DE LA CONGESTION DU TISSU NBRYKUX. 46S
quelque sorte une période d'éréthisme à laquelle fait place d'une manière plus ou moins complète le retour à l'état normal. Mais au bout d'un certain temps, lorsque la stase sanguine se prolonge, elle laisse transsuder les matériaux les plus ténus du contenu des vaisseaux-, c'est la sérosité qui s'infiltre tout d*abord, puis la sérosité teintée de matières hématiques, puis enfin ce sont des matériaux plus complexes, qui passent sous forme d'exsudats fibrino-albumineux, etc. Il en résulte comme conséquences immédiates, que les régions encéphaliques, qui sont le siège de ces troubles circulatoires, inoffensifs quand ils ne sont que passagers, peuvent devenir, lorsque Is se renouvellent, le siège de petites désorganisations locales : elles s'imbibent de fluides, perdent leur consistance physiologique, et tandis que la matière amorphe fondamentale se dissocie, les éléments nerveux cessent dès lors de se trouver dans leurs conditions habituelles de milieu : de là des troubles fonctionnels multiples, lents a se révéler, il est vrai, mais d'autant plus sérieux qu'ils auront été latents pendant un temps plus prolongé : leur cause initiale est toujours au début une séHe (le phénomènes congcstifs surajoutés, dont les effets se multiplient les uns parles autres.
II. Ces modifications intimes qui surviennent ainsi dans Tétat des capillaires du tissu nerveux sont caractérisées, à l'œil nu, dans la substance grise, par une teinte plus accentuée qui varie du rose vif au rouge sombre, de h coloration écarlate, violacée, à celle de la chair saignante (i), et par un certain degré de diffluence locale, due principalement à l'exlravasation d'une certaine proportion de sérosité hcmatique. Dans la substance blanche, les teintes par lesquelles cet état hypérémique des capillaires se révèle, varient naturellement suivant leur état de plénitude : on y rencontre alors, soit sous la forme discrète, soit sous la forme confluente, des îlots de vascularisation partielle; mais en général, quoique la congestion de la substance blanche soit pareillement accompagnée de l'infiltration d'une certaine quantité de sérosité, on peut dire que sous l'effort d'un même raptus congestif, étant dépourvue de matière amorphe interposée entre ses éléments, elle
^K) Voycr. plus loin le rhapitro relatif aux l(^j«ion8 de la rabstanre corticale.
A6i ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
résiste davantaget et se trouve par conséquent moins exposée à si ramollir.
UL Nous n*avons jusqu'ici considéré les phénomènes congeslib que pendant une période éphémère de leurs manifestations, lorsqu'ils se présentent sous une forme fugitive, et avec rallured'un processus à marche rapide et aigué ; mais il s'en faut de beaucoup que dans les centres nerveux, la manière d'être de Thypérémie vasculaire se présente toujours avec la même physionomie. Que de fois n'arrive-t-il pas de constater au contraire, que loin de se déceler avec un appareil d'éréthisme passager, Thypérémie des voies circulatoires se révèle par une sorte d'état de passivité d'emblée? Les vaisseaux frappés d'atonie se laissent alors distendre dès le début, et donnent par conséquent accès à une série de cou* rants sanguinsi qui perpétuent, au milieu des éléments nerveux, un état fluxionnaire permanent doué d'un caractère de chronicité primordiale. Qu'arrive-t-il alors ? C'est que l'on voit les matériaux purement trophiques du liquide sanguin, mis à pro6t par les éléments du tissu conjonctif des parois capillaires, concourir a former des néoplasies, lesquelles, doublant en quelque sorte cette paroi même, arrivent à lui former une gatne qui la renforce; de là cet épaississement si spécial de certains canaux vasculaires, de là cette fixité plus grande, et cette résistance à la traction si caractéristique que présentent certains d'entre eux, soit à la surface, soit au milieu même de la substance corticale : caractère «natomique qui forme une des lésions les plus constantes que l'OD rencontre chez les paralytiques généraux.
Cette formation autogénique d'éléments nouveaux de tissu conjonctif est donc un travail histologique complexe, dans l'évolution duquel la stagnation, d'une part, du liquide sanguin, par les matériaux qu'il importe avec lui, et d'une autre part, la réaction /wo/i/i^ranie des parois vasculaires, jouent simultanément un grand rôle. Elle peut assurément être considérée comme une forme particulière de congestion jUastique^ intermédiaire à la congestion simple dont elle a frandb) bs limites, et à la congestion exsudative en deçà de laquelle elle se trouve : elle est plus que la congestion, à cause de ses tendances exsudalives, et elle n'est pas cependant l'inflammation àam début, à cause de l'absenco d'éréthisme pri-
DRS HÉMORRHAGIES DU TISSU NERYBUX. A66
mordial, et à cause de son inaptitude à la formation de produits purulents.
Cette forme d'hypérémie chronique se décèle à Tœil nu avec des caractères à peu près identiques avec ceux que nous avons indiqués précédemment, à propos de la congestion passagère du tissu nerveux. Les plexus capillaires semblent former une trame i mailles très-rapprochées; ils constituent ainsi des plaques d'un rouge plus ou moins violacé ; les grosses veines apparaissent tur* gides au milieu d'eux, et presque constamment leurs réseaux hypérémiés, loin d'être localisés à une région ou à des points limi« tés comme dans les congestions simples^ s'étalent au contraire sur une grande surface et tendent à se généraliser à distance, comme les manifestations morbides auxquelles ils donnent nais* sance. Ajoutons encore que la sérosité qu'ils laissent exhaler s'infiltre au milieu des tissus en beaucoup plus fortes proportions que précédemment, et qu'elle amène, par cela même, une dissociation moléculaire des régions ambiantes, et par' conséquent des ramollissements de tissu, disséminés sur une grande étendue (1).
§ 2. — Des hémorrhai^tes da tissa nerrenx.
