‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 69 sur 105 · SIXIEME FAIT · texte numérisé non relu

SIXIEME FAIT

Cancer de la région dorsale développé sur un

nœvus.

Madame de K..,. , âgée de quarante ans, issue de parens fortement constitués, a été sujette, dans son enfance , d’abord à des l'apports acides et ensuite à des angines qui ont cessé à treize ans , lors de la première apparition des règles ; quatre ans après , elle a commencé à éprouver des migraines.

Douée d’une grande force d’âme et d’une sensibilité exquise , madame de R.... mariée à dixseptans, devint veuve à vingt-un, déjà mère de deux enfans *, à trente-huit elle perdit sa 611e ,

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et cette perte, aussi vivement sentie que celle de son mari , exaspéra des palpitations qui la fatiguaient souvent depuis son veuvage.

Madame de R.... portait au dos un large nævus earaetérisé par une peau brune, rugueuse et mamelonnée. Vers trente-neuf ans (en juillet 1826), un des mamelons situés sur les bords du nævus ayant été excorié, il s’y développa une tumeur c[ui prit rapidement le volume du poing et devint le siésre d’élancemens intolérables. M. le

professeur Boyer enleva cette massse careinomateuse le 7 décembre 1826. x

La plaie fut cicatrisée en six semaines ; mais bientôt un engorgement de même nature que le premier se manifesta sur les côtés de la cicatrice. M. Boyer n’ayant pas jugé à propos d’emporter cette nouvelle tumeur, la malade me consulta le 5 avril 1827 \ voici ce que j’observai : une tumeur dure , inégale et réniforme, ayant six pouces dans son diamètre vertical, quatre dans l’horizontal , et deux seulement de relief, occupait toute la région postérieure du thorax à gauche \ sur Ja partie moyenne de cette tumeur et dans le sens de son grand diamètre, on remarquait au fond d’un sillon large et profond une cicatrice de quatre pouces de long. La partie de la tumeur placée au-dehors du sillon était recouverte

par la peau saine et l’a u lie par ie nævas. Au-dessous de Fangle inférieur de la cicatriee la peau était luisante et la tumeur déjà ramollie.

Malgré l’état avancé de cette maladie cancéreuse , les douleurs lancinantes étant aiguës et habituelles, je résolus de constater ce que pourrait la compression pour les calmer et pour diminuer un engorgement d’un aussi mauvais caractère , elle fut commencée le 6 avril 1827 .

Je me servis pour comprimer de disques d’agaric et de bandes de percale^ avec lesquels je fis dominer la compression sur la circonférence de la tumeur sans négliger le centre. En peu de jours , celle-ci avait perdu quelques lignes de relief et près d’un pouce de ses autres diamètres. J’augmentai la compression en recommandant expressément de relâcher le bandage, s’il causait de l’insomnie. La malade négligea d’abord cet avis *, mais dès la troisième nuit, le malaise qu’elle éprouva la contraignit de s’y conformer. La fièvre qui était survenue à cette occasion dura quelques jours, pendant lesquels on s’en tint à l’emploi d’un laxatif et à l’usage de boissons acidulés.

Pendant la fièvre, les douleurs que la compression avait suspendues reparurent*, on voulut la leur opposer de nouveau , mais elle ne les

calma point comme auparavant; bien plus, elle ne put pas être supportée au même degré que dans les premiers jours, et Ton se borna à un simple bandage contentif.

Dans le cours du mois de mai , il s’établit , sans cause connue, une fièvre qui devint habituelle, et il se forma, sous le bord du grand pectoral gauche , un engorgement de la grosseur d’une petite noix. Cependant l’appétit se soutenait, mais la santé se détériorait de jour en jour , et la tumeur pre« nait un développement considérable, ainsi que rengorgement de l’aisselle, qui acquit bientôt le volume d’un œuf. Au commencement du mois de juin, je reconnus, sur la partie inférieure de la tumeur, une escarre qui s’étendit peu-à-peu et dont la séparation donna lieu à une hémorrhagie qui faillit de faire périr la malade , le 9 juillet 1827.

A l’époque de son ouverture spontanée , la tumeur ramollie recouvrait toute la partie postérieure gauche du thorax , depuis la troisième cote jusqu’à la onzième. Son relief, de deux pouces en dehors , au mois d’avril , était au moins de six ou sept au commencement de juillet, et allait en décroissant jusqu’à son bord interne : il était tel que la malade ne pouvait se coucher que sur le coté droit. Les douleurs étaient deve-

nues intolérables , malgré l’usage externe et interne des caïmans.

