DEUXIÈME FAIT
Madame P... . ^ âgée de quarante-un ans , présente, avec un embonpoint médiocre, l’aspect d’une bonne santé j elle est issue d’un père mort dans un âge avancé, et d’une mère actuellement plus qu’octogénaire. Cette personne a été ré glée à quinze ans*, à vingt-trois , elle a contracté un mariage dont elle a eu plusieurs enfans qu’elle n’a point allaités; le flux menstruel continue chez elle avec beaucoup de régularité.
Dès sa première jeunesse , un nævus lenticulaire, qu’elle portait à la joue droite, au-dessous de l’œil , s’enflammait aux époques des règles : il y survenait une espèce de bouton qui suppurait et disparaissait après chaque menstruation pour reparaître à la suivante. Cette affection locale fut irritée en arrachant les croûtes dont elle se couvrait, et enfin, à vingt-neuf ans, la desquamation de ce nævus laissait apercevoir un ulcère de mauvaise nature , et de trois li gnes de diamètre. Madame P.... avait déjà employé diverses pommades , lorsque M. le professeur Alibert, après plusieurs cautérisations de l’ulcère , refusa , selon la malade , (J'y toucher davantage.
A trente-rquatie ans, rulcèrc; avait acquis sept ou huit lignes de diamètre, et avait pour base un tubercule aplati et mobile dans lequel il était creusé. Placée sur la j oue droite à coté du nez , la tumeur ulcérée dont je parle touchait par son bord supérieur à la base delà paupière. ' La cicatrice qui suivit la première cautérisa-^ .tion faite avec du nitrate de mercure, formait une bride transversale et était imparfaite vers le haut, ou le caustique avait moins agi que sur la partie inlerieure. Une seconde cautérisation.
par le mêîue moyen , détruisit toute la cicatrice défectueuse , dépassa toutes les limites sensibles; de la maladie, et, après la chute des escarres, donna une plaie profonde, belle ^ et de l’étendue d’une pièce de six francs. Cette fois, la cicatrice fut parfaitement unie , et ne foxma aucune bride désagréable *, elle est restée rougeâtre pendant en-, vil on trois années : plus tard les traces de toutes çes cautérisations se sont tellement effacées, que, six ans après , il était presque impossible de dis-. tinguer de quel côté avait été la maladie. Il n’y a pas eu de récidive , et , sous tous les rapports , la santé de madame F..... est dans le meilleur
état possible.
1*". L’origine de la maladie par un nævus , S,on opiniâtreté et Paspcct du tubercule . ulcéré
nie la ürcnl ranger parmi les afi’ections cancc-^. relises, ^
2“. Cette maladie a été dépassée par la der^ nière cautérisation , avec un tel succès, cpéil n’en reste pas de traees. 11 n’est donc pas impossible de détruire localement une affection cancé-, reuse , lors même qu’elle est survenue dans un nævus.
3®, Le succès eût^il été le même si l’on se fut borné à l’ablation de la tumeur par l’instrument tranchant? Je ne le pènsepas*, et s’il en était autrement , pourquoi tant de chirurgiens qui ont l’expérienee de ces maladies craignent -ils d’y toueher ?
4^. Voici une diathèse caneéreuse limitée à un point de l’économie équivalant au diamètre d’une lentille. 6e nævus a éprouvé une inflam-^ mation spontanée à chaque époque des règles tant qu’il a existé. Depuis sa destruction, nul phénomène analogue ne s’est reproduit dans au-^ eune autre région du corps. Cependant j’ai conseillé un exutoire pour l’époque de la cessation totale du flux menstruel.
5®. Si cette maladie locale eût continué ses progrès, peut-on douter qu’elle n’eût fini par développer les phénomènes généraux de la ca-. çhexie cancéreuse ? Je ne le pense pas, a en juger
par (l autres faits , et en particulier celui qui est consigné sous le numéro 6 de cette seconde partie.