‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 29 sur 105 · VINGT-HUITIÈME FAIT · texte numérisé non relu

VINGT-HUITIÈME FAIT

M. le docteui Golson , de Beauvais, m’adressa le i8 avril 182^^, madame IL.. , âgée de soixantedeux ans. Cette personne, issue de parens sains, a toujours joui d’une bonne santé^ elle a été bien réglée de|)uis Fiige de quatorze ans jusqu’à quarante-

quatre, époque à laquelle ses règles ont cessé sans inconvéniens. Mariée à vingt-six ans^ MadameH.. a eu deux enfans qu’elle a allaités. Depuis quelque temps la malade portait au sein gauclie un engorgement , lorsqu’il y a dix-huit mois elle reçut sur le sein droit un coup qui y détermina une tuméfaction, pendant laquelle celle du coté gauche disparut. Pendant un an la tumeur du sein droit fit peu de'progrès , mais depuis six mois il était survenu des douleurs lancinantes, et la tumeur s’était ulcérée autour du mamelon.

Le 1 9 avril , la tumeur , dure , bosselée et mobile^ occupant la partie moyenne du sein droit, ressemblait à un cône tronqué de deux pouces et demi de diamètre à sa base, et présentait à son sommet autour du mamelon , un ulcère sordide et puant de huit à dix lignes de profondeur dont Fouverture aurait pu admettre le pouce. L’aissélle droite offrait un engorgement du volume d’une forte amande. On appliqua ce jour-là dans la cavité de l’ulcère un bourdonnet de charpie trempé dans le nitrate de mercure *, la vivacité de la douleur me fit renoncer à ce premier caus-^ tique, et on le remplaça par un scrupule de potasse caustique mis dans la plaie.

Le 22 avril, le mamelon était détruit et l’ulcère formait sur la base de la tumeur une espèce

d’entonnoir , dans lequel je fis mettre deux scrupules de potasse , afin de détruire d’un seul coup par le centre toute la masse de la tumeur. Cette opération fut très-bien supportée , mais une petite partie de l’engorgement fut épargnée vers la partie supérieure. Après la chute de Fescarrc, j’enlevai par énucléation tout ce que je pus distinguer des restes de la tumeur. Fort des résultats du onzième fait et du troisième, je m’abstins d’attaquer la portion de peau malade qui avait échappé au caustique, et je me bornai à faire commencer la compression de Faisselle et des bords de la plaie d’une manière régulière par M. le docteur Cabanes. La plaie , du plus bel aspect, marchait rapidement vers la cicatrisation , qui était presque achevée , à trois ou quatre lignes près, vers la fin du mois de mai, lorsque je m’aperçus que la portion de peau qui tenait à la partie malade que j’avais enlevée vers la partie supérieure, n’était pas l’evenue à son état naturel, et qu’il restait là un noyau carcinomateux de six lignes de longueur et trois de largeur apparente. Afin d’abréger la durée de la cure, je fis une nouvelle cautérisation de la plaie, et, comme on voit, du coté inférieur des restes de la maladie locale. Le caustique agit encore incomplètement, parce qu’il fallut le me-

lîager à oaiisc do rinitabililo t!e la malade, et surtout à raison de son application à ia partie declive de l’aiFeetion locale.

Cette cautérisation incomplète laissa encore un point très-circonscrit dont j’espèrais que la compression triompherait enün^ mais il en fut autrement ; cet endroit malade, qui avait trois ou quatre lignes d’étendue , résista pendant tout le mois de juin et une partie de juillet. Cependant la malade sortant peu, devint nostalgique. Sur ces entrefaites, elle fut prise d’une lièvre aiguë à laquelle s’associa bientôt un érysipèle qui affecta principalementl’épaule droite, fit beaucoup souffrir la malade , et la débilita beaucoup. Avant la lièvre, l’engorgement axillaire était à-peii-près disparu*, après la fièvre je trouvai dans le fond de l’aisselle un engorgement dur, beaucoup plus profond et plus étendu que le premier. Cet accident me parut si considérable qu’il m’ôta même la pensée de faire aucune entreprise sur le tubercule restant, quelque petit, aplati et mobile qu'il fut; la faiblesse et la grande irritabilité de la malade semblaient d’ailleurs s’y opposer. Cependant en examinant l’aisselle plus tard.) je trouvai que ce nouvel engorgement était uniforme , et je crus lui reconnaitre caractère pblegmoneux ^ et même déjà une