I. Lorsque la période d'éréthisme qui a présidé à l'apparition des phénomènes congestifs se prolonge, et que les parois vasculaires, ou trop faibles pour résister à l'impulsion du courant sanguin qui
(1) n est Yraiment bien remarquable de noter que, si dans les conditions phyA^ logiques de la circulation des centres nerTeux^ le plasma exsudé des capillaireifH' le Téritable stimultts qui met en jeu ractivité de leurs cléments, cette stimulation vivifiante doit être néanmoins maintenue dans certaines limites. Il arriva en effet pour eux une période de saturation au bout de laquelle^ après avoir été surmenés et forcés en quelque sorte, par suite d'une suractivité intempestive, ils ne réagissent plus. C'est en vain que les courants sanguins leur fournissent à profusion les éléments réparateurs, ils restent silencieux et ne donnent plus aucun signe d'excitabilité organique.
C'est au moins ce que l'on est à même de constater pour certaines lésions chroniques, soit de l'axe spinal, soit de la masse encéfihalkiue ; et ce n'est pas sans une certaine surprise que Ton voit ces mêmes régUml q^ji sont littéralement mortes au point de vue des réactions fonctionnelles, être parcourues impunément par de nombreux courants sanguins qui circulent au milieu des éléments histologiques comme les courants d'un liquide inerte. C*est oe <|iie l'on constate en efifet dans l'étude analytique de la moelle épinière chez let alttlqnes ; dans celle de la
LDT8. 30
100 AlliTQVlB PATHOLOiîlQUB Q^tUàLE.
foît effort copM^a ellPI» ou bien dégénérées par suite d*iiifiltrttioM granulo-graisseuses, viennent à céder, le sang sort avee impé* tuosité des voies qui le retiennent, et se fraye violemment un passage a travers les tissus ambiants qu'il dilaeère en même temps. Dès lors Thémorrhagie est produite au milieu du tissu nerveux, et Ion se trouve en présence d*une séria de désordres anatomiques nouveaux, dans lesquels l'élément sanguin infiltré vient jouer le rôle principal.
Ijln général. |e siège U plus fréquent des liémorrhagies au milieu 499 centres nerveux est de préférenee la substance gri^e, et Çflj^ s'explique naturellement par la plus grandd rieliasr^e des canaux vasculeii'esqiii s'y distribuent, l'armi les diverses régions d^ la subitance gri^e, il en est certaines qui, en raison do leur mollesse et de leur friabilité propres, sont beaucoup plus habi* tuelleipent atteintes (}ue d*aulres : telles sont les régions 80us«> méningées de la substance corticale et la substance grise du corps Strié ; celle de la coucbe optique qui est plus ferme, est aussi ^iea plus raremf^ot intéressée (i),
IL La proportion de sang épanché présente le plus ordinairement des variations cofisidérables : lantdt ce sont de gros conduits vaseulaires qui sont nettement rompus, et qui donnent issue à une quantité de sang assez abondante pour dilater tous les ventricules cérébraux ( tantôt, au contraire, ce sont seulement les coriduits capillaires qui donnent lieu à de minimes hémorrhagies, lesquelles a*infiltrent d'une manière insidieuse dans les interstices des tissus, ians éveiller à leur suite un retentissement bien notable. Ces petites extravasations de sang se reconnaissent à Tœil nu. sous ^apparence de petites taches d'une coloration tantôt rouge sombre, çt tantôt jaune fauve, suivant leur ancienneté : le tissu nerveux qui les environne est en général humide et légèrement dissocié par
masse encéphalique chez les paralytiques généraux ; et dans celle de la plupart des lésions chroniques des centres nerveux^ ou l'on rencontre une extinction pressai absolue des manifettations dynamiques coucomilantes^ avec une exagération dis phénomènes circulatoires.
(1) D'après un relevé d*Andral fait ayec 386 obBcrvaUons d'hcmorrhagie céMhrale, la proportion de la fréguence des hémo/rbagies de^ corps striés 4 ceUa d«s couches optiques est cofluat 6{ : 35.
DBt HiMOKRHAOlBt DU TISSU MBKVIUX. Afl7
une sérosité plus ou moins abondante. A une époque plus avnncée de leur transformation, ces hémorrhagics ne révèlent plus leur présence que par quelques cristaux d'iicmatoldinc infiltrés, soit dans répaisseur des parois vasculaires elles-mêmes, soit dans les interstices des éléments nerveux circonvoisiiis (1).
En général, la matière hémalique, une fois qu'elle est sortie de ses voies naturelles, loin de se condenser en couches stratifiées | comme cela se passe pour les sacs anévrysmatiques, reste fluide (quand répanehemcnt présente à peu près le volume d'une not« sette ou d*un marron) et subit sur place une série de transformations moléculaires, en vei tu desquelles elle est insensiblement résorbée. Elle prend d'ubord une teinte vineuse spéciale qui n'est déjà plus la coloration ruiilanle du sang fraîchement extravasé) puis cette ti inte, par gradations insensibles, passe successivement au rouge br.que, puis au rouge jauràtre, pour prendre^ i une époque plus éloignée, une coloration jaune chamois qui rappelle assez bien celle que Ton désigne sous le nom de tabac d*E>pagne.
A mesure que ces transformations s'accomplissent, la composition intrinsèque des divers éléments qui forment la masse de la matière épanchée subit des modifications parallèles : ainsi le! globules perdent peu à peu leur matière colorante qui se présenté alors sous forme de granulations pigmentaires éparses, douées de mouvements viLratoircs, et constituant presque à elles seules la plus forte proportion de la masse de Tépanchement. Ainsi décoloréS| ces éléments sont pendant un certain temps encore assez aisément reconnaissables (grâce à leur forme discoïde et à leur aspect jaa« nâtre qui persiste un temps variable), mais il arrive bientôt un mo« ment où, subissant de plus en plus Tinfluence du travail d'iovolution» ils se recroquevillent, deviennent irréguliers sur leurs bords, se recouvrent de granulations jaunâtres, et ne se présentent plin
(1) Je ne Murais trop engager les personnes qui reulent se rendre an compte eiact des transformations subies par le sang épanché au milieu des tissus Tivant^/ 4 étudier d'une manière graduée les divers modes de cicatrisaUon des Tésicules df de Graal sur Tovaire d'une femme jeune : on peut suivre de la sorte^ et paraUèle- Dcnt «vec ce qui a lieu pour les épanchements hémaUques intra-cérébraut, lil divers aspects sous lesquels se révèlent les phases Mccessives de la décoloraUon dn &&Dg extravasé.
