DIX-NEUVIÈME FAIT
Mademoiselle , suédoise , âgée de trentetrois ans 5 a toujours joui d’une bonne santé, quoique , de dix-huit à trente ans , elle ait été sujette à des engorgemens glanduleux au cou.
Vers trente et un ans et demi , elle reçut un coup en dehors du sein droit, oii il survint de la douleur et un engorgement. Quinze jours après on mît douze sangsues sur l’endroit douloureux, et une application semblable fut réitérée cinq fois sans avantage. L’emplâtre de vigo , l’huile de ricin à l’intérieur, des frictions avec l’onguent napolitain, un liniment avec la teinture d’iode , une potion iodurée , des bains , des douches de vapeur furent employés sans succès : l’engorgement et les élancemens augmentèrent.
Six mois après l’accident, la tumeur ayant le volume de deux noix, M. Breschet en fit l’extirpation avec le plus grand soin en janvier 1826. Un mois après , il se déclara un nouvel engorgement avec des douleurs lancinantes : de nouvelles sangsues, des cataplasmes de ciguë, l’huile de ricin â l’intérieur , des douches d’eau chargée de muriate de soude, et divers autres moyens restèrent inutiles qiioiqu’employés d’tme ma-
nière suivie , pendant le cours de l’année 1826.
Le 5 mars 1827 , le sein droit était engorgé, dur et inégal à sa partie externe en dedans de la cicatrice^ dans l’étendue de plus de deux pouces *5 le sein gauche avait plusieurs noyaux irréguliers d’engorgement du volume d’un œuf de pigeon*, les deux mamelles, et surtout la droite, étaient le siège de douleurs lancinantes *, je ne reconnus rien aux aisselles.
Je commençai la compression le 5 mars 1827, avec des disques d’agaric et des bandes de percale.
Le 23 mars, on ne distinguait presque plus les engorgemens , et les douleurs lancinantes étaient presque nulles.
Le 19 avril , la résolution des tumeurs était confirmée.
Le 9 août, j’ai appris que mademoiselle de retour en Suède , y jouissait d’une santé parfaite sans aucun reste de l’engorgement des seins. Elle continue son bandage , qui lui tient lieu de corset.
1°. Chacun qualifiera les engorgemens de mademoiselle comme il l’entendra *, mais il restera toujours qu’à la suite d’un coup , cette personne a eu dans le sein droit un engorgement inégal et douloureux, qui a résisté à plus de six
luois (Tun üailciiicnt régulier , dirigé par 1\J. ErescLel, de concert avec M. Dupuytren.
La tumeur extirpée par M. Breschet , d’après l’avis de M. Dupuytren , a été suivie , au Bout d’un mois, d’une lécidive qui a compromis non-seulement le sein droit, mais encore le sein gauche.
3". La récidive , traitée par M. Breschet , pendant le cours de 1826 et toujours d’après les conseils de M. Dupuytren , l’a été sans succès par les moyens qui ont été indiqués et par d’autres dont la malade ne s’est point souvenue.
4'". La meme récidive, traitée par la compression isolée de tout autre moyen, a été guérie en moins d’un mois , et après une guérison aussi facile, aucun symptôme local ni général de la maladie ne s’est montré depuis six mois.
5®. Fallait-il , dans le cas présent, extirper de nouveau ? il fallait donc emporter les deux seins en entier 1
La compression n’est point un moyen universel, elle ne peut pas toujours remplacer l’opération, mais elle peut devenir, après les échecs de celle-ci, une ressource dont les gens sages apprécie ron t l’impor tance.