‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 96 sur 133 · A92 ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE · texte numérisé non relu

A92 ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE

répéter sur un autre ordre de conducteurs nerveux ; et que la même indépendance qui se révèle d^une façon aussi péremptoire, à propos des fibres conductrices des impressions optiques, ne puisse pareillement se révéler, à propos des fibres qui conduisent dans les régions centrales les impressions recueillies à la périphérie des nerfs de la sensibilité réflexe?

IV. Il est encore une série de faits, non moins curieux, qui résultent de Texamen analytique des diflerentes lésions qui peuvent intéresser les éléments constitutifs de Taxe spinal dans l'ataxie locomotrice : c'est, d'une part, l'indépendance réciproque des divers groupes de fibres fasciculées postérieures à mesure qu'elles se constituent et prennent la direction verticale ascendante; et, d'une autre part, l'intégrité persistante des fibres des faisceaux latéraux, alors que celles des régions postérieures sont intéressées.

a. — Relativement au premier point, l'étude attentive du mode d'envahissement des faisceaux postérieurs vient encore confirmer DOS propositions anatomiques. Nous avons en eflet insisté sur ce fait, que les fibres des racines postérieures constituaient, à laide des cellules des cornes postérieures et antérieures adjacentes, une série d'ores diastaltiques à direction antéro-postérieure, indépendants entre eux dans une certaine mosure, et régulièrement stratifiés les uns au-dessus des autres dans toute la hauteur de l'axe spinal (pi. II, fig. 1 et 13) ; et que chacun de ces arcs spinaux était médiatement relié au sensorium, à l'aide d'une série de fibres eflërenles (pi. III, fig. 1 [6J), etc. Quoi donc d'étonnant à ce que, si chaque arc spinal constitue en quelque sorte un petit système excito-moteur, doué d'une certaine autonomie fonctionnelle, il se trouve isolément intéressé, et que les fibres postérieures qui en émanent le soient concurremment ou à la suite?

De là résulte, dans les conditions morbides, cette inégale répartition des bandes de substance dégénérée, le long de la continuité des faisceaux postérieurs ; de là ces marbrures, ces atténuations irrégulières des colorations pathologiques, qui, accentuées ordinairement au maximumàla région lombaire (là où \q processus morbide a intéressé un plus grand nombre d'éléments fibrillaires), remontent insensiblement pour disparaître au niveau de la région

▲TROPBIES SBC0!<DA1RES DES FAIS€BâUX rOSTÉtBimS. &9S

bulbaire, et qui, certes, oe se comporteraient pas de la sorte, si les fibres des faisceaux postérieurs n'étaient qu'une série de fibres continues et solidaires les unes des autres. De là, enfin, la possibilité de la localisation A' emblée de la dégénérescence atrophique, vers tel ou tel tronçon de Taxe spinal, amenant à sa suite des troubles ataxiques dans la coordination de certains actes moteurs subordonnés, autres que ceux qui sont propres aux fonctions locomotrices des membres inférieurs; de là, en un mot, des formes nouvelles et possibles, sous lesquelles les lésions ou les perturbations fonctionnelles des diflërents tronçons de Taxe spinal pourront successivement se révéler (1) !

b. — L'état d^intégrité relative dans lequel on trouve les fibres des faisceaux latéraux, alors que celles des racines et des faisceaux postérieurs sont intéressées, semble être, au premier abord, une objection sérieuse contre le mode de constitution des fibres latérales de l'axe, tel que nous l'avons précédemment formulé (page 82) ^ car on est amené à se demander avec une certaine apparence de logique, comment il se peut faire que les fibres latérales de l'axe et celles des racines postérieures, représentant la continuité d'un seul et môme élément nerveux (ainsi qu^il a été figuré en ô, fig. A, pi. XIII), soient inégalement, les unes respectées et les autres atrophiées î

A cela nous n'avons qu'une chose à répondre, c'est que nous accepterions l'objection si elle était fondée, et s'il nous était démontré que la totalité de tous les tubes nerveux des racines postérieures fût simultanément lésée. Mais certes, il s'en faut de beaucoup qu'il en soit réellement ainsi ; nous en appelons sur ce fait aux souvenirs de tous les observateurs impartiaux. Jusqu'à quel point est*il possible, un groupe de fibres nerveuses étant donné, de juger rigoureusement de la proportion des tubes altérés ou respectés? Et jusqu'à quel point, en présence d'un fascicule grisâtre, formé de la juxtaposition de cinquante ou

(1) Les troubles de la coordination des mouvements intrinsèques ou extrinsèques des globes oculaires^ obsenrés dès le début, et quelquefois même avant rapparition des symptômes d'ataxie locomotrice des membres inférieurs, semblent en effet prouver que les régions les plus élevées de l'axe spinal (pi. X, iig. 1 et 2} sont, aussi bien que les inférieures (pi. Y), aptes à subir d'emblée les premiers effets de la dégénérescence atrophique.

