‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 54 sur 105 · CINQUANTE-TROISIÈME FAIT · texte numérisé non relu

CINQUANTE-TROISIÈME FAIT

Comme le fait suivant pourrait donner lieu à des préventions défavorables à la compression , s’il n’ëtait connu dans toutes ses circonstances j je crois devoir le consigner ici d’après les notes d’un médecin qui fréquentait habituellement les salles de chirurgie de l’Hôtel-Dieu de Paris.

La nommée B...., fille, âgée de trente ans , jouissant d’une assez bonne santé, se piqua le sein gauche avec une aiguille , il y a environ trois ans*, jugeant la chose de peu d’importance, elle n’y fit aucune attention : bientôt elle s’aperçut que le sein devenait petit à petit plus volu-' mineux, et en meme temps un peu douloureux. Le retour de chaque époque menstruelle était marqué par un accroissement de douleur et de tuméfaction : les menstrues n’en étaient pas moins abondantes, ni leurs retours moins réguliers. Dans sa famille personne n’a jamais eu d’affection cancéreuse.

Cinq mois environ après le développement de la tumeur, la malade se rendit à la consultation de M, Dupuytren : deux applications de douze sangsues produisirent un soulagement si grand, que la tumeur et les douleurs disparurent pour

un an à-peu-près. Vers le printemps suivant, c’est-à-dire en 1825, les phénomènes se reproduisirent avec plus d’intensité qu’auparavant *, la malade souffrit avec patience sans recourir à aucun moyen curatif , et ce n’est que vers le mois de novembre 1826, qu’elle entra à l’Hotel- Dieu , salle Saint - Corne , alors du service de M. Sanson.

Trente sangsues furent appliquées aussitôt. Le lendemain on en réappliqua vingt sur le sein. Les règles survenues le troisième jour en empêchèrent de nouvelles applications. Après leur disparition , M. Dupuytren , appelé par M. Sanson, jugea à propos de pratiquer une incision à la partie externe du sein , d’oii il ne sortit que du sang ; on plaça dans la plaie une mèche, et l’on pansa simplement’, on appliqua des cataplasmes émolliens , et l’on revint à l’usage des sangsues.... Aucune diminution n’étant survenue, on suspendit tout traitement durant un mois^ espace pendant lequel le sein diminua un peu.

Au bout de ce temps on prescrivit des douches et des bains , que la rupture des tuyaux ne permit pas de continuer, ün mois après cette interruption , le sein s’ouvrit de lui-méme en trois endroits , après avoir fait éprouver des

douleurs très- vives durant six jours. Il en sortit beaucoup de matière purulente pendant un mois, et Ton pansait avec de la charpie et du cèrat. Il restait alors dans le sein une tumeur qui pouvait avoir le volume d’un très-petit oeuf.

A cette époque, M. Dupuytren reprit le service de la salle Saint-Côme : de suite il établit la compression avec des bandes seulement , sans charpie ni agaric. Durant deux mois, peu de diminution ; point de douleurs. En dernier ressort , il employa la compression avec de l’agaric *, mais le bandage n’était pas renouvelé tous les jours.

C’est à l’emploi de l’agaric, qui ne dura que six jours, que la malade attribue opiniâtrément non-seulement l’insuccès , mais encore l’augmentation des douleurs et de la tumeur, qui présente dans ce moment un volume considérable. Enfin , voyant que la maladie ne diminuait point, elle s’est déterminée a sortir le 23 juin dernier , après un séjour de huit mois.

Aujourd’hui, 9 juillet, la malade accuse peu de douleur ^ elle n’en a éprouvé que durant l’écoulement des règles : depuis sa sortie , elle a appliqué quelques sangsues et des cataplasmes de farine de lin, sans obtenir d’amélioration sensible. Le sein est très-volumineux, dur, d’un roug^e

luisant; il est excessivement brûlant, et semble être le siège d’une violente inflammation ; il n’y a d’ailleurs à l’entour aucune glande engorgée , pas même dans l’aisselle. Je n’ai senti aucune fluctuation dans la tumeur.

1®. L’incision faite par M. Dupuytren semble prouver qu’il n’a pas regardé la maladie comme cancéreuse.

La cause, les effets du traitement antiphlogistique, ceux de l’incision et l’état actuel de la malade ne prouvent pas plus que la conduite de M. Dupuytren la nature cancéreuse de cette affection.

3°. Je pense donc que, dans le cas présent, il est douteux qu’on ait eu affaire à une tumeur cancéreuse , et qu’il est impossible de rien conclure de ce fait, contre Futilité de la compression dans les engorgemens qui font l’objet de ces recherches.

4°. Je n’ai pas encore examiné l’action de la compression sur les tumeurs phlegmoneuses , et je ne puis fournir aucune donnée sur ses effets à cet égard.

5“. Je rappelle ici que tandis que j’ai employé les bandes seules ou avec des compresses de linge , j’ai observé divers inconvéniens , et je n’ai obtenu de résultats satisfaisans qu’en me servant ,

pour la compression , de disques de l3el agaric , au lieu de linge et de charpie, et en renouvelant souvent le bandage.

Page 1