux, les canaux vasculaires dispersent avec régularité les matériaux réparateurs aux fibres et aux cellules nerveuses, au milieu desquelles ils se ramifient. La période d'activité diurne pendant laquelle les éléments nerveux sont dans un état d'éréthisme continu, et la période d'inactivité nocturne pendant laquelle ils réparent leur dépense, se succèdent avec une régularité automatiquey sans que nous ayons la moindre notion des changements alternatifs qui surviennent dans les voies circulatoires de notre système nerveux central.
Mais il s'en faut de beaucoup que ces phases alternatives de la circulation des régions encéphaliques en particulier, s'accomplissent constamment avec cette merveilleuse coordination. Les courants sanguins en effet peuvent, sous l'influence de trou- Ci) La plupart du temps, toutes ces modifications de nature régressife des éléments nerveux ne sont que des phénomènes consécutifs à des troubles surrenns dans la circulation capillaire ; aussi ces altérations peuvent-elles être considérées presque toujours comme secondaires. Mais s'ensuit-il que les éléments ncrveui, dans le cours de leur période d'activité et en vertu même de cette activité, ne soient pas aptes à éprouver dos modifications dans leurs connexions, et ultérieurement dans leur structure? L*influx nerveux qui les parcourt ne pourrait-il pas, lorsqu'il est projeté avec trop de véhémence et d'impétuosité, amener ipso facto la dislocation da tubstratum qui l'engeiMlTO et le propage ? Jusqu'à quel point, en un mot, faut-il faire intenenir la surexcttitiMi fonctionnelle dans le mécanisme de la production des désordres matériels du Hsn nerveux ? Ce sont encore là autant de questions, qu'à Vbeure qu'il est, nous ne pouvons faire autrement que de poser.
TROUBLES DES PttÉNOMÈNES CIRCULATOIRES. 401
bles survenus dans l'innervation vaso-motrice qui les régit, se déchaîner, et devenir inopinément des agents perturbateurs, portant au milieu de la trame délicate des éléments nerveux le désordre et la dévastation (1).
Tantôt en effet sous Tinfluence d'une suractivité fonctionnelle qui s*éveille dans leurs parois, ils deviennent le siège de raptus subits, amenant ainsi des congestions partielles, douées d'un caractère d'activité et de véhémence des plus manifestes; ils sont alors turgides, et gonflés par le liquide sanguin qui s'y accumule et distend tous leurs réseaux : ce sont alors des phénomènes de congestion, soit partiels, soit généralisés, qui prédominent.
Tantôt, par suite d'un effort hypérémique plus violent, ou d^un défaut de résistance de la paroi vasculaire, la continuité du circuit est rompue, le vaisseau cède et le sang s'infiltre au milieu des réseaux nerveux ambiants, dont il dilacère ainsi au loin la trame fragile. On se trouve alors en présence d'une nouvelle série de phénomènes qui ne sont le plus souvent que le dernier acte d'un processus simplement congestif au début, dans lequel la présence du sang extravasé vient jouer le rôle d'élément complicateur.
Nous allons donc aborder, en premier lieu, les principales questions qui sont relatives aux phénomènes de la congestion dans les centres nerveux, pour arriver ensuite à celles qui touchent directement aux hémorrhagies proprement dites.
(1) Quoique les faits expérimentaux n'autorisent pas encore à admettre avec une certitude absolue que la région bulbaire tient sous sa dépendance Vinnervation faso-motrice des capillaires de Tencéphale^ les faits pathologiques, qui dissèquent en quelque sorte les fonctions nerveuses en les isolant, permettent de jeter quelque jour sur cette question. Dans Tattaque d'épilepsie, par exemple, dont les premières phases ne sont qu'une surexcitation fonctionnelle de la région bulbaire, l'innervation des capillaires de l'encéphale est frappée du même coup, la face pîUit à ce moment, et, comme Ta démontré Brown-Séquard, l'anémie cérébrale s'ensuit, entraînant du même coup la perte de connaissance.
N'est-il pas d'ailleurs, dans l'ordre des faits physiologiques, d'observation vulgaire, que les pandiculations et les bâillements qui précèdent d'une façon si caractéristique la période du sommeil, et qui ont évidemment pour substratum la région bulbaire, impliquent par cela même, que cette région se trouve i ce moment le siège d'une modification fonctionnelle passagère dans l'enchainement physiologique des fonctions qu'elle accomplit?
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Les effets de la congestion du tissu nerveux se décèlent, smt sous l'apparence de taches décoloration rosée, soit sous celle de marbrures irrégulières, ou de zones à contours plus ou moins diffus. Dans toutes ces circonstances le phénomène constant qui est en quelque sorte la caractéristique de la lésion, c'est l'état de réplétion et de turgidité de tout le système des canaux sanguins.
I. Les réseaux capillaires semblent alors beaucoup plus multipliés par suite de leur turgescence et de leur injection générale, dans les régions que Ton examine : ils sont littéralement gorgés Ae globules, et par cela môme déformés çà et là le long de leur continuité ; ils forment ainsi des saillies et des varicosités multiples, et se présentent sous l'aspect de sinuosités serpentines au milieu des éléments nerveux.
Les globules entassés les uns sur les autres sont encore reconnaissables dans certains capillaires ; mais quand la stase s'est prolongée ils perdent peu à peu leurs contours, s'agglutinent entre eux insensiblement, et forment un magma plus ou moins décoloré dans lequel il est assez difficile de retrouver les caractères propres de l'élément globulaire. Les parois des capillaires participent dans ces cas à la dissociation des éléments du contenu; ceux-ci s'infiltrent de proche en proche dans leur épaisseur sous forme de granulations plus on moins foncées, et se présentent sous l'apparence de grains hémalîques rougeâtres, amorphes le plus souvent, mais quelquefois revêtus de la forme cristalline (1).
Les phénomènes de congestion simple du tissu nerveux ne se bornent presque constamment qu'à cette simple distension des capillaires» avec ralentissement partiel de la circulation ; c'est en
(4) J'ai rencontré quelquefois cliez des paralytiques généraux (principalement au milieu des réseaux capillaires de la substance corticale du cervelet) une transformation spéciale des globules sanguins dans les capillaires de cette région : ils étaient agglutinés entre eux, avaient perdu complètement leur coloration caractéristique, et constituaient ainsi dans les conduits vasculaires un magma jaunâtre, d'aspect vitreux, aniilogue k des branches do corail, et pou\ant être extrait du tissu nerveux ambiant, sous forme de petites ramescencos solides, de coloration jaune ambrée.