‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 74 sur 105 · ONZIÈME FAIT · texte numérisé non relu

ONZIÈME FAIT

Cancer du museau de tanche.

Madame T , âgee de vingt-huit ans, ayant

une dysménorrhée habituelle , avait joui d’une bonne santé jusqu’à l’àge de seize ans, époque de son mariage. Deux mois après (en 1820), elle devint enceinte et commença à ressentir des

douleurs dans le vagin. Bientôt il se manifesta dans cette partie , ainsi qu’au cuir chevelu , de petites pustules , pour lesquelles M. le professeur Dubois prescrivit un traitement anti- syphilitique. La grossesse du reste ne présenta rien de particulier. L’accouchement fut long et laborieux , et l’enfant ne présenta aucun symptôme de la maladie de sa mère , qui se rétablit trcsbien de sa couche.

Huit mois après , la malade fut prise de céphalalgies très-violentes , pour lesquelles on recommença un traitement anti-syphilitique , quoique son mari prétendît n’avoir jamais éprouvé d’affection vénérienne. Au bout de quelque temps le traitement fut suspendu, et les années suivantes elle continua de souffrir dans le vagin et à l’anus.

En 1826 , les douleurs du vagin augmentèrent

et s’étendirent an rectum et aux aines, en meme temps que le méat urinaire et la xulve s’enflammèrent. C’est alors que je fus appelé auprès de la malade : je regardai l’alfection comme étant encore syphilitique , et je fis suivre un nouveau traitement, avec des bains de deuto-chlorure de mercure , dont l’usage fut continué pendant long- temps. Le résultat en fut avantageux , et je cessai pendant plusieurs mois de voir madame T...., qui paraissait guérie.

En 1827, les douleurs de l’utérus, du rectum et des aines, rebarurent et résistèrent aux moyens adoucissants*, alors, la lèvre antérieure du museau de tanche, douloureuse au toucher, était allongée , dure et renflée à son extrémité ^ au moyen du spéculum , on y apercevait du côté gauche, une ulcération déjà fongueuse qui gagnait la commissure voisine et s’étendait à la partie correspondante de la lèvre postérieure, en remontant de plusieurs lignes dans la cavité du col^ qui me parut sain à sa base ainsi que le corps de l’utérus.

L’état de la malade ayant été constaté par M. le docteur Lafeuillade , son médecin ordinaire, et par MM. Marjolin et Lisfranc, nous pensâmes qu’il était urgent de procéder à l’excision du col de l’utérus. Cette opération fut

faite, le 9 août, en présence de MM. Lisfranc et Lafeiiillade, de la manière suivante :

La malade étant coueliée sur le dos, en travers d’un lit, comme pour l’opération de la taille, je saisis avec une pince de Miiseux le col de l’iitérus que j’abaissai et ipaintins à la vulve. Alors, avec de forts ciseaux courbes sur le plat , je commençai la résection à plus de huit lignes audessus de ce qui me parut malade. J’incisai d’abord la muqueuse circulairement, et, à mesure qu’elle se retirait vers la partie supérieure, je continuai la section couclie par couche et toujours circulairement. De cette manière, lorsque l’opération fut terminée, la partie restante du ' col représentait un cône creux, dont les bords et le fond , ainsi que la surface correspondante de la partie réséquée furent trouvés parfaitement sains. 11 n’y eut point d’hémorrhagie. Je me bornai à panser la plaie avec de l’agaric et de la charpie. Deux heures plus tard, trouvant qu’il s’écoulait par la vulve une certaine quantité de sang, je me déterminai à remplacer les pièces du premier pansement par des bourdonnets de charpie roulés dans la poudre de colophone et maintenus à l’aide d’un pessaire à tige, ce qui arrêta l’hémorrhagie.

Dans la soirée , il survint des douleurs dans

la région hypogastrique, et rcxcrétion des urines fut supprimée : vingt sangsues et des cataplasmes éinolliens furent appliqués sur la partie douloureuse; je prescrivis une potion calmante et des boissons adoucissantes; je pratiquai le cathétérisme , et fis donner un lavement. Dans la nuit, il y eut des vomissemens et des accès hystériformes.

