CINQUANTE-CINQUIÈME FAIT
Le 3 septembre 1827, M. le professeur Barbier , d’Amiens , qui peut avoir eu connaissance du quatrième fait, m’adressa mademoiselle D. . . . Agée de trente-un ans , cette personne présente dans sa santé les circonstances suivantes : elle est issue de parens sains ^ ses règles ont paru de qua^ torze à quinze ans, et coulent très-modérément, précédées et suivies d’un peu de leucorrhée ; elle porte au visage des boutons qui sont diminués depuis quatre ans , époque oii elle a commencé l’usage d’une eau sulfureuse en lotions ; des migraines, qui remontent à son enfance, ont éprouvé , vers l’âge de vingt-sept ans, des modifica-
tions désavantageuses, car elles sont devenues plus intenses, et il s’y est joint des gastrodynies.
Vers vingt-huit ans, sans avoir reçu de coup^ mademoiselle D.... reconnut dans le sein droit, vers sa partie interne et inférieure , un engorgement ovoïde , peu mobile , de dix-huit lignes dans son diamètre transversal de quinze dans le vertical et de douze en relief. Cet engorgement, siège de quelques élancemens , surtout à l’époque des règles, se continue avec la glande mammaire, dont on ne peut l’isoler entièrement, et dont il semble former une dépendance. M. le professeur Barbier, en me demandant mon avis sur l’emploi de la compression, me disait qu’on avait mis en usage^ sans succès, l’extrait de ciguë, la solution d’hydriodate de potasse, l’iode en topique , etc.
Commencée dès le lendemain de l’arrivée de la malade à Paris, la compression a été continuée, sous mes yeux, pendant quelques jours, après lesquels l’engorgement était déjà sensiblement diminué. Mademoiselle D.... , mise au fait de la manière d’appliquer son bandage, est retournée à Arhiens, pour suivre son traitement sous la direction de M. Barbier , à qui j’ai proposé :
I®. La continuation de la compression;
2\ L’emploi du sous-carljonate de fer, pour favoriser les règles et diminuer la leucorrhée *,
3®. De donner parfois la poudre d’yeux d’é- , crevisse, et de faire suivre un régime animal à cause des gastrodynies *,
4°. Dépasser, plus tard, à l’usage de l’extrait de ciguë préparé à la vapeur.
J’espère de ce traitement un résultat aussi satisfaisant que celui du quatrième fait.
Le 9 octobre , M. Barbier m’a envoyé sur l’état de la malade le bulletin suivant : « Le premier effet de la compression a été de rendre la glande plus mobile. Aujourd’hui la mobilité est très-étendue, la glande est moins large ; elle a peu perdu de son épaisseur ; elle n’est pas plus sensible par la pression. L’appareil de compression est très -bien supporté. La santé est très-bonne : on a plus d’appétit. » '
Le 27 octobre, M. Barbier m’écrit dans un second bulletin ; « La mobilité de la glande est encore augmentée , on lui fait parcourir dans le sein un trajet de deux pouces au moins *, elle n’a plus une forme ronde , une partie du disque qu’elle offrait a disparu , il y a une échancrure ; la glande paraît avoir la meme épaisseur, mais elle est devenue inégale^ et paraît maintenant composée de deux parties accolées.
)) Elle ressent depuis quelques jours des elaneeniens plus yifs dans la tumeur. »
i". Il est évident , d’après ce qui précède, que
l’état de mademoiselle D s’améliore.
2°. La plus grande vivacité des élancemens dont parie le dernier bulletin , peut être liée à l’époque de la menstruation.
3°. L’origine de la tumeur remonte à plus de trois ans. Lorsque, dans un tel cas, un médecin , du mérite de M. le professeur Barbier, a employé sans succès un traitement méthodique, il faut bien croire à la mauvaise nature d’un engorgement , d’ailleurs tout- à -fait semblable à ceux qu’on voit dégénérer en cancer, et qui cependant paraît céder avec facilité à la seule compression.