à9à \(IATOltlS PATHOLOGIQtJE SPÉCIALB.

soixante tubes, est-il permis de se prononcer (en se servant d*un grossissement de 250 diamètres) sur Tintégrilé ou la dégénérescence d'un certain nombre d'entre eux? Est-ce quMl ne peut pas se faire que tel tube qui paraît seulement granuleux, en un point de la continuité, et légèrement atténué, soit, à quelques millimètres plus loin, pourvu de caractères atrophiques moins accusés (1)? Et d'ailleurs, est-ce que, en raisonnant par analogie, le fait que nous ayorts rappelé tout à l'heure à propos des fibres optiques, ne nous prouve pas d'une façon significative que parmi les fibres centripètes, il y a sous la même enveloppe des fibres juxtaposées, dont les unes sont intéressées et les autres respectées? D'une autre part, en envisageant seulement les phénomènes qui touchent aux fibres sensitives des racines postérieures, est-ce que la plupart des symptômes cliniques observés ne sont pas presque tous concordants, pour prouver que les fibres radiculaires postérieures n'ont pas été toutes à la fois intéressées par le travail de la dégénérescence f Dans presque toutes les observations, en effet, il est dit que les malades examinés au point de vue des phénomènes sensitifs, n'étaient ni complètement anesthésiques, ni complètement analgésiques; ils avaient tous la notion (plus ou moins confuse il est vrai) des régions du tégument cutané intéressé, lorsqu'on les pinçait ou qu'on les excitait d'une façon quelconque. Preuve évidente que certaines impressions sensitives remontaient encore au centre perceptif, et que les voies parcourues par elles n'étaient pas encore complètement interrompues! Si l'on songe encore à la proportion relativement minime (pi. XIII, fig. 4 [5] ) des éléments appartenant aux racines postérieures qui jouent on rôle dans la constitution des faisceaux latéraux, et par conséquent d la petite quantité de fibres nerveuses demeurées indemnes, nécessaires pour maintenir leur intégrité apparente, on arrivera A

(1) Dans l'état actuel de nos connaissances anatoiniques, nous sommes fort peu étlAfn^ sul^ la proportion de tubes nepTcax qui entrent dans la constitution des fastlcules isrtlés des racines postérieures : l<*s dt^tails relatifs à leur di^hrthtbrcmciit, à leul» répartition inégale dans les deux sexes (page 30), à leurs variations anx dilférentes phâseB de la vie, font, a l'heure qu'il est, presque (tomplétcmetit défant : aussi les dédnctîMiB d'anatcmiie pathologique qui leur sont relative^, ntiUs scmbleiit-ellel devoir être encore très-réserîées.

ATROPHIES SBCOmAIlin DBi PAItCBAOt âlItteiBOiis. AM

comprendre le mécanisme en vertu duquel, lèrsque les fibrilles des fttisceaux postérieurs de Taxe sont intéressées par le fait de la dégénérescence atrophique de la plupart des fibres radiculaires postérieures, celles des faisceaux latéraux peuvent consenrer letirs caractères normaux par suite de l'inégale répartition du proceêsus morbide^ et de l'intégrité d'un certain nombre de fibrilles radi^ culaires postérieures (fibres conductrices des impressions conscientes).

Les fibres des racines antérieures, dans les cas de dégénères-^ cenoe atrophique des faisceaux postérieurs» de Tataxie locomo^ trice, ressentent plus ou moins, suivant l'ancienneté des lésions, le contre-coup du processus morbide qui a frappé sur leurs congénères^ elles sont quelquefois grisâtres, moins fermes que d'habitude, et d^autant plus profondément intéressées que les fibres radiculaires postérieures, dont elles sont plus particulière ment solidaires» sont plus ou moins avancées dans leur période r^ressive.

L llw.'Ce ne sont là que des lésions passives, qui ne les intéressent pas directement dans leur centre nutritif; aussi, quel que soit te degré d'atrophie auquel les fibres radiculaires postérieures sont arrivées» ne sont-elles jamais aussi profondément atteintes, que lorsque ce sont leurs véritables centres trophiques eux-mêmes, o'est-à-dire les cellules des cornes antérieures (1), qui sont plus ou moins dégénérés. Dans ces cas» la lésion des racines antérieures est en général circonscrite à un segment de l'axe spinal, et se rencontre souvent plus caractérisée d^un côté que de l'autre, quand le travail pathogénique a inégalement réparti son action.

Dans un fait de ce genre (2) où l'atrophie des racines antérieures, localisée à la région brachiale, prédominait d'un côté, nous avons pu constater que la substance grise des cornes antérieures avait été inégalement le siège d'une vive hypérémie accompagnée

(1) Retherchcs de Wâllcr, toe. ciY.