&68 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉMÉRALB.
dans leurs derniers moments, que sous Taspect de petites masses, de coloration ambrée, et d*un jaune serin souvent très-éelatant (l). Les matériaux solides de Tépanchement, l'albumine, la fibrine transformées en granulations moléculaires, sont peu à peu résorbés, de sorte qu*il ne reste bientôt plus dans un ancien foyer hémorrhagique, que les granulations hématiques primordiales qui se présentent, soit sous forme de grains jaunâtres, soit sous celle de petites masses conglomérées, couleur de terre de Sienne ou de cristaux d*hématoldine plus ou moins nettement accusés.
L*hématoldine, en effet, se présente dans les anciens foyers hémorrhagiques sous plusieurs apparences : tantôt elle est amorphe, et imprègne le tissu conjonctif et les parois vasculaires en formant des taches pigmentaires qui donnent à ces éléments un aspect tigré des plus significatifs; tantôt elle se condense en cristaux rhomboédriques , et ainsi constituée sous une forme stable, peut persister pendant des années sans être résorbée (2).
III. A mesure que co travail de transformation s'effectue au sein du liquide épanché, les parois du foyer obéissent à un mouvement de retrait, et tendent a combler le vide; les portions de fibres qui ont été respectées au moment de Teffraction, se dégagent peu i peu, et reprennent leurs aptitudes fonctionnelles, si bien qu'il arrive un moment où, sous Tinfluence combinée de la résorption continue des molécules liquides de Tépanchement par les parois des capillaires, et du retrait des parois du foyer, celui-ci ne se présente plus que sous l'apparence, soit d'une excavation a parois tomenteuses, soit sous celle d'un tissu aréolaire dont les mailles plongent au milieu d'une sérosité plus ou moins colorée.
IV. L'état des capillaires dont la déchirure a amené l'irruption du sang présente souvent des particularités importantes à noter :
(1) LebiTt a reproduit avec une grande exactitude ces diverses phases de transformation de la matière hcmatique (Lebert, Traité d'anatomie pathologique générale et spéciale^ planche V, Paris, 1857).
(2) J'ai rencontre cIcr cristaux d'hématoidine dans un ancien foyer hémorrfaagique dn la moelle lombaire, chez une femme qui avait été prise neuf années auparavant d'accidents de paralysie subite, et, par conséquent, reconstitué ainsi les preuves de l'cxislrnco d'une ancienne liomorrlinsrio iiitra-i^pinalt*.
DBS HÉMORRHAGIES DU TISSU NERVEUX. AOO'
OD les trouve, en effet, presque constamment altérés. Leurs parois sont infiltrées de granulations granulo-graisseuses; quelquefois même on y rencontre des cristaux d*hématoIdine, de sorte, qu'à proprement parler, leur défaut de résistance doit évidemment entrer pour quelque chose, sinon dans la provocation dixmolimeh hémorrhagique, du moins dans sa localisation (1). Ces dégénérescences du système capillaire ne sont, presque constamment du reste, que la propagation vers les réseaux périphériques de la dégénérescence athéromaleuse qui envahit les parois des gros troncs artériels, et qui se décèle particulièrement sur celles de Tartère basilaire et des artères cérébrales de Thexagone delà base (2).
Telle est, en résumé, la manière la plus habituelle dont les épan* chements sanguins se comportent au sein du tissu nerveux, abstraction faite des complications inflammatoires qui peuvent survenir dans les régions circonvoisines. On comprend en effet combien les éléments constitutifs des collections hémorrhagiques peuvent varier, suivant que les parois du foyer auront subi à leur tour un travail réactionnel, et déversé dans sa masse, des exsudats fibrineux, ou suivant que la matière médullaire des tubes nerveux dilacérés s'y sera mélangée en plus ou moins fortes proportions.
Nous rattacherons aux troubles variés de la circulation des centres nerveux la formation des exsudais de diverse nature qui peuvent apparaître nu milieu de leur trame. Nous allons donc passer successivement en revue les principaux phénomènes qui touchent à la constitution des exsudais purulents, tuberculeux et syphilitiques, nous réservant de traiter ultérieurement quelques points particuliers qui intéressent la pathogénie du ramollissement du tissu nerveux.
(1) Nous rappelons à ce propos qu'il est très-souvent impossible de reconnaître le point précis de la continuité d'un vaisseau qui a donne issue au liquide sanguin : ce n'est que dans certaines hémorrhagies capillaires de la substance corticale, par exemple, que l'on peut constater, en voyant un conduit vasculaire dont les parois coarctées sont entourées d'un épanchement de sang, le point précis d'où le snng t'est échappé.
(2) Ordoncz, Altérations athéromateuses des capillaires de la moelle et du cet' veau {Comptes rendus de la Société de biologie, 3« scr., 1862, t. IV, p. \Z\).
472 ÀN^TOMIE PATHOLOGIQUE GÉtfÉRALB.
les environne, soit adhérents aux parois des capillaires et quelquefois même infiltrés au milieu de leurs fibres. Je les crois constitués par une série de granulations élémentaires de nature graisseuse, enfermées sous une enveloppe commune : ce sont elles qui, par suite de leur multiplication continue, font saillie sous Tenveloppe, et donnent à ces petits corps un aspect granulé tout spécial. Il est probable qu'au bout d*un certain temps ces granulations sont résorbées, ou bien que la membrane kystique se crève; le contenu, alors devenu libre, se dissocie pour se segmenter en petites masses irrégulières qui n'ont plus aucun caractère histologique appréciable; celles-ci se subdivisent à leur tour en granulations moléculaires qui deviennent bientôt individuellement indépendantes (1).
