‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 16 sur 105 · TREIZIÈME FAIT · texte numérisé non relu

TREIZIÈME FAIT

Madame âgée de soixante-treize ans,

naquit à Bergue en Flandres. Réglée à quatorze ans, elle jouit d’une bonne santé jusqu’à l’age de vingt-six, oii elle éprouva une petite vérole

1 confluente , suivie d’un grand nombre d’abcès, i Marie'e à vingt-huit ans , elle a eu quatre enfans,

I qu’elle a nourris elle-niéme. Après le sevrage du I dernier, à trente -cinq ans, il lui survint au I visage une dartre fort considérable , qui reparut ï vers l’àge de quarante ans , époque de la cessaj tion de ses règles. Alors un érysipèle à la jambe remplaça la dartre , et donna lieu à l’application d’un vésicatoire au bras.

Vers soixante - huit ans il se développa entre I le sein droit et l’aisselle un engorgement dur et : inégal, qui fut enlevé par M. le professeur Roux 1 en 1823. A la suite de cette ablation, il parut j près du genou, à la jambe droite (qui avait été 1 fracturée et guérie facilement à cinquante-quatre I ans) , une tumeur du volume du poing , laquelle i disparut sans traitement. A la fin de i825, mai dame reconnut, sous la cicatrice qui avait I suivi l’opération , un nouvel engorgement qui i augmenta considérablement pendant le cours de 1826. Le 10 septembre de la meme année, lorsque je vis la malade, elle était dans l’état suivant ; le grand pectoral en avant et le grand I dorsal en arrière étaient soulevés par une tumeur considérable s’étendant de l’aisselle jusqu’au sein. Cet engorgement à peine mobile avait environ six pouces de diamètre, et était surmonté, vers

la partie moyenne de la cicatrice , d’un fongus ulcéré, de la grosseur d’un œuf d’oie.

Cette maladie était incurable, et je ne devais rien espérer de la compression. Cependant, considérant le bon état des forces et de la constitution de la malade, qui était sans fièvre et sans tuméfaction du bras droit, je me déterminai à employer la méthode qui nous occupe, afin de constater ce qu’elle pourrait dans une circonstance ou il n’y avait rien à perdre. Une pile d’agaric comprima doucement la tumeur sur sa partie moyenne , et deux tampons particubers fuient appliqués sur le grand dorsal et le grand pectoral , afin de les presser par ses extrémités antérieure et postérieure. Dès la fin de septembre la tumeur avait perdu de ses dimensions en tous sens, et ce changement avantageux se soutint dans le courant du mois d’octobre.

Enhardi par cette espèce de succès, je continuai l’usage de la compression , dont le degré fut progressivement augmenté ^ mais à un certain point il en résulta une insomnie et un état fébrile^ dont la malade, pleine de courage, ne m’instruisit pas d’abord^ croyant devoir supporter sans se plaindre le malaise qu elle éprouvait , à raison de la diminution qu’elle observait dans sa tumeur. Aussitôt que je m’aperçus des incon-

véniens de la compression portée à un certain degré, je la fis diminuer, et tout rentra dans l’ordre. Cependant quelques jours apres le fongus devint brunâtre , et fut frappé de gangrène assez profondément dans sa racine, pour que la chute de l’escarre laissât une excavation de plus de deux pouces et demi de diamètre.

Dans cet état de choses, je tentai la compression par la surface de la cavité avec des bourdonnets de charpie roulés dans du charbon lavé et porphyrisé ^ mais je ne tardai pas à m’apercevoir que je ne gagnais rien de cette manière , et que la maladie faisait des progrès vers l’aisselle : alors je pansai à plat, et je repris la compression par l’extérieur : malgré les modifications successives que je fis à mes procédés pour comprimer, je n’obtins rien du côté de l’aisselle, mais la cavité de l’ulcère fut diminuée. Plus tard m’apercevant des effets d^ la résorption par le teint de la mar ladeetpar la vivacité du pouls, et encouragé par les succès d’autres cautérisations , je me déterminai â toucher l’intérieur de l’ulcère avec le nitrate de mercure liquide. Cette opération fut réitérée deux fois , et la surface ulcérée prit un meilleur aspect. A cette époque la moindre compression par les bandes étant devenue gênante , je n’employai plus que des bandelettes aggluti-

natives, sans pouvoir empêcher la tuméfaction du bras et de la main droite , et toutes les conséquences de la résorption. La tumeur n’augmenta plus , et l’ulcère ne s’étendit point ; mais la malade continua de s’affaiblir sous l’influence d’une fièvre consomptive et de douleurs lancinantes, qui étaient devenues de plus en plus fréquentes* On pansait avec diverses poudres^ de charbon, de quinquina, de camphre, de belladone, d’opium, etc. , sans détruire l’odeur repoussante de la suppuration fournie par l’ulcère. La malade s’éteignit au commencement du mois de mai dernier.

Le cancer dont il s’agit a commencé à se développer vers soixante-huit ans , après diverses affections antécédentes, entre l’aisselle et le sein droit : extirpé avec soin à soixante-dix ans , il a repullulé deux ans après.

Que serait-il arrivé si , sans perdj’e de temps , j’avais agi immédiatement par la potasse et ensuite par le nitrate de mercure dans la cavité ulcéreuse consécutive à la chute du fongus gangréné ?

Le fongus n’est point tombé en gangrène dans le moment de la plus grande compression , mais seulement après. Je ne crus pas devoir m’inquiéter fortement de cet accident, qui pouvait,

comme cela est arrivé d’autres fois, tourner à l’avantage de la malade. J’ai regretté de n’avoir pas osé employer la cautérisation aussitôt après la chute de l’escarre, ou même avant. J’ai cru devoir rapporter ce fait avec toutes ses circonstances, afin de ne laisser ignorer aucune de mes tentatives. J’ai eu le pouvoir de faire diminuer l’engorgement •, mais il m’a manqué celui d’atteindre les limites de la maladie.

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