‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 9 sur 105 · CINQUIÈME FAIT · texte numérisé non relu

CINQUIÈME FAIT

A la fin d’août 1826 , je fus consulté par madame P.... de P. , âgée de quarante-huit ans, d’un tempérament très-irritable. Née d’une mère âgée de quaranterneuf ans, et qui mourut, ainsi que son père , à soixante-quatre , madame P — n’a jamais eu ni éruptions du cuir chevelu , ni engelures , mais elle est sujette à des douleurs rhumatiques et à diverses affections inflammatoires.

Réglée vers quinze ans, madame P.... fut mariée à vingt et veuve à vingt-deux , après être devenue mère de deux enfans , dont elle perdit l’un en nourrice et Pautre à dix-huit ans. Cette dernière perte fit une impression profonde sur madame P .... , âgée alors de quarante ans ; elle se laissa dominer par la douleur et devint sujette à des céphalalgies.

A quarante-deux ans , à la suite d’un voyage

de quatre jours et qualité nuits dans une voiture, madame P.... s’aperçut, pour la première fois, d’un engorgement à la partie externe du sein droit.

Vers quarante- trois ans^ M. le professeur Fouquier , consulté par mémoire , conseilla des cataplasmes émolliens et une peau de cigne ; plus tard l’usage d’un emplâtre de ciguë fut suivi de l’endurcissement de la peau , ce qui ramena à l’emploi des cataplasmes de farine de graine de lin, de mie de pain, de carottes et de lait, qu’on arrosait de laudanum pour combattre les élancemens. D’autre part, tous les quinze jours on appliquait huit à dix sangsues sur la tumeur : cela fut réitéré environ cinquante Cois *, on employait a l’intérieur l’extrait de ciguë et la tisane de pensée sauvage. Après trois années d’exactitude à suivre ce traitement sans aucun avantage , madame P.... se borna à l’usage des cataplasmes de graine de lin , en appliquant parfois quelques sangsues , lorsque les élancemens étaient trop vifs, ce qui la soulageait toujours momentanément sans rien changer à l’ètat de l’engorgement primitif. Vers ce temps, un engorgeinent inflammatoire , survenu sous l’aisselle , ne tarda pas à disparaître (i).

(i) La même chose est arrivée sous mes yeux en 1826, trois ans

A l’âge de quarante-^sixans, madame P con¬

sulta M. le professeur Dubois, qui regarda l’ablation de la partie malade comme encore possible ^ et la proposa en annonçant qu’elle serait bientôt impraticable.

Vers quarante-six ans et demi, les menstrues, jusques-là régulières, ne revinrent plus qu’à des intervalles éloignés , mais contir^aèrent encore jusqu’en juin 1826.

Depuis l’époque du dérangement des règles , madame P . . . . se bornait à appliquer sur l’engorgement des feuilles de laitue , et à prendre de temps en temps quelques pilules d’extrait de ciguë et de jusquiame. La peau était dès-lors devenue adhérente à la tumeur.

Au commencement de 1826 madame P... eut une fièvre inflammatoire avec un rhumatisme articulaire général , lequel se termina le onzième jour à l’apparition des règles et d’un exanthème cutané, ^Néanmoins ce ne fut qu’api’ès quarante jours qu’elle se trouva tou t-à-fait remise de cette maladie incidente , dans le cours de laquelle une douleur au côté droit de la poitrine provoqua une application de sangsues qui ne fut d’aucun avantage pour l’engorgement. C’est après cette

après ; l’engorgement axillaire que j’observai alors était purement inflammatoire» et se termina par suppuration.

maladie que madame P — se décida à se rendre à Paris, où elle prit les conseils de M. le proi fesseur Marjolin , qui prescrivit l’extrait d’aconit

et la décoction de carotte à. l’intérieur et com-

battit par Peau végéto-minérale des boutons sur le point d’amener l’ulcération de la peau. M. Fou“„ quier qui avait vu la malade auparavant, l’ayan t revue sur ces entrefaites , trouva la. tumeur augmentée. Consulté plus tard , à la fin du mois d’aoùt, je trouvai à la partie externe et supérieure du sein droit un endurcissement avec une sorte de racornissement de la-peau, qui était rur gueuse , brunâtre , désorganisée et confondue avec un engorgement subjacent de deux pouces et demi de long et de dix-huit lignes de large. La peau était comme déprimée en cet endroit autour duquel sa partie sahie se fronçait , de manière que le noyau dont j’ai parlé était entouré de plis divergens qui représentaient une sorte d’étoile. Cette tumeur n’était pas adhérente aux parties subjacentes. Ce cas me rappela celui de madame La.. y, de la barrière de Sèvres , et ses conséquences.

