‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 7 sur 105 · TROISIÈME FAIT · texte numérisé non relu

TROISIÈME FAIT

Au commencement de juillet 18:26, M. le doc- ) teur Guersent, agrégé à la Faculté, à qui j’avais parlé des effets de la comprê^ssion , m’adressa à

l’Hôtel-Dieu la demoiselle S , âgée de qüa-^

rante ans ; elle fut placée salle Saint- Lazare, n®. i8. Cette personne assez replète connaît des phthisiques dans sa famille , mais pôint de cancéreux. La première apparition des règles avait eu lieu vers sa onzième annéeq mais ce flux peu abondant , au lieu de suivre la marche ordinaire , se montrait souvent deux ou trois fois par mois. Sans être sujette à des maladies graves , , la demoiselle S.... présentait dans sa santé des indispositions fréquentes t telles étaient vers les époques menstruelles deS migraines, des lumbago , des dyspepsies, des douleurs vagues , des engourdissemens des membres et d’autres soüffrances nerveuses qui n’étaient que passagères. Cependant , sans cause connue , la demoiselle S. . . avait commencé depuis deux ans à observer dans le sein gauche des engorgemens qui s’étaient bientôt associés à des élancemens. Depuis lors ce sein avait successivement augmenté de volume. L’aspect de la santé générale était bon.

Lors de son entrée à l’Hotel-Dieu, je reconnus l’état suivant, qui avait été constaté par M. Guersent, dont la malade recevait les soins, et par M. le professeur Marjolin. Le sein gauche, plus volumineux que le droit d’un tiers au moins , présentait dans sa moitié externe une tumeur

ovoïde 5 de quatre pouces au moins dans son grand diamètre qui était vertical 5 et de trois et demi dans le petit. Cette tumeur était inégale , et on, observait sur sa partie moyenne une portion de peau rugueuse , adhérente à la tumeur, amincie et désorganisée : cette surface avait dix-huit lignes cariées d’étendue , et on y reconnaissait une fluctuation semblable à celle des veines variqueuses. La tumeur était peu sensible, mais devenait de temps en temps le siège d’élancemens plus ou moins vifs. La partie droite du sein présentait une densité remarquable en divers points. Je ne reconnus aucun engorgement à l’aisselle.

La compression fut commencée à plat^ et supportée si mal, qu’il fallut la suspendre et calmer l’inflammation survenue, avec les sangsues et les cataplasmes. L’irritation apaisée, Je repris la compression; mais alors, au lieu de comprimer à plat , j’emboîtai les deux seins en formant avec la bande une espèce de huit de chiffre , de manière que la partie supérieure de la tumeur était pressée par des jets de bande qui montaient audessus et descendaient ensuite pour passer sous le sein droit, tandis que sa partie inférieure était comprimée par les jets qui passaient sous le sein gauche pour remonter ensuite au-dessus du sein .droit ; de cette manière , je ne couvris la partie

niôyenne de la tumeur qu’après avoir emboîte ses extrémités. Je me servis, comme dans les deux cas précédens , de disques d’agaric intercalés entre les tours de bande , qui ne passèrent plus sur le sommet de la tumeur que lorsqu’il fut protégé par l’épaisseur de plusieurs disques.

La tumeur ainsi comprimée par emboîtement supporta mieux la compression et perdit peu-àpeu de ses dimensions en tous sens et de sa densité. La peau désorganisée et amincie reprit en peu de temps son aspect naturel. Cette diminution de la tumeur et ce changement de la peau furent constatés par Mi le docteur Guer» sent au mois de septembre , ainsi que le dégorgement de la partie droite du sein (i). J’étais très-bien secondé dans ce cas particulier par M. le docteur Cabanes, alors élève des hôpitaux dans les salles de clinique.

