VIJ
i*. Que les ëlancemens ont diminué sous une compression méthodique ^
2®. Que les tumeurs sont devenues plus mobiles et plus isolées ;
3®. Que pendant neuf ans il n’y a eu de récidive ni chez l’une ni chez Fautre.
Depuis long-temps déjà je m’étais occupé du traitement des maladies cancéreuses par le Gura f amis y modifié de diverses manières par l’emploi de la ciguë et l’aconit; j’avais enfin prié M. Caventou , l’un de nos pharmaciens distingués ,
, de publier, dans le Bulletin de Pharmacie , le procédé par lequel , en traitant les plantes vireuses i^ciguë, aconit^ etc.) par les vapeurs acétiques ou alcooliques , on obtient des extraits d’une grande activité (i).
J’avais tenté à l’extérieur et à l’intérieur l’association de l’hydriodate de potasse et de diverses autres substances mercurielles, antimoniales, etc. avec les plantes vireuses. Des tumeurs mammaires, scrotales et abdominales, s’étaient résoutes ; mais je n’avais pas une garantie suffisante que ces engorgemens fussent de
(i) Les extraits ainsi préparés, ayant une action résolutive trèsgrande , sont en même temps d’une grande convenance pour l’appareil digestif, dont les fonctions non-seulement ne se déférioront point par leur usage, mais s’améliorent plutôt.
vil]
véritables cancers, avec lesquels il est si facile de confondre des phlegmasies chroniques des mêmes organes. Des tumeurs chroniques avaient disparu ; mais, d’autre part, des tumeurs manifestement cance'reuses , à en juger par leur origine obscure, leur densité, leurs bosselures et les élancemens instantanés dont elles étaient le siège , avaient résisté, et leurs victimes avaient succombé à la cachexie cancéreuse.
Depuis l’époque dont je viens de parler , je repris le cura f amis dis cc diverses modifications et avec différentes combinaisons. Chemin faisant, j’étais souvent ramené à méditer sur la compresr sion, mais toujours retenu dans la direction du traitement interne par l’idée d’un vice cancéreux primitif et par les échecs de la compression en Angleterre.
Après quelques tentatives inutiles et même fâcheuses, la méthode de la compression, qui ne suffit seule que dans des cas déterminés^ mais qui est dans tous les cas un auxiliaire indispensable , a été abandonnée en Angleterre. M. Samuel Cooper , dans son Dictionnaire de Chirurgie-pratique , article Cancer^ 296 , dit : (c J’ai parlé, dans un autre ouvrage (i),
(1) First Unes of tbe practice of surgery ^ vol. I.
)) de la méthode de traiter le cancer par la comï) pression , je n’ai besoin ici que de répéter que » c’est une méthode qu’aucun de nos meilleurs » praticiens ne croit digne d’approbation. ))
D’autre part, le rapport de M. Charles Bell au comité médical de Middlesex était fait pour décourager les plus intrépides^ car il y établit que les bandages compressifs et tous les modes de compression sur les tumeurs cancéreuses , ulcérées et non ulcérées, sont définitivement nuisibles , en procurant l’extension rapide de la maladie de la glande mammaire aux muscles et aux côtes , et amenant la prompte dégénérescence des tumeurs cancéreuses. Ce rapport détruisit l’effet des observations du docteur Young, qui avait le premier employé la compression dans les cancers. Tel est l’état de la question sur l’application de la compression au traitement des cancers en Angleterre, ce qui m’a été confirmé par M. le docteur Shaw en 1826, lors de son voyage à Paris et de sa visite à l’Hotel-Dieu, oîi je lui montrai les succès de quelques traitemens.
En France, en 1822, MM. Breschet et Ferrus écrivaient , dans le Nouveau Dictionnaire de Médecine^ article Cancer^ tome IV, page 2i3 :
(( que l’application qu’on a faite de la conipres-^ )) sion au traitement du cancer n’a pas été heu-
)) relise, et qu’on doit aujourd’hui renoncer à )) toute compression dans cette maladie. ))
Depuis lors les choses restaient dans l’état ou elles étaient auparavant : on palliait , ou si on opérait , les cancers récidivaient dons la si grande majorité des cas , que tous les chirurgiens qui acquéraient l’expérience de ces récidives finissaient par refuser d’attaquer ces affreuses maladies par l’opération. Tl ne me serait pas difficile de citer les observations de personnes que MM. les professeu’-s Beyer, Dubois, Dupuytren , Marjolin, bicherand , Üoux , etc. , ont refusé d’opérer.