% à. — Des exsadatloiui tnliereiileiMes.
Les exsudais tuberculeux se présentent dans les centres nerveux, comme dans tous les autres tissus de Torganisme, à leur période de début, sous l'aspect de petites nodosités blanchâtres, disposées irrégulièrement le long de la continuité des capillaires. En étudiant Uuir mode d'apparition on constate que, si dans les canaux vascnlaires d'un certain calibre, l'exsudat s'infiltre au milieu des fibrilles ronjonclives des parois, et devient m situ une sorte de gangue proliférante, aux dépens de laquelle les corpuscules nouveaux se développent: dans les réseaux capillaires les plus délies au contraire, ceux dont les parois sont le plus
(i) On admet généralement maintenant que ces corps granuleux dits de l'inflammation, ou de Glupre, n'ont aucune valeur sémiologique univoque. On les rencontre en efTet dans des circonstances trop dissemblables pour qu'on puisse leur attribuer une signification précise : on en trouve dans le coiostrum, dans certaines expectoraUons bronchiques, etc., de plus, il est reconnu que les cléments du tissu conjonctif, placés dans certaines conditions de milieu, peuvent présenter les mêmes modeéde transformation granulo-g^raisscuse : les cellules nerveuses elles-mêmes, à on moment donné de leur période d'involution, sont aptes à se remplir de granulations jaunâtres et à se déformer.
Ou comprend donc l'énorme distance qui sépare le fait de la constatation d'im corpuscule granuleux (fùt-il même bien nettement constaté) de la présomption de l'existence d'un travail inflammatoire antérieur, dont il serait en quelque aorte le témoin irrécosable. Ce sont assurément là deux idées qui, pour marcher quelquefois de conserve, ne doivent pas être constamment, et à tout propos, associées.
DBS EXSUDATIONS TUBBRCDLBUSBS, i7S
tenues, il se propage de part en part, et s'extravase, sous forme de taches nébuleuses, tout le long de la continuité du capillaire qui Vimporte. On note dans ces circonstances que cette matière est, en général, très-riche en granulations jaunâtres probablement de nature graisseuse, et que les éléments plastiques y font presque complètement défaut. Il est assez curieux de constater à ce propos, qu'en examinant attentivement le contenu de certaines grosses artères du voisinage, il n'est pas rare d*y rencontrer, soit des collections fibrinoldes décolorées, soit même des fragments de substance grisâtre amorphe, qui présentent souvent, au point de vue des caractères extérieurs, les plus grandes analogies avec Taspect des dépôts exsudés (1).
Les exsudations tuberculeuses ofirent les variations de volume les plus dissemblables ; depuis le moment où elles se révèlent sous Tapparence d'une légère tache blanchâtre, jusqu'à celui où elles se présentent sous la forme d'un gros marron, ou d'un œuf de poule, elles passent par tous les degrés intermédiaires. Quel que soit leur volume, le mécanisme qui préside à leur apparition est presque constamment le même : c'est presque toujours un trouble passager de la circulation et une sorte d'érétfûsme des voies circulatoires, qui en marquent le début (comme l'atteste, du reste, l'état d'hypérémie générale qui accompagne toujours une poussée tuberculeuse), et l'exsudation du plasma tuberculeux sert en quelque sorte de crise, ou de décharge à cet appareil fluxionnaire momentané. On comprend, du reste, combien ces phénomènes seront susceptibles de présenter des variations suivant que la matière de l'exsudat sera en plus ou moins forte proportion, et que le travail de turgescence vasculaire se sera propagé à un nombre plus ou moins considérable de réseaux capillaires circonvoisins.
'Une fois constitués, les exsudats tuberculeux se présentent MUS l'aspect de masses uniques ou conglomérées, plus ou moins fermes, et d'une coloration soit jaunâtre, soit verdâtre; en général, leur densité est assez prononcée, surtout à la périphérie, les portions centrales sont au contraire (comme des géodes) le siège d'un ramollissement puriforme ou caséeux. C'est là Taspect le plus
(1) Voy. Lebert, Traité (fmutUmie paihêhgique. Paris, 1860, t. II, pi. GUI. .
â7â ÀMATOMIt PÀTflOLOeiQUfe GÉMÉRALE.
ordinaire des masses tuberculeuses, qui résultent d'un nisus farmativui unique, mais, comme certaines d*entre elles ne sont que ragglomération d*une série do pelils dépôts juxtaposés, il en résulte qu'elles se présentent avec des aspects variés et des inégalités de consistance qui impliquent, par cela même, la multiplicité des apports nouveaux qui les ont constituées.
Ces exsudations tuberculeuses du lissu nerveux, comme tous les exsudats homologues appartenant aux autres tissus de Téconomie(l), sont pourvues de certaines aptitudes plastiques; et, chose remarquable, ces aptitudes se développent au maximum, précisé* ment dans les zones de la substance exsudée qui sont en contact avec les tissus vivants ; c'est là, en effet, que Ton trouve les traclus de tissu fibrolde les plus complets ^ c'est là (|ue les néo()lasies sent le plus parfaitement achevées. Dans les zones centrales, au oontrairoi on ne rencontre rien de semblable : elles sont constituées par un deiiquium organique informe, dans lequel nagent des granulations moléculaires, des cellules à contours déchi(|uetés, éês noyaux recroquevillés de toutes dimensions; on y trouve encore une quantité plus ou moins considérables d'éléments morphologiques imparfaits qui, faute des conditions indispensables à leur évolution naturelle, restent à Tétat d*ébauche, et sous le nom de corpuscules tuberculeux, ne représentent plus que des échantillons de noyaux ou de cellules avortés ou nécrosés.
