‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 6 sur 105 · DEUXIÈME FAIT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME FAIT

Au commencement de juin 1826, on me présenta une personne de la campagne, la femme L...q , âgée de quarante -sept ans, maigre, svelte, encore bien réglée, avec les attributs extérieurs de la santé, et portant au sein gauche un engorgement considérable.

Née de parens sains morts presque octogé-

(1) Pour se convaincre de ce fait , il suffira de réfléchir à ce qui arrive dans différentes maladies chroniques , hydropisie , etc. , qu’on traite d’abord avec avantage par des moyens intérieurs , qui s’usent à mesure que les récidives se succèdent et usent le malade lui-même. La compression ne peut être dans ce cas.

naires, avec des frères, des sœurs et un enfant iDÎen portans, la dame L...., ressemblant à son père, était occupée aux travaux des champs, ji’avait été réglée c|u’à vingt-trois ans, mariée à trente-deux et mère à trente-huit. Un de ses oncles paternels était mort vers cinquante ans d’un cancer à la lèvre.

Vers quarante-cinq ans, sans aucune contusion locale, la femme L.... s’aperçut d’un engorgement mobile vers la partie externe et moyenne du sein gauche. Cette tumeur s’accrut peu-à-peu, sans autre douleur que des élance-, mens vifs, d’abord éloignés, puis plus rapprochés, revenant plusieurs fois par jour dans les derniers mois, et laissant la tumeur indolente dans leurs intervalles.

Lorsque la dame L.... me fut amenée, cet engorgement , bosselé et très-dur , avait quatre pouces et demi dans son grand diamètre , quatre pouces dans le petit et environ trois pouces de relief. La principale bosselure, en dehors, vers le bord du grand pectoral , avait été recouverte d’emplâtres et était d’un rouge cerise vif, brillante et prête à s’ulcérer ; cette tumeur occupait , comme on voit, toute la glande mammaire gauche, dont le mamelon était rentré. Dans le fond de l’aisselle, on trouvait un engorgement duvo-

îiime d’un petit œuf; son origine se liait à celle de la tumeur principale. La main gauche était tuméfiée jusque vers le poignet, et Favant-hras lui-méme y prenait part depuis quelques semaines. Les élancemens étaient devenus plus aigus et plus fréquens; le sommeil , Fappétit, les règles, étaient dans l’état naturel, et le teint excellent, sans aucun aspect cachectique : tel était l’état de la dame L... le 6 juin 1826. Ce cas était sans ressource *, mais une mère de famille inspire toujours un grand intérêt. J’étais résolu de faire des recherches sérieuses sur le cancer; j’apercevais les premiers bienfaits de la compression sur madame de Ch...t; j’ignorais jusqu’où ils pouvaient aller : je prescrivis le plan du traitement suivant :

i"". Un bandage doucement compressif au moyen de disques d’agaric mollet, intercalé entre les tours des bandes embrassant la tumeur par sa partie supérieure et inférieure avant de passer sur son sommet. Un tampon particulier fut ajouté pour la tumeur de Faisselle, et un autre sur le bord engorgé du grand pectoral. Ce bandage devait être renouvelé tous les jours avec le plus grand soin, en le faisant alternativement de gauche à droite et de droite à gauche ;

2”. L’extrait de ciguë préparé à la vapeur acé-

tique et augmenté successivement depuis un grain deux fois par jour , jusqu’à six, huit, douze ^ vingt-quatre, trente-six grains chaque fois, en buvant par dessus et aux repas la décoction d’une demi-once desquine par pinte d’eau. On devait rester à la meme dose pendant plusieurs jours à mesure qu’on arriverait à douze, dix-huit, vingt-quatre et trente-six grains, etc.*,

3®. La réduction de la quantité des alimens au tiers environ , en deux légers repas trèssimples *,

4®. La flanelle sur la peau*,

5®. L’exercice au grand air sans se servir du bras gauche;

6®. D’éviter les salaisons, fritures, épices, et autres alimens chauds;

'7®. D’étuver le sein avec une légère solution de sulfate de fer, sans le frotter.

Je fis répéter le bandage en ma présence pendant plusieurs jours, et la femme L... retourna dans son village suivre son traitement^ avec invitation de revenir tous les mois.

Au commencement de juillet, la peau rouge et amincie qui recouvrait la tumeur était rapprochée de son état naturel la principale bosselure était affaissée , la tumeur était plus détachée, plus mobile , et réduite dans tous les sens , et les

élaBcemens ét«aient diminués dlntensité et de fréquence , mais l’engorgement axillaire restait fort dur, et la main, Favant-bras et le bras très- tuméfiés.