Si les observations faites à l’iiopital de Middlesex sont exactes, comment se fait -il que , n’ayant repris cette méthode de traitement qu’en j’aie déjà un assez grand nombre de cas de guérisons de cancers parfaitement constatées, comme on le verra bientôt ? Il faut qu’on n’ait pas rencontré dans cet hôpital la manière convenable d’exercer la compression , et de la modifier suivant les périodes du traitement et suivant celles de la maladie elle-même. Déjà plusieurs de nos confrères des hôpitaux, témoins des succès que j’obtiens par cette méthode dans la ville et à l’Ilôtel-Dieu, commencent à ia inettre en usage : M. le professeur Ro;ix , à la Charité ;
M. leprofesseur Alibert, à l’hôpital Saint-Louis -, M. Lis franc , à la Pitié , etc. 11 m’a donc semblé absolument nécessaire de m’expliquer sur les procédés que j’emploie , afin d’abréger les tâtonnemens et de faire tout ce qui dépend de moi pour qu’une méthode si utile dans des cas désespérés n’ait pas en France le même sort qu’en Angleterre.
On me pardonnera probablement de crier grâce pour des malheureux voués à la mort , et de protester contre l’antique arrêt du noli me, tangere^ confirmé par la chirurgie anglaise , et comme enregistré par la chirurgie française dans le Nouveau Dictionnaire de Médecine.
Je crois d’autant plus indispensable de m’expliquer directement sur cet objet, que des renseignemens inexacts, fournis par des journaux de médecine , induiraient en erreur les personnes qui , n’étant pas sur les lieux , ne peuvent juger les choses par elles-mêmes. C’est ainsi qu’ayant employé une seule fois (neuvième fait) les pilules de Méglin , on a imprimé que je traitais les cancers par les pilules de Méglin , et autres choses tout aussi exactes , et qui prouvent seulement que l’auteur de l’article ne s’est montré â la clinique de l’Ho tel-Dieu qu’une seule fois , ce
xij
qui ne paraît pas avoir suffi pour lui faire entendre en quoi consiste ma méthode.
En 1824, madame Le... y 5 demeurant à la barrière de Sèvres ^ âgée de trente-quatre ans , sujette à des migraines, qui étaient diminuées depuis quelque temps , me consulta pour une maladie offrant les caractères suivans : la peau de la poitrine, en dehors du sein gauche, présentait un endroit racorni , dur et rugueux , autour duquel elle était comme étoilée. Cette désorganisation sans cause locale remontait à plus d’un an, et il n’y avait pas encore de douleurs. Mon avis fut contraire à l’opération. Dans le courant de 1825, ayant été mandé en consultation pour M. L..., , affecté d’une pleuro-pneumonie avec rhumatisme grave, et traité par M. le docteur Rivallié, je revis cette dame , dont je n’avais plus entendu parler. Elle me parut très-souffrante. Lorsque le mari fut mieux , madame L.... m’entretint de sa situation, qui était affreuse. Elle avait été opérée avec un soin particulier par M. Paul Dubois , et malgré cela la maladie avait repullulé moins de trois mois après. On voyait un fongus cancéreux du volume du poing au-dessus du bord du grand pectoral gauche ^ il rendait un ichor des plus fétides j l’épaule
XI l]
était lesit'ge de douleurs insupportables^ de meme que le bras , et ce dernier était tuméfié , ainsi que 1 avant-bras et la main. Le cas était sans ressource. Cependant, ayant fait de nouvelles réllexions sur la compression, je résolus de chercher du soulagement pour cette mère de famille ; et secondé par M. Rivallié , je commençai par cautériser avec le nitrate de mercure liquide le fongus dont je viens de parler. La cautérisation fut trèsdouloureuse , mais elle suspendit les douleurs bien plus atroces de l’épaule. Avant d’employer la compression , j’essayai le précipité rouge , le turbith minéral, le quinquina, le charbon, etc. Dans les pansemens les escarres tombèrent, et M. Rivallié , ainsi que plusieurs de nos confrères , et notamment M. le professeur Fizeau , M. le docteur Martinet, Chef de clinique, MM. les docteurs Durnerin, Gros , etc. , ont vu le bel aspect de cette plaie consécutive à la chute des escarres , et cela sur un fond dur et cancéreux jusqu’aux côtes. Je voulus enfin commencer la compression, mais je n’avais pas encore eu l’idée de l’agaric *, je ne pus la faire supporter , et cette personne infortunée succomba dans les douleurs les plus horribles à la fin de iSsS.
Il ne me resta de ce fait que l’horreur de la maladie, le souvenir du pouvoir du nitrate de
mercure pour produire de beaux bourgeons charnus sur un fond cancéreux , et celui de son impuissance pour soutenir ces premiers avantages.
