‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 83 sur 105 · S- II · texte numérisé non relu

S- II

Cautérisation.

On a vu que pour les cautérisations j’employe l’acide nitrique concentré , auquel j’ajoute un demi-gros ou un gros par once de nitrate cristallisé de mercure. Je place la partie que je veux cautériser dans la situation la plus favorable possible, pour que le caustique puisse s’y arrêter, et j’emploie une quantité de nitrate proportionnée à l’étendue que je veux donner aux escarres. Des bourdonnets , saisis avec des pinces à anneaux, servent de véhicule à la liqueur caustique. Si je veux agir profondément, je les laisse séjourner sur les endroits à cautériser, en pressant de temps en temps sur la charpie avec l’extrémité de la pince, en même temps que je surveille la peau voisine , pour l’absterger immédiatement avec du vieux linge, si le caustique déborde.

Cette manière de cautériser a l’inconvénient de produire une douleur très-vive , qui se prolonge long-temps. Lorsqu’on* fait une cautérisa-

lion très-étendue, il peut survenir de la fièvre 7 qu’on combat, comme dans le 12® fait, parles bains domestiques.

La cautérisation faite, on calme la douleur en mettant sur la plaie des bourdonnets trempés dans une forte solution d’opium. Le verjus , associé aux préparations opiacées, m’a paru en augmenter les propriétés calmantes.

Si la douleur de l’inflammation qui aecompagne la chute des escarres devient forte , on la combat par les cataplasmes de mie de pain, de riz ou de carottes , les sangsues appliquées autour de la partie enflammée , meme par la saignée et tous les antiphlogistiques , comme dans le douzième fait.

Après les cautérisations par la potasse caustique , ainsi qu’après celles qu’on produit par le nitrate de mereure , à moins qu’elles ne soient très-douloureuses , on continue la compression y mais en la proportionnant à la susceptibilité des malades.

J’applique sur les escarres du charbon porphyrisé^ en y ajoutant parfois du quinquina rouge, et même du camphre si l’aspect des bourgeons n’est pas satisfaisant. On nettoie facilement la plaie par un jet d’eau formé avec une seringue ordinaire. Ce mode d’ablution n’est

pas douloureux comme Fabstersion proprement dite.

Lorsque la plaie a pris un bel acpect , je fais cesser l’usage du charbon pour m’en tenir à celui de la charpie sèche , ou de l’agaric très-doux et lavé, que j’emploie sec ou trempé dans de l’huile d’amandes douces mêlée avec un huitième de jus de citron. Je crois devoir dire que l’onguent de Stourb (i) , employé en sparadrap, a été utile pour terminer la cicatrisation de la plaie du sujet du 22® fait. Toutes les fois qu’il y a une plaie un peu étendue et une suppuration abondante, je fais renouveler le pansement deux fois par jour.

Malgré le succès obtenu chez le sujet du 1 1® fait, dont une partie seulement de la tumeur carcinomateuse fut atteinte parla cautérisation, je pense qu’on doit détruire en entier le tissu malade ; car on a vu dans les 1 4% 22% 24 et 28® faits , que la compression n’avait pu suppléer à la cautérisation incomplète.

Lorsque la marche de la maladie est très-rapide , et qu’on croit devoir préférer la cautérisation à l’ablation, il ne faut point attendre la

(1) Cet onguent , fort usité en Flandre, est très-favorable à la terminaison des cicatrices. 11 m’a été indiqué par M. le docteur Beseau, médecin distingué à Ypres.

chute des escarres, mais les enlever et cautériser immédiatement, afin de suspendre la compression le moins possible. On peut voir à ce sujet l’histoire du fait , dans lequel le défaut de succès a semblé tenir à peu de chose.

Si au-dessus d’un engorgement peu ancien déjà ramolli et ulcéré, il se trouve vers l’aisselle un autre engorgement de mauvaise nature et rapide dans sa marche^ c’est le cas de faire immédiatement avec la potasse caustique une large ouverture à la partie la plus saillante de la tumeur secondaire, afin de pouvoir ensuite la détruire plus facilement.

Dès qu’on a fait une escarre longitudinale , on l’incise, on pénètre dans le centre de la tumeur *, si elle est ramollie , on en retire une partie , et on agit sur le reste avec le nitrate de mercure. On panse comme il a été dit, et on comprime delà circonférence au centre , et surtout vers l’aisselle.

