‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 21 sur 105 · DIX-HUITIÈME FAIT · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME FAIT

Mademoiselle J , âgée de trente-deux ans,

d’un tempérament lymphatique , ayant peu d’embonpoint, est née de païens sains. Elle fut i’églée à treize ans , et dès-lors le flux menstruel a été irrégulier et peu abondant. Vers l’âge de vingt- cinq ans elle eut des hémoptysies fréquentes.

En septembre 1826 , sans aucune lésion anté-

cedente , elle reconnut une tumeur dure , en dehors du mamelon du sein gauche , siëge de douleurs lancinantes ^ qui , au bout de deux mois, étaient devenues très-vives. Des cataplasmes de farine de graine de lin, de ciguë, de morelle, deux applications de six sangsues n’arrétèrent pas la marche de la maladie *, la tumeur augmenta de volume et les douleurs d’intensité , et enfin la malade entra à l’Hdtel-Dieu le 17 janvier 1827, salle saint Lazare, n°. 35. Elle présentait alors dans l’épaisseur et au centre du sein gauche une tumeur ovoïde , dure , inégale , pesante, roulant sous la peau *, son diamètre vertical était de deux pouces neuf lignes, et le transversal de trois pouces quatre lignes. Le mamelon était tout-à-fait sain , peu de tissu cellulaire sous-cutané recouvrait la tumeur. La compression fut aussitôt mise en usage *, les bandes dont on se servit étaient faites de linge neuf et un peu rudes , assez peu serrées , mais appliquées directement sur le sommet de la tumeur ; la malade éprouva pendant le jour des douleurs puisa tives , lancinantes , avec sensation de brûlure dans tout le sein. Ces douleurs diminuèrent lorsqu’on enleva le bandage, qui fut appliqué une deuxième fois , mais revinrent aussitôt , s’étendant meme jusqu’aux articulations scapulo-

humërale et humëro-ciibitale. Des symptômes d’inflammation se développèrent dans la partie : très-douloureuse au toucher, cette tumeur pré« sentait un point de flucluation j la compression fut suspendue , trois applications successives de quinze à vingt sangsues chacune sur la tumeur, des cataplasmes émolliens et un régime convenable firent disparaître tous les accidens inflammatoires.

Le 9 février , il n’y avait plus de rougeur à la peau *, la fluctuation était plus obscure , les douleurs étaient lancinantes et fortes : j’administrai à l intérieur l’extrait de ciguë.

Le i6, la tumeur ne présentait plus de fluctuation , mais était divisée en deux lobes par un sillon transversal •, les douleurs lancinantes et continuelles étaient plus fortes qu’à l’arrivée de la malade. La compression fut recommencée avec les modifications suivantes , afin d’échapper aux inconvéniens de la première tentative : les tours de bande furent appliqués d’abord sur la moitié supérieure de la tumeur, puis sur sa moitié inférieure , et^ enfin sur sa partie moyenne ou son sommet , qui fut protégé par des plans d’agaric très-souple et fort épais. Comme incrustée dans la base du cône d’agaric , fixé sur elle par les jets de bande disposés comme je viens de le dire,

Ja tumeur supporta beaucoup mieux îa compression l'cpartie sur elle d’ime manière plus e'gale^ par Tespèce de 8 de cliilFre que faisaient les tours de bande, en se croisant entre les seins. Les douleurs diminuèrent ainsi que les bosselures de la tumeur, dont la mobilité augmenta, tandis qu’elle perdait un tiers de son volume, pendant le reste du mois, au moyen de l’emboîtement dans lequel elle était tenue par le bandage décrit.

A la fin de février , ta malade fut reprise de l’hémoptysie à laquelle elle est sujette, la constriction du bandage fut diminuée et on appliqua quelques sangsues à la vulve.

A la fin d’avril , la tumeur avait encore perdu de son volume vers sa partie interne et inférieure. Dans cette circonstance, je voulus employer pour la compression , au lieu de disques d’agaric , une vessie préparée, remplie d'air, mais il fut impossible de s’en servir parce qu’elle ne pouvait conserver ce fluide sous le bandage. Pendant les trois jours de tentative avec la vessie , la tumeur reprit de l’accroissement et surtout de la pesanteur. On recommença la compression avec l’agaric posé sur un premier disque de peau de lièvre , appliqué immédiatement sur le sein.

iFétat orageux de l’atmosphère pendant les

î\]ois d’avril eide niai fah^îLall la malade, nads Ijîen moins lorsque la lumeiir était comprimée (jue tandis qu’elle ne l’était pas.

Le i4 niai , l’iiémoptysic recommença sans empcclier le retour des règles, qui furent peu abondantes. Cependant les adhérences de la peaü étaient diminuées , le mamelon sain, auparavant enfoncé dans la tumeur , commençait à ressortir , tandis que celle-ci semblait gagner du coté externe. Lorsque le bandage était enlevé, la malade éprouvait des douleurs lancinantes. Il faut convenir que la disposition hémoptoïque de cette personne gênait pour donner à la compression un degré qui put soutenir son action sur l’engorgement dont il s’agit. Cette difficulté de comprimer autant que cela est nécessaire pour la résolution , la nouvelle extension que semblait prendre la tumeur, quoique l’engorgement axillaire eût disparu, et surtout 1 augmentation des douleurs lancinantes lorsqu’on serrait un peu plus le bandage , me déterminèrent à proposer l’ablation du reste de la partie malade.

