TRENTE-CINQUIÈME FAIT
Au commencement du mois de mai 1827, je fus prié^ au nom de M. Dupuytren, d’examiner la situation de madame N...., afin de donner mon avis sur l’application qu’on pouvait faire de la compression à une tumeur que cette dame portait au sein gauche.
Je vis d’ahord la malade en consultation avec M. Dupuytren, qui a suivi la marche du traitement depuis le 9 mai jusqu’à la fin de juillet suivant. Après avoir prociuit des modifications
ayantageuses dans la tumeur et dans les douleurs dont elle était le siège, la compression a cessé d’étre utile, et j’ai du remettre la malade entre les mains de M. Dupuytren , avant d’avoir perdu ce que la compression avait gagné sur le volume de la tumeur.
Voici, au reste, le rapport de M. le docteur Genest, qui a suivi la malade pour l’application de la compression pendant tout le temps qu’elle a été employée.
<( Madame N.... , âgée de cinquante-deux ans, douée d’un tempérament sanguin et de beaucoup d’embonpoint, très-irritable, fut réglée â l’âge de quinze ans. Depuis elle a habituellement joui d’une bonne santé , quoiqu’elle ait eu plusieurs maladies inflammatoires très-graves. A l’âge de vingt ans elle eut un fils qu’elle nourrit, mais pendant son allaitement il lui survint aux seins plusieurs abcès qui se terminèrent par suppuration.
Vers trente-cinq ans, le sein droit présenta une tumeur peu volumineuse et indolente qui cessa de croître sous l’influence des douches, des bains sulfureux, de quelques légers laxatifs et de saignées répétées de temps en temps, d’après les avis de M. Dupuytren , et depuis elle est toujours restée dans le meme état , ne présen-
tant que quelques légères douleurs à Tèpoque des règles.
Quelques années plus tard , le col de la matrice devint le siège d’un engorgement accompagné de douleurs et de l’œdème des parties voisines, contre lequel les memes moyens furent employés avec le même succès.
Au commencement de 1827 , quelques légères douleurs qui ne tardèrent pas à augmenter dans le sein gauche, portèrent la malade à l’examiner, et elle y trouva une tumeur assez volumineuse , qu’elle négligea d’abord *, puis , voyant qu’elle augmentait, elle eut recours, d’après l’avis de M. Dupuytren , aux cataplasmes émolliens , et plus tard à ceux de ciguë et de belladone, mais sans en obtenir aucun soulagement. Enfin , le 9 mai, elle se détermina à se faire traiter par la compression,
La tumeur à cette époque ayant environ quatre pouces dans le sens vertical, sur cinq et demi dans le transversal , dure , pesante^ légèrement bosselée , mobile quoique très-r approchée de la paroi antérieure de la poitrine, est portée en avant comme une corniche : au-dessous du bord qu’elle forme dans ce sens , la peau est adhérente dans un espace de deux pouces d’étendue , sans changement de couleur. Cette tumeur est le siéee
(l’eiancemens que la malade compare à des éclairs. Il existe dans l aissclie im petit ganglion trèsmobile , indolent , peu distinct. Le sein droit présente au-dessus du mamelon et en dehors une tumeur du volume d’une noisette , indolente et mobile également. La malade jouit ^ au reste, d’une bonne santé.
Le bandage compressif est aussitôt appliqué comme à l’ordinaire, avec cette différenee cependant qu’il comprime les deux seins qui , par leur volume et leur tendance à se rapprocher , nécessitent plusieurs modifications dans son application. Une saignée est prescrite pour le lendemain. L’appareil est bien supporté par la malade, qui, loin de mettre obstacle au traitement auquel elle est soumise, craint toujours que la compression ne soit pas assez fortement exercée.
Le uS mai, M. Dupuytren et M. Récamier ne peuvent constater de diminution dans le volume de la tumeur, mais les douleurs dont elle était le siège sont beaucoup moins vives; quoique la compression soit exercée avec toute la force qu’il est permis d’employer , la malade assure que quel€|iies i ns tans après le pansement elle est presque aussi libre que si elle n’était pas comprimée.
Le 3 juin , la diminution est notable , et elle est
ronstalec par TvIM, Fu^'amier et Dupiiytren , f|üi engagent fortement la malade à eon limier Fu-» sage delà compression. Les douleurs reviennent de temps en temps , et quelquefois sous forme de violens aceès , mais moins forts , au dire delà malade, qu’avant le traitement. Les tumeurs qui étaient dans Faisselle n’ayant pas disparu, elles sont également comprimées à l’aide d’un tampon particulier.