(î) LttT*» Ctnnptei ftnéus de Ai 8t>ciité di bMùpiet I8S0, j^. 8S*

A96 .:»: ji|p|ffpMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. C-*

d'exsudaiiQB{^|lllBi lés grandes cellules antérieures, privées de leurs connexions ifW Ite fibres radiculaires correspondantes (pi. XIX), avaient presque complètement disparu au milieu des granulations e^sudatives ; que celles qui survivaient étaient en période régressive, et qu^enfin de nombreux corpuscules amyloldes, preuves manifestes du ralentissement local des phénomènes nutritifs, étaient répandus en très-fortes proportions. Chose remarquable! la lésion qui s'était tout, d'abord localisée dans la substance grise antérieure du côté gauche, s'était propagée, grâce aux fibres anastomotiques grises de la commissure grise antérieure (pi. XI, fig. 3), aux régions homologues du côté opposé, et cette dégénérescence secondaire des cornes grises antérieures avait à son tour, par continuité du tissu, entraîné l'atriq^bie des fibres radir culaires antérieures auxquelles elles donnaient naissance!

II. L'étude du mode de constitution, des rapports et des connexions des faisceaux antérieurs avec les cellules des cornes antérieures d'une part, et avec celles du corps strié d'une autre part (pi. IV, fig. 6, 11), rend assez bien compta 401mf intégrité, lorsque leurs homologues des régions postérieures sont intéressées, et explique leur atrophie, lorsque les régions supérieures cérébrales, d'oCi elles soutirent leur principe d'action, vienoiM a être frappées de dégénérescences diverses.

Lorsque les corps striés sont en effet atrophiés (soit primitive* ment, soit consécutivement à des perturbations nutritives surve* nues dans les régions de la périphérie corticale), les fibres spinales antérieures subissent le contre-coup des altérations de leur centre nutritif; elles s'atrophient à leur tour, et Ton constate alors ces atrophies descendantes qui, se propageant d'une façon centrifuge, le long de la continuité des fibres spinales antérieures (pi. III, fig. 2, et pi. XV et XVI, fig. 1), frappent tout d'abord le pédoncule cérébral correspondant, puis la pyramide, puis le faisceau antérieur du côté opposé, après Tenlrecroisement de la région bulbaire.

Il est curieux de noter, à ce propos, que si les fibres fasciculées postérieures et antérieures sont, au point de vue de leur fonctionnement physiologique, dans des rapports inverses^ si les unes servent de voies de propagation aux actions nerveuses suivant une

Ï-'V ATROPHIES SECONDAIRES L>KS FIBRR9^MpnQDB8. 497

direction centripète, ^i les autres suivant une jdireetion cejitrifuge^ elles sont aussi dans leura état^ nMpri^tes, frappées d'une façon dissemblable : pour les unes le travail d'atrophie s^avancc des régions périphériques vers les centres, dans une direction ascendante, et suit la direction physiologique des impressions sensorielles (pi. Il) : pour les autrps, il se propage des régions centrales vers les régions périphériijiies ; il suit la même route que parcourent les incitations motVioes, dans les conditions du fonctionnement normal (1 ) .

§ 3. -« Atr«viyes ■^cMidAlre» de« fliire» eoBdvetrIee» de» ImpreMlOBs

optique».

L'étude des altérations subies par les dépôts de substance grise des régions centrales, lorsque les fibres sensorielles avec lesquelles ils sont en connexion, viennent à être frappées de dégénérescence dans les régions périphériques, est encore trop imparfaitement faite pour que nous prétendions en donner un résumé pyntplett Au milieu de toua les matériaux épars dans les collections scientifiques, nous avons seulement pu recueillir quelques détails précis, intéressant particulièrement les voies parciMraiSS par les impressions sensorielles optiques et les impressions (flfkclives.

ir est très-fréquent de rencontrer les fibres optiques dégénérées, dans une partie ou dans la totalité de leur parcours, chez dès individus atteints d'anciennes amauroses (2); ces fibres sont, en effet, atrophiées dans leurs éléments, réduites à l'état de cellulosité transparente, et offrent des teintes grisâtres ou jaune ambré

(1) On trouve dans la thèse de Turner le récit détaillé de faits de ce genre, et des exemples d*atrophie descendantes très-remarquables, qui confirment les détails que nous avons signalés déjà à propos de la constitution des rapports, et de l'entrecroisement des fibres antérieures de l'axe {Thèse de doctorat^ Paris, 1856). Le travail de Lancereaux sur Tamaurose contient des cas analogues. (Obs. 1, p. 49 et obs.^ II, p. 53 {Archives de médecine^ 1864, t. I).

(2) Ce fait ne nous parait pas constant ; j'ai tu en effet chez un amaurotique dont les éléments de la rétine étaient très-bien conservés, une grande partie des fibres optiques respectées. Les nerfs ciliaires étaient seuls dans ce cas tout particulièrement dégénérés.

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