Quant à la question de savoir si ces masses pathologiques sont susceptibles de s'accroître, et de prendre, par le l'ait menie de leur évolution, des proportions de plus en plus accentuées, nous n'avons aucune donnée positive qui nous permette de nous prononcer avec eertilude sur ce point de physiologie pathologique. Il est seulement probable que si elles n*ont pas comme le tissu cancéreux, In propriété d'augmenter de volume par le fait de la proliféiatiou aulogénique de leurs éléments, elles sont aptes néannioins à s'amplifier par un autre mécanisme, que les capillaires qui les environnent peuvent déverser à leur surface des exsudations homologues, et multiplier de la sorte leurs couches périphériques, et qu'ainsi il eat possible que de petites masses isolées et circonvoisines Gois-
(1) Luys, De dévolution de la matière tvbercu/cuse dans h tissu pulmonaire TbèiM dft Parti, «aa7>.
DM MêDDAtlOlfS «TraiLlTrOOM. hH
seni par s'agglomérer entre elles, pour former à la longue otie collection unique et muUiiobulée.
§ 5. — 9e« ezsadatlMis «rphilItlqvM.
Les exsudations syphilitiques, au moment oh elles apparaissent au milieu de la trame des éléments nerveux, procèdent par Un mécanisme analogue à celui qui Tournit les exsudats tuberculeux. Elles se montrent en eiïet, à leur début, sous la forme de petites saillies mollasses et proéminentes le lonp: de la continuité des parois vasculaires (1). Elles constituent alors de petites tumeurs grisâtres, d*a$pect perlé, qui forment çà et là des espèces de petits soulèvements le long de la continuité des parois capillaires, qui sont pareillement plus ou moins complètement infiltrées : il en résulte que celles-ci sont augmentées d'épaisseur et que, de plus, elles présentent quelquefois une coloration grisâtre perceptible même i Tœil nu. Dans les réseaux capillaires les plus ténus, la matière de Texsudation syphilitique traverse de part en part la membrane hyaline de la paroi vasculaire et s'inGItre directement au milieu des éléments nerveux dont elle opère ainsi la dissocia-^ tion : elle se présente alors, sous forme de petites taches nébuleuses grisâtres, a contours diffus, et combinées en plus ou moins fortes proportions, avec la matière nerveuse ambiante (2).
Quand les exsudations syphilitiques ont acquis un volume moyen (celui d'un gros pois ou d'une noisette), elles se présenlenl alors sous l'aspect de petites masses, tantôt adhérentes au milieu des tissus ambiants, et tantôt nettement détachées ; elles occupent solt la substance grise, soit la substance blanche des centres nerveux. I>eur forme est en général ovoïde; elles sont ou uniques et discrètes, ou bien conglomérées ; leur coloration, qui est semi-transparente, est d'un gris jaunâtre qui rappelle assez bien les teintes d*un
(i) Voyez à ce propos les détails histolo^qnes eonsifnée par nous dans le tratiîl 4é llacbes. Gazette hebdomadaire de médecine et de ehirwfie^ 186i^ p. 198.
(2) J'ai rencontré quelquefois des exsudats syphilitiques qui, loin de se préseator sous forme de petites masses grisâtres et douées d'une certaine consistance^ offraient an contraire Taspect d'un liquide blanchâtre, d'aspect laiteux, facile par conséquent à i*ffiaitrer an milieu des tissus, auxquels il communiquait des reflets chatoyants (f«y. ThèSM êê Plirif, 1861, htàrmi 4t to Gbwnèfa, p. St).
A76 AtfATOMIB PATHOLOGIQUB GANÉRALB.
morceau de cire et quelquefois celles de la matière tuberculeuse. Quand la masse exsudative est unique, elle parait constituée en général par deux substances bien distinctement juxtaposées : on y voit une partie centrale, qui est de plus ancienne date, dont la consistance est pulpeuse, la coloration jaunâtre, et les éléments en involulion; et une partie périphérique ou corticale, qui est de formation plus récente, et qui correspond à l'apposition de matériaux nouveaux : c'est laque les éléments histologiques (noyaux, cellules, fibres) sont le plus caractérisés, et que la matière amorphe offre en même temps le plus de fermeté. Les capillaires qui se distribuent dans cette zone corticale sont très-multipliés ; ils sont en continuité avec les réseaux des tissus ambiants, de sorte que ces masses pathologiques sont souvent très-vascularisées d'une part, et d'autre part très-adhérentes aux tissus ob elles sont implantées.
Le moment d'apparition des exsudations syphilitiques, soit dans les méninges, soit dans Tépaisseur du tissu nerveux, est en général accompagné d'un appareil congestif très-accentué. Les réseaux capillaires qui environnent le point où la matière plastique a fait irruption, sont effectivement» la plupart du temps, le siège d'une violente hypérémie concomitante, qui s'étend plus ou moins loin, et qui implique une participation active, et une sorte d'éréthisme des voies circulatoires.
Les tumeurs syphilitiques du tissu nerveux qui, au point de vue de leur genèse, procèdent d'un processus analogue à celui des exsudations tuberculeuses, et présentent avec ces dernières des ressemblances souvent si frappantes, que le diagnostic anatomique est quelquefois indécis, ont cependant en elles-mêmes quelques caractères sémiologiques propres, qui permettent parfois de les différencier aisément. Aussi, en général, elles n'ont pas cet aspect homogène et citséeux qui appartient spécialement aux dépôts tuberculeux ) elles sont nettement composées de zones diversement colorées ; et d'une autre part, elles sont pourvues de réseaux capillaires excessivement abondants. Ces vaisseaux, qui sont quelquefois les capillaires propres de la région envahie, et d'autres fois de véritables productions néoplastiques, leur apportent, sous forme de poussées successives, les matériaux trophiques nécessaires à leur amplification autogénique; aussi
DIS EXSUDATIOMS STraiLITlOOKS. A77
les gommes ont-elles, comparées aux masses tuberculeuses, un aspect vivace tout i fait caractéristique.
Elles semblent s'accroître en vertu des mêmes lois de développement que celles qui sont propres aux exsudations tuberculeuses, et qui se résument dans l'apposition de molécules nouvelles a la surface de Texsudat primitif; leur masse se trouve ainsi constituée par des dépôts d'âges différents : les plus anciens correspondent aux régions les plus centrales^et les plus récents aux zones périphériques.
