TRAITEMENT INTERNE
Storck et Collin ont obtenu à Vienne des succès incontestables avec l’extrait de ciguë que ses insuccès ont fait décrier en France, quoiqu’on l’y emploie encore par habitude. Pour me rendre compte de cette différence de résultat , dès les premières années de ma pratique j’examinai comparativement la manière d’agir de la ciguë , tantôt en laissant les malades se nourrir, et tantôt en les astreignant à un régime léger , sévère et par conséquent très -propre à les faire maigrir. Dès l’an 1 802 , je reconnus que les effets de la ciguë étaient bien différons selon la quantité d’alimens que je permettais : dans les cas oii la ciguë était employée avec une forte alimentation, son action était à-peu-près nulle sur divers engorgemens chroniques*, tandis qu’elle était trèsprononcée lorsque je retranchais une grande partie des alimens ordinaires. Depuis lors j’ai recueilli un assez grand nombre de faits relatifs à la résolution d’engorgemens de Futérus , du foie , de la rate, des seins, des testicules et des membres , par la méthode dont je parle.
Frappé de cette différence 5 je méditai les conseils de Callisen au sujet du cura f amis ^ je suivis sa méthode, et je crois avoir constaté que si souvent la ciguë ne réussit pas, elle n’est pas non plus un moyen inerte*, mais que pour en obtenir tous les avantages possibles, il faut absolument que son emploi soit joint à un régime trèssévère.
Plus tard, avec Hallé ^ j’employai la ciguë en substance comparativement avec l’extrait, et plus tard encore, ainsi que je l’ai dit dans l’introduction, je fis modifier par M. Caventou la manière de préparer l’extrait de ciguë, en soumettant cette plante à la coction par les vapeurs acétiques ou alcooliques avant d’en exprimer le suc, pour l’évaporer ensuite au bain-marie jusqu’à la consistance d’extrait. Ce nouveau procédé auquel je fus amené en réfléchissant à la supériorité que conservent les légumes cuits à la vapeur , sur ceux qui sont cuits dans l’eau , ce procédé, dis-je, donne un extrait qui n’a plus l’odeur vireuse et nauséabonde de l’extrait ordinaire de ciguë, auquel il ne m’a paru céder en rien comme résolutif, et sur lequel il a eu constamment l’avantage d’étre toujours mieux supporté par l’estomac, dont je l’ai meme vu rétablir les fonctions dérangées.
Voici maintenant comment j’emploie la ciguë dans le curafamis,
1*. Le malade prend une dose d’extrait de ciguë matin et soir, deux heures avant le premier repas, et deux heures avant le dernier*, on commence par un demi-grain , et on s’élève successivement jusqu’à six grains chaque fois. Je fais continuer cette dose pendant huit ou quinze jours, afin d’hahituer les organes à ce moyen , puis je le porte jusqu’à douze grains chaque fois, dose à laquelle je fais rester pendant deux , trois ou quatre semaines, parce que déjà elle est sufiisante pour agir, Callisen n’allait pas aussi loin, mais je crois avoir reconnu que dans plusieurs cas il ne faut pas s’arrêter à la dose qu il indique.
2*. Après chaque dose de ciguë, ainsi qu’aux repas, je fais boire, au lieu d’eau simple , de la décoction de squine préparée dans la proportion d’une demi-once pour deux livres d’eau.
3®. Je ne permets que le tiers environ de la quantité ordinaire des alimens, qui sont trèssimples et partagés en trois petits repas.
4®. Si la ciguë ne passe pas sous une f(^)rme, je l’emploie sous une autre, ou je la remplace par l’extrait d’aconit-napel préparé à la vapeur, en le donnant à moindre dose que celui de ciguë.
5*. Lorsque la squine déplaît aux malades, je lui substitue la bardane ou la scolopendre, s’il y a disposition à la diarrhée, et la racine de patience sauvage ou la saponaire s’il y a constipation. Dans quelques cas j’ai employé la salsepareille, le gayac, le sassafras^ etc.
6“. Je joins au traitement interne des applications locales de cataplasmes ou d’emplâtres , ainsi que des bains généraux, et je prescris le vêtement, l’habitation et les exercices qui me semblent propres à favoriser le succès.
'y®. J’observe avec soin la manière dont les malades supportent le traitement , car il est un terme pour la diminution de la quantité des alimens, une dose pour la ciguë, un choiæ dans les moyens accessoires, et enfin un temps pour la durée du traitement, auxquels il faut s’arrêter , afin de ne pas compromettre la résistance vitale en affaiblissant trop la constitution. A la fin du traitement, je diminue la dose de la ciguë et la rigueur du régime d’une manière successive.
Ce traitement a été rigoureusement suivi dans les cas suivans , et dans d’autres par des personnes qui jouissent depuis d’une bonne santé.
Mademoiselle T.... , maintenant âgée de cinquante-six ans , portait , il y a seize ans , un engorgement du volume d’un gros œuf d’oie
dans la région de l’ovaire gauche \ l’utérus était tuméfié et les époques des règles très-pénibles. Je vis la malade avec feu lé docteur Bayle, qui reconnut aussi l’engorgement de l’utérus et de l’ovaire ^ et ne porta pas un pronostic plus favorable que le mien*, cependant le traitement par le cura famis avec la ciguë et la squine eut un succès complet, et mademoiselle T... jouit encore aujourd’hui d’une bonne santé , malgré les douleurs arthritiques qui la fatiguent souvent.
Madame G. . . aujourd’hui âgée de cinquantehuit ans, portait à la matrice, il y a quatorze ans, un engorgement alarmant par sa dureté, ses inégalités et les élancemens dont il était le siège. Elle suivit le cura famis avec exactitude, et fut parfaitement rétablie. Elle n’a plus souffert depuis, et conserve la santé malgré de grands chagrins.
Madame R — , actuellement âgée de cinquante-quatre ans , portait à l’utérus , il y a douze ou treize ans, un engorgement chronique trèsdur auquel se joignaient des ménorrhagies. Le cura famis eut le même succès que dans les cas précédents *, la malade maigrit d’abord , guérit, reprit ensuite de l’embonpoint , et a joui depuis d’une santé satisfaisante.
En 1821^ madame T , alors âgée de qua-
rante-six ans, portait à Tutérus un engorgement qui fut juge de mauvaise nature par M. le professeur Boyer et par moi. Le cura famis joint à l’usage de la ciguë et des bains sulfureux eut un tel succès , que cette dame a passe l’époque de la cessation de ses règles sans accidens et jouit aujourd’hui d’une bonne santé.
Dans les deux cas suivans le traitement par
le cura famis a été combiné avec un traitement spécifique.
Madame V . me consulta, il y a sept ans,
pour une ménorrhagie chronique. L’utériLS était tuméfié dans son fond, et très-mou autour de son orifice, qui était entr’ouvert. Chaque époque des règles était très-orageuse. Cette personne, âgée de vingt-quatre ans , était décolorée , et sa maladie remontait à plus d’un an. Des renseignemens fournis par le mari m’ayant fait soupçonner un vice syphilitique, je fis suivre un traitement spécifique, et la malade a été parfaitement guérie par l’usage des préparations mercurielles, celui de la ciguë et le cura famis.
Il y a seize ans , M. A.. . . , alors âgé de vingtneuf ans, ayant eu diverses syphilis, portait depuis quinze ou dix-huit mois au corps de chaque testicule un engorgement dur^ inégal et tel que leurvolume égalait celui d'un gros œuf d’oie. Je fis
faire un traitement antisyphilitique aussi régulier que cela fut possible, et M. A fut guéri.