Le lendemain , la peau était chaude et sèche, le pouls dur et fréquent; il y avait encore quelques vomissemens , des douleurs dans le rectum et dans Faine droite. Pensant que ces accidens pouvaient dépendre des pièces du dernier pansement , je retirai les bourdonnets les plus voisins de la vulve; je maintins les autres avec le pessaire à tige dont j’ai déjà parlé, et je continuai la prescription de la veille.

Le 1 î 5 comme les accidens persistaient encore , je retirai les dernières pièces du pansement sans qu’il survînt la moindre hémorrhagie, et je joignis à la prescription de la veille trois demibains tièdes long-temps prolongés , et des injections émollientes dans le vagin.

Les jours suivans, les douleurs et Tés accidens cessèrent peu-à-peu, et il s’établit une suppura- I tion louable. Le i8 , la malade put se lever et i prendre un léger potage. Je fis continuer les

bains, les injections et les boissons émollientes^ Le 24 7 suppuration étant peu abondante et la surface de la plaie blafarde , je supprimai les injections, et portai dans le vagin des bourdonnets de charpie roulés dans la poudre de quinquina, que je fis renouveler deux fois par jour^ Le 29, la constipation, la tension du ventre et l’inappétence cédèrent à l’emploi d’une once et demie d’huile douce de ricin.

Quelques jours plus tard , la plaie étant en très-bon état , l’époque des règles , malgré l’usage des bains , fut annoncée par des douleurs dans les lombes et dans la région hypogastrique. Je pansai le malade avec un mélange de deux gros de laudanum de Rousseau , et de quatre onces de miel rosat^ qu’on portait sur la plaie au moyen de bourdonnets. Enfin les règles paru^ rent, coulèrent pendant deux jours, et les douleurs cessèrent peu-à-peu.

Le 27 septembre, la plaie étant parfaitement cicatrisée , je remplaçai les pansemens que je viens d’indiquer , par des injections d’eau froide simple dans le vagin , et je prescrivis un cautère au bras. <

Dans les premiers jours de novembre, la malade a eu une menstruation abondante et facile , avantage qu’elle n’avait jamais eu auparavant*

Eæamen de la pièce enlevée.

Les deux lèvres du museau de tanche étaient engorgées l’antérieure, qui l’était beaucoup plus que la postérieure , formait une appendice d’un pouce environ \ leur partie gauche était couverte d’une ulcération qui se prolongeait jusque dans la cavité du col, mais en deçà de la section. La lèvre antérieure contenait, en outre , dans son épaisseur et vers son extrémité^ un tubercule carcinomateux, jaunâtre et en partie ramolli. La portion qui correspondait à l’utérus présentait la forme d’un cône saillant , offrant à son sommet l’orifice du' canal qui se continuait auparavant ‘ avec la cavité du col. Cette surface et ce conduit étaient parfaitement sains.

1®. Je n’ai point cautérisé après l’excision, parce que la maladie , circonscrite à l’extrémité du museau de tanche et au tiers inférieur de la cavité du col , avait été très-manifestement dépassée de plus de dix lignes , comme cela fut démontré par l’examen de la pièce qui a été vue par MM. Deneux, Desormeaux, lâsfranc, Marjolin, Richerand et plusieurs autres praticiens.

2®. Lorsqu’après l’excision quelque reste de

la maladie réclame la cautérisation , celle-ci ne peut être faite sans inconvéniens qu’après que les accidens primitifs de l’opération ont disparu. Dans le cas présent, toute la partie malade étant enlevée, il n’y avait rien à cautériser*, mais les accidens survenus , sans être graves, étaient tels, cependant, qu’on aurait pu redouter leur exaspération , meme par la compression ; c’est pourquoi j’ai dû différer son emploi.

3®. Ce cas prouve que lors meme qu’après l’opération le sang ne coule pas avec abondance, il convient dans le premier moment de faire un tamponnement méthodique , pour lequel voici différens procédés.