En arrivant au moment de l’iiémorrhagie , je trouvai la malade décolorée, très- affaiblie et bai gnée dans son sang. Aussitôt j’incisai l’escarre , qui n’était détachée que dans une étendue de trois à quatre lignes *, je vidai le foyer de toute la matière cérébriforme qu’il contenait , et je le remplis de bourdonnets roulés dans la poudre de colophone d’abord , et ensuite dans celle de quinquina et de camphre. Le sang fut arrêté immédiatement , et la malade soulagée. Dans les journées suivantes , d’autres foyers cérébriformes et sanguins furent encore ouverts, et les pansemens continués avec la poudre de quinquina et de camphre , avec la€|uelle on malaxait en quelque sorte le tissu de la tumeur, qui crépitait sous les doigts, à cause des gaz qui s’y formaient dans l’intervalle des pansemens. Pendant la fin de juillet et le courant du mois d’aoùt*, il se fit une sorte de détersion de ces foyers, dont l’odeur devenait absolument insupportable , dès que la faiblesse de la malade obligeait à différer les pansemens, qu’on renouvelait deux fois par jour. Après la chute des escarres qui étaient dans les foyers mélangés avec la matière cérébriforme , l’odeur fétide et la crépi-

tation ne rçparurent plus comme auparavant , et la tumeur se trouva réduite à un volume moindre que lorsque je l’avais vue pour la première fois. La malade alors put se coucher sur le dos *, l’ulcère se rétrécit (^omme par une sorte de cicatrisation 5 la tumeur axillaire diminua, et il se manifesta dans les membres inférieurs, et spécialement dans le di^oit, une inhltration qui fit des progrès jusqu’à la mort. Cependant les fonctions digestives se conservèrent long-temps, quoique la malade ne prît aucune espèce d’alimens qu’avec une grande répugnance , et quelle fut consumée par une fièvre continue. Dans les dernières semaines , outre les paroxysmes habituels , elle éprouvait , après l’usage des moindres alimens , un accès de fièvre plus ou moins violent , avec frisson, chaleur et sueur. Les exacerbations et les accès de cette fièvre n’éprouvèrent que des modifications fugaces par les préparations de quinquina, soit qu’on les employât seules, ou assoeiées avec divers caïmans ou antispasmodiques. Le sous - carbonate de fer n’eut pas plus de succès, tandis que Feau distillée de menthe poivrée a toujours procuré du soulagement. Après l’ouverture de la tumeur, la malade se plaignit pendant plusieurs jours d’un sentiment d’ivresse qui la fatiguait beaucoup. Je pensai que le cam-

phre employé en forte proportion dans la poudré des pansemens en était la cause ^ je le supprimai , et cet accident ( je l’ai noté sous le point de vue de Faction du camphre sur le système nerveux) diminua sans disparaître entièrement, probablement à raison de la faiblesse de la malade , qui s’éteignit à la fin du mois d’août.

i®. Ce fait est remarquable par la promptitude de la récidive. D’après ce qui est arrivé dans les dix-neuvième et quarante-cinquième faits , on peut croire qu’il en eût été autrement si on eût exercé plus tôt la compression sur la cicatrice et son voisinage.

2°. Ce fait , avec le treizième et le trente-huitième, prouve qu’il faut étudier avec soin le degré de la compression que chacun peut supporter sans inconvénient, surtout lorsque la maladie locale est déjà fort avancée , crainte de suspendre le sommeil , qui peut ne pas se rétablir ensuite *, crainte de provoquer la fièvre et d’étre privé par-là d’un moyen nécessaire *, crainte , enfin , d’augmenter par une compression trop forte l’absorption des fluides contenus dans ces sortes de tumeurs , lorsqu’elles sont ramollies , et d’accélérer ainsi les accidens de la cachexie cancéreuse générale.

S"". L’aspect de la tumeur n’annonçait pas l’hé»

morrhagie qui eut lieu* le sang coulait en nappe comme dans les cas de fongus liëmatodc; toute ligature étant impraticable, j’appliquai sur la surface saignante des bourdonnets de charpie roulés dans la poudre de colophone , moyen qui suffit avec un bandage contentif pour arrêter l’hémorrhagie chaque fois qu’elle reparut, tandis que, dans les pansemens ordinaires , j’employai la poudre de quinquina et de camphre

au lieu de celle de colophone.

4“. Malgré l’amélioration du foyer, la diminution de son étendue et la résolution de la tumeur axillaire , les accidens de la cachexie cancéreuse générale n’ont cessé de faire des progrès.

5“. Les effets enivrans du camphre employé à l’extérieur m’ont semblé très-évidens , et ils se sont soutenus après qu’on en a eu cessé l’usage, probablement à raison de la débilitation qu’avait éprouvée la malade.

6®. Il me paraît certain que , sans les pansemens faits avec la poudre de quinquina et de camphre, madame de R.... eût succombé beaucoup plus tôt ^ car si l’odeur devenait intolérable, meme pour les personnes qui l’approchaient, aussitôt que le pansement éprouvait quelque retard, comment, indépendamment des hémor- 3'hagies, aurait-elle pu vivre si long-temps dans

un tel foyei' d’infection , sur lequel on ne pouvait renouveler assez souvent Femploi du chlorure d’oxide de sodium ?

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