Le 22 mai , on appliqua une traînée de potasse le long de la partie externe du sein sur l’endroit correspondant à la partie moyenne de la tumeur. Le ^3, l’escarre, de trois pouces de long et de trois lignes de large, fut incisée et la tu-

meur fut enlevée partie par énucléation (i) et partie par section avec le bistouri boutonné. La plaie fut pansée avec de l’agaric sans qu’il fût nécessaire dé lier aucun vaisseau.

Le 24 et le ^5 5 il y eut un léger suintement sanguin , qui ne continua pas : on pansa avec la poudre de quinquina et la charpie.

Le 27 , la fièvre était modérée , un prolongement de la tumeur , qui était resté vers le bas de la plaie , fut enlevé.

Le 28, la suppuration était séreuse.

Le 3o , la malade était souffrante , avec diarrhée, affaissement et aspect peu favorable de la plaie, dont la surface ne présentait cependant point les caractères de la pourriture d’hôpital. On toucha tout l’intérieur de la plaie avec des bourdonnets trempés dans le nitrate de mercure

Le 3 1 mai , l’apyrexie était complète , la malade était rassurée et la diarrhée avait cessé. Dès le lendemain , le produit de la suppuration était louable , et les douleurs faibles qui restaient n etaient plus les douleurs lancinantes qui existaient

(1) Je conserve le mot énucléation pour exprimer l’action de la main remplaçant le bistouri pour déchirer le tissu cellulaire ambiant des tumeurs , dont j’ai cru devoir enlever les restes après une compression plus ou moins soutenue.

auparavant. On pansa avec la poudre de charbon. Pendant les premiers jours de juin, la plaie, du meilleur aspect diminuait rapidement, et avant la fin du mois il ne restait à sa place qu’une cicatrice linéaire , sans aucune trace de l’engorgement axillaire qu’on avait comprimé sans l’enlever, ni de la tumeur dont on avait fait l’ablation.

Mademoiselle J est restée à l’Hotel-Dieu

jusqu’à la fin de juillet, sans reprise d’hémoptysie. Elle se plaignait d’une douleur vers la partie inférieure du sternum , oii existait une apparence de tuméfaction. Vers la fin du mois d’août, elle est revenue à l’Hôtel- Dieu pour mon- , trer l’état de la cicatrice , qui est parfaite *, la douleur ainsi que la tuméfaction sternales sont diminuées.

La tumeur enlevée , assez semblable à un rein avec sa scissure, était ramollie et cérébriforme vers sa partie moyenne , ou l’on avait reconnu une fluctuation obscure *, dans le reste de son étendue , elle était dense , d’un blanc mat et nullement friable, comme dans l’endroit ramolli^ son kyste n’était pas complet, il avait des adhérences par sa partie supérieure au grand pectoral, et par sa partie inférieure il se confondait avec une portion malade de tissu cellulaire sous-»

c'utaiic qui Tul cniev(’o caiis/ciilivciîJCîîL (liiez ce sujet hciTîoptoiquc et qui supportait uuil la eonipr ession , je ne voulus pas m’en rapporter à ce moyen pour obtenir la résolution de ce reste d’engorgement.

i”. La tumeur dure , inégalé et déjà ramollie j de la demoiselle J...., a été avantageusement modifiée par la compression.

2°. Cette personne, très-irritable et bémoptoïque , n’a pu supporter qu une compression très-faible et souvent presque nulle.

3“. Elle a parfaitement soutenu la douleur de la cautérisation et celle de l’ablation faite en partie par décollement et en partie par section sur le grand pectoral et consécutivement vers le bas de la plaie.

4". Elle n’a point eu de reprise d’hémoptysie depuis son opération.

5". La douleur et la tuméfaction sternales paraissaient diminuées la dernière fois que j’ai vu

la malade, le 12 septembre.

6°. Le mamelon est resté en bon état quoique

la tumeur occupât toute la partie gauche du sein et s’étendît jusqu’à sa partie droite.

L’engorgement axillaire a totalement disparu depuis l’opération, après laquelle la compression a été continuée modérément, mais exac-

(cmcnt

ne rosie auciuie Iraoo d oî)i;î)rc:ei:nent'.

dans le lieu qu’occupait la tunieur.

8°. Eu commeu.yant le traitement , je n’ai point eru l’operation convenaljle , parce que je devais attendre les résultats de la eompression seule, et cela d’autant mieux que l’engorgement axillaire diminuait.

9“. Il semblerait, par ce fait et par d’autres (dix-septième , vingt-quatrième et vingt-liiiitièmc ) , que la compression diminuerait le calibre des vaisseaux qui se rendent à la partie malade, car^ dans le cas présent, aucune ligature n’a été nécessaire, quoiqu’une partie des dépendances de la tumeur ait été excisée.

IO^ N’ayant eu besoin que d’une incision Ion* giludinale , j’épargnai à la malade , parla traînée de potasse, la douleur de la section de la peau.

ii^’. Si on eût fait l’ablation avant la compression , il aurait fallu emporter l’engorgement axillaire sans aucune garantie que la tumeur ne repu liiiler ait pas , parce que le danger de la récidive parait bien moindre lorsqu’avant d’opérer on a obtenu la diminution de la maladie locale par la compression qui , comme on va le voir dans le fait suivant, peut encore devenir utile

c onséciilivemcnt a l’ojoération , lorsqu’elle a été Oîiîisc auparavant.

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