IV
Vétemens.
Le choix de la matière des vétemens ne paraît pas indifférent dans le traitement des cancers. On a vu dans le onzième fait que le dérangement d’une sueur des pieds avait eu de grands inconvéniens. U y a des sueurs habituelles , soit généraies, soit locales, des aines, du périnée, des aisselles , des oreilles , etc. ,• dont la suppression pourrait avoir des suites plus ou moins fâcheuses et d’ailleurs il y a de simples transpirations locales qu’il est utile d’entretenir ou de rappeler.
On atteint ce but en plaçant sur Tendroit qu’on Teut faire transpirer , tantôt de la laine, tantôt des substances imperméables, qui maintiennent la partie sur laquelle on les applique dans un bain local , en retenant à la superficie de la peau le fluide de la transpiration. C’est ainsi que j’ai rencontré des cas dans lesquels le rétablissement de la transpiration des pieds a été suivi de la guérison d’ulcères chroniques du nez, qui me» naçaient de devenir rongeans*, d’engorgemens des seins et de la matrice, de tumeurs épigastriques avec vomissemens , etc.
La peau desseins , qui en général s’accommode mal du contact des tissus imperméables, supporte très-bien celui de la peau de lièvre ou de cigne , de la flanelle et autres substances qui sont de mauvais conducteurs du calorique, et ont été employées comme moyens topiques , sur des engorgemens chroniques des mamelles, avec des avantages parfois inattendus. A ce sujet, je me borne à citer les faits suivans :
Mademoiselle H , d’une constitution irri¬
table et sujette à des hémoptysies , eut à soixantehuit ans une maladie très-grave , qui offrit des symptômes adynamiques. A la suite de cette maladie il survint au sein gauche un engorgement bosselé, du volume d’un œuf d’oie ; il était le siège
d’élancemens spontanés, et semblait menaeer des suites les plus fâcheuses. Je fis porter sur le sein malade une peau de licA^re préparée et tondue à mi-poil , et Fengorgement se dissipa comme par enchantement. Ce moyen, qui ni^a réussi d’autres fois encore, a échoué le plus souvent.
En i8 1 5 , madame de S. ... , âgée de quarantecinq ans, sujette à la goutte, à la migraine, à des gastralgies , et appartenant à une famille strumeuse, s’aperçut d’engorgemens inégaux dans le sein droit *, l’année suivante il en survint aussi dans le sein gauche*, en 1817, celui du sein droit était long de plus de deux pouces et demi, dur, bosselé et divisé en deux lobes *, on trouvait dans l’aiselle du meme côté un ganglion engorgé , et dans le sein gauche une tumeur inégale , un peu moins considérable que celle du droit , étant comme elle le siège d’élancemens spontanés. M. Boyer pensa qu’on devait se borner aux soins hygiéniques. Madame de S. . .. prit la flanelle sur la peau, et pendant la fin de l’année 1817 et durant celle de 1818 elle porta sur les seins une peau de lièvre tondue à mi-poil , fit usage de l’extrait de ciguë, suivit un régime sévère, mais moins rigoureux que le cura f amis y et employa un appareil contentif en flanelle pour comprimer doucement les deux seins. L’engorgement
du sein gauche s'est résous h premier *, ceux du sein et de l’aiselle droite n’ont disparu que depuis la cessation totale des règles, arrivée vers cinquante-un ans. A cette époque les accidens goutteux ont augmenté, et il s’y est joint des nodus arthritiques*, mais depuis l’âge de cinquante-six ans, madame de S.... est beaucoup moins souffrante, et sa goutte semble s’user.
Madame B r âgée de quarante-neuf ans ,
encore réglée , sujette à des douleurs de rhumatisme vague , a été pendant long-temps affectée d’un engorgement de Tutérus , qui a causé les plus vives inquiétudes *, à quarante-six ans , les accidens ont cessé du côté de la matrice , et le sein gauche est devenu le siège d’un engorgement inégal très-sensible au toucher et donnant lieu â des élancemens spontanés. L’année suivante, M. le professeur Roux regarda cet engorgement comme de mauvaise nature *, et M. le professeur Boyer , consulté plus tard , fut du même avis. La compression n a pu être employée à raison de la susceptibilité excessive de la malade, qui s’est bornée à l’usage de la flanelle et de la peau de lièvre , et à celui de la ciguë. Actuellement la tumeur a presque disparu.
Qu’on compare ces faits avec ce qui est arrivé au sein droit de la personne du lo® delà impartie,
et avec le suivant qui m’a ëtë communiqué par M. Martin. En 1822, il survint au sein droit de mademoiselle Joséphine B. . . . , âgée de vingt-deux ans, replette, et dans l’usage de se serrer assez fortement dans son corset, un engorgement circulaire autour du mamelon , qui était rentré et comme au fond d’un entonnoir. La tumeur, du volume d’un œuf de poule , dure et bosselée sur tous les points , était le siège d’élancemens spontanés. On la couvrit d’une peau de cigne. Peu de temps après , cette personne s’étant mariée , M. Martin, mandé au quatrième mois d’une grossesse , trouva la tumeur diminuée et le mamelon ressorti. Au sixième mois le sein était revenu dans l’état naturel^ etM. Martin n’a point connaissance que depuis 1823 il soit survenu aucun autre engorgement.
De ces faits et d’autres que je ne puis consigner ici 5 je conclus que chez les personnes qui portent des affections cancéreuses ou susceptibles de le devenir , le choix de la matière des véteniens n’est pas indifférent.