ARTICLE PREMIER
Traitement externe.
Compression i
La compression , dans quelque lieu qu’elle soit appliquée , doit être douce et parfaitement égale sur tous les points , sauf la prédominance que les circonstances seules peuvent indiquer.
Le linge, la charpie, la peau chamoisée, et tout ce qui se durcit facilement par la pression , n’est pas favorable : l’agaric en belles feuilles bien égales, et sans nodosités , épaisses, si les tumeurs ont beaucoup de relief, et minces , si elles n’en ont pas ou si elles l’ont perdu , m’a semblé jusqu’à présent la substance la plus favorable, et celle qui conserve le mieux son élasticité. Les essais que j’ai faits avec la peau de daim , de chamois et de mouton chamoisé , avec la ouate de coton cardé, avec des vessies renfermées dans un sac de peau et distendues avec une pompe foulante, n’ont eu aucun résultat satisfaisant ^ il en a été de même des disques de gomme élastique , de plomb et d’étain, minces, qui , étant imperméables à la
Iranspiratioii , entretiennent sur la partie une îuimidile nuisible; les vessies demandent pour retenir l’air une perfection de préparation telle, que ce moyen ne pourrait que très-difficilement entrer dans la pratique.
J’aurais pu employer des bandages à ressort avec des pelotes , mais j’ai craint de changer par ces moyens la conformation du thorax , comme on le fait à dessein en orthopédie ; d’ailleurs la nécessité de modifier à volonté la forme des pelotes dans le progrès du traitement, me plaçant dans la dépendanee des ouvriers, j’ai renoncé à ce genre d’appareil pour les cancers des glandes mammaires.
Je me sers pour les seins de deux bandes, qui sont en général de deux pouces et demi de large , et de huit à neuf aunes de long ; elles doivent être sans ourlet, ni coutures saillantes. J’ai eipployé pour les faire la flanelle, qui est élastique et se moule très-bien ; mais , comme ce bandage cause parfois une chaleur gênante , je me sers de préférence de bandes de toile ou de percale. Avec les personnes un peu replètes, l’une des deux bandes doit être plus large , de trois pouces par exemple ; et l’autre , de deux seulement. La plus large sert à fixer parfaitement les premiers disques et à bien contenir les seins; la
plus étroite donne une grande facilité pour terminer le bandage très-également.
Je pose d’abord un large disque d’agaric imr médiatement sur chaque sein : je construis ensuite sur celui qui est malade un cône tronqué , avec d’autres disques intercalés un à un s’ils sont épais , et deux à deux, ou trois à trois au plus, s’ils sont minces , entre les circulaires successives des bandes. Le cône, de trois à quatre pouces de hauteur, doit être construit de manière que le centre de pression tombe sur l’endroit de sa base qui répond au point de la tumeur qui doit être le plus comprimé.
Si la tumeur a beaucoup de relief, j’emploie des disques très-épais et très souples , ou quatre à six disques ensemble s’ils sont minces , jusqu’à ce que j’aie émoussé la saillie des bosselures *, alors je prends des disques plus minces, ou je les sépare, afin que la tumeur ne puisse pas s’enchatonner entièrement dans la base du cône d’agaric^ et je finis même par rendre cette dernière un peu convexe, en entre-croisant les grands disques au milieu , ou en intercalant entre eux d’autres disques plus petits , qui en font ressortir le centre , afin qu’elle atteigne jusqu’au dernier reste de l’engorgement.
S’il y a plusieurs bosselures, après avoir placé
les disques qui embrassent toute la tumeur, j’ëlève sur chacune des principales éminences un petit cône tronqué particulier, et je finis par de larges disques qui réunissent le sommet de tous ces cônes de manière à n’en former qu’un.
Les engorgemens de l’aisselle sont souvent difficiles à comprimer, et c’est même sur eux que roule parfois toute la difficulté. Je n’ai pu les atteindre qu’au moyen de tampons faits de la manière suivante : on coupe un disque qui forme un triangle rectangle *, sur celui-ci on en Qpupe un second , mais moins étendu vers le grand côté; on en taille ainsi successivement huit, dix, douze, vingt, trente, etc., toujours en les diminuant par le grand côté, et les laissant parallèles par leur angle droit, qu’on arrondit afin qu’il s’accommode parfaitement à l’enfonçement axillaire ; de cette manière, on obtient un tampon en pyramide tronquée , et on le soutient par des tours de bande , jetés en 8 de chiffre autour des épaules et des aisselles, qu’on a, garnies avec des morceaux d’agaric mollet afin de les garantir de l’action immédiate des jets de bande que le bras plisse et durcit en se rapprochant du corps. Ce tampon , approprié aux différens cas par ses dimensions , sa forme et son épaisseur , a rendu de grands services. Je fais fixer les pièces dont il
est forme avec un ül fort , tan loi en amenant le sommet vers fun des angles, tantôt en le retenant au milieu , selon les circonstances, pour mieux atteindre Fengorgement. Il est des cas où ce dernier fuit sous le grand pectoral, ce qui demande une pelote de renvoi placée sur la partie externe de la région sous-claviculaire.
