CINQUANTE-HUITIÈME FAIT
Madame de V .... , d’un très - grand embonpoint, me consulta à la lin de septembre 1827, pour un engorgement au sein gauche. Cette personne, âgée de vingt-neuf ans, n’a jamais été bien réglée , pendant quelques mois de suite , qu’après l’usage des eaux de Vichy, à l’âge de vingt-six ans.
Malgré cette aménorrhée presque complète , â laquelle son mariage, vers dix-neuf ans, n’a rien changé, madame de V.... a eu un enfant, actuellement âgé de trois ans, qu’elle n’a point allaité. H y a deux ans et demi que la malade crut reconnaître un engorgement dans la partie
supérieure du sein gauche : u’y éprouvant aucune douleur, elle s’en occupa peu. Depuis quelques mois cet engorgement ayant augmenté de volume et étant devenu le siège d’élancemens madame V . . . . a employé en province , depuis quelques semaines, des cataplasmes émolliens^ qui paraissaient avoir diminué la sensibilité de la tumeur.
Le 28 septembre^ j’ai reconnu dans la partie supérieure du sein gauche un engorgement ovoïde et peu sensible à la pression, de dix-huit lignes dans son grand diamètre. Vers la. partie
externe et supérieure du meme sein, j’ai cru re-
marquer quelques endroits plus denses et plus sensibles que le reste delà mamelle, qui est, comme la droite , d’un volume extrêmement considérable. Je n’ai trouvé aucun gangiion dans l’aisselle. Le teint est tout-à-fait chlorotique*, les lèvres même sont fort décolorées.
J’ai conseillé :
i”. L’usage d’une compression douce, égale et très- surveillée dans ses effets*,
2\ Des fumigations avec Vassa-fœtida'^
Si l’engorgement résiste , le cura famis et l’extrait de ciguë ;
4'’. Si l’aménorrhée continue, le sous-carbonate de fer.
Après avoir été instruite de la manière de faire la compression, madame de V est re¬
tournée à la campagne pour suivre son traitement 5 étant revenue à Paris, le 2 novembre 1827, son teint et ses lèvres sont beaucoup moins décolorés ^ il n y a plus de douleur dans le sein malade*, il ne reste point de traces de t engorgement eæterne 'y et on ne distingue presque plus l’endroit oii était la tumeur ovoïde.
Outre la compression et les fumigations , madame de V a employé des demi-bains d’in¬
fusion -d’armoise et des pilules aloëtiques con^^ se illés par M, Marjolin , qui a vu la malade avant et depuis l’emploi de la compression , qu’elle trouve fort gênante.
i'’. Ce cas m’a rappelé , sous le rapport de l’obésité , les sixième , septième, vingt-cinquième, trentième , trente-deuxième , trente-cinquième , quarante-cinquième et quarante-septième faits.
2°. Un grand embonpoint paraît un obstacle au succès de la compression , qui demande alors une surveillance particulière pour être employée d’une manière égale ^ supportable et par conséquent avantageuse : les difficultés sont d’autant plus considérables , que le tissu adipeux prend déjà plus de part à la maladie, comme dans les sixième et septième faits.
3®. Dans celui-ci, j’ai cru pouvoir penser que le tissu adipeux était encore sain , et c’est pourquoi j’ai conseille d’enrayer sur-le-champ les progrès du noyau principal de l’engorgement.
4°. Le curâ famis est ici doublement indique par la maladie et par l’obésité. Les affections cancéreuses , autant que j’en puis juger , deviennent plus facilement diffuses 5 chez les sujets chargés de tissu graisseux , dans lequel elles restent moins long-temps circonscrites que chez les personnes maigres.
5“. Je laisse chacun faire la part de l’influence des moyens qui ont été employés, en me bornant à faire observer que les engorgemens ont presque disparu en un mois, à dater de l’époque de l’usage de la compression^ quoiqu’elle n’ait pas été suivie avec une grande exactitude.