‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 18 sur 105 · QUINZIÈME FAIT · texte numérisé non relu

QUINZIÈME FAIT

Mademoiselle Ad , âgée de vingt-trois ans,

svelte et très-irritable , est devenue nubile à l’âge de onze ans*, ses règles sont séparées par des intervalles de six semaines , pendant lesquelles il existe un flux leucorrhoiqiie habituel. Depuis l’âge de dix-neuf ans la malade est sujette â une gastrodynie qui a présenté diverses variations.

A l’époque des règles du mois de mai 1826,

io3

il survint dans la partie externe du sein gauche un engorgement qui a été croissant à chaque nouvelle époque de la menstruation , avec augmentation de la fréquence et de l’intensité des' élancemens instantanés dont il est le siège. Depuis le commencement de cet engorgement les gastrodynies ont cessé , la leucorrhée a continué , et les règles ont retardé comme de coutume.

Le 10 décembre 1826, mademoiselle Ad.... présentait dans la partie externe du sein gauche un engorgement lobulé et inégal , ayant trois pouces dans son diamèti’e vertical , deux dans le transversal, et un dans son épaisseur. Cette tumeur , mobile et très-sensible au toucher , était le siège d’élancemens spontanés très-vifs, accompagnés de douleurs qui se propageaient le long du plexus du bras gauche. Il n’y avait aucun changement de couleur à la peau ni aucun caractère inflammatoire, et le décubitus sur ce côté était devenu impossible.

La compression fut commencée avec des disques d’agaric et des bandes de percale 5 et le bandage , qui était d’ailleurs fait avec beaucoup de modération, fut renouvelé chaque jour.

Le 4 janvier 1827, les élancemens avaient cessé pour ne plus reparaître qu’à l’époque des règles , qui étaient peu abondantes. Le brasdroit 5

io4

dont les douleurs avaient aussi eesse, était redevenu sensible sous l’influence de l’épof|ue des règles. Alors la tumeur n’avait plus qu’un pouce de longueur sur deux de largeur, et quatre lignes d’épaisseur; elle ressemblait à une amande aplatie, souple et mobile, et n’était plus sensible au toucher; la malade ne pouvait cependant pas encore se coucher sur ce coté. Je fis continuer la compression , je prescrivis des sangsues aux cuisses, l’infusion de fleurs de houblon au lieu d’eau aux repas , les viandes rôties et le bouillon , et avant la prochaine époque de la menstruation des bains de siège.

A la fin de janvier il ne restait plus de traces de la tumeur, et sous l’influence du régime indiqué la santé s’était améliorée , la gastrodynie n’avait pas reparu , et la leucorrhée avait considérablement diminué. Les époques des règles sont devenues de moins en moins orageuses depuis ce temps-là. La compression a été abandonnée au mois d’avril.

Cet engorgement , lié par son origine avec les orages du travail menstruel, était lobulé, rénitent, sans adhérence comme sans caractère inflammatoire. Il remontait à plus de six mois lorsque le traitement fut commencé le lo décembre 1836, et il a disparu totalement en moins

lOD

de deux mois. Je laisse chacun faire ses rëllexions sur la fréquence des engorgemens des seins dans des circonstances analogues, sur la difficulté qu’on a à les dissiper , comme sur la fréquence des dégénérescences cancéreuses par cette cause.

La rapidité du succès est frappante, lorsqu’il n’est pas encore survenu une dégénérescence complète.

Page 1