Si les bourgeons charnus pâlissent dans le cours du traitement , on les ravive avec un mélange d’huile d’amandes douces et de jus de citron, ou avec du miel rosat.

La solution aqueuse de sulfate de fer m’a semblé utile pour les lotjons dans quelques cas *, j’ai employé aussi celles de sulfate de cuivre , de

sulfate de zinc, d’acétate de plomb, etc. ; mais trop peu pour donner des résultats positifs.

La cautérisation des fongus et des bords cancéreux des ulcères de l’utérus s’exécute avec le nitrate de mercure, au moyen d’un spéculum d’étain bien ajusté et de dimensions convenables ^ en observant , autant que possible, de placer la malade de manière que la surface à cautériser soit tournée en haut, afin qu’elle serve de plancher ou de réceptacle au caustique, qui aura de cette manière plus d’action sur elle. Pendant la cautérisation on aura l’attention de ne point abandonner le spéculum , afin que le caustique ne puisse s’échapper sur les côtés.

On doit avoir constamment une seringue remplie d’eau fraîche , pour injecter immédiatement de l’eau dans le spéculum lorsqu’on veut affaiblir l’action du caustique , ou refroidir l’instrument s’il s’échauffe trop.

Il faut des pinces à anneaux longues et coudées , afin de manœuvrer avec facilité dans le fond du spéculum pour y porter les bourdonnets chargés et pour absterger.

Comme la douleur de la cautérisation du col de l’utérus peut agir vivement sur les nerfs sacrés , il faut recourir aux bains et ne pas cesser

les irrigations avec l’eau fraîche , au moyen de l’appareil indiqué au sujet du io° fait de la 2® partie 5 on fait la compression par un moyen analogue au dernier que j’ai adopté, qui est une pelote faite avec du linge et du son , et représentant une espèce de hondon à l’extrémité duquel on fixe une anse de ruban qu’on laisse pendre d’un pouce hors de la vulve ; de cette manière la malade peut retirer le tampon et en placer ensuite un autre elle-même.

J’ai fait appliquer un bandage de corps avec un coussinet de baie d’avoine, à la malade du dixièmé fait de la deuxième partie , pour comprimer le ventre , abaisser l’utérus et favoriser l’action de la pelote.

Quant aux ulcères cancéreux primitifs , on peut revoir les procédés que j’ai employés chez les sujets des trois premiers faits de la seconde partie.

Lorsque je reconnais quelque densité dans la peau sur laquelle repose l’ulcère cancéreux, j’excise toute la partie malade en faisant tomber la section sur la peau saine , et je panse à sec ce jour-là ; le lendemain ou le surlendemain, je cautérise profondément avec le nitrate de mercure liquide très-concentré. Si l’ulcère reposait sur un noevus , après l’excision et la cautérisation j’emploie la

compression comme dans le sujet du 3® fait de la seconde partie , qui continue à se trouver parfaitement bien.

Madame “gce de cinquante-quatre ans, présentait du coté droit du nez un ulcère rouge, sec et croûteux, de six ou sept lignes de diamètre en tout sens. L’origine de cette affection cancéreuse remontait à plus de dix ans, et le prurit était déjà remplacé par des élancemens. Je fis l’excision de toute la base de ce tubercule aplati, et je cautérisai profondément deux jours après avec le nitrate de mercure. La malade a été promptement guérie avec une cicatrice imperceptible , et sans avoir éprouvé de menace de récidive.

Je m’abstiens de rapporter d’autres faits du même genre , car je pourrais les multiplier si cela était nécessaire *, je me bornerai à ajouter le suivant , afin de rappeler une des raisons qui me font préférer pour J a cautérisation le nitrate de mercure liquide aux pâtes arsénicales.

Je fus mandé en consultation pour une dame de province 5 âgée de trente-huit ans, portant au bout du nez depuis plus de trois ans un ulcère de nature cancéreuse; je proposai l’excision et une ou deux profondes cautérisations avec le nitrate de mei’cure; l’excision fut faite, mais on

préféra la pale arsenicale pour la cautérisation, La malade était morte le surlendemain avec les symptômes de l’empoisonnement. Les accidens de ce genre ne sont pas assez rares pour que je n’en connaisse plusieurs exemples , et spécialement dans un cancer de l’aine.

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