Le 26 ici. , M. Piécamier trouve dans le volume de la tumeur une diminution considérable : en effet elle peut être estimée à environ un tiers. La peau qui recouvre la partie inférieure est beaucoup moins adhérente , le sein a presque repris sa forme naturelle, il ne présente plus en avant ce bord qui faisait une saillie si considérable avant le traiteraent. M. Dupiiytren constate également ces faits quelques jours plus tard.
Depuis cette époque , la diminution ne paraît pas marcher aussi vite , bientôt meme elle semble s’étre arretée complètement, les glandes de Faisselle s’engorgent davantage malgré les soins que l’on apporte à exercer la compression. Vers la fin de juillet, les douleurs deviennent plus fortes, quelques nodosités se font remarquer autour de la tumeur , qui elle-même ne paraît pas augmenter. MM. Dupuytren et Récamier qui voient la
malade dans cet état, lui conseillent de continuer encore pendant quelques jours l’usage de la compression , parce qu’elle est à l’époque de ses règles. Au commencement d’aoùt, les douleurs étant intolérables , la tumeur elle-même augmentant évidemment de volume, et tout le tissu cellulaire voisin devenant œdémateux , la compression proprement dite cesse d’être employée, et la malade demande une nouvelle consultation entre MM. Dupuytren et Récamicr. »
N’ayant pu accepter Tbeure proposée par M. Dupuytren pour une consultation , j’écrivis immédiatement la lettre suivante à la malade pour y suppléer. Je donne ici la copie qui en fut faite dans le moment, afin de faire connaître mon opinion sur le traitement de madame N. , dont l’histoire ultérieure appartient à son mé^ decin ordinaire*
Madame ,
((Je regrette beaucoup que des engagemens antérieurs m’empêchent d’accepter pour aujourd’hui l’heure proposée par M. Dupuytren, comme je suis fâché que celle dont je puis disposer demain ne puisse lui convenir* Afin que votre intention soit remplie, madame, et que les déterminations que vous pouvez vouloir prendre ne
souffrent aucun retard , je me liate de vous transmettre par écrit mon opinion , afin que yous puissiez la soumettre à M. Dupuytren. Votre situation m’a semblé comporter Fessai d’une compression méthodique , et d’après Fassentiment de M. Dupuytren elle a été suivie régulièrement, sur la tumeur volumineuse du sein gauche , sur celle du sein droit et sur l’engorgement de Faisselle.
Ap rès des bénéfices incontestables sur le volume des tumeurs , l’amélioration semble suspendue , et la partie supérieure du sein gauche disposée à se prendre malgré la compression, qui ne combat plus avec avantage les douleurs qui vous obsèdent.
Dans cet état de choses, que faire? Vous me demandez mon opinion, la voici :
M. Dupuytren vous a déjà donné des soins avec succès pour des engorgemens survenus dans les dépendances de la matrice : il en a triomphé. Les premiers engorgemens, joints à ceux qui sont survenus , annoncent chez vous une disposition générale que démontre encore la résistance des engorgemens actuels à la compression.
Je pense, comme je l’ai annoncé , qu’on peut opposer à cette disposition le traitement par le cura f amis ^ tel qu’il est indiqué par Callisen^
sauf la durte, oî. lo (‘hoi\ d(3 Textrait tlfî ri^iir Si par le Irailenicnl du cura j amis on oblieul coîume je Fai vu, la diminution des engorgeniens , alors l’opération pourra être pratiquée avec plus de sécurité pour vous relativement aux suites.
Dans le cas oii le ctird famis n'empéclierai t ])as les progrès des engorgemens , je ne puis dissimuler que je craindrais que les résultats consécutifs de l’opération ne fussent pas satisfaisons. Dans tous les cas je regarde le cura famis axTC la ciguë , et une compression douce et méthodique , comme propre a assurer autant que possible le succès définitif de toute opération que Fcxpérience de M. Dupuytren pourrait lui faire* regarder comme convenable, dans là circonstance oii vous vous trouvez.
Je vous remets entre scs mains avec une diminution notable de tous les engorgemens : ainsi point de temps perdu pour prendre tel parti que vous et lui jugerez convenable.
J’ai riionncur d étrc, etc. »
Peu de jours après la malade a été opérée par M, Dupuytren.
Ce fait est à comparer avec les sixième et sep^ tième sous le point de vue de l’embonpoint des
malades, du volume des tumeurs et des efi’ets de la compression*