Il est des personnes qui ne supportent la pression ni sur le liaut ni sur le bas du sternum, alors je donne de l’obliquité au bandage de trois manières différentes : i®* Si je veux éviter de presser sur le haut du sternum , je mène les tours de bande de la partie inférieure du sein qui n’est pas malade , tantôt au-dessus et tantôt au-dessous de la tumeur , en passant sous l’aisselle et revenant par le dos sur l’épaule du côté sain , d’où je vais sous Faisselle du meme côté pour retourner par le dos sous Faisselle du côté malade de là je passe successivement sur les parties supérieure , inférieure et moyenne de la tumeur , pour conduire la bande au-dessus de la mamelle saine, d’où je monte le long du dos, sur l’épaule du côté malade : je passe ensuite sur l’extrémité externe de la clavicule pour contourner Faisselle comme dans le 8 de chiffre , et je retourne par le dos sous la mamelle saine , pour revenir obliquement et successivement au-dessus et au-
dessous de la tumeur et sur son milieu. 2". Four empêcher que la compression n’agisse sur la partie infe'rieure du sternum , si la maladie est du côte gauche, j’exécute le bandage en faisant descendre les premières circulaires de l’épaule droite, pour passer en écharpe au-dessous de la tumeur , d’oii, en remontant par le dos sous l’aisselle et au-dessus du sein droit, je couvre successivement les parties supérieure et moyenne du sein gauche , et de nouveau sa partie inférieure en descendant de l’épaule droite : de cette manière les tours de bande passant tous sur l’épaule et au-dessus du sein droit, aucun ne couvre la partie inférieure du sternum ; ce qui est l’opposé du bandage précédent , dans lequel tous les tours de bande passent au-dessous de la mamelle saine , sans couvrir la partie supérieure du sternum. 3“. 11 est des personnes qui se trouvent mieux d’un bandage en 8 de chiffre, que l’on fait en passant successivement de la partie inférieure d’un sein à la partie supérieure de l’autre , et ensuite de la partie supérieure du premier à la partie inférieure du second. On recouvre ces tours de bande en doloires, de manière à emboîter exactement les deux mamelles, et l’on soutient le bandage en formant des espèces de bretelles par des jets qu’on fait descendre des épaules. 11 est important
de se ménager des points d’appui pour écarter des côtés du cou et des veines jugulaires les écharpes qu’on a formées en descendant des épaules au-dessous du sein : on obtient ce résultat par des jets de bande qu’on fait descendre des épaules sur les côtés du thorax , 'ou on les renverse pour leur rendre la direction circulaire. L’obliquité de la bande, dans ce cas, oblige à en fixer les tours avec des épingles , lorsqu’elle change de direction.
Ces bandages se varient de mille manières *, à peine en fera-t-on deux rigoureusement semblables : ce qui est important n’est pas de répéter toujours servilement les mêmes circulaires, mais de trouver, chaque fois, le moyen de les appliquer le plus également et de la manière la moins gênante possible.
Lorsqu’on sera obligé de faire des renversés , on aura l’attention de ne jamais les faire tomber sur le sommet de la tumeur.
J’ai dit que la compression doit être douce; par conséquent on ne doit porter la constriction qu’à un degré très-modéré , sur-tout en commençant; car autrement on pourrait amener de la fièvre , comme cela est arrivé dans les septième, dixième, treizième et dix-huitième faits.
La malade doit coucher la tête haute pendant
tout le temps de l’emploi du bandage , et si on fait usage de bains, on doit les prendre immédiatement avant l’heure oii il doit être renouvelé.
Lorsque la maladie sera terminée , on ne supprimera le bandage que d’une manière successive , en diminuant peu -à- peu le nombre des disques. On observera de ne cesser toute compression que plusieurs semaines après la résolution complète de l’engorgement , s’il était peu ancien , et s’il s’est résous facilement ; tandis que si la résolution s’est fait attendre , ou que la maladie soit ancienne , on ne cessera qu’après plusieurs mois.
Si le volume ou la nature de la tumeur s’op;:, pose absolument au succès de la compression , on examinera la conduite que j’ai tenue dans les 3% 10% 11% i4% 4^- et 46® faits, et quelles inductions on en pourra tirer en reprenant la compression , après toute autre opération , si l’on est obligé d’y recourir.
La compression des cancers autres que ceux des glandes mammaires devra être faite avec des appareils appropriés*, il est impossible de rien dire de particulier à cet égard , chaque région du corps et chaque forme de tumeur exigeant des modifications spéciales. Des bandages à ressort pourront être appliqués au traitement des can^
ceis de la face, cl je pense meme à celui des sarcocèles, par des pelotes eoncaves et élastiques. Mes tentatives sur les affections du scrotum se sont bornées jusqu’à présent à des suspensoires lacés, dans lesquels j’avais placé de l’agaric : j’ai obtenu par ce moyen des guérisons d’hydrocèles.
Dans un voyage en Suisse, M. le docteur Chevalley a appliqué , au commencement d’octobre 1827 , la compression au traitement d’un sarcocèle ulcéré survenu chez le nommé W...., âgé de cinquante-cinq ans, ayant servi dans la cavalerie , exerçant actuellement la profession de fournier à V evay , canton de V aud , et par conséquent exposé à se frapper les testicules avec le manche de la pelle à enfourner les pains. La tumeur , du volume d’un oeuf d’oie , était pesante, opaque, régulière en arrière, mais inégale en avant , oii existait une ulcération fétide de huit à dix lignes de diamètre. La compression fut faite avec des lanières d’agaric superposées ^ et fixées par des tours de bande. Il a fallu de la patience et refaire souvent le bandage, qu’on soutenait par un suspensoire. Au bout de dix jours la tumeur était diminuée d’environ un quart, et l’ulcère détergé sans le secours d’aucun autre moyen que la poudre de charbon et de quinquina. Une lettre de M. le docteur Couvert,
médecin distingué de Vevay, en date du lo novembre, annonçait que le malade allait très-bien.