Quand on pratique, en effet, l'examen analytique de ces tumeurs; on rencontre ordinairement, dans leurs portions centrales, outre une forte proportion de granulations amorphes de nature graisseuse, des noyaux, des cellules en involution, des capillaires altérés, et en un mot, toutes les traces d'un tissu en période régressive; tandis que, dans celles de leurs régions qui en représentent Técorce, les éléments y ont un air plus frais et plus vivant; ce sont ordinairement des noyaux d'un volume très-souvent uniforme (cytoblastions), des cellules, des fibres fusiformes, et enfin, des fibres complètes, qui indiquent évidemment les liens qui rapprochent ces néoplasies des éléments du tissu conjonctif : les capillaires y sont en général très-nettement accusés, la matière amorphe est ordinairement de consistance mollasse, et constituée par des granulations grisâtres qui n'ont pas en général une très-grande cohésion entre elles.
On comprend, du reste, combien les intumescences syphilitiques seront susceptibles d'offrir de variétés, suivant qu'elles résulteront de la coalescence de masses exsudatives d'âges différents, agglomérées par le fait de leur amplialion réciproque ; suivant que les zones d'une môme tumeur auront parcouru d'une façon plus ou moins rapide leurs périodes d'évolution ou d'involution ; suivant encore que des déchirures vasculaires auront, sous l'influence d'un travail d'hypérémie locale, laissé passer au milieu de leur trame, une plus ou moins forte proportion de matériaux hématiques ; on comprend encore combien le diagnostic anatomique (en dehors de certaines conditions étiologiques qui sont souvent très-nettement accusées) peut être, la plupart du temps, difficile à préciser, par suite de la complexité des éléments en présence, attendu que les exsudations syphilitiques, pas plus du
à78 ÀiaTOiiiK PATHOLMiQqg oéhérale.
reste dans ieg centres nerveux, qu'ailleurs ne sont suseeptiUei de présenter dans leur constitution élémentaire un caractère intrinsèque véritablement univoque, capable de rifléchir spéci* fiquement la spécificité de la source d où il dérive»
I a. -^ Va râtmitlliMfliMH «« tUMm BerTem.
Le tissu nerveux peut perdre sa consistance sous Vinfluenoe de causes mulliples, n'ayant souvent entre elles aucun rapport de solidarité : ainsi, des congestions prolongées avec exhalation des liquides séreux, des hémorrhagics, des infarctus de provenance variée, des arrêts partiels de la circulation, des foyers localisés d'inflammation, des dégénérescences de nature dissem* blable, des lésions Iraumatiques, elc, peuvent indiiïéremment amener un état de dissociation de ses éléments^ et faire qu'ils se présentent alors sous l'aspect d'un tissu mou et plus ou moins putrilagineux. On comprend donc comment cette lésion de tissu n'étant qu'un phénomène ultime de îiécrobiose des éléments hislologiques, subordonné à une multitude de causes, ne doit plus être légitimement considéré actuellement comme pouvant consti* tuer une base unique et inébranlable destinée à supporter une description symptomatologique identique ; et comment, en défini* tive, l'état de ramollissement du tissu nerveux, pas plus du reste que celui du tissu hépatique, du tissu splénique, du tissu pulmonaire, etc., n'est apte à se déceler par des symptômes caractéristiques. Le ramollissement du tissu nerveux ne représente donc qu'une lésion de tissu plus ou moins complexe, dont le processus est encore bien souvent difficile à saisir, mais qui en réalité n'est qu'un phénomène secondaire, et qui doit toujours être primé par la question préalable de pathogénie.
C'est presque toujours à la suite de troubles graves survenus dans les phénomènes de la circulation capillaire que le tissu nerveux commence à penlre sa consistance : cet élot succède en eflét te plus souvent, soit à un travail de congestion partielle ou généralisée avec exhalation séreuse, soit à des arrêts du cours du sang, par suite d'obstructions consécutives dues à la présence de caillots autochtones, ou bien à celle d infarctus migrateurs.
DU HAMOLUSSIMBIIV DO TItSO KMIflVI. 4tf
On comprend en effet eommeni, lorsque les phénomènes cireulaloires s'accélèrent dans un point eirconserit des eenires nerveux, cette exagération des courants sanguins s^aceompagne par place, soit d*une stase plus ou moins prolongée, soit d*un certain dei^ré d'exhalation de sérosité plastique; et que cette séro* site qui s'infiitre au milieu de la matière amorphe et des éléments nerveux, en opère ainsi lentement la dissociation moléculaire.
On comprend très-bien encore comment, ces troubles circulatoires se manifestant à la fois sur plusieurs points d'une même région, des tlols de substance nerveuse, inopinément inondés par les Iran^sudations séreuses qui s'exhalent des canaux vasculaires déchaînés, puissent être ainsi frappés de ramollissement, et comment enfin la péri )do d'érétbisme continuant son action, et le mouvement iluxionnaire dépassant ses limites, soient suivis çà et là de petites hémorrhagies parlielles, qui viennent compliquer le processus primitif, et faire supposer que Thémorrhagie des centres nerveux est souvent préparée par un travail local de ramollisse* ment préalable. Dans ces cas, le fait ultime est bien la perte A% consistance subie par le tissu nerveux avec quelques déchirures vasculaires comme épiphénomène, mais le fait initial qui lui donne son cachet, et lui sert en quelque sorte de préface, c'est toujours une perturbation fonctionnelle des actes circulatoires, et un phénomène de congestion primordiale*
Dans ces circonstances, les proportions variables de matières hématiques mélangées k la substance nerveuse ramollie lui prêtent des nuances qui varient, depuis la coloration lilas, bor* tensia, jusqu'à la coloration amarante , etc. L'hématoldine dans les foyers de ramollissement, passe pareillement par les mêmes phases de transformation qu'elle subit dans les foyers franchement hémorrhagiques : elle se condense insensiblement en grumeaux rouge brique, rouge sombre, et Qnalemenl se révèit sous Taspect de maculalions jaunâtres, diffuses, mélangées avM des débris d'éléments nerveux en involution.
