‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 61 sur 105 · SOIXANTIÈME FAIT · texte numérisé non relu

SOIXANTIÈME FAIT

Le novembre 1827, M. Lisfranc, quia

employé la compression dans plusieurs cas de tumeurs cancéreuses, m’a fait voir, après la guérison , à Fhopital de la rue de l’Observance , la personne qui fait le sujet de l’observation suivante , dont le journal a été tenu par M. Guersent fils, chef de clinique.

Madame M. . . . , domestique, âgée de trente ans, forte et bien constituée, nouvellement arrivée à Paris, fut réglée à dix-sept ans, et ne cessa de l’étre qu’en janvier 1827. A cette époque, sans cause connue , et ayant ses règles , elle fut prise de fièvre avec soif très-vive , but de l’eau froide , et les menstrues se supprimèrent. La malade entra alors à la Pitié, dans les salles de M, Serres, où elle fut traitée par les sangsues, les cataplasmes et les boissons émollientes. Deux mois après , elle sortit de l’hôpital *, les règles reparurent, un abcès se développa dans l’aisselle droite , et elle fut obligée d’entrer à l’hôpital au mois d’avril de la meme année. L’abcès fut ouvert; mais il resta à sa place un engorgement qui finit par disparaître à l’aide des émolliens. Bientôt le sein droit devint douloureux et se couvrit d’une rougeur érysipélateuse. Le 26 mai , le gonflemenF'de la ^mamelle était tel, que le mamelon était comme eftâcé et rentré, les douleurs étaient d’ailleurs très -vives. Des sangsues en

grand nombre, des cataplasmes ëmolliéns, des purgatifs légers combattirent ces accidens avec avantage.

Au I®' juillet, M. Lisfranc prit le service. Le sein était alors volumineux , dur , bosselé , le mamelon était encore eifacé. (^Frictions avec un siæième de grain d’hjdriodate de potasse i)

Deux jours après, douleur, tumeur et rougeur du sein. {Soixante sangsues à la base de la mamelle i)

Le lendemain la tuméfaction était diminuée, et le jour suivant on appliqua trente sangsues au pourtour de la mamelle : les symptômes inflammatoires furent apaisés.

Dans les premiers jours d’août, comme les règles n’avaient pas encore reparu depuis la sortie de la malade de la Pitié, on fit une saignée du pied, et on continua les cataplasmes émolliens sur le sein.

Cependant la mamelle conservait son volume ; la tumeur qu’elle contenait, de la grosseur du poing, était bosselée, et faisait éprouver à la malade des douleurs lancinantes ; alors M. Lisfranc prescrivit une saignée du bras, et le lo août commença la compression suivant la méthode que j’emploie dans les cas analogues. Cette

compression fut continuée , et on vit l’engorgement du sein diminuer de jour en jour.

Le i5 septembre , les règles paraissent , mais coulent fort peu : on applique quatre sangsues à la partie interne de chaque cuisse, et l’écoulement reparaît ; d’ailleurs la mamelle est considérablement réduite.

Le 24 décembre, quoique revenu à son volume ordinaire , le sein fait éprouver des douleurs lancinantes. (^Saignée ; suspension de la compression. ) Les douleurs cessent , et on reprend la compression.

Au i®’' novembre, on continue encore la compression , quoique le sein n’ait plus que son volume naturel , que le mamelon ne soit plus déprimé , et que toute la mamelle ait sa souplesse naturelle. La malade dit qu’elle éprouve encore de temps en temps quelques éiancemens.

1°. Ce fait montre au sein droit d’une femme (Je trente ans un engorgement lancinant , qui présente des formes inflammatoires dans sa première période , pendant laquelle M. Lisfranc emploie une médication antiphlogistique et dérivative sur le canal digestif.

2®. Dans la seconde période , les douleurs lancinantes, l’enfoncement du mamelon et les.

i>osselures de la tumeur classent celle-ci parmi les aHections cancéreuses.

3". La compression a dissipé , en moins de trois mois, un engorgement cancéreux du volume du poing.

4®. La combinaison des moyens généraux avec le traitement local n’était pas sans difficultés : le tact de M. Lisfaiic en a fait des auxiliaires les uns des autres.

5“. On peut regarder les formes inflammatoires de cette affection comme dépendantes de l’âge et de la constitution de la malade.

6°. Les douleurs qui subsistent après la résolution de l’engorge ment , ressemblent à celles dont se plaignent beaucoup de femmes à l’époque de leurs règles , surtout lorsque celles-ci ont éprouvé quelque dérangement : ces douleurs me semblent demander la continuation de la compression modérée et la surveillance de la marche des règles , chez un sujet dont le teint et la coloration de la peau annoncent une grande prédominance du système capillaire artériel.

Page 1