‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 17 sur 105 · QUATORZIÈME FAIT · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME FAIT

Madame de âgée de cinquante-sept ans , svelte et très-irritable ^ a perdu une sœur , qui portait dans le sein droit une tumeur dure et bosselée avec un engorgement axillaire du même coté.

Née de parens sains, la malade a été sujette à des convulsions jusque vers trois ans*, elle a été bien réglée depuis treize jusqu’à cinquantequatre ans, époque à laquelle ses menstrues ont cessé sans accidens immédiats. Mariée à l’âge de seize ans , elle a eu douze enfans , et en a nourri sept.

En 1791 5 Madame de reçut à la partie supérieure du sein gauche un coup de clef, qui lui causa d’abord les douleurs les plus vives et

fut suivi, après quelques jours^ d’un engorgement qui pendant trente-deux ans n’a présenté que le tolume d’une noisette. A la suite d’une couche survenue un an après le coup , il se développa dans le sein un abcès qui se fit jour par cinq ouvertures. Pendant tous les allai temens qui ont eu lieu depuis le coup , le sein gauche a fourni moins de lait que le droit , cependant l’engorgement faisait éprouver parfois des élancemens , sans qu’on employât aucun moyen énergique. Vers cinquante-quatre ans, après la cessation des règles , la tumeur et les élancemens commencèrent à augmenter, et on y opposa vainement les emplâtres de ciguë.

ïl y a deux ans, M. le professeur Mar jolin , de concert avec M. Kapeîler, médecin ordinaire de la malade , fit faire des applications réitérées de sangsues et prescrivit un régime doux. Malgré ces moyens, la tumeur fit des progrès, et la peau s’ouvrit au commencement de 1836. Il s’éleva sur la partie supérieure du sein un fongus, qui , au mois de septembre de la meme année, avait acquis le volume d’une orange , et reposait sur un pédicule de deux pouces de diamètre, dont la base était mobile. Depuis quelques mois il était survenu un engorgement dans l’aisselle du même côté.

La compression fut commencée le 3o septembre • 8a6 avec des disques d’agaric et des bandes de percale , le fongus fut totalement affaissé sur

son pedicuIe, réduit à trois lignes d’épaisseur, et représenta une espèce de champignon rose, aplati qui saignait facilement et recouvrait la peau saine de deux à trois lignes, surtout à gauche. On espéra obtenir l’absorption totale de ce reste de fongus en continuant exactement la compression pendant les mois d’octobre, de novembre et de décembre 1826 , et pendant les deux premiers mois de cette année ; mais ce fut en vain.

Au commencement de mars dernier, il fut résolu avec M. le docteur Kapeller, que le fongus aplati serait cautérisé avec le nitrate de mercure liquide. Ce tissu saignant qui paraissait mou, se trouva néanmoins dense et si réfractaire, que e nitrate acide de mercure le plus concentré en détruisit à peine deux à trois lignes d’épaisseur . ^ neuf a dix cautérisations très-douloureuses.

out ce qui parut malade étant détruit, on se contenta de comprimer la plaie et ses bords en a pansant avec de l’agaric doux et lavé , tantôt ^ul et tantôt rendu onctueux par de l’huile d amandes douces battue avec une petite proportion de citron, ce qui avait déjà servi au pansement dans les premiers mois , alternativement

avec la poudre de charbon. En meme temps on comprimait avec un tampon convenable les gauglions engorgés de Faisselle du meme côté.

Au commencement de juin dernier, il restait dans Faisselle trois ganglions engorgés, de volumes difïerens, et la plaie était presque fermée, à la grandeur d’un centime près *, mais il était revenu de la dureté au bord interne de la cicatrice. Alors il fut convenu que cette dureté serait détruite par la potasse caustique, qui causerait moins de douleur que le nitrate de mercure ^ M. le docteur Cabanes fut chargé de l’exécution et de refaire deux fois par jour le bandage avec le plus grand soin.

La cautérisation fut faite en épargnant le ma» melon , qui paraissait sain , et donna une plaie de de plus de deux pouces de long. Quelques jours après nous ci urnes remarquer quelque dureté vers le mamelon *, on soigna davantage la compres» sion , et la dureté dont je viens de parler disparut. Aujourd’hui i5 août, la plaie est réduite à environ huit à dix lignes de long et quatre à cinq de large sans aucune' dureté. Les ganglions axillaires sont diminués , le plus gros égale le volume d’une noix , et le plus petit celui d’un haricot.

Depuis la cautérisation du 8 juin^ qui fut

suivie cl\iu accès clc lièvre

assez violent^ mais

cphèmère , on a panse la plaie avec la poudre de quinquina et de camphre, d abord exclusivement, puis en l’alternant avec l’huile d’amandes douces et le citron. On a remplacé l’agaric lavé par la charpie. L’association du sulfate de fer avec le quinquina a été suivie d’un état douloureux permanent de la plaie, et on y a renoncé aussitôt. Depuis cette époque on s’est renfermé dans le pansement dont j’ai parlé, fait régulièrement deux fois par jour.

Toutes les fonctions sont d’ailleurs dans le meilleur état *, cependant des douleurs rhuma*tiques obligent parfois à suspendre ou du moins à diminuer beaucoup la compression.

Dans le fait dont il s’agit, on voit :

1®. Que la maladie locale a incubé pendant trente-six ans, et ne s’est éveillée qu’après la cessation des règles, vers cinquante-quatre ans *, Que le tissu du fongus, réduit par la compression, est resté saignant, très-vivace et réfractaire à la cautérisation ^

5®. Que quoique la cautérisation ait dépassé toutes les limites sensibles de la maladie locale, celle-ci a conservé une tendance remarquable à repulluler avec les memes caractères, et que ce-

pendant elle est enrayée par la compression permanente qui est encore employée.

4°. Que les ganglions axillaires ont augmenté après la douleur des cautérisations.

5®. Qu’il faut lutter contre la disposition locale au retour de la maladie, jusqu’à ce que cette disposition semble s’user par les progrès del’àge; comme d’autres qui finissent par cesser spontanément, ou par l’usage de divers moyens. La production de .tumeurs hémorrhoidales et de certains engorgemens auxquels la nature s’essaye en quelque sorte dans les glandes mammaires, l’utérus, etc., et qu’elle renonce cependant à maintenir sous l influence de différens moyens , fournit des exemples de ce que je dis.

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