Il est juste d'ajouter, «jue si \e processus morbide, qui tend à la constitution de foyers de ramollissement, s'accompagne quelquefois de petites héinorrhagies successives, d'un autre côté, il est d'observation que les foyers hémorrhagiques sontkouvent accom* pagnes d'un certain degré de ramollissement de la substanee
èSO ANATOim PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
nerveuse ambiante. Il est vraisemblable, en effet, que, dans ces circonstances, le molimen impulsif qui tend à produire la déchirure vasculaire ne s'arrête pas au niveau de la région où le sang 8*épanche, qu*il se répand quelque peu dans les régions circon* voisines, et qu'il amène ainsi, par exhalation séreuse ou par le fait de Timbibition des matériaux hématiques provenant du foyer, une dissociation lente des éléments constitutifs de la région.
Il est encore des cas dans lesquels les parois d'un foyer hémorrhagique deviennent le siège d'un véritable travail d'exsudation purulente; il en résulte alors, par suite de l'hypérémie circov* voisine, une infiltration plus ou moins accentuée de la substance nerveuse qui perd ainsi sa cohésion naturelle (1).
Disons, enfin, que des molécules solides charriées par les cou* rants sanguins, des infarctus de diverse nature provenant des régions périphériques du système circulatoire, peuvent pareillement, soit qu'ils s^arrôtent sous forme de caillots solides dans des gros troncs artériels, soit qu'ils se disséminent sous forme de poussière dans les réseaux capillaires les plus ténus, amener des arrêts partiels de la circulation encéphalique, des exsudations consécutives, des mortifications partielles des régions où ils se déposent, et finalement des ramollissements multiples et variés. Ces divers foyers de ramollissement sont donc susceptibles d'offrir une multitude de dissemblances, tant au point de vue de leur coloration, de leurs aspects, que de la nature et de la provenance des infarctus qui les auront déterminés : ceux-ci peuvent être, en effet, soit des matières grasses athéromateuses, soit des granules ou des cellules pigmentaires, soit même des portions de fibrine provenant d'un foyer gangreneux ou purulent situés dans les organes les plus divers (2).
(1) Il est une certaine forme de ramoliissemeni blanc qui est propre à la substance blanche^ et qui se caractérise par un état pulpeux du tissu dégénéré, qui n'offre plut aucune trace de continuité dans ses éléments. Cette forme, qui m'a paru se produire souvent d*emblée (et non pas conune une phase d'évolution d'anciens foyers de ramollissements jaunâtres)^ m'a semblé devoir être presque constamment rattachée à un molimen hémorrhagique^ qui^ n'ayant pas abouti à la rupture \mttUK, s*e8t décelé par une extravasation considérable du liquide ténu, et par m/k Mrte d*apopiexie séreuse,
(2) Voy. Lancereaux, De la thrombose et de Femholie cérébralm Éêhs leun rapports avec le ramollissement du cerveau (Thèses de Paris, 1862).
Di l'indubatiom du tissu iitaVKUx. ,A81
§ T. — De l'IMtOMittAii «o tUMm Berrenu
L^nduration est, comme le ramollissement du tissu nerveux, la période ultime d'une série Ae processus multiples; c'est par conséquent une simple lésion de tissu qui, subordonnée dans son mode d'apparition à d'autres phénomènes antérieurs, est par cela même inhabile à se déceler par un ensemble symptomatologique toujours . le même.
'^. L'induration ou la sclérose du tissu nerveux se présente soit sous Inpine de plaques diffuses grisâtres, soit sous forme de noyaux isolés : elle occupe le plus fréquemment la substance blanche; lorsqu'elle frappe sur une grande surface, dans le cerveau par exemple, elle donne au tissu intéressé un aspect particulier et une coloration spéciale (1). Les régions sclérosées, à la coupe sont fermes et brillantes ; elles ont un aspect sec et poisseux, se laissent déprimer, et réagissent sous la pression comme un raorceau de caoutchouc. Lorsqu'on en prend quelques fragments et que Ton essaye d'en dissocier les éléments, on note que la cohésion générale est singulièrement augmentée, que les fibres nerveuses sont en général méconnaissables, que leur continuité est effacée complètement par la matière amorphe qui les englue de toutes parts ^ et qu'enfin, celles qui persistent sont ou atrophiées, ou résorbées en partie, ou passées à Tétat granulo-graisseux.
Ces formes d'induration de la substance blanche qui accompagnent quelquefois la paralysie générale (2), sont précédées d'une vive hypérémie : ce sont ordinairement, dans ces cas, les matériaux plastiques qui ont succédé à la période aiguë des phénomènes congestifs qui constituent, en grande partie, la matière agglutinative infiltrée au milieu des éléments nerveux.
Il est encore une autre forme de sclérose du tissu ner^veux, dans laquelle, si Pélément vasculaire intervient peut-être au début localement sous une forme éphémère, c'est toujours le
• î Af ».'
(t) '^in09 ^ ^^ ^^^^> ^^^ observations rapportées par Pinel ûls^ Journal de phy^ mohgJh'4iêéÊ9^dïe, t. II, p. 191.
^ ' (2) CUnuftft pareillement rencontré des cas de ce genre, Yoy. Traité des maiO" 'éks inflammàtoirfs du cerveau. Paris, 1859, obs. 63*, p. A05, obs», 91*, p. 591, 1. 1, et obs. 108*, p. 19, t. n.
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|S2 AMATOMIK PATHOLOGIQUE GÉNÉftALI.
tissu conjonctif de la région, dont les élémenls obéissent à une suractivité proliférante spontanée, et deviennent ainsi rapidement le siège de formations nouvelles^ ces tractus de nouvelle formation s'avancent alors comme des ramuscules fibroldes, au milieu des fibrilles nerveuses; ils les enlacent de leur mille réseaux, les circonscrivent et les étouffent sous Teffort de leur travail envahisseur, et finissent par amener çà et là ces lésions de lissu, si paradoxales en apparence, consliluées simultanément par une induration et un ramollissement
Cette production exubérante de lissu conjonctif, en effet, qui se révèle par des ramescences fibreuses el solides, s*acc6mpagne néanmoins (par le fait môme de la destruction d^un certain nombre de fibres nerveuses) d'une certaine portion de tissu nerveux fluidifié^ et c'est de ce double processusy dont les phases s*opèrcnt ainsi en sens inverse, que résulte ce fait remarquable que certaines dégénérescences scléreuses passent si souvent inaperçues, par le fait de Textravasation concomitante de substances déliquescentes qui masquent les effets du travail morbide.
