‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 66 sur 105 · TROISIÈME FAIT · texte numérisé non relu

TROISIÈME FAIT

L’observation suivante prouve que, dans cer-^ tains cas de cancers cutanés, la compression est un auxiliaire consécutif indispensable , après l’excision et la cautérisation les plus complètes en apparence.

Mademoiselle D...., âgée de vingt-six ans, d’un tempérament lymphatique , était née avec une tache rouge de l’étendue d’une lentille , au milieu de la joue droite. Cette affection congéniale fit bientôt un peu de saillie à la surface de

la peau. Mademoiselle D . l’écorchait souvent

dans son enfance , de manière à la faire saigner. Elle n’employait alors que les remèdes internes dont on use ordinairement contre le vice scrophuleux , tels que l’infusion de houblon , le sirop et le vin an tiscorbu tiques. Le mal prit de l’accroissement, et formait, à l’âge de quinze ans, une tumeur du volume et de l’aspect d’une framboise. Elle fut touchée avec un caustique à l’hôpital St. -Louis, ce qui n’en borna pas les progrès, quoiqu’on joignît le vin de gentiane et les bains sulfureux aux moyens généraux que je viens

d’indiquer. La menstruation , qui s’établit ayee facilité à Làge de dix-sept ans , n’eut aucune influence sur la marche de cette affection. La malade rentra à l’hôpital St. -Louis à dix-huit ans, et sa tumeur, alors ulcérée, fut enlevée par excision : la plaie se cicatrisa d’abord d’une manière satisfaisante , mais le mal ne tarda pas à repulluler et reprit son volume en dix-huit mois. Quelques années après , on fit , à Fhôpital de la Charité, une nouvelle excision et plusieurs cautérisations avec du nitrate d’argent : on obtint , comme à St.-Louis , une cicatrice qui fut bientôt le siège d’une nouvelle tuméfaction. Quinze mois plus tard, vers le milieu de juillet 1826, sans avoir interrompu le traitement interne, la malade entra à l’Hôtel-Dieu, salle St. -Lazare, n® 34. La tumeur, de près de deux pouces de longueur et de plus d’un pouce de largeur sur quatre ou cinq lignes de relief, faisait des progrès continuels. Elle était dure, sensible à la pression, d’un rouge livide, et recouverte de petites croûtes en forme d’écailles qui , en se détachant , découvraient une surface en suppuration. Les fonctions de mademoiselle D.... n’étaient d’ailleurs nullement dérangées. On fit une cautérisation avec du nitrate acide de mercure, et on établit la compression avec de l’agaric. Le mal diminué

par ià fut coni[)lotcnîcnt d(Uriiil par uno nouvelle application du nicrne caustique au bout d\m mois; mais il repullulait facilement dès que la malade s’affranchissait de la compression, ce qui arrivait souvent. Au mois de décembre 1826, trois cautérisations semblables aux deux dernières furent prâtiquées en une semaine, et la compression, dont je fis sentir toute l’importance, fut mieux suivie par la suite : la cicatrice achevee depuis la fin de janvier 1827, est souple et sans squammes ; son centre , d^abord un peu plus élevé que sa circonférence , ne dépasse plus aujourd’hui la surface de la peau , et s’en

distingue à' peine par une nuance un peu plus

foncée. La compression n’est continuée maintenant que pendant la nuit au moyen d\ine pelote d’agaric soutenue par un mouchoir ordinaire passé sous le menton et noué sur le sinciput.

i“. Au sujet des nævus ulcérés ou des cancers, de la peau, je posais tout-à-l’heure des questions relatives à la valeur de l’ablation et de la eau- • térisation isolées. Le fait présent ne peut-il pas aider à les résoudre?

2°. Deux ablations qui ont paru complètes à St. -Louis et à la Charité , n’ont point empêché le mal de se reproduire.

3°. Les cautérisations et les extirpations pra-^

3ot

tiqiiées dans ccS deux hôpitaux , et les pieîîiicrcs cautérisations faites à rHôtei-Dieu n’ayant ])as eu de succès 5 il est à croire que les dernières auraient été également suivies de récidive sans la compression.

4”. Sous une pelote d’agaric, une maladie aussi opiniâtre a cessé de se reproduire , et rien n’annonce qu’elle doive repullulcr , si mademoiselle D continue encore, par la compres¬

sion , à neutraliser la disposition locale qu’elle avait apportée en naissant.

4°. Ce fait proclame donc à-la-fois l’impuissance des ablations faites avec le plus de soins, les cautérisations les plus profondes , et le pouvoir de la compression.

Je n’aurais que l’embarras du choix , s’il entrait dans mes vues de citer ici beaucoup de cas de récidive de cancers cutanés après les ablations et les cautérisations séparées de la compression,

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