‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 67 sur 105 · QUATRIÈME FAIT · texte numérisé non relu

QUATRIÈME FAIT

Je crois devoir rapporter ici l’observation suivante de cancer ulcéré de la face , afin que chacun puisse juger de la part qu’ont eue la cautérisation et la compiession aux changeinens avantageux qui ont été produits dans la

maladie locale , et même aux aecidens auxquels il a succombe.

Jean-Louis M., agriculteur, âgé de soixanteseize ans , ne de parens sains , ayant élevé luimême une famille parfaitement saine, portait au milieu de la joue droite une petite tacbe congéniale sur laquelle se développa une végétation rougeâtre et indolente. Cette tumeur, très-petite jusqu’au printemps de l’année 1826, prit alors un accroissement rapide, fut d’abord le siège de démangeaisons , ensuite de douleurs lancinantes, et finit par s’ulcérer. Le mal, pansé avec des pommades et des cataplasmes, fit beaucoup de progrès jusqu’au mois d’octobre. A cette époque, M. . . . , venu à Paris , portait à la joue un fongus dur et cancéreux , de deux pouces de large sur un demi -pouce de relief’, il était très -douloureux et fournissait une suppuration fétide et abondante. Il existait en même temps , vers l’angle de la mâchoire du même coté, un noyau d’engorgement du volume d’une aveline, dur, légèrement sensible à la pression , dépassant à peine le niveau de la peau et recouvert lui-même d’une pellicule mince, rouge et fine, qui représentait assez bien une cicatrice de brûlure. La santé de J.-L. M.... était d’ailleurs assez bonne, eu égard à son grand âge. La compression fut

établie sur les tumeurs au moyen de disques d’agaric soutenus par des tours de bande qui passaient sur le sommet de la tête et sous le menton. Quoique le malade peu docile eût dérange souvent cet appareil, il en avait éprouvé du soulagement *, mais comme on ne pouvait guères espérer d’obtenir ainsi une entière guérison , les deux tumeurs furent cautérisées le 2 1 novembre avec du nitrate acide de mercure : la petite fut complètement détruite en deux cautérisations , et la grande en cinq, toutes pratiquées à trois ou quatre jours d’intervalle. La dernière, qui eut lieu le 6 décembre , fut suivie d’un érysipèle très- intense de toute la face, accompagné de maux de tète, d insomnie, de délire et de fréquence du pouls. Les accidens généraux se dissipèrent promptement *, néanmoins il s’établit une suppuration sur la joue gauche oii l’érysipèle avait produit des phlyctènes. Les plaies , pansées avec des linges fénétrés enduits de cérat , et recouverts de charpie sèche , marchaient vers une prompte cicatrisation. Celle qui résultait de la cautérisation de la petite tumeur avait été parfaitement guérie en six jours. Cependant le malade, devenu nostalgique, avait peu de sommeil , ne s’occupait que de ce qui se rapportait à son pays, à sa famille ou à sa pro-

fosion, et ne voulait prendre ni medieaiTiens^ ni substanees alimentaires ; on eonvint qu’il retournerait chez lui, dès que ses forces le permettraient’, en attendant, comme il n’avait pas été à la selle depuis plusieurs jours et se refusait à prendre des lavemens, le 9 décembre on lui administra une once et demie d’huile douce de ricin , d’oii résulta un dévoiement qn’il ne fut plus possible d’arreter. A force de sollicitations, on lui faisait prendre un peu de décoction blanche, d’eau panée , de riz , et quelques cuillerées de potages clairs ou des laits de poule. Quoique les plaies diminuassent et qu’il y eût peu de lièvre, il se fit une éruption aphtheuse, les digestions devinrent difficiles, la diarrhée persista, les forces s’épuisèrent , et enfin le malade succomba le 19 décembre 1826,

I®. La cautérisation aidée de la compression paraissait pouvoir triompher de la maladie qui fait le sujet de cette ol^servation. L’état du reste de la plaie autorise à croire que le mal était dépassé par la cautérisation , et que la pelote d’agaric aurait terminé la guérison.

2°. L’érysipèle, qui peut avoir eu des rap-^ ports avec la cautérisation, constitue un accident qui a été observé aussi chez le n". 28 de la première partie.

3°. Une fièvre aphtheuse dont rien ne démontre la liaison avec l’affection cancéreuse , ni avec le traitement qui a été employé', a enlevé le malade au moment où j’avais lieu d’attendre un plein succès.

4®. La nostalgie a été une circonstance fâcheuse comme cause débilitante ; en pareil cas je ne me déterminerais plus à entreprendre aucun traitement. On peut voir un résultat analogue , sous ce rapport , dans le vingt-huitième fait de la première partie.

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