Je combattis, l’idée de toute opération, et je conseillai simplement une compression douce avecs des disques d’agaric interposés entre les tours d’une bande de percale pour former un cône

tronqué. Ce traitement commença avec le mois de septembre et fut négligemment suivi , parce que la malade supportait mal la moindre compression sur la poitrine. Elle se borna donc à l’exercer, en plaçant en bloc sous un corset de flanelle assez serré ^ le cône tronqué d’agaric. Huit jours après, M. le professeur Marjolin trouva la tumeur diminuée d’un quart au moins , et la peau rapprochée de l’état naturel. M. le professeur Fouquier constata la même chose, et je m’en assurai pareillement. Ce prélude promettait d’heureux résultats , lorsque dans le mois d’octobre il survint de la fièvre et bientôt parut dans l’aisselle droite un engorgement inflammatoire , qui se termina par suppuration en peu de jours après avoir causé les douleurs ordinaires. C’est celui dont j’ai parlé plus haut dans une note.

Cependant madame P.... quitta Paris pour retourner dans sa province *, la peau malade avait déjà repris son aspect naturel , la portion désorganisée était diminuée d’étendue en tout sens , ainsi que la tumeur *, son aspect étoilé presque effacé, elles élancemens affaiblis. Voici le compte que me rendait madame P. . . . à la fin de janvier dernier : « Ma santé va assez bien , malgré » les bouffées de chaleur qui nie fatiguent parfois )î le jour et la nuit*, la glande est toujours dans

» le même état. Depuis quinze jours j’en ai dê-= )) couvert une du volume d’un petit pois, près du » mamelon, au-dessous de l’ancienne : elle est )> ronde et mobile, et la peau n’y est pas collée. )) La compression se fait toujours, mais, comme )) vous le disiez, je me fais des concessions; si » je veux écrire ou coudre, je serre moins, et )) je desserra pendant la nuit^ quoique je laisse » l’agaric. Les jours froids m’ont causé des élan- )> cemens; j’en éprouve même si j’ai froid aux » pieds, ou lorsque j’écris ou couds une ou deux » heures de suite. »

Madame P... ajoute dans sa lettre qu’elle est sujette à la constipation^ à la sécheresse de la bouche et aux aphthes.

Ce fait nous montre :

1°. Une personne nerveuse, irritable, dont les maladies rhumatiques, fébriles, etc., ont présenté un caractère inflammatoire ;

a'*. Des céphalalgies commencées sous Finfluence d’une violente affection morale ;

3®. Peu de temps après un voyage, la découverte à la partie supérieure et externe du sein droit , d’un engorgement ( sans cause locale connue ) , qui pouvait exister depuis bien plus lo>ïig-temps, mais dont les élaneemens, réveillés à Foceasion de la fatigue de ce voyage , dé-

celèrent la maladie qui incubait d’une manière latente chez madame P...,

4°. Les ameliorations obtenues en quelques jours par une compression douce dans une maladie locale 5 remontant à six années de date au moins, et qui s’était jouée pendant les trois premières d’un traitement régulier par la ciguë et la pensée sauvage à l’intérieur , et à l’extérieur par les cataplasmes émollicns et cinquante applications de sangsues. Qu’on pèse bien ce fait : il est incomplet sans doute , mais il en ressort qu’une douce compression a plus fait en quelques jours qu’un traitement intérieur rigoureusement suivi pendant trois années ^ après lesquelles il faut bien pardonner à la malade de s’étre relâchée pendant trois autres, sans ce^ pendant avoir cessé tout traitement interne*, ' 5®. L’influence de l’époque de la cessation des règles depuis dix-huit mois , et se soutenant encore , à en juger par les bouffées de chaleur dont parle la malade.

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