CINQUANTE-QUATRIÈME FAIT
Madame T , cuisinière, âgée de vingt-huit
ans, d’un tempérament sanguin et nerveux , d’une constitution robuste^ est née de parens sains et déjà très-avancés en âge. Les menstrues, qui ont paru à quinze ans , n'ont cessé d’étre régulières jusqu’à présent. Mariée à vingt-sept
ans, madame T est encore sans enfans, et sa
santé n’avait jamais été troublée, lorsqu’on elle s’aperçut d’une tumeur du volume d’un gros œuf de pigeon , dure, inégale, mobile, lancinante, et occupant le bas du sein gauche; cette tumeur était sans changement de couleur à la peau, et devenait fort douloureuse pendant la menstruation. Bientôt on en reconnut une autre à la partie supérieure du meme sein , et une troisième à la partie externe de la mamelle droite. Ces engorgemens étaient tous du même volume, et présentaient absolument les mêmes caractères. Divers linimens et des cataplasmes émoliiens furent employés pendant long-temps , d’après les conseils de M. Marjolin,
Consulté par cette personne le i" septembre 1827, j’ai reconnu l’existence des trois tumeurs dont je viens de parler *, elles présentaient les caractères indiqués plus haut , mais elles avaient acquis chacune le volume d’un œuf de poule; les ganglions axillaires étaient sains.
La compression fut commencée avec des disques d’agaric et des bandes de toile sur les deux seins. A la fin de septembre, les trois engorgemens avaient déjà perdu près de la moitié de leur volume sans que la compression eût été accompagnée d’aucun inconvénient. Depuis lors la diminution a continué, de manière qu’à la mi-novembre les engorgemens de madame T.... avaient tellement diminué, qu’on ne retrouvait distinctement que celui de la partie inférieure du sein «-auche.
Chacun qualifiera , comme il le jugera convenable, les tumeurs de la dame T....; je demande seulement qu’on se souvienne que leur origine remonte à deux ans au moins ; qu’elles présentent les caractères des engorgemens des mamelles , qui dégénèrent en cancer ; et qu’après avoir constamment augmenté , malgré divers moyens de traitement , elles ont presque disparu , par la seule compression , exercée d’une manière douce et égale pendant deux mois et demi.
Je n’ai associé aucune autre méthode de traitement à la compression, me réservant de recourir, en concluant le traitement, à l’extrait de ciguë préparé à la vapeur^ comme propre à diminuer la susceptibilité cancéreuse des organes, et à contribuer à prévenir les récidives d’engorgemens de cette nature.
3”. Avec une disposition cancéreuse aussi fortement prononcée que celle qu’on observe chez madame T...., un exutoire au bras me parut indispensable après le traitement.