Le traitement par la compression fut continué jusqu’au mois de novembre, époque à laquelle, sans cause connue, il survint une nouvelle inflammation dans la tumeur. Les cataplasmes émolliens et les saignées locales furent de nouveau employés; mais il arriva que deux sangsues s’étant

(i) M. le docteur Martinet , chef de clinique de la Faculté à l’Hôtel-Dieu , a smvi les détails de ce traitement , et de tous ceux qui ont été faits data? lés salles de tKnique,

iAttachees à la peau amincie et désorganisée qui avait repris son aspect sans reprendre son épaisseur, elles pénétrèrent dans nn foyer subjacent d’oii il sortit un liquide puriforme et ensuite du sang . Les deux ouvertures faites par les sangsues ayant été dilatées pendant la nuit par une substance qui ressemblait à un caillot de sang, je me décidai le matin à les réunir, afin de reconnaître facilement la nature de la substance contenue dans cette cavité ^ l’incision faite avec une simple lancette fut de douze à quinze lignes. Portant alors le doigt dans le foyer, j’en fis sortir le caillot sanguin , qui paraissait et qui se trouva n’étre que l’extrémité de dilférens faisceaux assez semblables aux colonnes charnues des ventricules du cœur , et qui adhéraient peu à la paroi externe du foyer, côté par lequel je pus les détacher par énucléation avec assez de facilité. La nature de tous les faisceaux n’était pas la même : les uns étaient comparables à une substance gélatineuse de couleur blonde semi-transparente, les autres à une matière blanchâtre lardacée , laquelle n’était pas semblable dans toute la longueur de chaque faisceau dont l’extrémité dirigée vers la peau contenait du sang caillé. On peut estimer à six onces environ le poids de ce qui fut extrait ce jour-là. On pansa à plat, il

s’établit de la suppuration , et quatre ou cinq jours après, je retirai par le meme procédé une seconde masse de fascicules lardacés , qui pro-^ venaient du côté interne du sein. Je rapprochai par des bandelettes les parois de la cavité qui les renfermait , et qui aurait presque contenu un petit poing d’adulte , et je pansai en comprimant à plat. Les rugosités et les duretés qui restaient à la surface de la cavité , sur-tout sous le mamelon, furent cautérisées deux fois, à quelques jours d’intervalle, avec le nitrate liquide de mercure. On continua de panser à plat sans rien introduire qu’une simple mèche dans l’ouverture. Bientôt la cavité diminua à mesure que la suppuration s’établit *, le même mode de compression fut con^ tinué sur toute la partie du sein qu’occupait auparavant la tumeur , et la cicatrice marcha aussi vite que celle d’un simple abcès , car elle était terminée environ six semaines après l’opération sans qu’il restât aucune dureté. La malade sortit parfaitement guérie à la fin de décembre , après six mois de traitement.

A la suite de l’énucléation (i) de cette tumeur , la malade eut de la fièvre, maigrit et resta beau-

(i) Enucleatio j du verbe latin eniicleare ^ ôter l’amande ou le noyau d’un fruit. Percy a aussi proposé d’adopter ce mot pour désigner

€Oup plus pâle que de coutume jusqu’à sa sortie^ Depuis lors, je l’ai revue plusieurs fois; elle a repris tout l’aspect de la meilleure santé ; la cicatrice, parfaitement belle, est ronde et présente * ,à^peu-près cinq à six lignes de diamètre. Aucune dureté n’a reparu, et la compression n’est plus continuée que par un coussinet placé dans le corset. Cette guérison est terminée depuis cinq mois , sans que le moindre inconvénient soit survenu depuis lors.

Ce fait donna lieu à beaucoup de réflexions de ma part.

1®. 11 me fit voir qu’il est des tumeurs qu’il faut comprimer par emboîtement et non pat* affaissement simple.

Il me donna de la confiance pour attaquer avec avantage les tumeurs cancéreuses ulcérées qui ne seraient pas encore adhérentes.

3®. Il confirma que la compression , meme avec des accidens inflammatoires , non-seulement n’augmente pas les adhérences, mais les diminue manifestement,

4®. Il fit voir qu’il est des cas où l’énucléation

l’opération par laquelle on détache , sans les ouvrir, des kystes , des ganglions, des loupes , en les isolant avec les doigts, après avoir disséqué une poi'tion du tissu cellulaire par lequel ils adhèrent aux parties voisines.

et la cautérisation avec le nitrate liquide de mercure doivent être combinées avec la compression méthodique , sans laquelle elles ne feraient qu’accélérer la marche de la maladie vers une terminaison fâcheuse , comme il prouva l’insuffisance de la compression sans le seeours de l’énucléation et de la cautérisation dans certains cas.

5®. Il confirma les conclusions auxquelles j’avais été amené par mes réflexions sur la nature du vice cancéreux primitif,

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