Porter sur la plaie quelques bourdonnets un peu serrés , et les contenir ensuite avec un pessaire en bilboquet, à longue tige , qu’on fixera avec le chef descendant d’un bandage en T , dont les chefs latéraux, réunis en ceinture , maintiendront sur l’hypogastre un coussin qui déprimera le corps de l’utérus.

B. Si on éprouvait quelques difficultés à ar- . ré ter l’écoulement du sang, on se servirait d’un spéculum pour découvrir et absterger la plaie ^ sur laquelle on placerait -des bourdonnets roulés dans la poudre de colopbone j on les presserait

avec lextremite d’une baguette ; on retirerait ensuite le spéculum, que l’on remplacerait par le pessaire et le bandage inclirpies.

C. 11 serait possible qu’on trouvât plus commode d’enfoncer dans le vagin le centre d’une compresse de linge fin , qui servirait de réceptacle aux bourdonnets , dont les plus profonds seraient ensuite retires avec facilité. Cette précaution serait indispensable si on employait la colopbone. <

Si, dans un cas d’iiémorrliagie abondante, on découvrait , à l’aide du spéculum , un vaisseau d’un calibre considérable, on pourrait le toucher légèrement avec un bouton de feu.

4°. J’ai cru devoir citer ce fait pour faire bien entendre le procédé opératoire , par lequel, en obtenant dans la section du col utérin un cône creux du côté de la matrice , on est plus sûr d’enlever toute la partie malade. L’importance de ce procédé sera d’autant mieux sentie, qu’on ne perdra pas de vue que l’alfection cancéreuse remonte ordinairement plus avant du côté de la cavité du col qu’à son extérieur , et que si l’on manque de l’enlever en entier dans l’excision , on sera forcé de recourir plus tard à la cautérisation , qu’il est cependant avantageux de pouvoir éviter*

5°. Le danger de laisser vers les commissures et dans le col du côté de son canal quelque reste de l’affection locale , doit faire renoncer à l’excision d’une seule des lèvres du museau de tanche.

6”. Quoique toute la maladie eut été enlevée , j’ai employé la compression sur la plaie , afin de mettre obstacle à la reproduction de l’affection cancéreuse, en supposant que les parties restantes y fussent disposées.

y®. Pour pratiquer l’excision du col de l’utérus, au lieu de ciseaux courbes sur le plat, on peut se servir d’un bistouri boutonné convexe et fixé sur le manche. {Foj, les planches.) Avec un spéculum ouvert sur sa longueur , on met à découvert le museau de tanche; on le saisit solidement avec une pince de Museux; on retire le spéculum ; on abaisse lentement l’utérus à la vulve ; on applique alors sur son col une seconde pince de Museux^ si on le juge nécessaire ; avec le bistouri indiqué, on fait sur le col, au-dessus de tout ce qui paraît malade, une première incision circulaire d’une ligne de profondeur; on soutient la traction , et on continue de couper de la même manière, en portant toujours l’extrémité du museau de tanche du côté opposé à celui ou se fait la section, que l’on continue couche

pai' couche, en remontant à mesure que le bord supérieur se retire. De cette manière , comme par le procédé employé chez madame T...., on a, du côté de la matrice^ un cône creux, ce qui donne la faeilité de dépasser la maladie le plus possible.

8®. Si , après l’excision , il se trouvait dans le col utérin un reste de la maladie qui ne pût être dépassé par la cautérisation ni par une nouvelle excision^ il ne resterait d’autre ressource que d’examiner s’il y aurait lieu de faire l’ablation de l’utérus par l’un des procédés indiqués à la suite du neuvième fait de la deuxième partie.

BOÜZIÈME FAir.

Cancer du rectum»

La diffieulté de procurer du soulagement dans les cancers du rectum est trop connue pour que je ne place pas ici l’histoire suivante , dans lar quelle on verra la compression rendre d’assez grands services.