A la fin de iSsS, je fus consulté par madame de Ch...t, âgée de trente- sept à trente -huit ans, portant depuis un an environ , à la partie interne et supérieure de la glande mammaire gauche, un engorgement inégal , de trois pouces de diamètre , distinct du reste de la glande , qui était aussi malade. M. le docteur Gall avait vu cette dame-, M. le professeur Roux avait aussi été consulté, et nous nous trouvâmes ensemble auprès d elle. Une tumeur dure , inégale , avec des élancemens , ne pouvait pas nous laisser longtemps dans le doute. Il fut' convenu que des sangsues seraient appliquées localement , réitérées et suivies de cataplasmes ', que la méthode du ciirci fcitnis serait employée, et qu'enfin , si ces moyens échouaient, on aurait recours à l’operation. Les sangsues n’eurent d’autre effet que d’exasperer l affection locale , les cataplasmes ne furent d’aucun avantage, et le cura famis le plus rigoureux pendant plusieurs mois avec la ciguë et l’hydriodate de potasse n’eut d’autre résultat que de faire maigrir considérablement la malade sans aucune diminution de la tumeur ni des élancemens. C’est alors que me souvenant que la compression n aug-
mente pas les adhérences des tumeurs cancéreuses, je revins à la pensée de ce moyen, sous l’influence duquel et sous celle d’un régime plus substantiel , cette mère de famille a récupéré son embonpoint et perdu son engorgement , dont il iVest pas resté la moindre trace après quatre mois de traitement. Les deux seins sont aujourd’hui parfaitement égaux , sans aucune propension à la récidive , quoique la compression ait été cessée depuis l’automne de 1826. 11 faut considérer ce fait comme le premier traitement régulier de ce genre que j’ai dirigé , et il faut convenir que j’ai été parfaitement secondé dans ce cas par la docilité de la malade. J’acquis ainsi une nouvelle pi^euve que la compression bien faite diminue les adhérences au lieu de les augp menter , et je conçus des doutes sur l’existence d’un vice cancéreux constitutionnel primitif , dans le sens qu’on y attache ordinairement.
Ce premier succès me fît très- sérieusement réfléchir sur les causes qui avaient fait échouer la compression en Angleterre , et je résolus de les etudîer attentivement à mesure que les occasions s’en présenteraient. Elles ne tardèrent pas , et je vais rendre un compte scrupuleux des faits qui se sont offerts à mon observation , des
xvj
obstacles que j’ai rencontres , et des moyens que j’ai employés pour les vaincre.
Dans le temps où je commençais à voir les succès d’une compression méthodique sur madame de Cli...t, j’appris par M. le docteur Andrieux , avec qui j’avais vu en consultation , dans le marché Saint-Honoré , en janvier 1826, une dame âgée de quarante-deux ans , portant au sein droit un engorgement jugé cancéreux par M. le professeur Dubois^ j’appris, dis-je, que la compression que j’avais conseillée avait concouru à la diminution de la tumeur , quoique la malade fut très-indocile. La compression n’avait pu être continuée que pendant douze jours. Son emploi dans ce cas confirma simplement qu’elle n’augmente pas les adhérences.
Je tiens le fait suivant de mon honorable confrère M. le docteur Bourdois de la Motte, à qui je parlais des effets avantageux d’une compression méthodique dans les tumeurs cancéreuses. Mademoiselle Cio tilde éprouvait des vices de digestion qui , ayant été inutilement combattus par les moyens jugés convenables, conduisirent la malade à prendre l’avis d’un chirurgien célèbre , qui crut pouvoir les attribuer à une hernie de la ligne blanche , et conseilla un bandage. Les accidens furent suspendus pendant
XViJ
ijuutre jnois , après lesquels ils recommencèrent, continuèrent, et finirent par faire périr la malade , quelques mois après , d’un cancer à l’estomac, comme on put s’en convaincre à l’autopsie. Je laisse chacun faire ses réflexions sur la suspension d’accidens semblables sous la pelote d’un bandage (i).
J’ai été forcé à bien des làtonnemens pour lever les difficultés à mesure qu’elles se présentaient ; je pense qu’il est de mon devoir de les épargner à mes confrères et à l’humanité autant et aussi vite qu’il est en moi ; ce qui expliquera pourquoi je n’attends pas la terminaison de tous les traitemens commencés pour donner ce travail.
Je ne dissimulerai aucun insuccès , aucune faute de ma part lorsque j’en reconnaîtrai; sur un sujet aussi grave il faut que les amis de la vérité puissent tout méditer. Je ne nommerai point les malades , parce que cela peut avoir des inconvéniens pour les familles ; mais toutes les fois que cela sera possible, je citerai des témoins compétens que personne ne pourra récuser.
J’écarte de ce travail tout ce qui est fait et pourrait l’allonger; en conséquence, pour tout
(i) Voyez le quarante-sixième fait.
ce qui appartient aux caractères physiques oit anatomiques du cancer , je renvoie aux travaux de Bayle et Laennec, et à ceux de M. le professeur Cayol , articles À natomie pathologique et Cancer^ du Dictionnaire des Sciences Médicales, aux journaux du temps et au INouveau Dictionnaire de médecine, spécialement à l’article Cancer^ de MM. les docteurs Breschet et Ferrus.