INTRODUCTION
Dans l’impossibilité de répondre à toutes les demandes qui me sont faites sur la méthode que j’emploie dans le traitement du cancer , je me détermine à publier le résultat de mes recherches sur ce sujet plus tôt que je ne me l’étais proposé. ^
Ce travail sera divisé en trois parties :
La première contiendra l’exposé des faits , suivi de leur résumé ;
' Dans la seconde, je développerai les principes du tràitement auquel j’ai été successivement amené , et j’en tirerai des conséquences relatives à la nature du vice cancéreux, dont je m’occuperai à part ;
La troisième fournira , aussitôt que cela sera possible , la conclusion des traitemens qui ne sont que commencés en ce moment.
Ce n est pas l’apologie d’un moyen particulier que j’entreprends, c’est un compte que je rends de ma conduite et de mes réflexions dans une route nouvelle que j’ai été obligé de me frayer , et j’adopte la forme historique , parce quelle m’a
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semblé la plus propre à identifier chaque lecteur avec l’ensemble des faits.
En février 1817, je fus consulté par madame Li.-.y, âgée de cinquante -un ans, bien conservée , et portant au sein gauche une tumeur plus volumineuse que la tète d’un adulte , dure sur-tout à sa partie supérieure^ inégale par conséquent dans sa densité. La peau qui recouvrait l’engorgement était parsemée de veines très-dilatées *, elle était saine , mais amincie par son extension excessive causée par le volume de la tumeur , qui était le siège des élancemens les plus douloureux , et devenant de plus en plus fréquens.
Madame L était issue d’une famille gout¬
teuse, et ce principe, devenu évident chez elle dès sa jeunesse par des douleurs arthritiques , des gastralgies , des coliques , des dysuries , des céphalalgies et des douleurs des seins violentes et alternantes, avait, comme on voit, oscillé entre plusieurs organes , et notamment entre les seins , pour se fixer définitivement sur le gauche. Comme elle était d’ailleurs d’une copâtitution très-irritable , chaque époque de la menstruation était, chez elle, l’occasion de nouvelles souffrances. Depuis l’âge de quarante-sept ans , les règles retardèrent et diminuèrent , et le principe arthri-
tique 5 vague jusque-là, eoncentra toute son action sur le sein gauche , dont l’état de souffrance augmentait considérablement aux époques du travail menstruel prêt à cesser. Lesein gauche tuméfié se comportait comme une immense tumeur érectile , causant alors les douleurs les plus intolérables. '
Il est bon de remarquer , dès à présent , que le sein gauche de madame L.... avait toujours prédominé en susceptibilité et même en volume. Les premiers mois de 1817 se passèrent en diverses tentatives de traitemens extérieurs et intérieurs , dont l’activité fut éludée par l’extrême susceptibilité nerveuse, gastrique et vésicale, delà malade, ce qui empêcha de les employer avec une énergie suffisante. La ciguë, l’aconit, diverses préparations mercurielles , les exutoires , les pédiluves aiguisés avec Facide hydrochlorique , etc. , furent successivement mis en usage. Quant aux opiacés , la moindre dose était suivie d’une dysurm si douloureuse , qu’ils rendaient pire la situation de madame L. . . . au lieu de la soulager.
La nature cancéreuse de la maladie était connue J la cause occasionelle de son développement , le principe goutteux , ne l’était pas moins , et il était permis de craindre que la soustraction brusque de son principal repaire ne fût suivie
tl’iiiie dé tonna tion plus désavantageuse , ce principe paraissant encore dans toute sa force (i).
Ces considérations éloignèrent de la pensée de l’opération *, cependant la tumeur gagnait tellement en volume et les douleurs en intensité et en continuité , qu’au mois d’août 1817 la situation de la malade devint intolérable. Après diverses consultations avec MM. les professeurs Boyer, Dubois, Dupuytren, Laënnec et Marjolin. on apprit que M. le docteur Biett^ médecin de l’iiôpital Saint-Louis, était de retour d’un voyage en Angleterre. Il fut prié de se réunir à une consultation dans laquelle, après avoir reconnu la nature cancéreuse et les dimensions imposantes de la tumeur , il se renferma comme ses
(1) Il est connu que le principe arthritique manifestant sa présence chez un sujet quelconque , se comporte de diverses manières : tantôt il se montre sous des formes anomales, céphalalgiques, dyspnéiques , cardialgiques , entéralgiques, dysuriques , etc. , etc. , et ne prend que tard les formes arthritiques proprement dites ; d’autres fois , il suit une marche inverse , et après avoir revêtu d’abord les formes de la goutte articulaire , il conclut par les apoplexies , les paralysies et les maladies organiques, parmi lesquelles les cancers se montrent fréquemment aux seins et dans les organes ganglionnaires. D’autre part, tantôt les affections locales dépeodantes du principe arthritique , s’usent avec lui lorsque le sujet est jeune ; mais d’autres fois, chez les sujets plus âgés, ces mêmes affection» locales se confirment ou sont remplacées par d’autres, si la première en scène est située de manière à être soustraite par ablation avant que le principe arthritique soit usé lui-même.
autres confrères dans une médication palliative. Pressé davantage sur ce qu’il avait pu apprendre de particulier à cet égard en Angleterre, M. Biett parla des essais de compression du docteur Pearson^ mais sans pouvoir fournir ni faits ni documens particuliers sur le mode ni sur les résultats de cette méthode , qui, du reste, lui parut absolument inapplicable au cas présent, eu égard au volume de la tumeur et à l’excès des douleurs.
Cependant madame L. . . . fit écrire au docteur Pearson, afin d’avoir des renseignemens directs sur cette méthode et sur ses résultats. En attendant , je réfléchissais et j’établissais avec patience , au moyen de bandes de flanelle , un bandage compressif si régulier et si soutenu , que, par son moyen, je luttais avec avantage contre des douleurs qu’exaspéraient les caïmans *, la tumeur parut diminuer , la malade commença à sortir, et même, ainsi que ses amis, à concevoir . des espérances que le médecin n’osait partager.
M. Pearson répondit enfin, et j’ai sa lettre, dans laquelle il décrit un bandage oblique , passant sur l’épaule du côté ^sain et au-dessous du sein malade , comme une écharpe , pour le soutenir. La lettre du docteur Pearson ne m’apprit rien.
Après quatre mois de patience, le volume et
lés adhérences de la tumeur de madame L..,. étaient diminués ; mais les douleurs finissaient par résister depuis la cessation totale des règles , et le secours de la compression pour les apaiser semblait nous échapper. Cependant la malade s’impatienta de la longueur du traitement, et, enfin , après le refus de plusieurs chirurgiens célèbres, M. le professeur Richerand enleva, au commencement de i8i8, une tumeur carcinomateuse du poids de neuf livres environ. La malade guérit et resta sans aucune récidive jusqu’à l’époque de sa mort , arrivée accidentellement l’an passé par suite de la chute d’une voiture.
Je m’étais servi de disques de linge entre les tours de bande pour augmenter l’effet du bandage sur la tumeur.
Quelque temps après, j’appliquai la méthode , de la compression au traitement d’une tumeur ovoïde , située à la partie interne du sein gauche de madame de L. . .e , âgée de trente ans environ. La tumeur fut diminuée en quelques semaines, et rendue si mobile, que, Iprsqu’en raison des craintes de la malade M. le professeur Dupuytren extirpa les restes de la tumeur , elle fut extraite avec la plus grande facilité par une simple Incision.
Il résulte de ces deux premiers faits :