un

il üctuation , mais trcs-profoade, Oo appliqua dvs cataplasmes dans Faisselle, je repris courage et je chercliai à en donner à la malade, en lui faisant envisager comme trcs-procliain le nioment de son retour. Le tubercule fut cerné avec la potasse et enlevé ensuite par M. le docteur Cabanes , qui incisa Fescarre et emporta le tout en deux fois.

Cette petite opération iFétait rien en ellemême ; mais la malade souffrait beaucoup de Faisselle, avait du dévoiement, et ne se nourrissait pas, ensorte qu’au lieu de reprendre des forces elle en perdait ^ et peu de jours après , le 2 y août, tandis que, par un régime analeptique, on clierehait à la fortifier, elle fut prise inopinément d’un stertor, qui fut le prélude de Fagonie, et elle siiceomba dans la soirée.

La plaie résultant de la dernière ablation était presque linéaire, parce que ses bords s’étaient réunis par première intention,

11 était très-important de eonoaitre la nature de l’engorgement survenu au fond de Faisselle pendant l’érysipèle. La famille consentit aux reelierebcs nccroseopiques : un abcès profond fut trouvé dans Faisselle par MM. Cabanes et briancon.

constatée par M. le docteur Colson de Beauvais.

1 Avant de comprimer, j’ai du déblayer l’ulcère , mais la cautérisation a malheureusement épargné .un point malade vers la partie supérieure.

. 2*. La sécurité qu’inspira le succès du fait n"*. I l, empêcha d’attaquer immédiatement par sa partie supérieure les restes échappés à la cautérisation. Cette omission a été capitale en faisant languir le traitement dont on devait espérer un meilleur résultat. La grande irritabilité de la malade et l’espérance du succès , par la compression, furent les causes de cette’ omission .

3°. L’état nostalgique a exaspéré et débilité le système nerveux.

4°. La fièvre et l’érysipèle ont achevé d’affaiblir la malade par la fièvre elle-même , par la diète et par l’abcès du fond de Faisselle survenu dans le temps oii toute compression était cessée de ce côté , ainsi que sur le sein , à cause de Fèrysipèle.

5®. Que serait-il arrivé si , au lieu d’enlever seulement une partie des restes de la tumeur après la grande cautérisation , j’avais attaqué la portion malade par sa partie supérieure ? 11 est probable qu’elle eut guéri, à en juger parlarapi-

dite avec laquelle la plaie marelia vers la cieatrisation, excepté dans le point malade, et par la rapidité avec laquelle l’engorgement axillaire se dissipa.

6\ La eompression n’a rien pu sur les restes de l’engorgement du sein, mais elle a pu dissiper celui de Faisselle.

Le défaut de suceès de la compression sur les restes de l’engorgement dans le fait dont il s’agit, après ses succès dans le ii% fournit la meilleure preuve que l’état cancéreux n’est pas identique dans tous les cas.

8°. J’ai vainement fait varier les poudres de quinquina , de camphre , de lycopode, de sulfate de fer, etc. *, elles n’ont pas eu plus de prise sur la partie restée de l’engorgement que les plaques de plomb laminé qu’il a fallu abandonner.

9”. Importante pour triompher de certains engorgemens cancéreux , la compression a le pouvoir d’en empêcher le retour après leur ablation. Voj. les faits 3, lo, 17, 18, 19 ,5 20, 22 , 4i 5 4^ et 4b.

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