‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 40 sur 105 · QUARANTIÈME FAIT · texte numérisé non relu

QUARANTIÈME FAIT

J’ai été consulté dans le cours de l’année 1826 ,

par la demoiselle L . , pour des gastralgies

dont elle a été traitée à Avranches par M. le docteur Houssard, qui m’écrivit, au sujet de cette personne, sans me parler de la maladie du sein gauche qu’elle lui avait cachée comme à moi. A la fin du mois de mai 1827, devant quitter Paris, la malade se décida à me montrer l’engorgement de son sein ; je la déterminai à rester

et à se laisser traiter à Paris. Voici sur ce fait l’extrait du rapport de M. le docteur Berthelot et de M. Be'seau, élève externe à l’Hôtel-Dieu.

Mademoiselle L — , âgée de trente-cinq ans, d’un tempérament lymphatique et nerveux, habite Paris depuis un an : ses règles, qui avaient paru à dix-septans, ont éprouvé plusieurs suspensions*, elle a été sujette à des épistaxis, et a depuis quelque temps des dartres farineuses. Aucun de ses parens n’a été affecté de maladies cancéreuses. 11 y a cinq ans qu’une tumeur se développa , sans cause connue, dans l’aisselle gauche ; restée indolente pendant plus de quatre ans, cette tumeur n’a fait de rapides progrès que depuis un mois : à dater de cette époque , elle est devenue le siège de douleurs lancinantes se propageant le long du bras qui s’infiltre par la moindre fatigue.

A l’entrée de la malade à lHôtel-Dieu , salle St. -Lazare, n°. 38, le i""'. juin 182^, l’état général de la santé paraît bon. On trouve sous le bord axillaire du grand pectoral gauche une tumeur du volume d’un oèuf d’oie, dure, pesante, légèrement lx>sselée, et adhérente à ce muscle. Vers la région sous -claviculaire , il existe un autre engorgement séparé du premier par un sillon. Le diamètre vertical de ces deux engorgemens réunis est d’environ cinq pouces , et

le transversal de deux pouces trois-quarts.

Lesein gauche, dont la peau est parfaitement saine, ainsi que le mamelon, offre à sa partie moyenne un engorgement de trois pouces de diamètre; cette tumeur représente une masse de nodosités dures , distinctes les unes des autres et presque indolentes ; le bras gauche continue de se tuméfier par la moindre fatigue. On applique aussitôt un bandage , en dirigeant la compression sur les tumeurs axillaire et sousch^.viculaire , et en meme temps sur celle du sein.

Le 10 juin , la malade supporte bien la compression, sous laquelle tous les engorgemens ont diminué.

Le 25 juin , les tumeurs sont toutes en diminution, celle du sein est presque entièrement dissipée , et le ganglion tuméfié qui adhérait au hoi d du grand pectoral , est devenu mobile ; mais les douleurs du sein étant plus fortes, on fait deux applications de sangsues.

Le 8 juillet, la glande mammaire gauche est revenue à son volume naturel ; elle présente cependant encore un peu plus de densité que la droite ; l’engorgement axillaire devient de moins en moins volumineux , ainsi que le sous - claviculaire.

Depuis le mois de juillet, on a lait prendre

à mademoiselle L..,. de l’extrait de ciguë et du sous-carbonate de fer, et la compression a etc continuée avec soin par M. le docteur Berthelot.

A la fin d’octobre 1827, l’engorgement sousclaviculaire et celui qui est sous le bord du grand pectoral, très-aplatis et très-mobiles , n’ont plus ensemble que deux pouces et quart environ dans leur diamètre vertical, et un pouce à-peu-pres d’épaisseur .

I®. On voit dans le sujet de cette observation : une affection des voies digestives qui porte un caractère gastrody nique , car elle a été augmentée par les saignées locales et le régime le plus doux^ tandis qu’elle a été diminuée par l’usage d’une poudre absorbante et des viandes rôties.

2°. Un engorgement primitif survenu sous le grand pectoral gauche et le long de son bord inférieur , est devenu le siège d’élancemens *, plus tard, une nouvelle tumeur s’est jointe à la première, et enfin le sein correspondant s’est luimème tuméfié autour du mamelon.

3®. L’engorgement du sein a totalement disparu , et ceux des régions sous-claviculaire et axillaire sont réduits de plus à trois quarts.

4®. La diminution des tumeurs de la demoiselle L ne peut être attribuée à la ciguë, car

on n’en a commencé Tusage qu’après la dispal’ition de celle du sein et une grande réduction des autres.

5“. Si le noyau de rengorgement qui se trouve le long du bord du grand pectoral résistait à la compression , on pourrait terminer le traitement en énucléant cette tumeur fort diminuée et devenue très-mobile , et on continuerait pendant quelque temps une compression propre à prévenir la récidive.

6®. Il n’est point survenu de tuméfaction au bras, ni aucun autre inconvénient, par l’emploi de la compression dans un lieu aussi défavorable.

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