CINQUIÈME FAIT
Cancer ulcéré de la houche.
Le nommé P — , âgé de soixante-deux ans , avait toujours joui d’une bonne santé jusqu’à la fin de 1826. A cette époque il se développa sous sa langue une tumeur qui^ en peu de jours, fut ulcérée \ en peu de semaines la mâchoire inférieure fut affectée , et au commencement d’avril le malade entra â l’Hotel-Dieu, salle Sainte- Magdeleine, n°. dans l’état suivant : il était sans fièvre, sans appétit , et dans une grande inquiétude sur l’issue de sa maladie. La région sublinguale était le siège d’un ulcère profond et fé-
tide dont les bords étaient durs : cet ulcère s’étendait à six lignes environ dans les glandes suL- , linguales, en grande partie détruites. En bas, les muscles génio-glosses et genio-hyoïdiens formaient son fond*, en avant, et* sur les côtés, ses parois étaient formées par Fos maxillaire inférieur en partie carié , ainsi que par les gencives coriespondantes aux dents incisives, canines et premières mollaires inférieures, qui étaient toutes vacillantes.
Après avoir réfléchi sur la situation fâcheuse' de cet homme, voici le plan de traitement que je projetai, en écartant l’idée de la résection de la mâchoire :
i”. Enlever les dents vacillantes et les gencives cancéreuses.
12°. Cautériser profondément l’ulcère avec le nitrate de mercure, et si l’affluence de la salive s’y opposait, avec le cautère actuel.
3®. Dès que l’intensité de l’inflammation consécutive à la cautérisation serait apaisée , comprimer avec un tampon de cire moulé sur la cavité.
4®. Fixer le tampon avec les extrémités appropriées d’une pince faite avec un gros fil d’argent recourbé. Une des branches de cette pince devait prendre son point d’appui sur un tampon placé
clans la bouche , tandis que l’autre le prendrait Sur une pelote appliquée sous le menton. Ces branches devaient être rapprochées par une vis de rappel ou un lien , en dehors de la bouche , en même temps que deux autres liens , fixés à la branche inférieure de la pince , seraient noués derrière le cou et empêcheraient l’appareil de se déranger
Le i5 avril, je procédai de la manière suivante : après avoir enlevé avec les doigts toutes les dents vacillantes , je me servis d’abord pour cautériser de bourdonnets trempés dans du nitrate de mercure^ mais, comme cela était prévu , la salive surabondante qui s’y mêlait obligea prèsqu’aussitôt d’abandonner ce moyen pour prendre le cautère actuel , avec lequel je détruisis en peu d’instans et sans beaucoup de douleur tout ,ce' qui me parut malade.
. Dans lès journées suivantes, l’état du malade fut assez satisfaisant : le gonflement inflammatoire fut très-modéré , et il y eut peu de fièvre ; mais plus tard , le pus combiné avec la salive devint d’une fétidité très-grande , malgré tous les soins c|u’on apportait aux pansemens.
J’employai la compression avec un tampon de cire, que je disposai de manière que la voûte palatine et les dents de la mâchoire supérieure ap-
puyassent sur sa base. J’eus recovirs à ce moyen, parce que l’usage de la pince dont j’ai parle devint impossible.
Cependant lé pouls prit de la fre'quence, il survint un de'voiement colliquatif , le malade s’affaiblit peu-à-peu, et succomba le avrils douzième jour après la cautérisation.
La nècropsie fit voir l’alteration profonde de l’os maxillaire inferieur, et l’état squirrheux de la portion des glandes sublinguales qui avait échappé à la cautérisation. Le cœur, plein de sang resté fluide , était mou *, tous les autres viscères présentaient les apparences de l’état sain.
1®. La gravité du cas dont il s’agit est évidente. J’ai agi par la cautérisation parce que des faits relatifs à des maladies de l’utérus et le troisième fait de cette deuxième partie m’avaient fait prendre confiance dans ce moyen , en soutenant ses avantages par la compression.
:2®. Le fluide fourni par l’ulcère et avalé avec la salive a altéré les digestions plus promptement que je ne m’y étais attendu.
3®. Si dans une circonstance analogue je croyais devoir employer un traitement semblable, je me servirais, pour comprimer, de bourdonnets roulés dans la poudre de quinquina
rouge et de charbon pulvérise et souvent renouvelés.
4°. Cet échec , comme le défaut de succès d’un grand nombre d’excisions de cancers de la bouche, doit faire rechercher s’il est plus avaiir tageux de les cautériser ou de les emporter que de n’y pas toucher , en se bornant au!x soins de propreté, jusqu’à ce qu’on ait trouvé le moyen de soutenir , au moyen de la compression , les avantages obtenus par l’ablation ou la cautéri=^ sation.