Cette prolifération des éléments conjonctifs est presque constamment accompagnée d^un développement exubérant de cor* puscules amyloldes.
La dégénérescence scléreuse des centres nerveux se décèle à Tœil nu, sous Tapparence de petits tlots grisâtres; lorsqu'on les incise, leur section fait crier le scalpel, ils son t en général adhérents au tissu conjonctif des méninges dont ils ne semblent ôtre qu'une propagation ; quand on promène légèrement le doigt à leur surface, on sent une légère résistance ; la vascularisation est en général peu prononcée dans leur intérieur; c'est à leur pourtour qu'elle se montre le plus souvent.
On rencontre ce mode spécial de dégénérescence, ordinairement, le long de la continuité des faisceaux spinaux au niveau des régions supérieures de Taxe spinal; il parait atteindre môme quelquefois d'emblée la substance grise du cervelet, dont il détermine l'atrophie consécutive (1).
(1) Yoy. le tr«tail de Diigttet, Sur la sclérose et Vairophie du cenwiet {Soc, aiM<., 1852, p. ft).
W CiHGfeR bu TISSU MERYBtlC. A&S
ARTIGLB III.
DU GAHCER DO TISSU IIEIYKUZ.
La dégénérescence cancéreuse du tissu nerveux, si tant est qu'elle existe réellement comme lésion primitive, nous j^aratt être assez rare pour que, sur un assez grand nombre d'aulopsiës que nous avons faites jusqu'ici, nous n'ayons pas été assez favorisé pour la rencontrer plus de trois fois : peut-être le tissu nerveux, en raison du peu d'abondance relative des éléments de tissu conjonctif qu'il renferme, est-il par cela même en quelque sorte plus réfractaire que d'autres à cet ordre de lésion f Peutêtre le soin que Ton met depuis quelque temps à rechercher les exsudais syphilitiques dans les centres nerveux, fait-il rejeteb de la classe des cancers une catégorie de tumeurs qui, auparavant, paraissaient devoir y être légitimement classées? Toujours est-il qu'à réi)oque de transition où nous sommes actuellcmeïlt, les éléments typiques propres a servir à la description du tissu cartcéreux au milieu de la substance nerveuse, sont presque partout frappés de suspicion, et amènent par conséquent un certain degré d'hésitation dans le diagnostic anatomique«
Dans les cas que j'ai èli l'occasion d^examiner, le tissu pathologique occupait, au milieu de la massé au cerveau, les confins de la substance blanche et de la substance grise corlicale; il se présentait sous l'aspect de masses tnarronnéès, fermes, d'aspect grisâtre fel implantées, à l'aide de prolongements multiples, au milieu deà tissus ambiants plus où moins hypérémiés. Ces masses étaient surtout remarquables par leur vascularisation, et d'une autre part, par la dureté squirrheusé, la multiplicité des fibres de tissu conjonctif qu'elles présentaient par places, tandis que d'autres poitits étaient le siège, où bien d'un ramollissement local, ou bieh dé petites hémorrhagies partielles, provenant vraisemblablement dé la rupture de capillaires de nouvelle formation.
La trame de ces néoplasmes était formée par des éléments de tissu conjonctif en voie de prolifération : les corpuscules conjonctib appartenant aux parois vasculaires étaient en quelque sorte les véritables foyers de cette hypergénèse d'élémeâts nouveaux :
àSh ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
ils étaient en effet distendus par des noyaux multiples, et fournissaient (par génération endogène surtout) des éléments nouveaux, destinés à former ultérieurement des cellules, puis des éléments fusiformes, puis enfin des fibrilles et des néoplasies multiples, appelées à prendre part individuellement, soit à la constitution delà trame même du tissu morbide, soit à celle des capillaires de nouvelle formation.
Il est d'autres circonstances dans lesquelles ce ne sont pas, à proprement parler, les capillaires intra-cérébraux dont les parois servent de point de départ à révolution des produits cancéreux ; ce sont, ou bien les réseaux des méninges, ou bien ceux des plexus choroïdes, dont les parois deviennent à leur tour Torigine de ces déviations végétatives. Les masses pathologiques qui en résultent, par cela même qu elles ont pour substratum des canaux qui charrient du sang veineux, empruntent un cachet spécial à cette origine : elles ont ordinairement l'aspect de fongus et se présentent quelquefois avec les caractères d*un véritable tissu érectile (1).
Parmi les dérivés du tissu conjonclif, on trouve souvent dans la cavité encéphalique, etproéminant plus ou moins profondément au milieu de la masse même de la substance nerveuse, des tumeurs d'un volume souvent très-considérable, qui adhèrent la plupart du temps au périoste de la boîte du crâne, dont elles ne semblent être que des intumescences. Elles offrent une consistance fibreuse souvent très-accentuée, et s'implantent par leur base élargie dans l'épaisseur des os sous-jacents : quelques-unes cependant sont libres et comparables, eu égard à leur structure, à certains corps fibreux de l'utérus.
Leur constitution histologique, qui se rapproche de celle du périoste d'où elles dérivent, est assez simple; on y rencontre, outre une matière amorphe unissante souvent très-abondante, des fibres de tissu conjonctif plus ou moins tassées les unes contrt les autres, et des globes épidermiques très-multipliés {^2).
(1) Voy. Lebcrt, Anatomie pathêlogique générale et spéciale, t. II, pi. Cil et
pi. cm.
(2) Voyez la description histologique d'une tumeur de cette nature {Bulletins de la Soc, anat,y 1855, p. 92), par Ch. Robin et Luys.