Madame G.... , âgée de trente-sept ans ^ d’une bonne constitution , sujette depuis plusieurs années à des céphalalgies opiniâtres , fut réglée

pour la première fois à quatx)rze ans , et n’a cesse de Fétre fort exactement depuis lors. Eu 1825^ quelques mois après son mariage, elle commença à éprouver des épreintes, des pesanteurs sur le rectum , des pertes de sang par cet organe j le sommeil diminua peu-à-peu, l’amaigrissement augmenta de jour en jour, et les douleurs devinrent très-violentes. M. Boyer conseilla, en février 1827, l’usage des mèches de charpie , enduites de cérat opiacé, portées dans le rectum. Il y eut d’abord quelque soulagement. Cependant, dans le mois de mai suivant, la malade consulta M. Dubois, qui fit l’excision de quelques fongosités que présentait l’intestin , ce qui amena un nouveau soulagement, mais de trèscourte durée.

En juin 1827, madame G.... entra à FHôtel- Dieu dans l’état suivant : douleurs sourdes habituelles avec élancemens passagers dans le rectum *, impossibilité de se tenir assise: l’orifice inférieur de l’intestin était libre; mais à quelques lignes au-dessus de ses sphyncters, on trouvait des fongosités très- douloureuses au toucher et remplissant le rectum jusqu’à trois pouces de hauteur, endroit oii un bourrelet très-dur formait un rétrécissement tel, que l’index avait peine à y pénétrer; outre un dévoiement habi-

Euel 5 il s’ccoulait par l’anus une matière sanguinolente, grisâtre, fétide et très-abondante; le sommeil était nul et l’amaigrissement considérable, avec fièvre liabituelle.

Un spéculum ouvert sur le côté me servit â porter dans le rectum pour le tamponner et comprimer les fongosités qui l’obstruaient, des bourdonnets de eliarpie roulçs dans la poudre de quinquina et de camphre; ce pansement fut renouvelé dans la soirée et causa beaucoup de douleur à la malade*

Le lendemain , j’enlevai avec les doigts une grande, partie des fongosités, ce qui causa une hémorrbagie peu abondante à la vérité, mais pour laquelle, cependant, je crus nécessaire d’ajouter à la poudre précédente celle de colo^lione.

Dans les journées suivantes, le même mode de pansement fut suivi en retranchant la colophone ; les douleurs s’apaisèrent, le sommeil se rétablit, et Fétat de la malade s’améliora sensiblement.

Dans le moistFaoût, des fongosités qui avaient échappé au premier déblajement furent broyées et enlevées comme les autres, sans de grandes . douleurs et sans hémorrhagie ; le même pansement fut continué , et le mieux déjà obtenu augmenta de jour en jour. ^

A la fin de septembre, les douleurs avaient

disparu, l’intestin était souple, lisse et à-peuprès egalement dilaté dans tous ses points ; il ne s’écoulait plus par Tanus qu’une petite quantité de pus sans odeur partieulière; le dévoiement et la fièvre avaient cessé , le teint était satisfaisant, mais l’amaigrissement restait le meme. La malade sortit de l’Hôtel-Dîeu, en assez bon état, dans les premiers jours d’octobre. Je l’ai revue depuis^ elle continue -avec succès la compression par le meme procédé.

1®. La malade dont il s’agit est loin d’être guérie , sans doute *, mais sa situation est tellement améliorée , qu’il est clair que le traitement palliatif employé lui a été très-utile.

:2°. Le 5 juillet, toute la partie inférieure du rectum ne formait en quelque sorte qu’une masse solide, à cause des végétations nombreuses , dures, très - doulourçuses et saignantes dont il était rempli *, un dévoiement très-fétide épuisait la malade , qui était décolorée , très-amaigrie et consumée par un état fébrile habituel.

3®. Aujourd’hui elle a repris des forces et le teint de la santé ^ elle n’a plus de fièvre , et se panse elle-même sans douleur. Les parois de l’intestin devenues souples, présentent une surface lisse, sur laquelle s’opère une cicatrisation qui s’avance du haut et du bas.

4'". Je n’ai point employé les corps gras dans ce traitement , parce qu’ils m’ont paru nuisibles dans le pansement des maladies cancéreuses. (Vojr, le dixième cas de cette deuxième partie.) Les pansemens à sec avec des poudres m’ont semblé en général plus avantageux dans ces sortes d’affections, ce qui m’a empêché d’employer , comme Dessault , des mèches enduites de cérat.

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