J’indiquai une meilleure manière d’atteindre l’engorgement axillaire au moyen d’une pyramide d’agaric^ dont le sommet passant au-dessus de Fengorgement fut logé dans le fond de Faisselle, afin d’empêclier la tumeur de s’y retrancher et d’échapper à la compression en s’enfonçant sous l’omoplate. On joignit au traitement interne la solution d’hydriodate de potasse.

A la fin de juillet, la tumeur du sein avait perdu les deux tiers de sa masse *, elle était plus mobile, plus régulière , et le mamelon était ressorti. L’engorgement axillaire était diminué de près des trois quarts , les élancemens avaient cessé depuis le commencement du mois, et l’état général était très-bon *, mais ce qui excita le plus mon étonnement , ce fut la disparition presque complète de la tuméfaction du bras et de Favantbras et presque totale de la main. Ces faits ont été constatés parM. le docteur Ratheau, agrégé à la Faculté de Paris et par les personnes qui suivaient alors la clinique de FHotel-Dieu , ou cette personne se rendit plusieurs fois et y passa ensuite quelque temps.

La diminution de la tuméfaction du bras, de l’avant-bras et de la main, observée à la lin de juillet, se soutint en août, mais moins bien en septembre, quelque soin que j^apportasse à la confection du bandage. A cette époque , la malade voulut retourner dans son village , ou elle continua son traitement*, mais lorsqu’elle revint, à la lin d’octobre^ je trouvai que dans l’application du bandage on avait négligé la région du grand pectoral , qui s’était tuméfiée *, l’engorgement de Faisselle subsistait ^ il était survenu de nouveaux engorgemens derrière la clavicule, et la tuméfaction de la main, de l’avant-bras et du bras, avait fait des progrès.

'Au mois de janvier dernier, M. Chemin, chirurgien à Milly, qui a suivi ce traitement, a rendu le compte suivant de la situation de la malade :

« La tumeur du sein est diminuée au point de n’avoir pas plus de trois lignes d’épaisseur. Les deux tiers inférieurs et internes du sein sont totalement dégagés *, mais la tuméfaction de la région du grand pectoral, de la partie inférieure ' gauche du cou, est très-augmentée, ainsi que celle du bras, et sur-tout celle de l’avant-bras et de la main gauche, dont les doigts ne peuvent plus se ployer. Le sommeil est perdu ainsi que l’appétit,

et le moral affecte. Le traitement interne a été suspendu dès le mois d’octobre , c’est-à-dire dès qu’on l’a cru absolument inutile. Ainsi, il ne peut avoir eu aucune part au dérangement du sommeil et des fonctions digestives. »

Ce cas grave , dont l’issue pouvait facilement être prévue avant comme depuis lé traitement, me fit faire plusieurs réflexions et prouva plusieurs choses importantes.

1°. La compression a pu rendre l’état naturel à une peau dont il ne paraissait pas possible dempécher l’ulcération.

La tumeur a diminué en tous sens et est devenue plus mobile.

3®. La tuméfaction du bras, de l’avant-bras et de la main , a rétrogradé devant la compression de l’engorgement axillaire. ,

4°. Les maladies cancéreuses peuvent rester très long-temps locales avant que se manifeste la cachexie cancéreuse consécutive, malgré la tuméfaction commencée des membres.

5®. 11 est à craindre que, la tuméfaction des membres étant survenue , la compression ne puisse arrêter l’influence générale de la maladie.

6°. Aurais -je du détruire par la potasse les principales bosselures dégénérées , etc., afin de gagner plus de temps dans de traitement par la

compression et empêcher l’infection générale? Je connaissais les inconvéniens des caustiques employés isolément , ainsi que ceux de l’ablation: j’étais résolu alors à ne point ouvrir de cancer occulte*, il fallut donc attendre, pour prononcer, d’autres cas où le cancer se fut ouvert spontanément, et où je n’eusse rien à perdre, ce qui se présenta dans les troisième , dixième et onzième faits, etc. Si ces cas eussent précédé^ j’aurais tenté d’abréger la résolution.

'7®. Tous mes essais faits avec de la peau tance furent inutiles ; les disques de peau durcirent par la compression; je pensai cependant à me servir de basane et de peau de daim dans d’autres circonstances.

8°. La compression cessait d’avoir son effet toutes les fois qu’on était plus de vingt- quatre heures sans renouveler le bandage, qu’il est d’ailleurs indispensable de refaire tous les jours pour battre les disques , effacer les plis survenus , et rétablir l’égalité de la compression.

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